Kagee
(Ombre chinoise)
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Ante
"Chaque histoire compte un début."
...
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"J'ai fais quelque chose de mal ?"
Makoto eut un sourire réconfortant. Abandonnant chiffon et cire, elle essuya ses mains salies par les tâches ménagères sur son tablier pour passer une main affectueuse dans les cheveux châtains se trouvant tout juste à portée. L'enfant leva aussitôt la tête à ce contact, affichant lisiblement son inquiétude sur son jeune visage. Ses yeux aussi sombres que la suie l'appelant à l'aide.
Elle vint.
"Ne vous inquiétez pas tant Katsuryoku-sama. Ce n'est peut être que passager...
_Mais ça fait déjà des jours qu'Oni-san m'évite !"
Makoto devant la détresse de celui dont elle avait la nourrice, l'étreignit avec douceur, le berçant dans sa prise maternelle qui ne cherchait qu'à le rassurer. L'enfant était jeune, voir son frère et ses parents devenir soudainement si froids envers lui, ne pouvait que le surprendre et éveiller chez lui l'incompréhension. Elle n'avait pourtant aucune réponse à lui donner, elle ignorait elle-même ce qui poussait Gimu-sama a mépriser ainsi son jeune cadet. De même, elle avait été témoin d'une entrevue père et fils ; jamais Shakui-sama ne lui avait semblé si distant avec son second héritier. Et quand l'enfant avait tenté de trouver du réconfort aux côtés de sa mère, l'atmosphère pesante qui s'était installé entre eux l'avait fait fuir.
Il était venu alors, connaissant l'ordre de ses tâches journalières, déboulant dans la pièce blessé et déçu. Et elle qui n'était pas noble, elle qui n'était qu'une misérable subordonnée, elle l'avait écouté, entendu, compris... Ne souhaitant que lui fournir un peu de cette chaleur qui lui manquait tant depuis plusieurs journées. Ne souhaitant que donner un peu de sourire à ce gosse dont l'abandon l'avait toujours étonnée, bien qu'il fût autrefois plus discret. Après tout, jamais elle n'avait surpris de quelconques marques de tendresse des membres de la famille envers leur second enfant. Autant Gimu-sama était-il exercé aux études que réclameraient ses futures obligations, emmené en tous lieux, vanté... Autant Katsuryoku-sama était-il resté dans l'ombre de son frère, initié aux arts de combats dès lors qu'il sut marcher et comme, dissimulé...
Makoto secoua la tête, chassant cette étrange impression. Souriant à l'égard de l'enfant une nouvelle fois, elle ne cessa cependant pas de le bercer, un peu pour l'empêcher de grandir trop vite, de conserver cette part d'innocence qu'elle regrettait ne plus avoir elle-même. Puis d'une voix bien plus assurée qu'elle ne l'était réellement, elle avança :
"Vous savez votre frère prend très à coeur son rôle de principal héritier. Cela incombe de grandes responsabilités et un travail sur soi. Il grandit lui aussi et il a pris conscience de la tâche qui l'attend désormais et qui se rapproche chaque seconde davantage, inexorablement...
_Hmm... Ca veut dire quoi "inexorablement" Makoto ? Et "incombe" ?
_Ce qui est inexorable ne peut être changé. Quant à "incomber" cela signifie "demander". Comprenez-vous ?"
Armé de son petit visage sérieux l'enfant hocha la tête avec fermeté, bien décidé à retenir cette leçon de vocabulaire. A cet instant là il ressemblait énormément à sa mère et Makoto retrouva les traits de la dure femme dans ceux de son fils. Caressant du pouce la joue encore ronde, elle l'étreignit plus fortement, chassant ce mirage austère qui ne convenait en rien au caractère naturellement doux de Katsuryoku-sama.
Comme pour l'y encourager, le jeune garçon se laissa complètement aller, enfouissant son nez dans le tissu rêche, cherchant toujours davantage l'odeur apaisante qui semblait s'y bien résumer sa petite enfance et lui rappelait quelques formes vagues et floues, aux contours incertains dont l'aura l'apaisait cependant. Ainsi rassuré et certain qu'il pouvait se confier sans inquiétude, il continua d'une voix faible :
"Je sais. Père et Mère sont très fiers d'Oni-san, et moi aussi. Mais... Je fais quoi ? Oni-san va être de plus en plus occupé, mais moi... A part les entraînements de Senseï Nenkou, je...
