C'est une sensation bizarre qui me tire de mon sommeil, ce matin. Une espèce de … truc mouillé sur ma joue. Je grogne, mécontent d'avoir été réveillé trop tôt, et me renfonce un peu plus dans le fond de mon lit. La sensation mouillée revient, persistante. J'ai déjà vécu ça, à vrai dire. C'est comme un bisou … je souris les yeux fermés.
Comme un bisou … mais Katie n'est pas là ? Je me redresse d'un coup, complètement réveillé.
« Canon ! »
Je frotte tout de suite ma joue vigoureusement avec le plat de ma main là où mon chien l'a activement léché pendant un bout de temps et je le foudroie des yeux.
« T'es dégueu Canon ! »
Il répond en penchant sa tête sur le côté, et me regarde avec des grands yeux humides, ce qui absolument adorable. Je soupire.
J'ai vraiment cru un instant que c'était Katie qui m'embrassait tout le visage pour me réveiller. Elle adore faire ça parceque je mets toujours le même nombre de bisous à répondre, apparemment. J'adore qu'elle le fasse aussi, bien sûr. Katie me manque tout le temps, mais atrocement plus le matin et le soir. Le fait qu'elle ne soit pas la dernière chose que je voie en me couchant et la première en me levant m'enfonce chaque jour dans une espèce de spirale négative dont il faut absolument que je sorte.
J'ai déjà assez de mal à ne pas me laisser abattre par ce que je vois tous les jours au boulot. J'ai bu une potion sans rêve pour m'endormir la nuit dernière. Ça ne m'était pas arrivé depuis … quelques années au moins.
J'avais pris la mauvaise habitude de ne dormir que sur ces potions après la guerre, parceque je n'arrivais plus à m'endormir sans sentir un goût de sang dans ma bouche, et j'en étais devenu accro. Hermione avait le même problème que moi – elle parcequ'elle se réveillait toutes les nuits en hurlant à Bellatrix d'arrêter ses tortures – et comme Harry commençait à pencher dangereusement vers la même addiction, Luna a commencé à nous concocter des potions à base de plantes beaucoup plus douces. Je crois que Neville l'a aidé à les faire, parcequ'elles fonctionnaient bien et on a pu finalement se remettre à dormir normalement.
Mais hier soir, je n'ai pas réussi. Ma tête bourdonnait de pensées – les Bevans et la petite Emma, ces lettres anonymes qui ne cessent pas, Katie, l'agression d'Andrea, Ginny et Hermione, les lettres encore … Je n'arrivais juste pas à me concentrer, alors j'ai craqué et je suis allé chercher tout au fond de mon armoire à pharmacie le petit pot bleu qui contient ce qui me restait de potion sans rêve.
J'espère ne plus en avoir besoin parceque je veux vraiment pas retomber dans cette addiction-là.
Des fois je me demande si Harry et moi ne sommes pas complètement fous ; d'anciens vétérans de guerre ayant souffert de troubles de stress post-traumatiques qui se plongent volontairement tous les jours dans des affaires de crime et de violence.
Je secoue la tête. Ce genre de pensées n'est jamais bonnes, et encore moins dès les premières heures du matin.
Et puis je vois Katie ce soir, et on est en weekend demain, ce n'est pas une petite journée qui aura la peau de Ron Weasley.
« Aller Canon, tu veux qu'on aille faire un tour ? »
Canon saute aussitôt partout dans ma chambre, ce qui me redonne un peu le sourire, et je vais vite m'habiller avec un tshirt d'entraînement des Harpies que m'a donné Gin et un vieux jogging pour aller sortir mon chien.
C'est encore une des seules choses qui me relaxe vraiment de ces jours. Ça et voler. Et voir mes petits neveux aussi.
« Aller mon vieux, on est partis ! »
Canon part en courant dès que qu'il sent sa laisse bien accrochée à son collier, et je décide de le suivre à petites foulées. Ça va me faire du bien de courir un peu, et ça va me permettre de me vider la tête.
Quinze minutes plus tard, je tire sur la laisse de Canon pour le freiner et vais m'écrouler sur un banc, complètement épuisé. Il faut vraiment que je me remettre au sport.
« Pas facile dès le matin hein ? » me lance un grand gaillard tout suant, qui pose un pied sur mon banc pour s'étirer.
« Surtout quand on a un chien qui tire sur sa laisse pour courir plus vite » je réponds en jetant un coup d'œil à Canon, qui ne demande qu'à repartir courir à pleine vitesse.
« Vous essayez de vous remettre à niveau ? »
Je souris au grand gars qui a arrêté de s'étirer les jambes et est maintenant en train de faire des grands moulinets de bras « On peut dire ça comme ça. Et on va dire que ma copine ne serait pas contre quelques kilos en moins … »
Le grand coureur part dans un grand rire « Qu'est-ce qu'on ferait pas pour faire plaisir à sa femme pas vrai ? La mienne me fait courir depuis que j'ai arrêté de fumer … pour me garder en forme ça disant »
Je souris. « J'espère que ça marchera pour vous »
« Moi aussi … bonne route, mec ! »
Je le regarde repartir à grandes foulées en souriant. Vu sa manière de souffler comme un bœuf et la couleur de ses joues, il est pas vraiment prêt de garder la forme le pauvre.
Je me demande si c'est difficile d'arrêter de fumer. Je n'ai jamais vraiment accroché à la cigarette, même si je n'y dis pas non de temps en temps. Ce qui me fait penser tout de suite à un autre de mes problèmes du moment. Ce briquet, dans la chambre d'Emma. Un objet qui n'a rien à faire dans la chambre d'une petite fille, et encore moins d'une petite fille moldue.
Ce briquet est un briquet magique, j'en mettrai ma baguette au feu. C'est donc obligatoirement un sorcier qui l'a posé là, et je dis bien posé. Je trouve ça un peu gros qu'un potentiel assassin prenne le soin d'enlever tous les livres sorciers de Grace mais soit assez bête pour faire tomber son briquet au sol.
Si ce briquet a été posé là, c'est pour une raison précise. Et si non … au final c'est vrai que mes clés sont déjà tombées plusieurs fois de mes poches alors que j'y prenais quelque chose, et je ne peux donc pas enlever l'option d'un accident.
Mais dans ce cas-là, que faisais le tueur dans la chambre d'Emma ? Que de questions auxquelles je n'aurai sans doute jamais la réponse. Un qui ne se pose pas toutes ces questions, c'est Canon. La fatigue de tout ce sport l'a enfin abattu et il a posé sa petite tête sur ma cuisse pour faire une petite sieste au soleil.
« C'est dur pour toi, la vie hein ? » je souris en passant une main derrière ses oreilles « Pas de boulot stressant, pas de petite amie que tu vois jamais, pas de menaces de mort sur ta tête et toute ta famille … »
Canon semble bailler son accord et je continue à lui gratter la tête comme ça un petit moment. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est l'heure de ramener mon chien à la maison et de partir au ministère.
Canon me fait des grands yeux tristes quand il me voit entrer dans la cheminée, et avant de lancer mon « Ministère de la magie ! », je lui promets que j'essayerai de pas rentrer trop tard ce soir.
Quand j'arrive à mon étage, et après avoir fait mon traditionnel tour d'étage pour voir qui est arrivé, je me dirige vers mon bureau et qu'elle n'est pas ma surprise quand je vois de loin que la porte est déjà entrouverte, et que je peux voir de la lumière passer à travers la fente. Je sors ma baguette, prudence oblige, et avance prudemment vers mon bureau pour ouvrir la porte d'un coup.
Jerry est là, les bras chargés de dossiers et de papiers, les yeux d'un animal pris par une lumière dans le noir et un peu étonné par ma baguette dressée vers lui, que j'abaisse aussitôt.
« Jerry ? Qu'est-ce que tu fais là ? Et aussitôt le matin en plus ! »
« Je euh … je rangeais … 'fin on m'a demandé et euh … voilà » bafouille mon stagiaire en regardant partout autour de lui sauf dans mes yeux
« Je comprends rien à ce que tu racontes » je grogne en enlevant ma cape et mon blouson « Tu m'as déposé le résumé que je t'ai demandé hier ? »
« Le résumé … » Ses yeux se rallument d'un coup « Ah oui ! Je venais justement le déposer sur votre bureau »
« En enlevant tous les papiers qui étaient posés dessus, donc ? »
Jerry rougit jusqu'aux oreilles et ne dit rien. Je soupire et me passe une main dans les cheveux. Je n'ai pas encore bu assez de café pour m'occuper sérieusement de ça.
« Tu rangeais mon bureau c'est ça ? »
Jerry hoche frénétiquement de la tête.
« Et qui t'a demandé de faire ça ? »
« Ba … vous M'sieur Weas' ! » dit-il avec toute l'innocence du monde. Moi ? C'est à mon tour de faire une grimace de surprise.
« Moi ? Je t'ai demandé de ranger mon bureau ? »
« Ba oui … enfin je crois bien »
Je deviens fou c'est sûr. En tous cas, ce n'est pas le moment de montrer de la faiblesse devant Jerry.
« Peut-être bien oui … bon j'ai besoin que t'ailles aux archives pour moi aujourd'hui »
« Oui, M'sieur Ron. Pour vérifier quoi ? »
« Je veux les fiches de paies de Grace Bevans, ou un contrat, un horaire, n'importe quoi qui me prouve qu'elle travaillait chez les sorciers »
« Mais je vous l'ai déjà donné … »
« Son emploi du temps moldu, oui, et le job étudiant qu'elle a eu à la sortie de Poudlard, mais moi je te parle d'un travail récent. Si Grace n'était ni au tribunal moldu ni chez elle les mardis et jeudis après-midi, elle était bien quelque part non ? Elle avait peut-être une double vie et un job sorcier à mi-temps, ce qui justifie le fait qu'elle puisse encore acheter des objets sorciers »
Jerry me regarde avec les mêmes yeux qu'Errol quand on lui donnait une lettre trop lourde pour lui et je comprends qu'il n'a rien capté.
« Grace avait chez elle des objets sorciers presque neufs, Jeremiah, donc achetés récemment. Si elle avait totalement coupé les ponts avec le monde sorcier, comment elle aurait trouvé les mornilles et les gallions pour les acheter ? »
« Peut-être qu'elle avait un compte à Gringotts encore actif ? »
Je souris presque, impressionné par sa répartie.
« C'est possible. Mais comme ces foutus gobelins ne nous donneront jamais aucune information sur aucun de leurs clients, le plus simple reste de trouver une source de revenus ailleurs. Si elle avait un travail sorcier, ça ne sera pas difficile à retrouve puisque le ministère garde une trace de tout depuis la fin de la guerre. »
« Et s'il n'y en a pas ? »
« Et bien ça veut dire qu'elle avait une autre source financière, et va savoir quoi … concentre toi déjà sur les archives et on avisera selon ce que tu trouves. Tu me déposeras ton rapport ce soir, parceque moi je dois aller voir la petite Emma tout à l'heure, Robards a reçu l'accord des médicomages »
Jerry me lance une petite moue sympathique, compatissant sûrement à ce que je vais devoir faire tout à l'heure, et repose toutes les feuilles qu'il avait dans les mains avant de se rapprocher de la porte.
« Et Jerry ? » Il s'arrête alors que sa main est sur la poignée de ma porte et me lance un petit regard inquiet. « On reparlera tous les deux de tes méthodes de rangement. »
Il déglutit bruyamment avant d'hocher la tête très rapidement et de détaler dans le couloir en laissant la porte ouverte derrière lui. Je vais la refermer en soupirant et vais m'assoir dans mon fauteuil dans un autre soupir.
Je suis tellement fatigué en ce moment que j'ai l'impression d'avoir le double de mon âge et deux malles de Poudlard sous chaque œil. Peut-être qu'une petite sieste express me ferait du bien …
C'est bizarre, parceque quand je rentre chez moi je n'arrive pas à dormir à cause de mon travail qui me hante, mais je suis toujours prêt à piquer du nez une fois seul dans mon bureau. Et puis maintenant que je me suis débarrassé de Jerry, personne ne viendra m'embêter avant un bout de temps …
Ma décision est vite prise et je lance un petit sort de fermeture sur la porte, avant de poser mes pieds sur ma table et m'allonger de tout mon long sur ma chaise. Il me faut moins de trente secondes pour m'assoupir, et encore quelques minutes pour m'endormir profondément.
Je sais que j'ai dormi profondément parceque quand résonne un coup sur ma porte qui me réveille en sursaut, je remarque que j'ai un peu bavé sur ma chemise et que mes cheveux sont dans un désordre pas possible.
« Oui, j'arrive ! » je lance vers la porte d'une voix caverneuse, tout en essayant d'une main d'effacer la tâche et de l'autre de mettre de l'ordre à mes cheveux.
Je me précipite vers la porte en la déverrouillant d'un coup de baguette, et je l'ouvre à la volée, essayant d'avoir l'air le plus normal possible. Je dois être beau à voir, avec mon ton cireux, mes cheveux mi aplatis mi redressés sur mon crâne et ma chemise chiffonnée, mais le petit Steve Mallards, mon hibou personnel en quelque sorte, me sourit comme si j'avais la même tête que d'habitude.
« Courrier M'sieur Ron ! » me lance-il de sa voix guillerette, tout en me tendant ma pile d'enveloppe.
« Merci, Steve » je réponds de la même voix d'homme des cavernes, et Steve hoche de la tête et me fait un petit salut du plat de la main avant de s'éloigner livrer le reste du courrier de l'étage.
Je regarde le paquet d'enveloppes dans ma main – toutes petites et blanches sauf une grosse brune que je reconnais immédiatement et qui me réveille d'un coup, plus efficacement qu'un seau d'eau glacée à la figure.
Encore une lettre.
