Chapitre 6 : Balade sur les Tropiques.
C'était tout bonnement incroyable. Totalement, illogiquement, invraisemblablement incroyable. Insensé. Délirant. Absurde. Impossible. Cela dépassait l'entendement. Les lois de la physique réduites à néant par ce simple phénomène, ce voyage qu'on qualifierait de spatiotemporel. Car il fallait l'admettre, et même avec tout la bonne volonté du monde, c'était difficile : il n'était plus à la même époque. Tout le démontrait et pourtant, tout le réfutait. Insensé.
Leur accoutrement ils étaient vêtus d'habits lourds et chauds, de chemises de tissus malodorants et de pantalon de toile inconnue. Leur langage ils utilisaient des expressions, des manières, des mots différents. Leur monde les océans s'étaient métamorphosés, les mers rebaptisées, on lui avait même parlé des Terres de la Communauté, dont il n'avait jamais entendu l'expression. Et pourtant, il était un érudit. Mais ils se tenaient différemment, ils marchaient différemment, ils vivaient différemment. Ils portaient sans cesse une arme sur eux, qu'elle fût longue ou courte, et leur vision de la vie était honneur et courage. Délirant.
Tout avait commencé ce jour-là, le jour de l'inauguration du port de Konoha. Si ce jour n'avait pas eu lieu, rien de tout ceci ne se serait ensuivi. Ils seraient encore ensemble, à Konoha, pauvres mais ensemble. Maintenant, il n'était plus que pauvre. Et curieux. L'inauguration. Tout avait pourtant bien commencé : il faisait assez beau pour une ville comme Konoha, il y avait une fête, c'étaient les vacances. Il s'était même payé une bonne glace au Gold Ship.
Le Gold Ship. C'était là qu'il l'avait rencontré. Ce fou, ce dément, cet aliéné, cet halluciné. Cet homme si puissant, si imposant. Ce dieu vivant. Il lui avait parlé puis s'était volatilisé. Comme par magie. Mais les mots prononcés l'avaient jeté dans un tel trouble qu'il ressentait encore le doute omniprésent ce jour-là. Pas de phrases philosophiques, pas de remontrances. Juste un ordre implicite. Qu'il avait suivi. Comment aurait-il pu en être autrement ?
Puis, ce gamin envoyé par son frère –comment osait-il ? N'aurait-il pas pu faire le trajet lui-même ? Feignant, en plus de favori- arriva et l'informa du message. Il avait dû se résoudre à le rejoindre, sans cesser de penser au type. Il en avait touché un mot à son frère qui dit l'avoir lui-même rencontré. Coïncidence ? Hasard ? Destin ? Quoi qu'il en fût, ils étaient en mer trente minutes plus tard. Malgré le mauvais temps. Malgré la tempête. Absurde.
Les nuages grossissaient, la houle s'accélérait, Minato s'inquiétait, Naruto n'en faisait qu'à sa tête. Il se rendait compte à quel point il aurait dû insister. C'était donc de sa faute. Ils furent pris dans une tempête. Mais pas dans une quelconque tempête. C'était un ouragan déchainé, impitoyable, qui ne voulait pas les lâcher, comme jamais la mer du Cachalot n'en avait subi. Leur voilier coula, eux avec. Mais il avait survécu. Il avait atterri sur une île. Impossible.
C'était une île déserte. Magnifique, soit-il dit, mais déserte. La forêt était vide de vie -il n'entendait pas les cris d'animaux-, le sable bouillant, le soleil ardent. Il n'y avait aucune trace de la tempête qu'il venait d'y avoir. A croire qu'il l'avait imaginée. Mais il était sur une île tropicale, donc il avait bien dû se passer quelque chose. Naruto n'était pas là. Mais Monsieur Jiraiya, du moins son clone, oui. Il se souvenait s'être demandé le pourquoi du comment, mais il lui avait juste répété les mots de la première fois. Puis, il s'était volatilisé. A nouveau. Comme par magie. Et il s'était évanoui. A nouveau.