_Peut être devriez-vous en parler à votre père. Vous pourriez alors résoudre ce problème. Je suis certaine que Shakui-sama a conscience que la position du second enfant est difficile à occuper."
L'enfant leva la tête, ses yeux sombres écarquillés par la détresse.
"Mais je lui en ai parlé ! Mais Pap... Père ne m'a rien répondu. Il m'a simplement dit que c'était pas le moment pour ça, que je pouvais partir... Et Mère... !
_Ssscchht... Calmez-vous Katsuryoku-sama.
_Je n'aime pas quant tu m'appelles ainsi... Maugréa l'enfant tout en s'enterrant à nouveau dans ses bras. Pourquoi faut-il que tout le monde me nomme ainsi et se baisse sur mon passage ? C'est inutile... Moi je voudrais qu'on vienne simplement me parler normalement... Sans ces ridicules courbettes. Je veux juste ça... Makoto !"
Acquiesçant doucement, la jeune femme blonde se pencha sur le visage peiné pour embrasser avec tendresse le front accessible sous la masse indisciplinée de cheveux.
"Il est ainsi Katsuryoku-sama. Même jeune vous êtes mon maître, et même quand vous teniez à peine dans mes bras, vous l'étiez déjà.
_C'est nul...
_Ne soyez pas si sombre, les choses s'arrangeront.
_Tu en es sûre ? Tu me le promets ?"
Makoto hésita. Mais devant le regard emplit d'espoir qui s'était à nouveau posé sur elle, il ne lui était possible que d'hocher la tête. Hocher la tête et espérer avoir raison. Mais elle avait beau faire cela, plus elle songeait et plus un mauvais pressentiment grandissait en elle. Ne lui laissant plus que le seul voeu de demeurer aux côtés de cet enfant...pour pouvoir amortir sa chute si elle venait à survenir.
Et priant pour qu'il ne remarque pas sa voix tremblante, elle continua de le bercer, chantonnant à son oreille les berceuses dont elle avait usées autrefois pour apaiser son sommeil. Jusqu'à ce qu'il se détende totalement et qu'un sourire ne vienne percer finalement ses lèvres.
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La cible était proche, à seulement quelques mètres. Elle courrait vite mais elle ne pouvait lui échapper. Il connaissait ses rues pour y avoir vécu, chacun de ces embranchements n'avait aucun secret pour lui et il en connaissait toutes les directions possibles. Il était dans son terrain naturel, il n'allait pas perdre face à une petite vermine venant d'un toute autre district que celui où ils se trouvaient en ce moment-même. Elle était tombée sur plus fort qu'elle, et il allait tout de suite le lui faire comprendre.
Il vira de direction brusquement, enjambant une palissade avec aisance pour suivre la ruelle dans laquelle il venait d'atterrir. Son regard accrocha les caisses empilées sagement au pied d'un petit cabanon comme à l'accoutumée. D'un bond il se jugea sur elles pour parvenir jusqu'au toit de la petite habitation. De là il se remit à courir, suivant le chemin tout tracé que formait l'enfilade des étroites maisons et dominant la rue où il espérait voir débarquer sa cible.
La silhouette de celle-ci finalement en vue, il sauta, se réceptionna sur une carriole de foin proche pour rouler jusqu'au centre de la large avenue de terre battue. Satisfait, il s'épousseta alors tranquillement pour se retourner faisant face au visage horrifié de la chose qu'il poursuivait. Se délectant de son triomphe, il s'avança de quelques pas pour refermer sa prise sur le col de kimono fait d'un tissu grossier et lever à la hauteur des yeux...
"Mais lâche-moi sale goujat ! LÂCHE-MOI JE T'AI DIS !!"
...une fillette furibonde et...voleuse. D'un sourire il la nargua, sa bourse récupérée en main qu'il agita d'ailleurs sous son nez pointu couvert d'une avalanche de tache de rousseur. Si elle ne se débattait pas avec autant de férocité, grognant, crachant et hurlant, agitant en tout sens une natte brune qui venait souvent s'échouer contre son visage dans un claquement furieux...elle aurait certainement pu être une adorable gamine.
"Un vrai monstre... Tu sais combien d'heures il m'a fallu endurer à la rizière pour obtenir cet argent ? Comprend que je ne puisse te le laisser... Ni permettre que tu t'en sortes ainsi sans punition.