Je referme immédiatement la porte et ne prends même pas le temps de retourner m'assoir à mon bureau pour déchirer l'enveloppe et en sortir l'article de journal qu'il contient.
Cette fois-ci c'est un vieux papier, qui date de 1999 selon la date en haut à gauche, et dont la photo centrale me représente une scène que je connais très bien, puisque j'y étais. J'ai marché à travers la grande pièce photographiée des milliers de fois, mais la scène que la photo représente est une grande estrade, où sont debout des dizaines de jeunes gens en longue robe rouge que je connais tous et dont une est derrière un pupitre et que je connais particulièrement bien puisque c'est ma belle-sœur.
J'étais dans la salle, dans les premiers rangs au moment où Hermione était derrière ce pupitre, à faire son discours de majeur de promotion, et je m'en rappelle encore comme d'hier. C'est la photo de la graduation d'Hermione et Ginny.
Mon cœur se resserre dans je lis les mots détournés de l'article. « Est-tu sûr de pouvoir les protéger de moi Ronald Weasley ? »
Hermione et Ginny. Ma sœur et ma meilleure amie.
Mes yeux retombent sur la photo, où Hermione répète des mots en boucle, et où on peut Ginny dans le fond qui la dévore des yeux et gobe absolument tout ce qu'elle dit. Je sens mon cœur battre plus fort, et je suis obligé de laisser tomber le journal au sol de peur de le chiffonner dans un accès de rage.
Parceque c'est ce qu'il s'empare de moi, la rage, une fureur indescriptible, une colère si folle que mes poings vont d'eux même s'écraser contre les murs et mes pieds tapent dans tout ce qui passe sur mon chemin.
Pourquoi s'en prendre à tous ceux que j'aime ? Pourquoi ne pas s'emparer directement à moi ? Cet espèce de … de psychopathe qui va rechercher des articles de journaux d'il y a cinq ans pour détourner un souvenir heureux et me le ruiner avec ses menaces.
Je finis vite par m'épuiser à force de taper sur tout et n'importe quoi, et je finis par m'effondrer au sol, épuisé. Je suis trop fatigué en ce moment, avec l'affaire Bevans qui me ronge vivant, et ces lettres de menace qui s'accumulent pour pouvoir gérer pleinement mes émotions.
Je me force à retenir les larmes qui menacent de couler et tends la main pour récupérer l'article. Je regarde à nouveau l'Hermione et la Ginny du papier, et je me rappelle de la fierté dans leurs yeux ce jour-là, du clin d'œil que m'avait lancé ma petite sœur quand elle avait reçu son diplôme et des applaudissements à tout rompre qu'avait reçu Hermione à la fin de son discours.
Je ne laisserai personne les approcher, et encore moins leur faire du mal. Je trouverai qui envoie ces lettres, et ce ne sera pas aux murs que je m'en prendrais cette fois. Je suis prêt à tous les sacrifices pour le bien de ma famille.
Je me redresse, et regarde un peu autour de moi le foutoir que j'ai mis. Jerry aura tout nettoyé pour rien, tiens. Rien que quelques coups de baguette ne peuvent pas arranger.
Je déverrouille le premier tiroir de mon bureau avec le sort que seul Harry, Hermione et moi ne connaissons et y dépose l'article avec tous ses congénères. Il faudra vraiment qu'on en discute tous les trois sérieusement, mais j'ai comme un mauvais pressentiment qu'on y sera forcés plus tôt que prévu.
Je ferme le tiroir d'un coup sec et le referme du sort secret, puis pointe ma baguette vers la pile de choses que j'ai renversé dans mon accès de colère.
« Dispositio ! »
Les feuilles qui avaient volé se remettent en ordre sur ma table, ma chaise se repositionne à sa place et ma coupe retourne s'accrocher au porte-manteau. Il faut que je trouve un moyen de me calmer, surtout que n'importe qui peut rentrer dans mon bureau à tout moment.
Un petit café m'aidera peut-être … Un dernier coup d'œil vers mon bureau pour m'assurer que tout est bien rangé et je remets ma baguette dans mon étui de cuisse avant de me diriger vers la porte.
Malheureusement pour moi, celle-ci s'ouvre avant que je n'aie posé la main sur la poignée – à trois centimètres de mon nez. Je lance un juron énorme en reculant aussitôt, et ma surprise redouble quand je vois qui est derrière la porte.
« Oh merde je t'ai fait mal ? »
« On frappe avant d'entrer dans une pièce, Shepherdson ! » je m'énerve « Qu'est-ce que tu veux ? »
Je relève la tête vers lui, et remarque que contrairement à d'habitude, il ne porte pas son air princier supérieur à tout et étonnement, il ne m'a toujours pas insulté en retour.
« Je peux te parler ? »
Alors ça c'est nouveau. Shepherdson ne demande jamais la permission de faire quoique ce soit, d'ordinaire.
J'hoche de la tête pour lui donner ma permission et il rentre dans mon bureau, amenant tout de suite avec lui une forte odeur de cigarettes. Pour quelqu'un qui essaie d'arrêter, il pue décidemment beaucoup la mort en ce moment.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » je demande, un peu plus doucement, alors qu'il soigneusement la porte.
Ce n'est pas dans mon habitude non plus de prendre des gants avec mon collègue Serpentard, mais il tire une telle tête qu'il me ferait presque pitié.
« Il est sûr ton stagiaire ? »
Celle-là je m'y attendais pas.
« Hein ? »
Shepherdson soupire et roule des yeux, ce qui lui ressemble déjà beaucoup plus.
« Il est où en ce moment ? »
« Je viens de l'envoyer aux archives, pour ce que je t'avais expliqué hier … » je réponds sans comprendre.
Shepherdson tourne en rond dans mon bureau comme un lion dans une cage et fait de drôles de gestes avec ses mains. « Est-ce qu'il est fiable ? »
« Hein ? »
Oui, je sais, je dis beaucoup hein, ce qui n'est pas très gracieux et énerverait beaucoup ma mère, mais je suis un peu perdu là.
« Je te demande si il est fiable ! » répète mon collègue un peu plus fort « T'as confiance en lui ou pas ? »
« Bien sûr ! Pourquoi tu t'énerves ? » je rétorque « Et c'est quoi toutes ces questions à la con ? »
Il interrompt enfin son mouvement frénétique et me regarde dans les yeux.
« C'est que … il se passe des choses bizarres »
Si je ne le connaissais pas aussi bien, je pourrai croire qu'il est en train de bégayer.
« De quoi ? »
« Ça fait un bout de temps que j'ai l'impression qu'on me vole des affaires »
Il se croit à l'école lui ou quoi ?
« Quelles affaires ? »
« Rien de bien grave, des plumes, quelques papiers qui étaient sur mon bureau et qui ont disparu … et surtout mon briquet »
« Ton briquet ? Mais tu fumes comme une cheminée, me fais pas croire que t'as qu'un seul briquet ! »
« Non mais celui-là c'est un pote d'enfance qui me l'avait offert ! »
Tiens, je savais pas qu'il avait des amis. On en apprend tous les jours.
« Et il était comment ? »
« C'était un Benson and Benson noir et argent, à flamme constante »
Je cesse tout de suite de faire le malin. Le briquet que vient de me décrire cet imbécile correspond exactement au briquet que j'ai ramassé dans la chambre d'Emma. Est-ce que ça peut être une coïncidence ? Si c'est le même dont on parle, il est culoté de venir m'en parler.
Ou alors … des centaines d'hypothèses viennent se mélanger dans mon esprit et l'embrume de mystère. En tous cas, je finis par remarquer que ça fait bien deux bonnes minutes que je n'ai rien dit, et il commence à me regarder bizarrement.
« Et euh … t'es sûr de pas l'avoir perdu par hasard ? »
Bien joué, Weasley. Pour la discrétion, on repassera. Heureusement, il n'a pas l'air de capter mon malaise.
« Il est toujours sur moi ! Le seul moyen de me le prendre et si j'enlève ma veste, et je ne l'enlève que dans mon bureau ! »
« Donc tu penses que Jerry mon stagiaire serait allé voler ton briquet dans ta veste dans ton bureau ? »
« C'est quand même le seul à pouvoir aller fouiner dans ton les bureaux de l'étage sans qu'on lui dise rien non ? Et tu vas pas me dire que t'as pas remarqué quelque chose de bizarre avec lui ces derniers temps ! »
Je dois avouer qu'il me prend à court, là. Je suis tiraillé entre lui poser plus de questions sur son briquet, avouer que Jerry m'inquiète de plus en plus et lui répondre de se mêler de ses affaires, mais il enchaîne avant que je puisse répondre.
« En plus avec l'agression d'Andrea … plus rien n'est sûr »
« Attends, tu ne penses quand même pas … »
« Jerry ? Non ça peut pas être lui » soupire Shepherdson « Il était parti bien avant je le sais, et de toute façon il aurait jamais les couilles de faire un truc comme ça »
« Alors pourquoi tu dis ça ? »
Il lève les yeux vers moi, et ce que je peux y lire m'inquiète un peu. Est-ce que ça serait …de la peur ?
« Je sais pas, je suis peut-être fatigué en ce moment … » répond-il après un petit moment de silence, ce qui ne me rassure pas vraiment. De toute façon, toute cette conversation ne me rassure pas vraiment.
« C'est l'affaire Bevans qui te fatigue ? Tu sais moi aussi ça me stresse, et le fait qu'on puisse peut-être ne jamais retrouver celui qui a fait ça »
Shepherdson lève la tête vers moi et me regarde avec des yeux bizarres. « Hein ? Euh oui, oui bien sûr »
Je ne réponds rien. Quoi dire de toute façon ? Il regarde autour de lui nerveusement et trébuche presque vers ma porte.
« Je vais y aller … du travail » Il se retourne vers moi et me regarde droit dans les yeux. « Pense à ce que je t'ai dit, hein ? »
« Euh oui. Je te vois tout à l'heure ? Quand on ira voir Emma ? »
Il ne répond pas et s'en va dans un espèce de mouvement de tête. Il est bizarre ce type. Vraiment. Et cette histoire de briquet … Comme si j'avais que ça comme affaires à régler en ce moment, quoi. Il faudra que j'enquête aussi là-dessus.
En plus de l'affaire Bevans, de l'agression d'Andrea et des lettres anonymes qui menacent ma famille. Je hausse des épaules et retourne à mon bureau. Si je veux être prêt pour interroger la petite Emma avec tact et délicatesse, il faut que je me prépare. Hermione a promis qu'elle viendrait m'aider, elle a toujours été douée avec les enfants, mais elle avait d'abord un meeting avec le reste de son équipe ce matin.
J'essaye d'écrire quelques phrases d'approche basiques pour Emma, histoire de ne pas l'effrayer ou la traumatiser à vie plus qu 'elle ne l'est déjà, pauvre gamine, mais je finis par toutes les barrer, en grognant profondément.
Un toquement à ma porte me fait un peu sursauter et je lance un petit Entre, Hermione.
« Surprise ! » lance la voix féminine en rentrant, et je lève la tête de mon torchon en riant « Hermione je sais que – Andy ! »
Andrea est là, devant moi, avec deux cafés dans les mains et son habituel sourire en coin.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » Je me précipite tout de suite pour la débarrasser d'un café et en profite pour lui faire la bise et un câlin.
« Ça me fait plaisir de te voir ! »sourit ma petite voisine en entrant dans mon bureau alors que je la suis en en essayant de checker discrètement si elle a des traces de l'agression sur son visage
« T'es déjà sur pieds ? »
« Oh tu sais j'ai vu bien pire dans ma jeune carrière » sourit-elle en s'asseyant tranquillement sur ma chaise « On m'a dit que c'est toi et Harry qui vous occupez de … ce qui s'est passé »
« Robards était furieux … il a convoqué tout le monde ce matin et nous a tous engueulé comme du poisson pourri » je raconte « Il veut que j'enquête sur ton cas et Harry me rejoindra quand il aura le temps. Tu te rappelles pas de quelque chose ou quelqu'un qui pourrait me faire avancer ? »
Andrea secoue la tête. « J'étais en train de conclure sur mon dossier, j'étais presque prête à partir … et puis d'un coup il y avait du bruit derrière moi et j'ai à peine eu le temps de prendre ma baguette que j'étais dans le noir … et puis plus rien »
« Rien ? T'as pas eu le temps de lancer un sort ? De voir qui était là ? »
« A peine un Expelliarmus et encore j'en suis même pas sûre … je crois qu'il ou elle avait placé un sort de désillusion sur moi avant de m'envoyer dans les étoiles parceque j'étais toute … dans le flou tu vois ? Je suis totalement incapable de te dire si c'était un homme ou une femme ou un troll … »
Je soupire. Ça va bien m'avancer ça.
« Bon, il faudra que je revienne te poser des questions officielles pour mon rapport quand j'aurai le temps… peut-être ce soir ou demain ? »
« Ah oui, tu vas voir la petite gamine Bevans tout à l'heure … ça va aller ? »
« J'espère » je dis en faisant une grimace « C'est une chose de discuter avec mes petits neveux et nièces, une autre avec une petite fille de cinq ans dont les parents ont été sauvagement assassinés il y a une semaine … »
« Il faut justement que tu lui parles comme si c'était ta nièce, ça la mettra en confiance » dit Andrea en sirotant son café « Si tu commences à s'apitoyer sur son sort ou à lui parler comme à un adulte elle ne te dira rien »
« Et j'aurai Shepherdson avec moi pour ne rien arranger … »
« Houla ! » rit Andrea « Ne le laisse lui parler si tu peux, ça vaut mieux pour tout le monde ! »
« Ça c'est sûr, il risquerait de lui faite faire des cauchemars cette nuit » je grogne, et Andrea rit de plus belle.
