7.

Galahane sursauta presqu'aussi violemment que son visiteur impromptu.

- Alguérande, je suis une vieille femme, n'apparais pas sans prévenir !

- Tu as l'âge de mon père… Bien que tu paraisses avoir pris quelques années depuis mon passage la dernière fois ! ?

- Ainsi nous sommes, les Carsinômes, expliqua leur leadeuse en l'escortant à son appartement. Nous vivons durant près de deux siècles, puis quand la fin approche, nos corps s'étiolent et se marquent quasiment à chaque jour qui passe. Il nous reste vraiment peu de temps, Algie Waldenheim…

- Et j'ignore quand j'en finirai avec les dieux d'Unyversium, si tant est que cela soit dans mes pouvoirs. Tu pourras tenir, Galahane ? J'ai l'impression d'être face à une centenaire !

- Comme je te l'ai dit, mon corps se flétrit… Mais je saurai assumer la position que tu me donnes. De toute façon, le dernier des Carsinômes éteint, l'Arche demeurera encore quelques semaines. Elle aura perdu son pouvoir de régénération – sans recours à des papillons ! – et elle s'effritera tout simplement en débris spatiaux ! Reviens à temps pour pouvoir la quitter, ou te téléporter sur tes cuirassés alliés. Adieu, Alguérande Waldenheim, car nous ne nous reverrons plus, dans cette vie.

- Je…

Galahane posa ses mains sur celles du jeune homme, y posant ses lèvres.

- Ne dis rien, Algie, pria-t-elle.

- Je me dois absolument d'exprimer car cette pensée ne m'a pas quitté ces dernières semaines.

Alguérande prit une bonne inspiration.

- Si je n'y arrive pas, c'est moi qui te rejoindrai dans cette éternité, et ceux qui me sont le plus chers avec moi.

Les prunelles grises étincelèrent néanmoins.

- Pourtant, j'ai d'autres cœurs à retrouver : Madaryne et ces merveilles qu'elle m'a donnés ! Mon bonheur absolu est là tout près et je refuse de sacrifier certains pour d'autres. Sans que tous reviennent, ce ne sera pas une victoire !

- Le vortex n'a jamais cessé d'être ouvert durant ces décennies, d'où la facilité de tes passages entre les dimensions, les accès aux Sanctuaires. Tu peux partir, Algie !

- Merci, Galahane.

Alguérande tourna les talons, sombre, inquiet, déterminé.

« Cette fois, ce sera l'ultime quitte ou double. Les Waldenheim auront l'avenir devant eux ou ils disparaîtront… Mais, en tout état de cause, il reste mes trois autres petits trésors et leur chromosome doré. Je dois y aller confiant : la relève est assurée ! Mais je veux tous les ramener, point barre, il n'y aura aucun compromis ! ».

Devant le vortex d'énergie, au cœur même de l'Arche, Alguérande prit une bonne inspiration.

- Un départ sans retour, ou un départ pour tous les retours. C'est pile ou face, tout simplement ! Et j'accepte de jouer cette partie de folie à laquelle on m'oblige de me mêler !

Ouvrant ses ailes de Dragon, Alguérande plongea dans la tornade d'énergie qui lui fit traverser le temps et les dimensions.


A nouveau, Hylgène vit Khorsishon tressaillir

- Il arrive, c'est ça ?

- Oui.

- Et tu le guides, pourquoi sembles-tu surpris ?

- Je ressens sa détermination, sa haine même ! Cela ne ressemble pas à ce guerrier. D'ailleurs, il déploie soudain tellement d'énergie que je n'arrive plus à percevoir Siegfried ! On dirait que ce jeune Humain s'est beaucoup plus préparé que je ne l'imaginais !

La déesse rit, prenant son compagnon éternel par le bras, l'embrassant sur la joue.

- Il ne nous arrivera jamais à la cheville. Pourquoi s'inquiéter un instant ?

- Parce qu'il n'a cessé d'accomplir des miracles alors qu'il n'aurait jamais dû venir au monde, cette hérésie de la nature ! rugit Khorishon. Et depuis près de trente-six ans il bouleverse les ordres naturels et surnaturels ! Je le vomis, je le hais ! Et je vais le détruire. Nous sommes des dieux !

- Alors, que redoutes-tu ? insista Hylgène.

- Ce que je n'arrive pas à voir, avoua Khorishon.

- Mais tu m'as dit que les pensées de cet être infinitésimal… ?

- Je lis ses intentions, mais tout est flou, rien n'a vraiment de sens… Je ne comprends pas. Et je n'aime pas ça du tout !

Le dieu Suprême serra les poings.

- Qu'importe, qu'il vienne, enfin. Et je vais le massacrer, après avoir fait mourir les siens un par un devant ses yeux !