_T'ES PAS MON PERE !"
Elle avait de la voix aussi.
"Lâche-moi maintenant !
_Pour te laisser t'enfuir ? Tu rigoles ?
_Tu vas voir si mon poing rigole !"
Ignorant la petite main qui tentait de le griffer et le pied nu qui s'agitait, menaçant près de son visage, d'un geste ample il chargea la petite chose sur son épaule telle un sac de riz. Ne tenant pas compte de la courte surprise qui venait de figer la gamine, il plaqua une main ferme dans le dos de son paquet. Une bonne chose puisque les jambes de celle-ci recommençaient à s'agiter frénétiquement, tapant maladroitement son torse alors qu'elle labourait son dos de ses ongles.
"Une vraie peste avec ça. Où sont tes parents ?
_Je t'le dirai pas ! Na !"
Poussant un profond soupir de lassitude, il haussa finalement les épaules pour reprendre sa route première. Aussitôt la vermine s'agita à nouveau, s'inquiétant à renfort de cris et de morsures de leur destination finale. Ignorant le regard torve des autres habitants du Rukongaï qu'ils croisaient, il ne lui répondit pas allant même jusqu'à siffloter joyeusement un air de sa propre invention.
"Mais arrête ! Arrête ! C'est à rendre sourd ! Tu vas m'écouter oui !
_Shin'ji ! Que m'apportes-tu là ?"
Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il parvenait à la hauteur d'un homme vieilli par le travail et les années, assis sur le pas de porte d'une des miteuses habitations et arborant le traditionnel chapeau pointu de paille.
"Reishou-san ! Il s'agit d'un Tengu que j'ai croisé sur le chemin. Le malin a tenté de voler ma bourse !
_JE NE SUIS PAS UN TENGU !! Sale frustré !
_Et un point pour la miss !"
Ignorant le rire rocailleux de Reishou et la moquerie clairement lisible dans ses yeux, Shin'ji s'empara à nouveau du col du monstre pour le tirer de son épaule, le présentant à l'homme sans pour autant permettre à la vermine de poser un seul pied par terre.
"Alors ma petite, comment t'appelles-tu ?
_Je ne suis pas petite ! Je suis grande pour mon âge ! Vieux débris..."
Shin'ji ne put contenir son amusement face à l'expression outragée qu'arborait désormais Reishou, tandis que le petit démon lui faisait une effroyable grimace. Reposant la gamine à terre tout en la maintenant en place, il étouffa de son autre main son rire menaçant de trop lui échapper.
"Vieux débris ?
_Et t'es sourd en plus !
_Où sont les parents de cette petite saligotte que je leur vante les qualités de leur rejeton !
_Vous pouvez toujours les chercher. J'en ai pas, vieux croulant."
La réflexion de l'enfant eut au moins le bon goût de calmer la colère de Reishou qui, prêt à ignorer les douleurs de son dos, s'apprêtait à se relever avec une vivacité qu'il ne possédait plus et que le temps et l'effort lui avaient pris.
"Vous allez me relâcher maintenant oui ou non ?"
D'un regard Shin'ji et Reishou se concertèrent. Le premier se pencha sur le monstre, un sourire de satisfaction aux lèvres alors qu'il hochait négativement la tête.
"Ce n'est pas possible.
_Et je peux savoir pourquoi ?
_Je t'ai ramené pour te donner une punition. Aux vues de tes crimes...
_Je cherche à vivre comme je le peux abruti !
_...celle-ci sera que tu restes vivre chez nous.
_Pardon ? Fit la gamine avec surprise. Chez...vous ?"
Shin'ji acquiesça, désignant Reishou qui n'avait pas bougé d'un geste, se contentant de scruter la petite scène de toute son attention, pour adresser un sourire rassurant à l'enfant déboussolée par cette si soudaine proposition.
"Cela fait des années que Reishou-san s'occupe de moi...
_Mais...
_Alors, comment t'appelles-tu petit Tengu ?"
Les yeux carmin étaient intimidants. Elle baissa la tête au sol, contemplant avec une nouvelle assiduité ses pieds nus et leurs petits orteils couverts de terre. Refermant ses mains sur son yukata trop court, elle hésita un instant pour finalement ouvrir la bouche :
"Gaki..."