« Ron … » me gronde elle gentiment quand elle a fini de glousse
« Quoi, c'est vrai ! » je me défends en souriant « Il serait capable de faire pleurer un détraqueur ce type avec sa sympathie naturelle ! »
Andrea et moi on continue à discuter de tout et de rien pendant un petit bout de temps, jusqu'à ce qu'un autre bruit sur ma porte coupe la blague sur les hippogriffes que j'étais en train de raconter.
« Ça doit être Hermione » je dis en posant ma tasse vide sur mon bureau « Entre Mione ! »
La porte s'ouvre, mais pas sur mon amie aux cheveux bouclés mais sur celui au cheveux noir corbeau, qui ouvre des yeux grands comme des soucoupes quand il voit qui est là avec moi.
« Andrea ! »
Harry se précipite pour aller saluer ma petite voisine tandis que je m'étonne à haute voix que ça fait déjà deux fois que je croie qu'Hermione arrive alors que ce n'est jamais elle qui rentre.
« Elle arrive Ron » répond Harry, qui a les bras d'Andrea toujours autour de ses épaules « Je crois qu'elle était en train de se débarrasser de Patrick, je pouvais l'entendre l'appeler depuis le couloir »
Harry demande ensuite des nouvelles d'Andrea, qui lui redit la même chose qu'à moi, et mon meilleur ami se gratte la tête d'un air inquiet.
« Ce qui nous embête c'est que Robards semble penser qu'il s'agit de quelqu'un du ministère … »
« Je sais il me l'a dit hier »
« Tu l'as vu ? » je m'étonne « Oui, il est venu me voir hier quand je me suis réveillée à Sainte-Mangouste, pour être sûr que j'étais en état de revenir aujourd'hui »
« Il t'a rien dit d'autre ? »
« Non … il avait l'air assez inquiet, je ne vous le cache pas. Mais il a confiance en vous pour retrouver qui a fait ça »
Harry et moi on se jette un coup d'œil qui en dit long et on soupire tous les deux presque en synchronisation.
« J'espère » lance Harry « En tous cas on donnera tout ce qu'on a »
« Promis ! » je rajoute le plus concrètement que je peux, ce qui ne marche pas très bien et fait rire Andrea.
« Aller, les enfants ne faites pas ces têtes d'enterrement, j'ai survécu à bien pire qu'une petite attaque par derrière. Je vous ai déjà raconté la fois où la forme animagus du gars qu'on était censé emmener à Azkaban était un ours ? »
« Vingt fois déjà ! » rit Harry, qui a retrouvé des couleurs sur son visage.
« Minimum ! » je rajoute.
Andrea fait semblant de se vexer et hausse les épaules en prenant un air faussement détaché « Puisque c'est comme ça je ne vous raconterai plus rien ! »
« Roooooh ! » fait Harry en rigolant de plus belle
« Mais non ! » je dis en passant un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de moi.
« Et bien ça rigole ici ! » lance une voix depuis la porte que n'a pas refermé Harry « Madame Kane ? Quelle bonne surprise ! »
« Ah enfin te voilà ! » je souris alors qu'Andrea se détache de mon étreinte pour aller embrasser Hermione « Ca fait une heure qu'on t'attend ! »
« A peine dix minutes » roule des yeux Hermione « Je t'avais dit neuf heure trente et il est même pas quarante-cinq »
« T'étais sûrement trop occupée à discuter avec Patrick pour surveiller l'heure » lance perfidement Harry, et Hermione le foudroie du regard avant de retourner vers ma petite voisine.
« Mais vous Andrea comment vous sentez vous ? Vous vous rappelez de quelque chose quand même ? »
Andrea prend une grande respiration avant de raconter pour la troisième fois la même histoire qu'à Harry et à moi, avec presque les mêmes mots d'ailleurs je remarque. Hermione, évidemment, lui pose dix mille questions auxquelles la pauvre Andy ne peut pas répondre puisque ce qu'il lui est arrivé est un véritable trou noir pour elle, et Harry et moi on finit par intervenir.
« Laisse la respirer un peu, Mione »
« Ça ne me dérange pas, va » sourit Andrea, qui est décidemment trop gentille « Mon Philippe était pareil que vous Hermione, toujours à s'inquiéter pour tout le monde et jamais pour lui … Comment va votre adorable femme d'ailleurs ? »
Le visage de ma belle-sœur s'illumine aussitôt, et je roule des yeux fortement devant sa niaiserie.
« Depuis la reprise de la saison, beaucoup mieux ! Avec le premier match dans moins de quinze jours maintenant, elle n'a plus le temps de stresser à sa potentielle nomination de capitaine »
« Oh elle l'aura sa nomination, il n'y a aucun doute » dit Harry, et je confirme fièrement.
« Evidemment qu'elle l'aura. J'ai déjà acheté le champagne ! »
« Ron ! » s'exclame Andrea, qui est un peu superstitieuse par moments « T'as pas fait ça ? Ça risque de lui porter malchance ! »
« Quoi ? Même Gwenog lui a dit qu'elle avait l'étoffe pour le faire ! »
« C'est vrai » soutient Harry « Maintenant que Vicky s'en va, elle a toutes ses chances pour avoir le poste. Qui d'autre, franchement ? Elle était une capitaine parfaite à Poudlard en septième année ! »
« Pitié plus d'analyse de quidditch, j'en ai déjà assez à la maison comme ça » grogne Hermione et on rigole tous.
« Bon aller, assez parlé de quidditch, j'ai un dossier à finir moi » dit Andrea en allant nous tapoter tous sur l'épaule « Travaillez bien les jeunes ! »
Toute une série d'au revoir plus tard, et la porte se referme sur Andrea tandis que mes deux meilleurs amis s'installent confortablement autour de mon bureau.
« Bien » dit Hermione d'une voix bien plus grave « Où est-ce qu'on en est ? »
« A quel point de vue ? » je demande « L'affaire Bevans ou le corbeau anonyme ? »
« Tu as reçu d'autres lettres ? » demande tout de suite Hermione, qui lit à travers moi comme dans un livre ouvert.
Je lance un petit muffliato sur la porte pour plus de discrétion et sort de sa cachette la dernière lettre reçue ce matin. Hermione la parcourt vite avant de la tendre à Harry, et c'est difficile de dire lequel des deux est le plus frappé par ce qu'il lit.
« Elle date de quand ? » finit par dire Harry d'une voix blanche.
« Ce matin » je réponds « Toutes les autres sont dans le tiroir »
Harry se saisit tout de suite du paquet d'articles et l'examine attentivement.
« Jamais vu une pile de lettres haineuses contre nous aussi grosse que depuis le Tournoi des Trois Sorciers » commente tranquillement Hermione et Harry tourne la tête si vite vers elle qu'on peut presque entendre son cou craquer. J'ai peur qu'il commence à s'énerver pour rien, alors j'enchaîne vite.
« J'ai pas encore posé les sorts dessus, si tu veux »
Hermione hoche de la tête et sort sa baguette, mais je vois bien dans ses yeux qu'elle n'y croit pas vraiment. Et on a beau appliquer tous les sorts qu'on connait sur ce maudit article, rien n'y fait.
Harry, comme j'en avais peur, commence à s'agiter et se lève de son siège pour gigoter autour de mon bureau.
« Qu'est-ce qu'on va faire de ça ? »
Hermione essaye de le raisonner, de lui dire que nous on est protégés au ministère et que tout le reste de la famille est protégé là où ils sont -que ce soit Ginny à Holyhead, Molly au Terrier, Luna et James Square Grimmauld ou même Katie dans son hôpital à Manchester – mais il continue à s'inquiéter et je le comprends bien.
« Harry, assieds-toi » je finis par lui dire alors qu'il pianote le bout de sa baguette contre mon étagère « Viens, il y a des choses plus importantes dont je voudrais discuter »
« Plus importantes ? Plus importantes qu'un espèce de malade qui nous envoie presque une lettre par jour en nous menaçant de trucider nos femmes et nos enfants ? »
Je roule des yeux devant son effet dramatique. Harry a toujours eu un étrange goût pour le pathos.
« Ecoute, je suis tout aussi inquiet que toi mais on ne peut rien y faire »
Hermione m'appuie d'un hochement de tête. « Il y a trop de pression sur l'affaire Bevans et maintenant sur l'agression d'Andrea pour qu'on se focalise sur ça maintenant »
Harry me regarde-moi, puis Hermione, puis la lettre, et finis par ranger sa baguette dans sa poche. « D'accord, mais à la prochaine lettre, je m'en fous j'en parle à Andrea ou Robards, n'importe qui qui s'y connaisse ! »
Bizarrement, c'est plus une phrase que j'aurai plus entendu Hermione dire qu'Harry. Peut-être qu'on passe vraiment trop de temps ensemble après tout.
« Bon alors c'est quoi cette chose importante ? »
« J'ai vraiment besoin de vos visions sur le sujet à tous les deux. » je commence « Shepherdson est venu dans mon bureau ce matin … »
Je leur raconte toute l'histoire de Shepherdson et de son briquet, qui ressemble étrangement à celui que j'ai retrouvé chez les Bevans, et son comportement plus que suspect ce matin. Je rajoute aussi la position dans laquelle j'ai trouvé Jerry en arrivant, ce qui fait tout de suite rebondir Harry sur son siège.
« Il fouillait tes dossiers ? En plus d'écouter aux portes ! »
« Mais non – » je commence
« Comment ça il écoute aux portes ? »
Après avoir expliqué à Hermione l'histoire de la porte, celle-ci se range du côté d'Harry pour dire que le comportement de Jerry est décidemment de plus en plus étrange. Quant à celui de Shepherdson, il est – selon Harry – carrément suspect.
« Comment ça suspect ? »
« Son briquet se retrouve dans la chambre d'Emma Bevans et tu ne trouves pas ça suspect toi ? » attaque Harry
« Je suis pas tout à fait sûr que ce soit son briquet … »
« Oh, s'il te plait, il était censé avoir arrêté de fumer et depuis qu'on a ouvert cette enquête, je l'ai pas vu une seule fois sans une clope au bec ! »
« Il a peut-être recommencé après, ça ne prouve rien … »
« Il terrorise Jerry, qui se met à fouiller dans tes papiers et écoute aux portes ! »
« Jerry a peur de tout le monde et je suis presque sûr qu'il ne fouillait pas et … »
« Et il arrête pas de vouloir saccager l'enquête depuis le début, dis-lui toi Hermione ! »
« Harry a raison Ron, Shepherdson raconte à qui veut bien l'écouter que cette enquête devrait vous êtes destituée, et franchement il en a convaincu plus d'un »
« D'accord, d'accord ! » je finis par crier en levant les mains en l'air « Ça va vous avez gagné, il a un comportement suspect ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il a tué les Bevans lui-même ? »
Hermione et Harry ne répondent rien et se contentent de se jeter un regard de travers.
« Vous pensez quand même pas que … »
« Je ne sais pas Ron » m'interrompt Hermione en soupirant « Il faut admettre qu'il y a certains détails troublants non ? Et rajoutes à ça ces lettres de menace qui ne cessent pas, et puis l'agression d'une de nos collègues juste sous notre nez … »
Harry hoche de la tête frénétiquement à ses côtés.
« Qui nous dit que tout n'est pas relié ? »
« Non là tu paniques un peu Harry … » corrige Hermione « Je veux bien croire que quelqu'un cherche à saboter notre enquête, mais pourquoi s'en prendre à Andrea, et surtout pourquoi s'en prendre à nos familles ? » je rajoute.
« Je sais pas » grogne Harry en se grattant la tête « J'ai une mauvaise impression … vous avez raison, les lettres anonymes n'ont sûrement rien à voir, mais j'ai comme l'intuition que l'agression d'Andrea n'était pas un acte isolé »
« Harry … » je commence mais Hermione m'interrompt.
« Non, il a raison »
Je lève un sourcil vers elle, étonné. Normalement elle prend la défense de la raison, pas des théories farfelues qu'Harry et moi avons l'habitude de pondre à longueur de journée.
« Je veux dire, c'est vrai que c'est un peu exagéré de plonger dans la théorie du complot et d'accuser Shepherdson de tous les maux de la terre, ou même de dire que tout ce qu'on subit en ce moment est relié. Mais c'est vrai que tout ça ressemble à un traquenard … un gros piège dont je ne sais pas qui tire les ficelles, mais il est très bien informé en tous cas »
Un silence tombe dans la pièce, un silence pesant dont je n'ai pas l'habitude. Mon anxiété me suffit à moi toute seule pour rajouter celle de mes deux meilleurs amis- et alliés. Harry et Hermione ont tout partagé et vécu avec moi, tout.
Je les connais presque mieux que moi-même, et ce que je peux lire à l'instant dans leurs yeux ne me plait du tout. De la rage dans les yeux verts, et ce qui ressemble à de l'angoisse dans les yeux bruns … une mauvaise impression de déjà-vu me remonte à la gorge.
« Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? » je finis par demander, en brisant le silence.
"Ça veut dire qu'on doit se méfier de tout et de tout le monde." dit Hermione.
« Constante vigilance ! » crie Harry d'une grosse voix, et il arrive à nous tirer un sourire malgré la gravité de la situation. Harry veut rajouter quelque chose je crois, mais un bruit contre ma porte interrompt son mouvement.
« Décidemment il y a du mouvement aujourd'hui » je grogne « Entrez ! »
Steve Mallard rentre dans mon bureau, une grande chouette brune agrippée à son poignet.
« Steve ? Mais tu m'as déjà apporté ce matin ? »
« C'est pas pour vous celle-là, M'sieur Ron, c'est une chouette urgente arrivée il y a dix minutes pour M'dame Granger ! »
« Pour moi ? » s'étonne Hermione
« Une urgence M'dame » répète Steve en tendant vers elle le poignet où est accrochée la chouette pour qu'elle en enlève le message lié à sa patte.