Peu après, il se réveillait sur un bateau. Mais pas n'importe lequel. Le plus improbable, le plus dangereux et le plus mystérieux des navires. Ni à n'importe quelle période. Les mers s'étaient écartées, les terres unifiées, les navires disciplinés. Il avait ouvert les yeux sur l'Abandon, au temps des Grandes Conquêtes. Stupéfaction. Ahurissement. Dépassement de l'entendement. Les lois de la physique réduites à néant.
Et il l'avait rencontrée.
Naruto ramait. Il était sur une barque, au milieu d'un étang bordé de plantes colorées, dont l'eau odorante penchait vers le vert. Un saule pleureur trempait ses lourdes feuilles et bruissait sous la bise d'hiver. Le ciel noir et parsemé d'étoiles scintillantes n'enlevait rien à la magie du moment, au contraire, le firmament constellé se reflétait dans les yeux nacrés de la jeune fille qui l'observait calmement.
Elle portait une robe en mousseline aux couleurs pastel et tenait entre ses doigts clairs une ombrelle assortie à sa tenue. Son teint de porcelaine brillait sous les rayons de la pleine lune et lui donnait des airs de poupée française. Ses yeux de neige étaient figés dans ceux azur de Naruto et une expression attendrie étirait ses lèvres roses. Le garçon lui-même portait un costume pour l'occasion : une veste rouge décorée de médailles de mérite multicolores, une chemise fraichement repassée et à la boutonnière, une rose parfumée.
Un doux silence embrumait les esprits, nullement brisé par le clapotis de l'eau, le murmure du vent, le rayonnement de la voute céleste. Rien hormis l'autre n'existait pour les deux jeunes adultes au milieu d'un étang muet. Naruto eut pu demeurer éternellement plongé dans l'espace infini des pensées de sa correspondante, et celle-ci semblait décidée à prolonger cet instant parfait. Mais il s'entendit demander :
- Que va penser Neji de tout ça ?
Son sourire s'agrandit et une lueur amusée éclaira ses pupilles diaphanes.
- Neji n'a que faire de tout ça. Et je n'ai que faire de Neji.
Naruto acquiesça, de son avis. Mais la conversation avait été lancée, il devait la poursuivre.
- Ta robe te sied magnifiquement.
- Merci.
La voix de la jeune fille était claire et légère. Naruto frissonna. L'expression attendrie de la demoiselle se mua en air moqueur :
- Est-ce Minato qui t'a suggéré ce compliment ? Cela ne te ressemble pas.
- Minato est incapable de parler à une femme, fit mine de se fâcher Naruto. Puis, il se rappela. Comment connais-tu Minato ?
Sa naïve question arracha un rire cristallin à la créature merveilleuse sous ses yeux.
- Je l'ai rencontré.
- Comment ? Il a coulé il y a deux jours, lors de la tempête du Cachalot !
- Minato n'est pas mort.
Sa voix avait perdu le souffle qui la rendait amoureuse. Hinata était sérieuse à présent et Naruto comprenait d'autant moins.
- Explique-toi !
- Tu étais bien plus charmant tout à l'heure, déplora-t-elle en secouant sa chevelure d'ébène. Minato est avec moi, révéla-t-elle en plongeant son regard profond dans les yeux incertains de Naruto.
- Où ? Où êtes-vous ?
Hinata lui sourit et se leva. La barque ne tangua pas et Naruto remarqua qu'ils n'étaient plus au milieu de l'étang. Avec grâce, la demoiselle mit pied à terre et repoussa l'embarcation vers les flots tremblotants. Désespéré, Naruto ne put que la regarder s'éloigner alors qu'il était certain qu'elle détenait les informations sur son frère disparu. Il devait la retrouver. Il devait le retrouver. Il voulut sauter, il voulut plonger mais l'étang avait disparu. Tout était noir autour de lui et il se sentit tomber. Il ne voyait plus rien et il chutait, chutait…
Il se réveilla en sursaut. Son cœur battait à cent à l'heure, son souffle était court et de la sueur perlait sur son front. Il devait la retrouver ! Elle seule pouvait l'amener à son frère ! Il devait la revoir ! Sa poitrine le brûlait atrocement et un liquide tiède coulait sur son visage hagard. Il voulut se lever mais fit rouler son hamac et, à l'instar de la veille, il se retrouva à terre. Il se redressa en grommelant et fut surpris de la clarté de la pièce. Quelle heure était-il ? Un ronflement sonore, suivi d'un autre et d'un autre encore, le renseigna que ses compagnons dormaient encore.