Shin'ji écarquilla des yeux alors que Reishou éclatait à nouveau de rire. Rouge de gêne, elle croisa fermement ses bras sur sa poitrine pour se détourner des deux hommes, blessée dans son orgueil. Une main se referma alors sur son épaule tandis qu'elle retrouvait le sourire amusé de son kidnappeur.
"Sale gamin, hein ? Tu portes bien ton nom. Allez, entre. Tu dois avoir faim."
Sans se poser plus de question elle se laissa entraîner.
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Katsuryoku voyait défiler les portes de papier de riz avec nervosité. Hésitant entre presser le pas ou bien brutalement ralentir, il déambulait dans l'un des couloirs de la maison familial, sachant malheureusement très bien où celui-ci déboucherait. Et c'est avec appréhension qu'il vit la large entrée encadrée de deux gardes se dessiner à quelques mètres.
Il se tordit les mains.
Pour la première fois depuis de longues semaines, son père avait réclamé sa présence à ses côtés. Un de ses messagers personnels l'avait interrompu dans ses exercices, le pressant de se présenter à la chambre parentale au plus tôt. Il en était d'autant plus surpris que l'accès de cette pièce lui avait été récemment interdit par sa mère, désireuse de ne plus le voir surgir à tout moment quémander une affection qui se faisait rare au fil du temps.
Combien de jours s'étaient-ils écoulés depuis la dernière fois où sa main fine et pâle s'était posée sur son front en une caresse à peine perceptible ? Depuis combien de mois demeurait cette ombre dans son regard clair lorsqu'elle le posait sur lui ? Depuis combien d'années ne l'avait-elle plus étreint ? Avait-elle seulement un instant murmuré son nom autre que sous la forme distante de "fils" ?
Voulait-elle vraiment de lui ?
Il aurait répondu auparavant sans hésitation. Désormais il n'en était plus capable. Dans la bouche de ses parents seul un prénom semblait prendre toute son importance, celui de son frère. Son frère qui l'évitait, ne le regardait plus que pour le mépriser, soulignait sans cesse ses faiblesses, riait de ses échecs. Son frère froid et distant qui autrefois lui apprenait à former ses propres origamis. Son frère parlant de devoirs et de responsabilités, d'argent et de pouvoir. Son frère qui savait à peine tenir un sabre alors que lui-même se jouait de tous les gardes familiaux. Et pourtant, pas un seul instant ses parents n'avaient semblé ressentir une quelconque fierté devant ses prouesses. Leurs visages fermés et sombres étaient le seul souvenir qu'il gardait du jour où Senseï Nenkou leur avait vanté ses capacités hors-norme.
Pas un seul instant...il ne s'était senti exister.
"Katsuryoku-sama. Shakui-sama vous attend."
Ignorant le salut militaire des deux sentinelles à son passage, il fit son entrée dans la pièce avec hésitation. L'ambiance tamisée qui y régnait alors ne lui plut pas du tout. Repoussant un sentiment d'inconfort, il continua sa progression parmi les meubles et objets précieux, prenant soin à ce que pas une seule latte de plancher ne craque sous ses pieds.
"Te voilà enfin."
Il sursauta pour se tourner vers son père, siégeant dans un fauteuil bas derrière la table basse qui lui servait de second bureau personnel. Déglutissant difficilement face au ton glacial employé et à l'oeil plein d'autorité de son paternel, Katsuryoku s'avança pour s'agenouiller, lui faisant face. A nouveau la voix claqua :
"Et bien tu ne salues plus ton supérieur ? Aurait-on oublié de t'enseigner la politesse ?
_P-pèr... Balbutia t-il, stupéfait.
_SILENCE ! Un instrument comme toi n'a aucun droit d'employer ce mot. Ton seul droit est l'obéissance. Tu n'es là que pour nous servir et il s'agit de ta seule et unique utilité. Me suis-je bien fait comprendre ?"
Perdu, bouleversé, Katsuryoku ne put que refermer ses mains sur ses genoux, tremblant face à la violence des mots de son père qui ne semblait plus être qu'un lointain inconnu. Jusqu'à ce que sa main ne s'abatte avec violence sur la table qui les séparait, lui arrachant un cri de surprise.
"ME SUIS-JE BIEN FAIT COMPRENDRE ?
_O-oui...
_Alors qu'attends-tu ? Ton front ! A terre ! Allez ! Dépêche-toi !