Hermione détache le parchemin et le déroule aussitôt pour le lire, alors que Steve fait un petit mouvement de tête vers Harry et moi et s'en va avec la chouette, qui regarde autour d'elle d'un air hautain.
« Sinon tu stresses pas trop pour Emma tout à l'heure ? » me demande Harry, alors qu'Hermione parcourt sa lettre des yeux à toute vitesse.
« Un peu … Hermione est censée m'aider avec ce que je dois lui dire … J'attends pas trop d'elle, j'espère juste ne pas l'effrayer quoi »
« Yes ! »
Harry et moi nous retournons tout de suite vers Hermione, qui a un grand sourire sur le visage et replie vite la lettre pour la ranger dans sa poche.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demande Harry. Hermione secoue la tête de droite à gauche et souris de plus belle
« Une bonne nouvelle … je dois y aller les garçons, je prends mon après-midi ! »
« Hein ? » s'exclame-on en même temps
« Tu prends … ton après-midi ? Mais tu fais jamais ça ! »
« Il reste encore des heures de travail devant nous ! »
« Et nous on doit rester là à bosser cet aprem' ! »
« Et tu m'as même pas aidé pour Emma ! J'ai besoin de toi, moi ! »
« Du calme ! » lance Hermione en levant les mains en l'air comme si on la menaçait de nos baguettes « Vous saurez tout ce soir, ok ? »
« Attends voir - » commence Harry, mais Hermione enchaîne vite
« Vous venez toujours diner à la maison n'est-ce pas ? Tous les autres m'ont confirmé, oh et Katie nous a envoyé un hibou hier pour dire qu'elle pourrait finalement être là vers sept heures au lieu de huit ! »
J'hoche de la tête en souriant, un de mes premiers vrais sourires de la journée
« Elle transplanera directement chez vous je pense, parceque j'aurai sûrement pas le temps de rentrer à la maison »
« Parfait ! On vous attend ce soir dès que vous sortez du ministère alors ! »
« Mais Hermione, attends ! » je lance, mais Hermione s'est levée et déjà a fait tout le trajet jusqu'à ma porte.
« Ne t'inquiète pas pour Emma, sois juste naturel et tout va rouler d'accord ! »
« Attends ! » lance Harry, qui s'est levé aussi « Cette chouette-là, elle venait de Holyhead non ? »
« A ce soir ! » dit vite Hermione en fermant la porte derrière elle.
« J'y crois pas » dit Harry en fixant la porte des yeux « La lettre venait de Holyhead, hein ? C'était l'écusson des Harpies, là-dessus, c'est sûr ! »
« Tu crois ? » je souris « Ça voudrait dire que ça vient de Ginny ! »
Harry et moi on se sourit sans rien rajouter un instant.
« Bon aller, on saura ce soir de toute façon » dit Harry en retournant s'assoir à sa chaise, mais lui et moi savons très bien à quoi on pense tous les deux.
Autant dire qu'on attend tous les deux le dîner de ce soir avec impatience.
Harry reste dans mon bureau pendant presque une heure, à boire quelques cafés avec moi, à préparer mon intervention et à essayer d'avancer sur l'agression d'Andrea en relisant toutes les dépositions qu'ont déposé à Robards les Aurors et autres employés de l'étage.
Pour être franc, on en tire pas grand-chose de plus que ce que l'on sait déjà, si ce n'est qu'on sait maintenant où étaient partis nos collègues en mission secrète. Même si les Aurors sont censés travailler en solitaire, Harry et moi ne nous sommes jamais vraiment lâchés depuis qu'on est devenu Aurors, peut-être une conséquence de toutes ces années passées à courir ensemble après les ennuis à Poudlard. Ou tous ces devoirs faits à la vite à minuit dans la salle commune de Gryffondor, qui sait ?
En tous cas il n'y a pas une seule de mes missions dont je n'ai pas ne serait-ce que discuté avec lui, et je sais bien qu'on travaille mieux à deux que tout seul. D'ailleurs tout le monde a l'habitude de nous voir travailler en duo - ou en trio avec Hermione bien sûr, et parler à l'un de quelque chose c'est comme en parler à l'autre.
C'est pour ça que quand Gawain Robards le big boss rentre dans mon bureau avec Shepherdson qui le suit de près, il ne s'étonne pas de la présence d'Harry et ne lui demande même pas de sortir. Il sait très bien que j'irai tout lui raconter après de toute façon.
« Weasley, Potter. » nous dit-il en guise de salut alors qu'Harry se lève tout de suite pour lui laisser son siège. Shepherdson suit presque timidement et se pose contre un mur, pas très loin de ma table.
« Bon on va pas y aller par quatre chemins » attaque tout de suite le patron « Ronald, où est-ce qu'on est ? »
J'explique les avancements qu'on a fait sur l'affaire Bevans à Robards, et j'en profite pour parler aussi à Shepherdson du rapport de la baguette de Grace. Robards hoche de la tête plusieurs fois avant de parler, et de nous féliciter de nos découvertes, ce qui fait toujours plaisir.
« Bon, pour tout à l'heure, je veux que vous preniez Jerry avec vous »
Je ne sais pas qui de Shepherdson, Harry ou moi proteste le plus fort mais en tous cas ça fait du bruit et on ne s'entend plus, jusqu'à ce que Robards nous fasse taire d'un tonitruant « SILENCE ! ».
On se tait tous effectivement mais je peux voir du coin de l'œil que Shepherdson regarde le patron d'un très mauvais œil et se ré adosse contre le mur d'un air renfrogné.
« Ecoutez-moi un peu avant de tout de suite exploser comme une beuglante ! Je veux qu'il vienne avec vous, et d'ailleurs ce n'est pas un souhait mais un ordre ! » dit Robards d'une voix tonitruante, et personne n'ose le contredire à ce moment-là « Pour un gars qui est censé être Auror sur le terrain dès l'an prochain, il passe beaucoup trop de temps dans le confort douillet de son bureau. Je ne vous demande pas de le faire parler ou qu'il fasse quoique ce soit, mais je veux qu'il soit là, c'est important. Il doit savoir comment parler aux gens pour obtenir des informations, ou comment gérer une situation difficile comme celle-ci parceque c'est des choses qu'on apprend pas d'ordinaire »
« Je suis contre » coupe carrément Shepherdson, qui apparemment a décidé de sortir de sa phase de dépression pour se jeter dans la gueule du dragon « Il est beaucoup trop maladroit, et ça va déjà être assez compliqué comme ça d'obtenir des informations de la gamine pour l'avoir qui traine dans nos pattes »
« Ah, tu es contre donc » dit Robards d'une voix faussement moqueuse « Mais jusqu'à preuve du contraire c'est moi qui donne les ordres ici. » Sa voix s'élève dangereusement et je me tortille de plus en plus dans ma chaise, mal à l'aise « Et je n'ai pas l'habitude qu'on contredise mes ordres ! Alors Ronald, tu vas me faire plaisir de prendre avec toi ton collègue Noah et ton stagiaire Jeremiah pour aller poser des questions à la gamine, que ça leur plaise ou non ! »
J'hoche de la tête très rapidement et les yeux furieux de Robards se posent sur mon collègue Serpentard
« Et j'attendrai un rapport complet, à déposer sur mon bureau ce soir même. »
Ce soir même ? Toute une flopée d'insultes envers Shepherdson me viennent d'un coup en tête et je suis furieux contre cet imbécile qui ne sait décidemment pas se la fermer. A cause de lui je risque d'arriver en retard chez Hermione et Ginny et de rater l'arrivée de Katie.
« On est bien d'accord ? »
Shepherdson et moi grommelons tous les deux notre accord, et je crois un instant que Robards va nous faire le coup du « J'ai rien entendu ! » mais il se contente de nous jeter un regard sévère style Professeur Mc Gonagall au top de sa forme, et se lève pour nous serrer à tous la main, même à Harry qui n'a rien demandé.
Shepherdson rase le mur vers la porte à son tour et murmure ce qui ressemble à « à tout à l'heure » avant de laisser la porte se fermer derrière lui.
« Wow » soupire aussitôt Harry en s'étirant les bras derrière le dos « Rarement vu une réunion aussi gênante »
« Tu l'as dit » je souris du coin de la bouche
« Pour un peu Shepherdson se prenait une fessée » Harry rigole clairement « C'est quand même le seul qui ose contester un ordre de Robards quoi »
« Le culot de ce mec est sans limite … » je soupire « Et grâce à lui j'aurai un magnifique rapport géant à rendre ce soir même » je rajoute en imitant la voix du patron sur les trois derniers mots
« Aller c'est pas si terrible » sourit Harry « Je t'aiderai à le remplir si j'ai fini avec mon propre rapport »
« Ton propre rapport qui n'avance pas tu veux dire ? »
« Exactement » Harry se passe une main dans ses cheveux noirs pour les ébouriffer encore plus « Qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus ? Tout le monde de l'étage a un alibi assez correct, et le ministère est censé être un des endroits les plus sécurisés d'Angleterre, cette enquête va mener dans un cul-de-sac »
« Et pourtant elle s'est pas agressée toute seule »
« Je sais bien … » Harry se relève et jette un coup d'œil à sa montre « On va se chercher à manger avant que tu partes ? »
« Allez » j'acquiesce en le suivant.
Juste le temps de prévenir Jerry dans son placard qu'il doit être prêt à partir avec nous dans une heure et Harry et moi nous retrouvons dans le petit restaurant italien moldu d'à côté, à dévorer un plat de spaghetti bolognaise à toute vitesse, en discutant de tout et de rien. Je suis de bien meilleure humeur en retournant au ministère et je vais presque d'un pas guilleret jusqu'à mon bureau, où Jerry et Shepherdson m'attendent devant le pas de ma porte.
Je peux voir depuis l'ascenseur que Shepherdson foudroie des yeux le pauvre Jerry, qui ne sait pas où se mettre en ronge nerveusement ses ongles, le tout dans un silence totalement inconfortable.
J'arrive vite le libérer, et on transplane tous en ensemble chez la sœur de Grace, qui habite dans le même quartier que feu sa sœur. Jerry va cracher dans un coin, toujours pas habitué au transplanage, et pendant ce temps je ressors la feuille d'instructions que m'a confié Robards sur la sœur de Grace, Rachel Adams, qui est censée être au courant de notre venue. Shepherdson lui s'allume une clope en ne quittant pas Jerry des yeux, ce ne me plait pas trop. Je n'ai pas le temps de faire le baby-sitter entre ces deux-là, et encore moins l'envie.
Néanmoins, j'attends que Jerry ait fini de dégobiller et que Shepherdson jette au loin son mégot pour aller sonner à la porte, en vérifiant du coin de l'œil qu'ils sont bien tous les deux derrière moi et qu'ils ne se sont pas encore entretués.
La porte s'ouvre sur une petite femme blonde, qui a l'air d'avoir le même nez et le même menton que la photo que j'ai vue de Grace, et qui regarde vite Shepherdson et Jerry avant de poser les yeux sur moi.
« Madame Adams ? » Elle hoche de la tête. « Je suis l'Auror Ronald Weasley, et voici Noah Shepherdson et Jeremiah Lamberts. Je crois qu'on vous a prévenu de notre visite ? »
« Bien sûr. Entrez, messieurs je vous en prie » dit-elle d'une petite voix sympathique. On entre tous les trois, et on la suit à travers l'entrée jusqu'à ce qui semble être un petit salon.
« Merci de nous recevoir, madame Adams » je dis tout de suite pour briser la glace.
Elle lève la tête vers moi et me donne un petit sourire discret.
« Merci à vous de tout ce que vous faîtes pour nous, Monsieur Weasley … Je sais que vous n'avez pas le droit de nous en parler mais votre patron m'a envoyé un courrier hier pour me dire que l'enquête avançait bien » dit-elle d'une petite voix.
Je hoche de la tête en essayant de confirmer le plus possible ce qu'elle dit sans le dire pour autant. « J'espère vraiment que vous trouverez qui nous a fait ça » rajoute elle, et sa voix se casse à la fin de sa phrase.
Je tends tout de suite un bras vers elle pour la poser sur son épaule, et je la serre doucement. Je sais ce qu'elle vit en ce moment, je ne le comprends que trop bien, et le reflet vitreux de ses yeux bleus ne me rappelle que douloureusement bien le vide dans ceux de George, des mois encore après la bataille de Poudlard.
« Grace était quelqu'un de bien. Elle était passionnée par l'étendue des pouvoirs magiques qu'elle avait et tout ce qu'elle pouvait en faire, mais elle ne voulait pas en abuser. Elle était parfaite » finit elle par dire après un petit silence et ma mère se resserre sur son épaule « Edward aussi, bien sûr. Ils avaient tout pour eux … on ne comprend pas, monsieur Weasley. On ne comprend pas qui aurait pu leur faire ça »
« Je comprends votre colère, madame Adams. Et je peux vous promettre sur ce que j'ai de plus cher que j'irai jusqu'au bout pour retrouver celui qui a fait ça »
Elle lève les yeux vers moi, et je sais qu'elle me croit. Un regard peut en dire beaucoup plus long que quelques mots, et dans le sien je peux voir qu'elle me confie ses prières et ses espoirs. J'aurai plein de choses à lui dire évidemment, mais ce n'est pas le moment et je sais qu'elle a déjà répondu à plusieurs questions de Robards quand il est venu la voir, en rajouter ne servirait à rien.
« Bien, je pense que vous savez pourquoi nous sommes là » coupe la voix glaciale de Shepherdson derrière nous, et j'ai envie de le maudire jusqu'en enfer.