Il enfila rapidement les vêtements que Genma, le seul pirate de son gabarit, lui avait prêtés. Il voulut sortir et tenta de ne pas faire grincer les lattes de la cabine. Il refermait doucement la porte derrière lui quand une exclamation joyeuse le surprit. Kiba –qui d'autre ?- vint à sa rencontre avec engouement et lui adressa une amicale tape sur l'épaule. Naruto, encore sonné par son rêve étrange, fut contraint de reprendre pied avec la réalité.
- T'as faim ?
Sans qu'il pût répondre, Kiba l'entraina vivement dans les cuisines vides à cette heure et prit de quoi rassasier une garnison. Jambon, pains, poulets, fromages et pichets remplis s'empilèrent dans les bras du Namikaze et il se demanda pour combien de personnes Kiba emportait la nourriture, tout en connaissant la réponse. Il le suivit donc sans protester dans une salle attenante à la cuisine et déposa son petit-déjeuner sur une longue table en bois. Kiba prit place sur un banc et entama son volumineux repas Naruto suivit son exemple et se choisit une cuisse de poulet.
- Quel est le programme de la journée ? demanda-t-il en mâchant goulûment –son rêve énigmatique l'avait mis en appétit.
- T'veux dire, à part dessoûler d'hier ? répliqua Kiba en enfournant un gros morceau de jambon dans une bouche qui ne semblait pas pouvoir contenir autant – autre point curieux des pirates : leur capacité à se goinfrer dépassait celle d'un trou noir.
Naruto rit en se remémorant la veille. L'équipage avait été tellement mal en point qu'ils avaient dû les transporter un à un sur le Brasier. « Ils » ne se résumant qu'à Naruto, le capitaine et son second, Shikamaru Nara, les trois seuls à ne pas avoir touché à la boisson de manière excessive. Naruto avait lui-même beaucoup insisté sur sa consommation et s'étonnait de ne pas avoir fini dans le même état que ses camarades. Mais peut-être avait-il des allures de jeune fille comparé à la virilité de ses congénères buveurs.
- S'tu veux, j'peux t'entrainer à manier l'sabre, Nar'to, dit Kiba en se resservant copieusement.
- Vraiment ? s'enflamma aussitôt Naruto. Tu ferais ça ?
Une étincelle s'était allumée dans ses yeux azur. Kiba éclata de son rire particulier et promit de le faire dès son petit-déjeuner terminé. Quand Naruto ne put plus avaler un seul morceau, il s'imagina posséder sa propre arme et repensa aux feintes et aux coups qu'il avait appris durant ses cours d'escrimes. Il s'imagina désarmer un Kiba surpris, sous les yeux d'un Sasuke Uchiwa impressionné. Il sentait qu'il allait adorer sa nouvelle vie.
La mer scintillait à perte de vue. Le soleil, déjà chaud compte tenu de l'heure matinale, était camouflé par les hauts arbres de la berge. Le ciel bleuissait et un vent lointain soufflait sur les nuages éparpillés. Les vagues s'échouaient calmement sur le rivage terreux. Au loin, il pouvait voir le toit d'un bâtiment en bois, où l'équipage avait passé la soirée la veille.
Minato plongea sa tête entre ses mains et soupira bruyamment. Il était complètement perdu. Sa vie avait été jusque là un enchainement d'évènements logiques et sans importance, et il se retrouvait au temps des Grandes Conquêtes ? Il avait eu beau se frotter les yeux, se pincer, se frapper, rien n'y faisait, il ne se réveillait pas. C'était donc la réalité. Mais où était l'explication ? Où était la logique ? Il ne comprenait rien et il détestait ça.