_O-oui...
_Oui qui ?
_P... Sh-shakui...-sama..."
Sa voix se brisa et sans résistance il se plia en avant, écrasant son visage à terre, dissimulant les larmes qu'il ne pouvait retenir et qui s'écrasait sur le sol, tremblant, apeuré... Perdu. Il ne comprenait plus rien, ce qui avait pu autant changer son père, le rendre si froid et si distant, si brutal... Il lui avait interdit de l'appeler "père", et il ne l'avait pas non plus appelé une seule fois "fils".
Non, il n'avait fait que dire "instrument".
"Bien. Reste ainsi. Cela convient parfaitement à une chose telle que toi. Ordonna avec satisfaction l'homme pour reprendre sa froideur. Sais-tu pourquoi je t'ai fais venir ici ?
_N-non...
_Non qui ?"
La voix doucereuse tordit ses entrailles. Ses ongles s'enfoncèrent dans le sol alors qu'une peur soudaine le prenait à la gorge. Il y avait une telle puissance dans cette voix, une puissance qui l'écrasait, imposante, titanesque... Il haleta.
"Je l'i-ignore... Shak-kui-sama...
_Parfait. Tu apprends vite. Tu retiendras peut être ceci plus facilement... Je ne veux plus te voir un seul instant dans ce bâtiment principal."
La surprise lui coupa le souffle.
"Si tu y poses un seul pied je le saurai et je me ferai une joie de te punir convenablement. Ton visage entre ces murs est une infamie et une erreur qu'il faut au plus vite corriger. Je t'ai assigné à une habitation plus éloignée où tu vivras désormais et où tu t'entraineras...seul."
La langue lui brûla. Il l'ignora alors que le visage apaisant de Senseï Nenkou traversait son esprit. Qu'était-il advenu de son maître d'armes ? Pourquoi subitement l'en défaire alors qu'il n'était toujours pas parvenu à son niveau ? Mais surtout... Surtout... Pourquoi éprouver un tel dégoût envers lui soudainement et ne plus chercher qu'à l'éloigner ? Pourquoi...son père...?
"Une autre vie commence pour toi. Oublie donc ce qui a pu exister avant. Oublie tout. Tu n'es plus celui que tu étais auparavant. Tu n'es que l'instrument de notre famille. Une arme. Une simple arme dont la vie nous importe peu. Tu es même si inutile qu'à la moindre faute il nous est possible de nous débarrasser de toi pour de bon. Aucun échec ne sera permis, aucune erreur autre que celle que tu représentes déjà. Rien.
Oublie."
Il trembla, violemment.
"Ton nom sera désormais Den."
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Shin'ji fixait le ciel, assis sur le pas de porte de la misérable habitation où il avait vécu. Dès son arrivée à la Soul Society, vide de tout sentiment et de tout souvenir, il avait été recueilli par Reishou qui l'avait pris sous son aile et l'avait initié au travail que réclamait une rizière. Un travail long et douloureux auquel il s'était plié sans rechigner : aucun habitant du Rukongaï ne se serait permis de cracher sur de possibles rentrés d'argent. Même quand cela signifiait passer des heures sous un soleil flamboyant, plié en deux, les pieds dans la flotte. C'était une chance inestimable dont il avait su comprendre la valeur au plus tôt.
Depuis les années avaient filé, Reishou était brisé par le travail, lui le serait sans doute d'ici quelque temps. Il ne se faisait pas de doute sur la vie qui l'attendait et dont la morne habitude finirait par le lasser. Il parvenait pourtant à vivre une existence légère, riant de tout avec Reishou, s'amusant de petites histoires et de petits riens. Il gardait le sourire et l'enjouement, décidé à ne pas se laisser abattre par la peine et le découragement. Et seule une chose était à l'origine de sa détermination : un désir ridicule dont il connaissait déjà le dénouement mais en lequel il s'obligeait à croire.
"Et Shin, si tu restes toute la nuit ici tu ne seras pas en état pour bosser demain.
_C'est Reishou qui te l'a dit ?
_Non c'est ma conscience. Rentre.
_Pas envie."
Ignorant le regard farouche que lui lançait une future adolescente brune, il reporta toute son attention sur les étoiles clairement visibles dans le ciel dégagé. Un coup de pied rageur dans le bas de son dos termina de le tirer de ses rêveries.