« Bien sûr » soupire Rachel alors que je récupère ma main « Je vais chercher Emma. Elle doit être dans sa chambre »
J'hoche de la tête, et j'attends qu'elle soit sortie de la pièce pour aller incendier Shepherdson de son comportement inadmissible.
« Ça va pas de lui dire ça comme ça ? T'es devenu complètement fou ou quoi ? »
« On va pas attendre dix ans non plus ! » se défend il « Et puis tout ça me met déjà assez mal à l'aise comme ça … »
Je m'apprête à rajouter autre chose mais des pas peuvent se faire entendre au loin, et je foudroie une dernière fois Shepherdson du regard avant de me retourner vers la porte. Rachel rentre, en tenant par la main une adorable petite fille blonde, qui se cache à moitié derrière sa tante et nous dévisage timidement.
« Emma » dit doucement Rachel en se baissant à son niveau « Tu te rappelles quand je t'avais dit que des amis passeraient te voir aujourd'hui ? Tu veux leur dire bonjour ? »
Emma pointe le bout de son nez derrière la jambe de sa tante et me regarde droit dans les yeux. Je prends ça comme une invitation et m'accroupit vers elle en souriant doucement.
« Salut Emma » je dis pas trop fort pour ne pas l'effrayer, et ces yeux bleus pétillent d'intérêt « Je m'appelle Ron, et mes amis derrière s'appellent Noah et Jerry »
Les yeux d'Emma passent vite sur mon collègue et mon stagiaire, dont aucun des deux ne bouge vers elle, et retombent au fond des miens.
« Tu dis bonjour à Monsieur Ron ? » encourage Rachel, et à mon plus grand soulagement, Emma semble d'accord puisqu'elle sort enfin de derrière sa cachette improvisée pour aller me serrer la main.
« Oh mais c'est un beau Nounours que tu as là » je souris en voyant le doudou qu'elle accroche de toute ses forces dans la petite main qui n'est pas dans la mienne « Je peux le voir ? »
Je sais bien que je joue à pile ou face avec elle, et qu'à n'importe quel moment Emma peut prendre peur ou se bloquer, mais si je veux obtenir des informations utiles d'elle, j'ai besoin qu'elle ait confiance en moi. Emma me regarde un instant sans cligner des yeux, ce qui me fait suer à grosses gouttes, et heureusement choisit de me tendre l'ours en peluche.
« Oh ! » je dis en exagérant mes réactions, comme je fais toujours avec Teddy et Victoire, alors que je fais semblant de serrer la patte de l'ours « Bonjour Monsieur Nounours ! Je m'appelle Monsieur Ron, comment vous appelez vous ? »
« Pilou » dit tout bas Emma, et je peux voir du coin de l'œil sa tante sourire tendrement vers elle
« Monsieur Pilou ! » je continue mon petit numéro « Je vois que vous vous êtes fait tout beau pour me voir ! Mais vous n'avez pas mis de cravate, attendez je vais arranger ça »
Je sors ma baguette et murmure un petit sort de métamorphose facile vers l'ours, qui une seconde plus tard se retrouver avec une grosse cravate rouge autour du cou.
« Voilà qui est beaucoup mieux ! » je lance et Emma éclate de rire, une vrai rire d'enfant adorable qui déclenche presque des torrents de larmes chez sa tante et me donne une drôle impression de papillons dans le ventre. Je me redresse et rend le nounours à Emma, qui en admire tout de suite la cravate.
« Est-ce que tu veux aller avec nous sur le canapé Emma ? Pour qu'on discute un peu ensemble ? »
Emma regarde à nouveau derrière moi, puis vers Rachel et fait non de la tête. Merde.
« Non ? » je redemande, espérant de tout cœur qu'elle va dire oui.
Je ne peux pas la forcer à me parler évidemment, si elle refuse de me parler, je risque de perdre de précieuses informations. Emma ne répond rien et passe un bras autour de la jambe de sa tante, sans doute pour retourner se cacher.
« Emma chérie, tu ne veux pas aller parler à Monsieur Ron et ses amis ? »
« Non » dit Emma en rajoutant quelque chose que je n'entends pas. Rachel se penche vers sa nièce et celle-ci lui murmure quelques mots à l'oreille. Quand elle se relève, Rachel a l'air un peu gênée mais passe quand même une main dans les cheveux de la petite d'un air rassurant.
« Elle euh … elle ne veut parler qu'avec Monsieur Weasley »
« Monsieur Ron ! » corrige Emma d'un air indigné, avant de se rendre compte qu'elle vient de parler à voix haute devant tout le monde et qu'elle plonge se cacher derrière la cuisse de sa tête.
« Monsieur Ron, pardon » corrige Rachel en souriant légèrement. Elle lève la tête vers nous et se mordille légèrement la lèvre inférieure « Vous pouvez rester dans le salon, et Messieurs Shepherdson et Lamberts peuvent … venir à la cuisine avec moi ? »
Je me retourne vers mes deux camarades sorciers pour leur jeter un regard désolé mais Jerry hausse des épaules – il n'a jamais demandé à venir à la base et au final ça l'arrange peut-être de ne pas à avoir à poser des questions à Emma - et Shepherdson hoche de la tête – il est peut-être grossier mais est aussi assez intelligent pour comprendre qu'il vaut mieux que cela se passe ainsi plutôt qu'on ait aucune information.
« Il n'y aucun problème Madame Adams » dit-il d'une voix posée – ce qui détonne franchement avec le ton froid qu'il employait il y a cinq minutes « J'aurai quelques questions à vous poser, si cela ne vous pose aucun inconvénient bien entendu »
Rachel hoche de la tête, et semble hésiter un instant avant d'aller installer Emma sur le canapé et de lui chuchoter quelques mots avant de l'embrasser sur le front et de se relever. Elle me lance un petit coup d'œil, et je vais aussitôt rejoindre la petite blonde sur le canapé.
« Je vais aller dans la cuisine avec Monsieur Jerry et Monsieur Noah d'accord ? Tu peux m'appeler si tu as besoin » dit Rachel d'une voix inquiète, et Emma dit un petit oui avant de me remontrer le nounours.
Avec un soupir et un dernier coup d'œil, Rachel finit par sortir du salon, suivit par Jerry et Shepherdson, et ferme la porte derrière eux. Emma me regarde avec des grands yeux, attendant visiblement que je fasse le premier mouvement, et je me demande bien comment je vais engager la conversation.
« Qu'est-ce que tu veux faire ? »
Apparemment elle ne s'attendait pas à ça. Moi non plus à vrai dire, mais les mots ont dépassé ma pensée et c'est peut-être mieux ainsi.
« Un dessin ! »
Emma n'a pas l'air déboussolée déjà, et de moins en moins timide, ce qui ne peut être que bénéfique.
« D'accord » je souris. Je brandis ma baguette vers un coaster sur la table basse et le transfigure en une feuille de papier et des feutres. « Qu'est-ce tu veux ? »
Elle réfléchit un court instant et puis se redresse d'un coup.
« Un ours ! »
« T'aime bien les ours hein ? » je souris « T'as raison, c'est des beaux animaux. Dangereux, mais très beaux »
J'essaye du mieux que je peux de dessiner un ours, qui ressemble plus à une grosse patate avec des poils, mais Emma l'aime tout de suite beaucoup et commence à le colorier. Je la regarde un peu en souriant avant de me rappeler pourquoi je suis là.
« Emma, j'ai quelques questions à te poser d'accord ? Si tu ne veux pas me répondre, tu as le droit et on continuera à jouer après. »
Emma se retourne vers moi pour hocher de la tête et replonge dans son dessin.
« Je voudrai te parler de ta maman » je dis dans un souffle, et Emma arrête tout de suite de dessiner mais pourtant ne lève pas la tête vers moi.
Pauvre petite gamine, me répète ma tête encore et encore. Je ne sais même pas si elle réalise ce qui est arrivé à ses parents, ou si elle se rend compte qu'elle ne les reverra jamais. Et moi je suis là à remuer le couteau dans la plaie et lui forcer à en parler, à rouvrir des blessures encore béantes et à la traumatiser encore plus.
« Ta maman avait une baguette comme la mienne » je continue doucement en lui montrant ma baguette « Je voudrai savoir si elle s'en servait beaucoup »
Emma regarde ma baguette et hoche de la tête. Bon au moins elle me répond.
« Tous les jours ? »
Nouveau hochement de tête. Pas très bavarde cette petite, mais pas fermée non plus.
« D'accord » j'encourage « Est-ce que tu as déjà vu d'autres gens qui s'en servaient aussi ? Des amis de ta maman ? »
Emma pose ses yeux sur le dessin, et reprend un feutre dans sa petite main.
« Oui » dit-elle posément, avant de se remettre à colorier.
Ça se complique …
« Tu penses que tu pourrais me dire qui ? »
La petite blonde continue à colorier avec application, tirant un peu la langue hors de sa bouche, avant de poser le feutre pour me regarder à nouveau.
« Maman elle a beaucoup d'amis sorciers » dit-elle posément.
Si je suis un peu étonné par la longueur de la phrase, je suis absolument accablé par l'emploi du présent. Et en plus, ça ne m'avance pas du tout, à part le fait qu'Emma savait que sa mère était sorcière. Je me mordille un peu la lèvre, embêté et tente une autre approche
« Et parmi ses amis, il y en a que t'aime bien ? »
Elle retrouve aussitôt le sourire. « Il y a Ania, c'est la meilleure amie de Maman » commence-elle en comptant sur ses doigts tous les amis sorciers de Grace « Et Kilian et Finn mais on les voit que quand c'est Noel, et Chuck et Fanny »
J'essaye de tout retenir, mais les seuls prénoms qui me disent quelque chose sont les deux derniers, que j'associe aux Corsano, les anciens patrons de Grace.
« Et ils sont gentils ? »
« Oui ! » sourit tout de suite Emma « Chuck il me donne toujours des bonbons quand Maman regarde pas et sa boutique elle est géniale »
Je vois qu'elle a encore envie de me dire des choses sur les amis de Grace, alors je ne dis rien et la laisse continuer.
« Maman elle m'a dit une fois qu'elle avait travaillé dans la boutique de Chuck et Fanny quand elle était pas vieille »
Bon ça, je dois l'avouer ça me fait bien rire
« Elle aimait bien ça ! »
« Tu sais ce qu'elle fait comme travail ta Maman ? »
« Des jours oui, des jours non »
« Des jours non ? » je m'étonne.
Emma hoche des épaules. « Je sais pas Monsieur Ron. »
Je me maudis intérieurement à ce moment. J'avais un bon filon, et j'ai posé la question de trop qui m'a fait tout perdre. Comment revenir sur le bon chemin ?
J'hésite un instant avant de reprendre le feutre noir posé sur la table, et d'approcher la feuille vers moi pour dessiner un autre animal, un peu plus facile cette fois.
« Un mouton ! » s'exclame Emma dès que je me redresse, plutôt fier de moi « Mais Monsieur Ron, je peux pas colorier un mouton, c'est tout blanc »
« Non, mais moi je peux faire ça » je souris en brandissant ma baguette et en murmurant un petit sort vers la feuille. Le mouton se met à courir sur le papier, et Emma le regarde avec de grands yeux, fascinée.
« Wow » finit elle par dire, en ne décrochant jamais les yeux du mouton « Comment vous faites ça Monsieur Ron ? »
« Tous les sorciers le peuvent, Emma » je souris « Et peut-être que plus tard, toi aussi »
Ses yeux bleus quittent la feuille pour venir transpercer les miens. « C'est vrai ? »
« Ta maman était sorcière, donc il y a beaucoup de chances que tu le sois aussi »
« Je sais pas si je veux, Monsieur Ron »
« Pourquoi ? » je demande doucement.
« Tata m'a dit que c'était des méchants sorciers qui avaient tué Papa et Maman. Je veux pas être une méchante sorcière aussi »
Sa petite voix est tout tranquille et posée, mais je peux quand même ressortir toute la peine de cette petite gamine, qui n'a que cinq ans mais qui parle d'une manière beaucoup trop mature pour son âge.
« Je te comprends, Emma. » je continue posément « Il y a des méchants partout, chez les sorciers comme ceux qui ne le sont pas, et ils font beaucoup de mal aux gens. Mais tous les sorciers ne sont pas méchants »
« T'en connais toi, des sorciers méchants, Monsieur Ron ? »
Le tutoiement m'étonne un peu, mais à la fois il est tellement mignon que j'ai du mal à réfréner un petit sourire.
« J'en ai connu oui. Et ils m'ont fait du mal à moi aussi »
« Ils ont tué ton Papa et ta Maman ? »
C'est à mon tour de regarder Emma dans les yeux, et je comprends que sa douleur et son incompréhension face à ce qui lui arrive n'est pas si différent à ce que j'ai ressenti pendant toutes ces années de guerre. Emma c'est moi, c'est Hermione, c'est Harry et tous ces autres enfants mutilés par la guerre, ou ses conséquences.
« Non » je réponds, et ma voix s'étrangle drôlement « Pas mes parents, mais mon grand frère »
Emma pose une petite main sur mon épaule « Je suis désolé Monsieur Ron »
Mon cœur se resserre, parcequ'Emma est une des petites filles les plus sensitives que j'ai jamais rencontrée, et malgré tout ce qu'elle a vécu, elle parvient quand même à trouver de la compassion pour moi.
« Merci Emma » je lui souris « Tu sais, j'étais très triste au début et très en colère contre ces mauvais sorciers, et je le suis toujours, mais j'ai décidé qu'il fallait que je fasse quelque chose contre eux. Alors j'ai choisi un métier où je pourrai les attraper avant qu'ils ne fassent du mal aux gens, ou pour venger ceux à qui ils en avaient déjà fait »
« Et tu les mets en prison ? »
« Oui. Là-bas ils ne pourront plus faire de mal à personne. Et je suis pas tout seul à faire ça, beaucoup de gens continuent à chasser les mauvais sorciers, on est pas tous méchants »
Emma hoche de la tête, et sa petite main glisse de son épaule pour aller se poser sur ma main.