Il était persuadé de la culpabilité du faux Monsieur Jiraya. Cet homme l'avait poussé à partir en mer avec son frère et voilà le résultat : il était seul, perdu, dans un monde différent du sien. Un monde ou une époque, il n'en était pas sûr. Minato avait énormément lu durant sa courte vie et plusieurs fois était tombé sur des théories de voyages à travers le temps. Mais c'était ridicule, insensé, impossible ! Sous l'effet de quelle magie se trouvait-il dans le passé ? Il avait d'ores et déjà exclu la possibilité du rêve.
- Minato ?
Il sursauta et manqua de basculer du siège de fortune qu'il s'était improvisé – des cordes de rechange rassemblées le long du bastingage. S'était approchée une jeune femme à la crinière flamboyante. Ses yeux bleu clair le couvaient d'une inquiétude et d'un attendrissement explicites. La fierté du garçon mise à mal, il se releva gauchement et releva distraitement sa frange rebelle.
- Le capitaine veut te parler, dit Kushina Uzumaki.
Il eut un mouvement de recul instinctif. Le capitaine l'avait fait attendre pour délibérer de son sort avec ses lieutenants. S'il avait été repêché par l'Uzumaki et ses compagnons alors que le navire se dirigeait vers l'I-Force pour une pause méritée, il n'avait pas prévu que le capitaine s'embarrassât de lui longtemps. Car après tout, c'était un pirate. Un pirate impitoyable et égoïste qui le terrifiait au plus haut point.
Il suivit Kushina vers le bureau du capitaine, situé sous le pont supérieur. La rousse frappa trois coups rapides sur la porte en bois et lança un regard inquiet au rescapé. Elle aussi craignait pour le sort du garçon. Une voix rauque les pria d'entrer et avant de pousser le bois lourd, la rousse posa une main réconfortante sur la maigre épaule du garçon. Il prit une inspiration. Elle ouvrit la porte.
La pièce était lumineuse, comme lorsqu'il l'avait vue la première fois, et les rayons du soleil filtraient à travers la large fenêtre close. De hautes étagères pliant sous la multitude d'ouvrages couvraient les murs clairs, un lustre enflammé pendait du plafond, un somptueux bureau traversait la pièce. En bois massif, il était parcouru de dorures incrustées. Il n'y avait rien d'autre dessus que les bras croisés du capitaine.
Minato baissa la tête. Le regard perçant du capitaine le fixait intensément et il ne pouvait le soutenir. Du coin de l'œil, il distingua les lieutenants et le second du capitaine, qui eux aussi le détaillait avec intérêt. Kushina resta à son côté, pour le soutenir. Elle avait lâché son épaule mais sa présence réconforta quelque peu le jeune rescapé. Une fois l'entrée refermée, le capitaine ne tarda pas à briser le silence.
- J'ai bien réfléchi, gamin. Je ne vais pas te jeter à l'eau –bien que l'envie ne me manque pas. On m'a convaincu de te faire adhérer à mon équipage.
Minato redressa vivement la tête. Le capitaine souriait, content de lui, et le fixait de ses yeux calculateurs. Une incertitude alarma l'esprit du garçon : que mijotait-il ? Comment l'avait-on convaincu ? Pourquoi l'avait-on fait ? Qui était ce « on » qui avait tant fait pour lui ? Kushina attrapa sa main avec emphase et lui offrit un sourire éblouissant. Était-ce elle ? Elle lui avait parut sympathique jusqu'ici, mais peut-être jouait-elle un double jeu ? Minato risqua un coup d'œil vers les lieutenants. Ils le dévisageaient avec curiosité, sans animosité. Peut-être se faisait-il des idées, peut-être n'étaient-ils pas aussi terribles qu'il l'avait pensé.
- Merci, capitaine, murmura-t-il enfin, la gorge nouée.
Le capitaine hocha la tête.
- Mais pour ce faire, tu vas devoir te plier aux règles du navire. Toute transgression à ces règles sera suivie d'une peine de mort indiscutable. As-tu compris, Minato Namikaze ?
- Oui, capitaine.
- Bienvenue sur l'Abandon.
Il avait chaud, il étouffait, il suait et souhaitait de plus profond de son être plonger dans la mer glacée qui faisait gentiment tanguer le navire. Ses muscles le suppliaient de s'arrêter et son cœur battait à tout rompre. Il mit un genou à terre, capitulant. Son adversaire poussa un hurlement de joie et se lança dans un long monologue sur l'inconscience qu'il avait eu à espérer pouvoir le vaincre. La respiration difficile, Naruto leva un regard mauvais à Kiba Inuzuka, qui effectuait de glorieux pas de danse.
Il était vrai que Naruto avait espéré pouvoir surclasser le jeune lieutenant et avait rapidement déchanté. Kiba n'était pas seulement un joyeux camarade à l'appétit facile, il était également un redoutable combattant. Naruto avait du mal à croire que ce garçon qui trébuchait sur ses propres pieds l'avait renversé onze fois d'affilée. Et pourtant, chaque coup qu'il avait porté, chaque feinte, chaque attaque l'avait atteint. Pire, Naruto, malgré sa maitrise basique de l'escrime, n'avait pas réussi à le toucher une seule fois. Et il savait que les excuses comme la différence de poids entre le fleuret et le sabre, la maniabilité, la taille ne suffisaient pas. Il s'était fait royalement massacré.
Il essuya d'un revers de main la transpiration qui suintait de son front et se releva péniblement. Kiba éclata de son rire-jappement en discernant l'expression douloureuse de son adversaire et leva son épée, pour la douzième fois. Son sourire agrémentait encore son visage mais son regard se durcit. Il était concentré sur le combat à venir. Naruto leva les bras en signe de paix et lâcha son épée, qui rebondit sur les lattes du pont principal.
- Une pause, je t'en prie.
- Oh allez, j'viens d'm'échauffer ! protesta l'Inuzuka en agitant les bras.
Mais son regard avait perdu son sérieux et Naruto sut qu'il n'allait pas se faire attaquer par surprise. Il avança quelques pas pénibles et s'affala sur le bastingage. Chaque parcelle de son corps lui était douloureuse et il ne savait quand il retrouverait l'usage de ses doigts, qui se décrispaient lentement. Kiba le rejoignit. Naruto vit la sueur perler sur son front et se satisfit d'avoir au moins réussi à le fatiguer.
- En t'entrainant tous les jours, tu d'viendras un super escrimeur. La proch'ne fois, on 'ssaie la rapière (1). J'suis sur qu'tu peux d'venir un combattant exceptionnel, lui sourit-il. Pas vrai, cap'taine ?
Naruto se redressa vivement. Il n'avait pas remarqué Sasuke Uchiwa adossé au mât principal. Depuis quand était-il là ? Combien d'échecs cuisants avait-il observés ? La honte s'ajouta à la fatigue mais il était trop las pour se lancer dans une bravade inutile. Le capitaine hocha la tête et dit, de sa voix grave et réconfortante :
- Tu te bats bien, Naruto. Tu as ça dans le sang.
- Merci, souffla le garçon, trop honoré pour dire davantage.
- Moi, j'dis que ça s'fête ! s'enthousiasma Kiba, tous à l'I-Force !
Il ricana alors que le capitaine lui jetait un regard noir. Mais Sasuke souriait et Naruto devina que ce genre de plaisanteries était récurrent. Le capitaine se détacha du mât et alla ramasser le sabre que Naruto avait abandonné. Ce dernier se demanda vaguement s'il allait défier le lieutenant mais Uchiwa n'avait pas une attitude belliqueuse. Il lança l'arme au pirate et celui-ci la rattrapa habilement.
- Kiba, va réveiller tous l'équipage, on ne lui a laissé que trop de temps pour récupérer. Le pont à besoin d'un fameux coup de serpillère et je ne vous ai pas beaucoup vu frotter ces derniers temps. Et je crois me rappeler d'une certaine condition concernant ton travail de la semaine.