Je poursuis en ne la quittant pas des yeux « Je veux retrouver les mauvais sorciers qui t'ont enlevé tes parents, Emma. Pas parceque c'est mon métier, mais parceque c'est ce que je crois être bien. »
Emma hoche de la tête, et à ce moment je sais qu'elle a toute ma confiance.
« Est-ce que tu peux me dire si ta maman connaissait un sorcier, ou une sorcière, qu'elle n'aimait pas ? Un dont elle parlait à ton papa par exemple, ou dont tu l'avais déjà entendu se plaindre »
Les yeux d'Emma se baissent vers la feuille de papier oublié, et elle réfléchit un instant.
« J'ai entendu une fois Maman quand elle rentrait à la maison parler avec Papa »
« Mmh » je l'encourage en hochant de la tête « Tu te rappelles ce qu'elle lui a dit ? »
« Pas trop » Emma a l'air déçue de ne pas pouvoir m'aider plus alors je retourne ma main pour serrer ses petits doigts dans ma paume « Dis-moi tout ce dont tu te rappelles, je suis sûr que ça nous aidera beaucoup »
« Maman était pas contente quand elle est rentrée. Elle parlait d'un de ses amis du travail, mais je crois pas que c'était un ami parcequ'elle l'aimait pas trop. Elle a dit plein de trucs méchants sur lui mais je sais plus trop pourquoi parceque c'était il y a longtemps »
« D'accord » j'hoche de la tête « Ça m'avance déjà beaucoup ».
En effet, savoir que Grace s'était engueulé avec un de ses collègues de travail peut m'avancer de beaucoup.
« Tu sais si cet ami était un sorcier ? »
« Je crois oui, parceque c'était un jour où Maman rentrait tard à la maison »
« Comment ça ? »
« Les jours où Maman rentrait tard elle avait toujours sa baguette » répond Emma en hochant des épaules
« Donc le jour où elle allait au travail que tu ne connaissais pas ? »
Emma hoche de nouveau de la tête, et je me frotte le menton. C'est bien possible que le type parle d'Emma soit le tueur de ses parents, et si c'est le cas, elle ne l'a jamais vu et serait donc incapable de l'identifier.
« D'accord » Je lui souris un peu « Merci beaucoup de ton aide Emma. »
La petite blonde me répond par le même sourire que je porte et ses yeux retombent sur ma baguette.
« Maman elle pouvait faire apparaître un dauphin avec sa baguette. Toi aussi tu peux, Monsieur Ron ? »
« Ah, alors chaque sorcier a un animal à lui. Ta maman, c'était un dauphin et le mien c'est un chien »
Je prends ma baguette, et ferme les yeux un instant pour mieux me concentrer. Des images du weekend dernier me viennent en tête – mon père qui sourit avec tous ses petits-enfants sur les genoux, Harry et Luna qui rigolent avec Hermione et Ginny, Katie qui me saute dans les bras – et je lance le sort « Expecto Patronum ! »
Mon Jack Russel en sort dans une lumière éclatante, et virevolte autour d'Emma qui le regarde avec des grands yeux.
« Wow » murmure elle en tendant une main pour essayer de l'attraper, mais le petit Terrier nage dans les airs sans qu'elle ne puisse le toucher. Le moment magique est cependant tout de suite interrompu par la porte du salon qui s'ouvre en grand, et Rachel qui rentre en catastrophe, suivie de près par Shepherdson et Jerry.
« Oh » souffle-elle tout de suite en voyant mon patronus qui flotte dans les airs « Désolée je croyais … on a vu une lumière alors on s'est dit … »
« Pas de problème » je souris tout de suite pour la rassurer, voyant ses yeux inquiets qui virevoltent du patronus à Emma, qui elle essaye toujours de le caresser « Je voulais juste montrer mon chien à Emma »
« Il s'en va, Monsieur Ron ! » dit tristement Emma, et en effet le chien s'évapore lentement pour disparaître complètement.
« Oui mais Monsieur Pilou est encore là, lui » je lui dis en lui tendant son nounours « Et ton mouton aussi »
Emma se met tout de suite à colorier comme elle peut le mouton, qui court toujours autant le long de la feuille, et je croise le regarde de Rachel qui nous regarde tous les deux avec une drôle d'expression.
« On peut retourner dans la cuisine si besoin » lance Shepherdson par derrière, qui jusque-là n'avait rien dit et à l'air de tout sauf de vouloir retourner dans la cuisine.
« Non, c'est pas la peine on a fini » je dis en me relevant du canapé « Emma m'a beaucoup aidé »
Emma relève la tête de son dessin pour me sourire, et sa tante se penche vers elle pour passer une main dans ses cheveux. Je vois du coin de l'œil que Jerry veut dire quelque chose mais je lui fais signe que ce n'est pas le moment et il se rétracte.
« On a fini nous aussi » me dit Shepherdson en regardant Rachel, qui hoche de la tête « Je pense qu'on peut rentrer au ministère »
« Très bien. »
Je me retourne vers Rachel et lui tend la main, qu'elle serre tout de suite, très fort.
« Merci beaucoup de nous avoir reçu aujourd'hui, et d'avoir répondu à nos questions. J'espère qu'on ne vous a pas causé trop de désagréments … »
« Oh non ! » répond-elle « Merci à vous messieurs … j'espère vraiment que vous le retrouverez »
« Nous vous tiendrons au courant » rajoute Shepherdson en lui serrant aussi la main « Merci de votre temps, madame Adams »
« Au revoir madame Adams » dit Jerry en lui serrant la main, et les mots au revoir ont du faire tilt dans la tête d'Emma, qui se relève d'un coup.
« Vous allez partir ? »
« Et oui ma chérie, Messieurs Ron, Shepherdson et Lamberts doivent rentrer à leur travail. Tu leur dis au revoir ? » demande doucement Rachel, et Emma se lève pour aller glisser sa main dans celle de sa tante.
« Au revoir » dit-elle timidement vers Jerry et Shepherdson, qui lui sourient tous les deux – ce qui m'étonne beaucoup de la part de mon collègue Serpentard – et quand elle se tourne vers moi, je m'abaisse à son niveau pour mieux la regarder.
« Tu reviendras me voir Monsieur Ron ? »
La question me fait tout drôle, mais je me reprends aussitôt et lui sourit franchement.
« Bien sûr, Emma. Enfin si je suis le bienvenu » je rajoute vite en levant la tête vers Rachel, qui hoche de la tête en souriant. « Je ramènerai une autre cravate pour monsieur Pilou, d'accord ? »
« Une bleue ? » demande Emma, les yeux plein d'espoir
« Une bleue » je dis en riant « Je te promets »
Emma hoche de la tête et s'approche de moi pour passer ses petits bras autour de mon cou. Je passe un bras autour d'elle et la resserre contre moi un petit moment, avant de la relâcher et de la laisser repartir contre sa tante.
« Au revoir Emma »
« Au revoir Monsieur Ron ! »
Un dernier remerciement à Rachel, et nous sortons tous les trois hors de la maison. Rachel et Emma nous regardent partir depuis le pas de la porte un moment avant que celle-ci se referme sur elles, et on tourne à un coin de rue pour trouver un coin tranquille où transplaner.
Le temps qu'on y arrive, j'ai déjà raconté à mes collègues tout ce qu'Emma m'a appris, et Shepherdson se gratte la tête d'un air pensif.
« Grace aurait donc un autre travail – visiblement sorcier – d'où elle s'était engueulé avec un collègue ? »
« C'est à peu près ce qu'elle m'a dit oui » je soupire alors qu'on arrive du point où on était apparu il y a maintenant un bon bout de temps « Et Rachel vous a appris des trucs ? »
« Pas grand-chose » dit Jerry « Seule Grace était sorcière dans la famille, mais ils l'avaient tous très bien accepté. »
« Apparemment Edward a toujours su qu'elle était sorcière aussi, et Rachel dit que ça ne lui avait jamais vraiment causé problème » rajoute Shepherdson « Ils espéraient que la petite aille à Poudlard »
« Elle n'a pas parlé du … du fait que Grace était enceinte ? »
Shepherdson nie de la tête. « Ou c'était trop douloureux pour elle, ou elle ne le savait pas »
« Elle a aussi dit qu'Emma était la dernière personne qu'il lui restait et qu'il fallait qu'on la protège de celui qui a fait ça à sa sœur » rajoute d'un seul trait Jerry.
« D'accord » je soupire « Pas mal de trucs à rajouter dans le rapport donc »
« A qui le dis-tu » rajoute Shepherdson.
On s'écarte un peu tous les deux, alors que Jerry pose une main sur mon épaule, et on transplane au même moment vers le ministère.
« Bien Weasley » me dit Shepherdson quand on a récupéré du voyage – sauf Jerry bien sûr mais c'est pas comme si Shepherdson se souciait du bien-être de mon stagiaire « Je vais écrire mon rapport, je te vois ce soir avant qu'on aille déposer ça chez Robards ? »
« Ça marche » je lui dis, et je le regarde s'éloigner vers son bureau les mains dans les poches. Je ne sais toujours pas quoi penser de lui.
"Ça va Jerry ?"
« Oui oui » dit faiblement Jerry en se frottant la bouche « Je commence à avoir l'habitude »
« Bon. Qu'est-ce que tu penses de cet après-midi ? »
« J'ai appris beaucoup de choses » sourit Jerry « M'sieur Shepherdson sait comment poser les bonnes questions et pas perdre de temps, c'était intéressant. Par contre, c'est dommage qu'on était pas avec vous pendant que vous parliez avec la petite »
« L'important c'est que tu as appris des choses » je souris « Bon tu peux retourner à ton travail, je crois que t'as des choses à faire »
Jerry hoche de la tête et retourne dans son placard à balais, pendant que moi-même rentre dans mon bureau. Beaucoup de pensées se bousculent dans mon esprit, et je m'assois à mon fauteuil dans un grand soupir. Je dois ordonner mes pensées pour ne pas m'embrouiller, et je décide par commencer à écrire mon rapport, mon échange avec Emma étant encore frais dans mon esprit.
Je rapporte du mieux les paroles de la petite blonde sur papier, et quand j'ai fini j'y rajoute mes notes personnelles. Grace n'avait pas du tout abandonné ses racines sorcières comme le laissait croire l'état de la maison des Bevans alors qui a enlevé les livres sorciers et surtout pourquoi avoir essayé de cacher la baguette de Grace ?
J'écris ma théorie à moi, qui déplait à Shepherdson mais tant pis pour lui, que le tueur a cherché à faire passer Grace pour une moldue, pour des raisons qui me sont encore inconnues. Je rajoute aussi mon hypothèse, qui serait que Grace fréquentait peut-être des sorciers noirs -comme celui avec qui elle semble s'être engueulé dans son « travail inconnu » - et qu'en éliminant les traces sorcières de sa vie, ceux-ci empêcheraient de remonter la piste jusqu'à eux.
Ce travail justement, dont Emma ne connaissait visiblement pas grand-chose, m'interpelle beaucoup aussi. Si Grace prenait en effet sa baguette pour y aller, est-ce que cela veut dire que c'était un travail en rapport avec la magie ? Je ne vois pas d'autre réponse que oui, ce que j'écris tout de suite.
Je mordille le bout de ma plume et réfléchissant à toutes les questions qui tourne autour de ce nouveau mystère. Et si oui comment cela se fait-il qu'on ait trouvé aucune trace d'une Grace Bevans, ni à Pré-au-lard, ni à Poudlard et Sainte-Mangouste, ni au chemin de traverse ou au Ministère ?
Il reste des possibilités qu'elle travaillait hors de Londres bien sûr, mais avec une petite fille en bas âge et un bébé dans le ventre, ça me semble peu possible. Se peut-il que Grace était une langue-de-plomb, ou qu'elle travaillait sous un autre nom ?
J'en doute fortement, surtout par le fait que son emploi du temps au tribunal moldu ne lui laissait que deux demi-journées par semaine, ce qui fait peu pour une langue-de-plomb. Par contre, l'idée d'un autre pseudonyme m'intéresse beaucoup et je me fais un mémo d'aller chercher demain dans les archives du ministère tous les contrats qui y sont répertoriés.
J'écris encore et encore, jusqu'à ma main n'en puisse plus, et je repose ma plume en relisant le rapport, satisfait. Emma m'a vraiment bien aidé, et je pense que je tiendrai ma promesse d'aller lui rendre visite prochainement. Elle m'a touché cette petite gamine, avec sa timidité tout d'abord, et puis la confiance totale qu'elle a fini par mettre en moi.
Je suis content d'avoir réussi à la débrider un peu, surtout que ce n'était vraiment pas gagné au début, peut-être à cause de la présence de Jerry et Shepherdson, qui c'est vrai n'est pas la personne à qui on a le plus envie de se confier au monde. Une chose étrange me frappe d'un coup. A part peut-être deux ou trois mots à peine chuchotés, Emma n'a dit rien du tout quand Shepherdson et Jerry étaient dans la pièce.
En temps normal, je n'aurai sans doute même pas relevé, mais le comportement des deux est étrange en ce moment, et selon mes deux meilleurs amis, ils sont les deux suspects- de quoi je ne sais pas vraiment , mais suspects quand même.
Que Jerry fouille dans mes dossiers, si c'est vrai, ce n'est le plus grave. Il ne saura pas le premier stagiaire à essayer d'en savoir un peu plus que ce qu'on lui dise, et de toutes façons mes dossiers confidentiels et autres lettres anonymes sont cachés dans mon bureau par une fermeture qu'il ne peut pas connaitre. Pour moi ce n'est rien qu'un bon coup de gueule ne peut pas arranger.