L'Inuzuka grimaçant disparut en un instant, laissant Uzumaki et Uchiwa seuls. Pendant quelques secondes, ils restèrent en silence, à écouter le souffle du vent écumer la mer Senju. Le capitaine avait porté son regard à la proue, observant un paysage connu de lui-seul Naruto avait fermé les yeux. L'odeur salée du Senju lui chatouilla les narines et il se remémora la tempête qui l'avait séparé de son frère. Son frère qui était avec Hinata.
On entendit un chahut provenir des dortoirs et Naruto devina que Kiba avait accompli sa mission. Bientôt, le pont grouillerait de pirates joyeux et fêtard, peut-être encore sous l'emprise de la cervoise. Naruto se réjouit de participer à la vie pirate et il se redressa, un sourire aux lèvres, sa fatigue envolée. La voile noire portant le célèbre Jolly Roger, ce crâne humain soutenu par des os, flottait dans le vent d'altitude, et plus bas sur le grand mât, un autre drapeau, un éventail japonais sur fond bleu marine, annonçait à tous marins l'arrivée imminente d'un Uchiwa dont l'éventail était l'étendard.
- As-tu déjà pratiqué l'art du sabre ? demanda Uchiwa, un sourire agréable plaqué sur le visage.
- Pas exactement, répondit Naruto. J'ai pris des cours d'escrime.
- Quelle est la différence ?
- Et bien… le fleuret possède une lame molle et n'est pas tellement dangereuse.
- Quel est l'intérêt, dans ce cas ?
Naruto hésita. Pour un pirate, il concevait que l'idée de se battre sans blesser son adversaire paraissait absurde mais il n'avait jamais eu l'envie d'écharper réellement un quidam. Dans ses récits fantastiques, peut-être. Dans ses rêves de pirates, bien sûr. Mais dans la vie ? non, il se le refusait. Il ne se demanda pas ce qu'en tant que pirate il adviendrait car il avait remarqué que l'attention du capitaine s'était détournée de lui durant ce cours lap de temps de réflexion.
- Depuis quand pratiques-tu ? demanda le Namikaze à brûle-pourpoint.
- La piraterie ? répondit l'Uchiwa, depuis toujours. Il marqua un silence. En fait, j'ai commencé à me battre vers dix ans.
- Dix ans ! C'est vachement jeune ! Et tu étais doué ?
- Très. Pas autant que mon frère ainé, mais suffisamment pour être le meilleur de ma génération.
- Ton frère Itachi, acquiesça Naruto en observant Karin et Kidomaru sortir sur le pont et leur adresser un salut de la main.
Le silence lui répondit. Craignant que le capitaine se fût à nouveau perdu dans ses sombres pensées, il releva la tête vers lui et croisa son regard méfiant. Il ravala sa question. Qu'avait-il encore dit ? L'humeur lunatique du capitaine était déroutante.
- Tu connais mon frère ?
- Au même titre que tout le reste, se défendit le blond, quelque peu effrayé par le regard menaçant du terrible pirate.
- Vraiment ? Le capitaine avait redressé le menton d'un air suffisant qui rappela au rescapé l'importance aristocratique que se donnait Hinata Hyûga. Dans ce cas, qui est-il ?
- Et bien… Naruto se frotta l'arrière du crâne. Itachi Maeda, alias Uchiwa, capitaine de l'Indéfectible, fils ainé de Fugaku Uchiwa.
Naruto avait tellement répété ces mots qu'il les connaissait par cœur. Si les livres d'Histoire étaient prodigues de détails sur le capitaine du Brasier, il y avait toujours une petite référence à son illustre clan qui avait été une puissance incroyable dans l'organisation sociale de l'époque.
- Pourquoi Maeda ? interrogea Sasuke, qui avait, comme l'avant-veille, l'air de s'amuser.
- C'était le nom de jeune fille de votre mère. Il trouvait que trois Uchiwa faisaient un de trop. Il avait cependant promis de reprendre son nom lors de la succession du pouvoir, à la mort de votre père.
Ce qu'il ne fit pas, mais Naruto ne le précisa pas. Sasuke lui jetait un regard neuf à présent.
- J'admets que tu en sais beaucoup pour un simple naufragé. Tu commences à me convaincre.