Par contre, le briquet de Shepherdson qui disparait de sa poche et réapparait comme par hasard dans la chambre d'Emma Bevans, ça m'inquiète beaucoup. Je n'ai aucune preuve que ce soit bien le même briquet bien sûr, mais toute cette histoire m'inquiète beaucoup.
Je ne peux quand même pas croire qu'il ait pu commettre un meurtre, pas parcequ'il n'en serait pas capable mais parcequ'il n'aurait pas de raisons de le faire et surtout qu'un pro comme lui aurait bien mieux effacé ses traces. Par contre, il est largement assez fourbe pour avoir pu agresser Andrea dans son bureau et largement assez malin pour ne jamais se faire attraper.
A bien y réfléchir, il ferait un coupable parfait ; il connait tous les mots de passe pour accéder à l'étage et les horaires de bureau de tout le monde, et en tant qu'Auror peut lancer à peu près n'importe quel sort. De plus, il vit seul et n'a strictement aucun alibi pour cette nuit-là … ne lui manque plus qu'un motif et il est cuit.
Bon je m'enflamme sans un doute un peu, parceque je n'ai jamais vu Shepherdson avoir un mot de travers contre Andrea, mais ça ne veut rien dire non ? Et puis moi, il me déteste, c'est sûr. C'est peut-être lui qui m'envoie toutes ces lettres anonymes, ça aurait du sens. Ce qui en a moins c'est qu'Hermione et ma mère en reçoivent aussi ….
Je crois que je me perds totalement dans tout ce tourbillon autour de moi, et que je mélange un peu tout – Andrea, les Bevans, le briquet et les articles de journaux. Un gros tas de nœuds bien serrés c'est formé, et c'est à moi de le défaire. Je reprends ma plume et me remets au travail – mon rapport ne va pas s'écrire tout seul.
Et enfin, quelques tasses de café, le passage rapide de Jerry pour me demander s'il pouvait rentrer chez lui et un autre d'Andrea pour me dire au revoir plus tard, j'ai enfin fini et je passe vite chez Shepherdson pour récupérer le sien et déposer le tout chez Robards.
Le patron n'est pas dans son bureau, mais comme sa porte est ouverte je dépose les deux rapports bien en évidence sur sa table et m'en va tout guilleret à travers le couloir vide chez Harry, puisqu'Hermione est déjà rentrée chez elle.
Je trouve mon ami en train de conclure un dossier, une fois n'est pas coutume, et je reste dans son bureau un instant le temps qu'il finisse, en profitant pour lui raconter ma rencontre avec Emma. Harry m'écoute longtemps et ne m'interromps que deux fois pour poser des questions, et quand j'ai fini m'applaudit presque en disant qu'il savait que je m'en sortirai bien.
Je veux lui parler de mes doutes sur Shepherdson, mais il doit finir son dossier et de toute façon je préfèrerai le faire en présence d'Hermione, donc je me contente de faire les cent pas dans son bureau tandis qu'il gratte vite sur son parchemin la fin de son texte.
Quand il a fini et qu'on ferme tous les deux nos bureaux d'un coup de baguette, on se rend compte qu'il est déjà trop tard pour passer chez nous se changer et on se résout à transplaner directement dans le petit appartement d'Hermione et de Ginny, où une bonne partie de la famille doit déjà nous y attendre.
Je prends quand même le temps de me donner un petit coup de peigne avant de partir – ça se trouve Katie est déjà là-bas – et ignore les moqueries d'Harry alors que je redresse mon col et frotte ma chemise.
« Ça y est t'as fini, Casanova ? » rit Harry
« Qui ? »
« Laisse tomber » soupire-il. Surement encore une référence à un type moldu que je ne connais pas. « On y va ? »
« Allez »
Le tourbillon m'emporte et après quelques secondes de torture sans nom, mes pieds se posent enfin sur le paillasson en crin devant la porte d'entrée du petit appartement des filles, seul endroit de l'immeuble où on peut transplaner sans risque d'être vu puisqu'elles sont les seules de l'étage et qu'Hermione y a installé une petite zone de transplanage.
La zone n'est malheureusement pas très grande et Harry est apparu très proche de moi, ses pieds carrément sur les miens, ce qui me fait pousser un petit cri de douleur.
« Oh désolé Ron ! » me souffle il entre deux haut-le-cœur, et je secoue une main.
« Pas de ta faute » je grogne.
Quand je suis assez remis pour me redresser, j'arrive à appuyer sur la petite sonnette, et deux secondes plus tard la porte s'ouvre en grand sur une tornade qui se jette sur moi pour m'embrasser avec passion. Il me faut moins d'une demi-seconde de surprise absolue pour reconnaitre qui est collé à mes lèvres, et je glisse aussitôt mes bras autour de Katie pour la soulever contre moi.
« Surprise ! » sourit-elle quand on se détache un peu pour reprendre notre souffle, collant son front contre le mien
« Ça fait longtemps que t'es là mon cœur ? » je demande, ravi et encore un peu essoufflé
« Je suis arrivée il y a une heure et j'ai aidé Mione et Ginny à préparer le repas, et puis tout le monde est arrivé sauf vous alors Ginny m'a laissé aller ouvrir la porte et me voilà » dit-elle très vite et en gloussant à moitié, et elle est tellement mignonne que je ne résiste pas à l'envie de l'embrasser à nouveau.
« Et oh je suis encore là moi ! » dit Harry derrière nous, et Katie me relâche pour aller lui faire la bise.
« T'as bonne mine Harry ! » lui sourit-elle en le décoiffant, et il rit en repoussant sa main
« Ça doit être le fait d'avoir un bébé à la maison »
« Oh oui, je l'ai vu cet adorable bout de chou, il est en train de jouer avec Victoire et Teddy »
« Pour changer » dit Harry en rentrant dans l'appartement « Ne prenez pas froid dehors les amoureux ! »
Je rougis un peu, mais Harry rigole une dernière fois et tire la porte derrière lui sans la fermer complètement. Katie se blottit aussitôt contre moi et j'en profite pour la couvrir de baisers.
« Tu m'as tellement manqué cette semaine … » soupire elle en glissant ses bras autour de mon cou
« Moi aussi ma chérie » je souffle « Si tu savais la semaine que j'ai passé … »
« Oh ? » s'inquiète elle tout de suite en se décollant un peu pour mieux me voir « Des problèmes au bureau ? »
« Oui et non … je te raconterai, j'ai plein de choses à dire avant mes embrouilles de bureau »
« Moi aussi ! » sourit-elle « Mais avant … »
Elle ne finit pas sa phrase et pose ses mains contre mes joues pour m'embrasser si sauvagement que je bascule contre la cabine de l'ascenseur, ce qui fait un boucan monstre.
« Oups ! » glousse elle et je ris en la rapprochant de moi pour l'embrasser encore plus. Ses mains se glissent d'elle-même sous mon t-shirt, ce qui me déclenche un frisson le long de l'échine, et je soupire contre sa bouche, accrochant mes mains dans le creux de son dos.
Et c'est quand ça devient intéressant qu'un grand bruit se fait entendre derrière nous et on sursaute tous les deux, moi me cognant encore plus contre la cage de l'ascenseur.
« Je sais que vous ne vous êtes pas vu depuis une semaine mais de là à vous sauter dessus sur mon palier il y a des limites » dit la voix moqueuse de ma petite sœur, qui est adossée à la porte en tendant un verre de champagne vers nous comme si elle nous toastait et je me détache à contrecœur de ma copine en foudroyant Ginny du regard.
« Oh ça va c'est pas comme si on vous avait pas surpris des centaines de fois dans cette position Hermione et toi ! » sourit Katie avant que j'ai le temps de dire quoi que ce soit
« Sur le palier pas tant que ça, nous ça serait plutôt dans l'ascenseur » répond Ginny du tac au tac et je me passe une main sur les yeux en grognant.
« Tonton ! » crie Victoire en arrivant en courant derrière Ginny et me sauvant heureusement du pétrin dans lequel je m'étais fourré.
Je la soulève dans mes bras en riant et l'embrasse sur la joue dans un gros bruit.
« Tonton Harry a dit que t'étais arrivé avec lui ! » dit Victoire toute contente
« Et oui, j'étais juste en train de dire bonjour à Katie tu vois »
« En privé » rajoute malicieusement Ginny et je roule des yeux « Allez on peut rentrer à l'intérieur maintenant vu que tout le monde est là »
Je rentre en premier dans l'appartement chaleureux du foyer Granger, faisant vite un bisou à Ginny au passage même si elle ne le mérite pas, et dépose Victoire au sol pour aller saluer tout le reste de ma grande famille qui s'est entassée dans le petit salon.
Ma mère s'inquiète aussitôt de nos horaires de travail à Harry et moi – surtout pour James qui selon elle ne profite pas assez de son père – mais mon père à ses côtés lui signale que le petit est assis sur les épaules du Survivant à l'instant même et n'a pas l'air très malheureux.
Je salue ensuite Percy et Audrey, qui en est à son quatrième mois de grossesse et est franchement resplendissante, et rougit d'ailleurs légèrement quand je lui dis. Percy lui gonfle sa poitrine de fierté, et je lui donne une petite claque sur l'épaule avant d'aller embrasser Luna. Percy a beaucoup changé depuis ses années Weatherby, et l'annonce de la grossesse de sa femme a planté le clou de sa métamorphose vers un type adorable.
Luna est en train de se confectionner une assiette près du buffet quand je m'approche pour lui dire bonjour, et me fourre dans la bouche quelques carottes avant que j'ai le temps de dire ouf, et sur la joue me laisse une trace de mayonnaise que Katie m'enlève quand je la retrouve en train de parler à Hermione un peu plus loin.
Hermione est encore plus joyeuse qu'elle ne l'était ce matin, et quand je veux lui demander si ça un rapport avec Ginny, George m'appelle au loin et je suis obligé de m'éloigner pour finir mes salutations, ce qui prend beaucoup de temps vu que je dois encore dire bonjour à George et Angelina, Andromeda, Minerva qui est arrivée de Poudlard juste avant nous, Bill et Fleur qui sont en train de coucher les plus petits dans la chambre d'ami et enfin Teddy et Victoire qui essayent de m'entraîner dans leurs jeux.
Minerva vient me libérer en me demandant de l'aide pour transfigurer quelques chaises et fauteuils – le vieux canapé et l'unique fauteuil qui trainent dans le salon des filles n'étant évidemment pas suffisant pour faire asseoir tout le monde- et j'accepte avec joie, toujours content de l'aider.
C'était un peu bizarre au début de voir notre ancienne professeure à la maison et à la plupart de nos dîners familiaux, et encore plus de l'appeler par son prénom, mais on a fini par tous s'habituer à sa présence, et je dois dire que dans le privé elle est encore plus admirable et impressionnante qu'elle ne l'était à Poudlard. Quelqu'un qui ne connaitrait pas toute l'histoire pourrait vraiment croire qu'elle a toujours fait partie intégrante de notre famille – et non pas en tant que gardienne d'Hermione, et elle en est la première ravie.
Je l'aime beaucoup, mais pour être honnête, je suis quand même assez content de ne pas l'avoir comme belle-mère. Heureusement que Ginny a du caractère et que Minerva l'adore, parceque sinon il y aurait des étincelles autour d'Hermione.
Une fois les chaises et les fauteuils métamorphosés, il faut les disposer autour de la table basse, ce que je fais tout de suite à la main – utiliser ma baguette ici serait trop risqué et moins précis, et j'attends que tout le monde soit installé pour aller enfin m'assoir.
C'est quand je suis enfin posé sur le canapé avec James sous le bras – qui doit bientôt partir au lit aussi vu ses petits yeux qui ne cessent de se fermer et de s'ouvrir – une coupe de champagne dans l'autre main et le bras de Katie dans mon dos qu'Hermione fait un signe de la tête à Ginny, qui prend son verre et commence à taper dessus pour attirer l'attention sur elle.
« Hey tout le monde ! »
Le brouhaha cesse et tout le monde se tourne vers ma sœur, qui prend la main d'Hermione dans la sienne et lui sourit avant de se retourner vers nous.
« Vous vous doutez bien que si vous êtes tous là ce soir et pas au Terrier comme d'habitude, c'est parcequ'on a une annonce à vous faire … » commence Ginny
« Je le savais ! » interrompt aussitôt ma mère en se relevant aussitôt de son fauteuil les bras en l'air « Oh je suis tellement contente pour vous ! »
« Mais comment - » essaye de dire Hermione mais ma mère est lancée sur sa voie
« Depuis combien de temps vous le savez ? »
« Ben, depuis ce matin … » répond Ginny en fronçant des sourcils
« Ce matin seulement ? Et vous nous le dîtes déjà ce soir ? Vous vouliez pas le garder un peu pour vous ? » s'étonne Angelina
« Vous l'auriez tous su dans les journaux demain de toute façon ... » dit Ginny, qui a l'air tout aussi étonnée qu'Hermione, et les deux se jettent des petits regards d'incompréhension
« Les journaux ? » demande mon père
« Comment s'est possible ? Je croyais que Rita avait arrêté de vous suivre toutes les deux ! » rajoute Harry.
« Ça concerne pas que Rita, ça sera la une de Quidditch Weekly et en photo centrale du Sorcier du Dimanche » dit Hermione, qui a l'air un peu perdue.
Je crois que je commence à comprendre, et il faut absolument que j'interrompe ma mère avant que …
« Qu'est-ce que le quidditch à avoir là-dedans ? »
Avant qu'elle sorte un truc comme ça.
Ginny regarde ma mère d'un drôle d'air et répond en souriant à moitié « Le quidditch est souvent concerné quand on est nommé capitaine de son équipe ! »
Il y a un petit moment de flottement dans la salle, et je regarde les visages les uns après les autres faire un petit « oh ! » de compréhension.