Naruto grimaça, ce qui fit rire le capitaine. Ensuite, celui-ci lui donna une liste de tâches à accomplir et le garçon s'empressa de s'exécuter, le sourire aux lèvres.
- Bien, résuma le capitaine. Dans quelques heures, l'Indéfectible traversera la mer des Tropiques pour se rendre sur les Terres de la Communauté. Nous y serons également. Et ses richesses rempliront nos soutes de leur délicieuse masse dorée.
Une clameur ébranla le pont de l'Abandon. Cet abordage était, semblait-il, le premier d'une longue série que le capitaine avait minutieusement préparée et l'équipage, confiant, s'impatientait de s'enrichir rapidement. Le capitaine attendit qu'ils se calmassent puis poursuivit, avec délectation :
- Mais avant de couler ce sale rafiot, Neji s'emparera de la carte qui nous mènera droit au Trésor d'Alpha !
Les hurlements euphoriques des pirates assourdirent pratiquement Minato qui s'était réfugié contre la porte du bureau du capitaine. Il ne savait ce qu'était ce Trésor d'Alpha mais connaissait bien le capitaine de l'Indéfectible et regrettait de ne pouvoir empêcher ce massacre. Le capitaine ne l'avait pas écouté lorsqu'il avait déclaré être venu du futur et ne croyait pas ses prédictions ténébreuses.
Il quitta partiellement le chef de vue pour avoir une vue d'ensemble des pirates. Ils étaient jeunes, ils étaient fougueux, ils rêvaient des trésors infinis qu'ils allaient amasser. Ce qui désolait le plus le Namikaze, c'était qu'il n'avait pas été beaucoup plus différent qu'eux. Lui aussi avait eu des rêves de conquête, de richesse, de gloire immortelle mais tout ceci datait du temps de Naruto. A présent qu'il ne savait plus où le trouver, il désespérait de risquer sa vie sur ce bateau de malheur.
Le capitaine expliqua son plan en détail et le silence se fit à nouveau. Une telle autorité sur un si grand nombre dépassait Minato. Lui qui peinait à se faire respecter dans sa classe et qui devait de ne pas se faire chahuter trop souvent par la seule réputation de son frère, éprouvait une fervente admiration pour ce jeune –trop jeune- capitaine. Et alors qu'il l'observait avec attention, il remarqua le regard du second.
Neji Hyûga le fixait de ses yeux immaculés, dénués d'émotion. Il appartenait à l'illustre clan des Hyûga, ceux qui avaient conquis le littoral principal du continent et possédaient le monopole de construction de bateaux de guerre, ceux dont la richesse dépassait celle de toutes les autres nobles familles, excepté peut-être celle des Uchiwa, et ceux dont l'influence auprès du gouvernement avait inspiré la nouvelle vague de pirates à se ranger. Neji Hyûga n'était pas seulement un second exemplaire sur l'Abandon, il avait un destin hors-du-commun.
Hyûga brisa la connexion en répondant au capitaine. Ce dernier jeta un bref regard au garçon et lui sourit pour se tourner vers un lieutenant. Minato se cala contre la paroi dans son dos. Il n'avait pas peur du capitaine. Il n'avait pas peur d'Hyûga. Il n'avait pas peur des pirates. Il avait peur de ce qu'il adviendrait et du rôle que lui-même jouerait. Il avait peur que, comme les légendes le décrivaient, le capitaine Haruno provoquât la colère du capitaine Uchiwa et sonnât le glas de sa fin prochaine.
(1) Il existait plusieurs types d'armes à l'époque. La plus connue est naturellement le sabre (lame courbée, un seul tranchant, grande taille) mais la rapière (lame longue et fine, garde élaborée) et le cimeterre (sorte de sabre asiatique) étaient également couramment utilisés. Je risque de mélanger les termes pour faire des synonymes donc, n'y prêtez pas trop attention.
J'espère que vous aimez toujours l'histoire et la direction qu'elle prend (lentement, je le concède). N'oubliez pas de commenter, ça fait toujours plaisir et surtout, ça encourage à publier la suite !
A bientôt !