Tout le monde pensait qu'Hermione et Ginny allaient nous annoncer qu'Hermione était enceinte alors qu'en fait Ginny vient de passer capitaine.
« Félicitations Gin' ! » je lance pour interrompre le silence « Je le savais depuis le début ! »
Harry et George viennent aussitôt en renfort lancer des applaudissements et une tournée générale de câlins vers la nouvelle capitaine des Harpies de Holyhead, mais je ne rate pas le regard un peu triste que lance Hermione à sa femme, qui vient sûrement de réaliser ce qui vient de se passer.
Je veux me lever pour aller lui parler mais James, qui est toujours dans mes bras, n'aime décidemment pas tout le bruit qui s'est d'un coup créé à l'annonce de sa tante et décide de le faire savoir en hurlant de toutes ses forces. Je le regarde, un peu paniqué, jusqu'à ce que Luna me sauve en reprenant son fils pour le bercer dans ses bras.
« Je crois que c'est l'heure d'aller te coucher mon chéri » lui dit-elle alors que James continue à crier
« Son berceau est dans notre chambre » lui dit Hermione « On a pensé qu'il valait mieux de pas le mettre dans la même chambre que Fred et Dominique pour ne pas qu'ils se réveillent les uns les autres »
Luna hoche de la tête, et prend la petite main de James dans la sienne pour faire un petit mouvement d'adieu « Bonne nuit tout le monde ! »
« Attends-moi chérie, j'arrive ! » lance Harry qui enfourne quelques chips dans sa bouche et déglutit vite une dernière gorgée de champagne avant de partir Luna vers la chambre d'Hermione et Ginny.
Les bras libres, je dépose vite un baiser sur la joue de Katie avant de me lever du canapé pour aller serrer Ginny dans mes bras, et lui murmurer à l'oreille que je suis fier d'elle. Ginny rougit légèrement mais me passe la main dans les cheveux en riant qu'elle n'aurait sans doute jamais réussi à devenir capitaine si elle n'avait pas appris toutes les erreurs à ne pas faire au Quidditch grâce à moi.
« Merci » je dis d'une voix renfrognée « Je te fais un compliment et tu me plantes un couteau dans le dos »
« Rooooh » dit Ginny en se penchant vers moi pour embrasser ma joue « Tu sais bien que je rigole ! Par contre ce qui est vrai c'est que votre soutien à tous m'a beaucoup aidé, et pour ça je dois te remercier »
« On a pas fait grand-chose, à parti venir à tes matchs ! » je souris en lançant mon bras autour de ses épaules, et en avançant un peu pour nous diriger stratégiquement vers le buffet.
« D'ailleurs maintenant que la saison a repris, t'as plus d'excuses pour plus venir me voir jouer ! » lance-elle tout sourire, et je me passe une main dans les cheveux
« Gin, tu sais que c'est compliqué en ce moment … »
« Oui je sais, trop de travail au ministère » dit Ginny, qui ne sourit plus du tout d'un seul coup « Si tu savais combien de fois j'entends ça à la maison … »
Je ne pense pas que j'étais censé entendre la dernière phrase à moitié murmurée, mais le temps que je fronce un sourcil elle s'est déjà retournée pour attraper quelques olives.
« Gin, ça va en ce moment ? » je demande en prenant attention à baisser un peu ma voix.
Elle dépose trois olives dans ma paume tendue et me souris « Bien sûr que ça va, je viens de te dire que j'étais nommée capitaine ! »
« Non … je veux dire Hermione et toi, ça va ? »
« Oh » Ses yeux font tout de suite un petit mouvement rapide, pour aller repérer où est sa femme à l'instant même, puis reviennent sur moi « Ca a pas été vraiment facile pour elle, toute cette période de stress et d'attente … et en plus elle croule sous le boulot au ministère - ce qui ne change pas de d'habitude tu me diras. Je suis contente qu'on en ait fini honnêtement, on va pouvoir reprendre tranquillement nos petites vies normales maintenant »
« Tout aussi normales que peut être vos vies » je souris et elle roule des yeux
« T'as compris ce que je voulais dire … ça va nous faire du bien de plus avoir de journalistes qui jettent des micros dans mon nez quand on sort ou des photographes qui la suivent partout pour lui demander ce que ça fait d'être marié à une potentielle capitaine de quidditch »
« Et ben maintenant ils vous poseront encore plus de questions quand vous sortirez non ? »
« Oui, sauf que maintenant que j'ai été nommée, je peux leur jeter tous les sorts que je veux sans que ça risque de compromettre ma promotion, tu vois ! »
Je ris un bon coup « T'as pas peur de passer pour une capitaine violente au mauvais caractère en faisant ça si ça sort dans la presse ? »
« Pas vraiment, Gwenog a placé la barre très haut pour ça » sourit Ginny dans un sourire en coin machiavélique. Je ris encore quand je sens une main se poser sur mon épaule.
« Ça rigole bien ici ! » sourit Harry en acceptant le pot de chips que lui tend ma sœur « On parle de quoi ? »
« De la nomination de Gin » je réponds « James est couché ? »
« Normalement il dort, le vilain garnement » soupire-il « Je vais en profiter pour aller nous chercher du champagne »
« Oh bonne idée ! » dit tout de suite Ginny
« Ramène la bouteille ! » je lui lance alors qu'il s'éloigne déjà. Les autres se sont tous éparpillés autour du salon, et Ginny et moi nous retrouvons un peu isolé avec nos olives et nos chips.
« Et comment ça avance du point de vue de … tu sais »
« De quoi tu pa… ah oui » Ses yeux s'ouvrent grand de réalisation « Euh … le projet suit son cours » dit-elle d'une petite voix chevrotante, et je regrette un peu d'avoir remis le sujet sur la table.
« Ca viendra tu sais » j'essaye de la rassurer comme je peux « Et tu seras une mère géniale »
« Tu crois vraiment ? »
« Bien sûr ! Dis-toi que si tu peux diriger une équipe exclusivement féminine de joueuses de Quidditch sans qu'elles s'entretuent toutes au bout d'une semaine, tu peux élever un gamin correctement »
Ginny éclate de rire, et c'est le moment où choisit Harry pour réapparaitre, une bouteille de champagne entamée dans une main et la main d'Hermione dans l'autre.
« Regardez qui je vous ai ramené en prime ! »
« Encore mieux que le champagne » dit Ginny en s'approchant tout de suite de sa femme pour l'enlacer de son bras libre.
« Les verres ! » dit Harry et on tend tous nos verres pour qu'il les remplisse de champagne.
« A Ginny ! » dit tout de suite Hermione en levant son verre vers la rousse
« A ma sœur » je rajoute
« Et à la nouvelle capitaine des Harpies ! » conclut Harry alors que Ginny a déjà bu la moitié de son verre.
« Au fait, Bill m'a dit que t'avais changé d'équipementier ? » demande Harry « Je croyais que t'aimais bien Ruckneer and Sons »
« J'ai juste fait changer les coudières » dit Ginny en sirotant son champagne « C'est Hermione qui m'a fait remarquer que les nouveaux modèles englobaient plus les coudes et permettaient des mouvements plus larges »
« Attends ! » j'interromps en levant une main « Hermione te donne des conseils de quidditch maintenant ? C'est le monde à l'envers ! »
Hermione fronce des sourcils immédiatement. « Hey ! Je joue peut-être pas ce sport de brutes mais j'observe ! Et mes conseils sont excellents »
« C'est quand la dernière fois que t'es montée sur un balai Hermione ? Pour jouer au quidditch je veux dire » lance perfidement Harry
« Euh … une fois un été au Terrier en 1996 … » répond-elle après mure réflexion
« Laisse ma femme tranquille ! » intervient tout de suite Ginny, qui ne rigole pas avec les vannes sur Hermione « De toute façon aucun conseil ne sera jamais pire que ceux de la tienne le jour de notre mariage »
« Quoi ? »
Je vois les yeux d'Harry faire un vite mouvement vers le coin où se trouve Luna, visiblement en train de parler au ventre d'Audrey qui la laisse faire en rigolant
« Tu savais pas ? » s'étonne ma petite sœur, et on secoue tous les trois dans la tête dans un mouvement très synchronisé « Je crois que t'étais parti vérifier si Neville avait fini d'arranger les fleurs dans l'allée, et tous les autres étaient dans la tête d'Hermione. Moi j'étais en train d'essayer d'enfiler ma robe toute seule puisque Luna, qui était censée m'aider à la mettre, était trop occupée à me donner des conseils pour ma nuit de noce ! »
« Quoi ! »
Harry s'étrangle avec son champagne et je lui tape vite dans le dos en retenant un petit rire
« Oui et avec des détails graphiques assez poussés, et même un mime à un moment ! D'ailleurs avec le recul, je me demande bien comment elle en connait autant sur le sujet … »
Harry rougit violemment, et finit vite le fond de son verre.
« Et tu t'en es servi ? Je veux dire de ses conseils ? » demande Hermione à Ginny, en passant un bras autour de sa taille
« Quoi t'es en train de me dire que j'aurai du ? »
« Le soir de notre de nuit de noces ? »
Ginny hoche de la tête d'un air mi-inquiet mi-énervé, je grogne et me resservant un petit four et Harry lève les sourcils, soudainement très intéressé par la conversation.
Hermione glousse et se colle un peu plus à Ginny pour déposer un bisou sur le sommet de son crâne « Non mon cœur, je te promets que ce soir-là tu étais encore au-dessus de l'excellence de tes performances habituelles ! »
Ginny brille positivement de fierté et je faire mine de vomir.
« Ma petite sœur, mesdames et messieurs » je gronde alors qu'Hermione embrasse encore plus ma sœur – elle s'arrête jamais ou quoi ? « On est vraiment toujours obligé de tout ramener à ce que toi et Hermione faites au lit ? »
« Quoi Ron t'as peur que je sois meilleure que toi ? » Je vois Hermione et Harry qui font oui de la tête et Ginny enchaine illico « Parceque Hermione adore quand que je lui mo- »
« Ok ! » je crie presque « D'accord, d'accord t'as gagné ! Je vais aller chercher des chips dans un coin où les gens ont des conversations normales »
Je m'éloigne de la zone de danger, d'où je peux entendre Harry et Ginny rigoler et Hermione demander des détails sur les conseils de Luna, et je me rapproche du canapé pour m'incruster dans la conversation de George, Andromeda et Katie.
Katie quand elle me voit s'asseoir à côté d'elle pose tout de suite la main sur mon genou, et je dépose nonchalamment mon bras autour ses épaules et un baiser sur sa joue. Elle me lance un petit sourire et continue sa conversation normalement, tandis que mes yeux à moi restent fixés sur elle.
Rapidement, le bruit autour de moi s'évanouit alors que mes pensées bourdonnent autour de Katie, de ses yeux, de ses cheveux qu'elle a noué dans un chignon élégant comme j'adore, de son sourire qu'elle fait en ce moment même, d'elle. Je suis tellement emballé par ce que j'imagine qu'il faut un petit moment pour retourner sur terre, et que je finis par le faire quand Katie claque des doigts sous mon nez. Je secoue la tête un peu comme un chien qui s'ébroue, ce qui la fait bien rire, et elle me demande à quoi je pensais.
Je vois que George et Andromeda sont occupés à se montrer je ne sais quoi dans les mains de George – qui dégage une drôle de fumée verte – et je me penche vers elle pour lui susurrer à l'oreille ce à quoi je pensais.
Elle rougit un peu mais je sens sa main se resserrer sur mon genou et quand elle relève la tête, je vois ses yeux pétiller de malice.
« Dans ce cas-là pourquoi on rentre pas à la maison tout de suite pour que tu mettes tout ça en application ? »
C'est à mon tour de rougir, et de déglutir assez bruyamment, mais quand je croise à nouveau son regard – qui est passé d'un seul coup à une toute autre émotion – je veux me relever tellement vite que je me prends les pieds dans le tapis et je manque de me vautrer au sol.
« Hey du calme ! » rigole George « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
« On doit y aller » je dis précipitamment, et je me rends compte que je n'ai absolument aucune excuse en tête.
« Ron n'a pas nourri Canon ce matin, ça fait des heures que le pauvre chien est tout seul à la maison sans croquettes » dit Katie d'une voix tout à fait plausible et normale.
J'adore cette femme.
Je vois que George nous jette un regard pas très convaincu, mais il se lève néanmoins pour nous dire au revoir.
« Oh Ron ! » dit tout de suite Andromeda en se levant aussi, d'une petite voix compatissante « Partez vite ! »
On s'excuse encore auprès de tout le monde et on essaye de dire au revoir le plus vite possible - ce qui n'est vraiment pas gagné.
Je félicite encore une fois Ginny sur le pas de la porte pendant que Katie serre Hermione dans ses bras, et quand ma sœur ne peut apparemment pas s'empêcher de nous souhaiter une bonne nuit en levant un sourcil suggestif, j'attrape vite Katie par la main pour l'éloigner de l'appartement, alors que je peux encore entendre la voix d'Hermione résonner dans la cage d'escalier nous dire que Luna aurait des conseils pour nous aussi.
On transplane vite dans mon appartement, et je n'ai même pas le temps de me remettre du transport que Katie m'a déjà sauté dessus, et je la porte jusqu'à mon lit en trébuchant un peu et me cognant contre quelques murs.
« Ron … » murmure Katie dans mon oreille, et à ce moment-là tous mes soucis s'envolent.
Andrea, Grace, Emma et Shepherdson s'évaporent complètement quand je la couche sur le lit et me penche vers elle pour l'embrasser.
La seule qui est dans mes pensées ce soir, c'est Katie.