"J'ai dit rentre !
_Gaki ! Ca fait putain de mal !
_Bien fait ! Rentre !
_Non. Formula t-il clairement tout en la défiant du regard.
_Shiiinn..."
Il se détourna, comptant silencieusement dans sa tête les secondes qui défilèrent alors qu'ils gardaient tous deux le silence. Abordant la vingtaine, un profond soupir se fit alors entendre tandis qu'une masse se laissait tomber au sol à ses côtés, lui tirant un sourire satisfait que la jeune fille ne manqua pas de remarquer.
"Vil démon...
_Sale gosse..."
A nouveau le silence qui s'installa, calme et paisible alors qu'ils appréciaient tous deux la fin d'un automne doux et sec. Puis finalement un nouveau soupir tandis que Gaki lasse s'allongeait sur les genoux de son aîné. Aîné qui fasse à un tel comportement haussa un sourcil.
"Peut-on savoir ce qui te prend ?
_Y'a pas d'étoiles filantes...
_Pardon ?
_Y'a pas d'étoiles filantes, je peux pas faire de voeu.
_Je ne vois pas en quoi ce fait devrait restreindre tes voeux.
_Baka ! C'est lorsqu'il a une étoile filante que...
_Je sais. Merci bien. Je connais mes croyances populaires.
_Alors pourquoi ça t'étonne ?"
Il claqua légèrement son front au ton hargneux qu'elle prenait pour l'interroger. Le temps avait beau filé, Gaki conservait un sale caractère évident, à l'image de son prénom. Raishou avait bien tenté de l'éduquer un peu, en vain. Mauvaises manières et pratiques de brutes semblaient seules définir la gamine. Et pourtant ils la gardaient avec eux. Parce que c'était Gaki, tout simplement.
"Etoile filante ou non, tu as le droit d'avoir en toi un voeu que tu espères voir se réaliser. C'est tout.
_T'es chiant.
_Et toi t'es sale.
_Frustré !
_Gamine !
_Abruti !
_Idiote !
_Tête de morue !
_S...pardon ?
_Rien, laisse."
Elle soupira à nouveau. Distraitement il joua avec les mèches de sa frange de tigresse jusqu'à ce qu'elle ne l'en chasse d'une tape sur la main sèche et claire. Ignorant son regard menaçant, il reposa sagement ses doigts au sol pour se perdre dans l'horizon couleur encre davantage encore. Quand sa voix s'éleva, pensive :
"Et toi ?
_Et moi quoi ?
_Tu en as un, de voeu ?"
Elle se redressa sur ses coudes pour définitivement quitter l'appui de ses genoux et lui faire face, ses yeux bruns brillant d'une curiosité qu'il savait ne pouvoir apaiser qu'en lui répondant. Aussi hocha t-il la tête alors qu'une flamme se mettait à brûler dans les petits orbes, lui permettant de deviner aisément la question suivante.
"Quel voeu ?
_Je... Il hésita un instant. J'aimerai devenir un Shinigami."
Silence.
"Ca convient bien à un crétin dans ton genre prêt à se sacrifier pour la veuve et l'orphelin...
_Gaki ! Je suis sérieux...
_Oh mais moi aussi je suis sérieuse."
Lui lançant un regard torve, il ramena ses jambes contre lui pour poser son menton sur ses genoux. De nouveau ses yeux trouvèrent le ciel et se perdirent dans son immensité. Plus inconsciemment que volontairement il se mit à parler :
"Je me souviens d'un jour à la rizière, particulièrement chaud, en plein été... De nombreux Hollows avaient fait leur apparition. Cela arrivait assez souvent, le travail dans la culture de riz demande beaucoup de main d'oeuvre et un énorme massement d'âmes. Il se trouve que cela les attire et nous avions l'habitude d'en voir quelques-uns s'annoncer de temps en temps. Cependant ceux-ci étaient très nombreux et particulièrement immenses...
Nous ne pensions alors plus qu'à la fuite lorsqu'un escadron de Shinigamis est arrivé quelques minutes plus tard. C'était rare aussi d'en voir autant, je suppose qu'un tel nombre d'Hollows géants exigeait une plus grande prudence. Cela n'est pas très important... Non, il n'y avait que ce Shinigami qui a attiré aussitôt mon regard.
_C'est tendancieux...
_Oh la ferme ! Je parle.
_J'avais remarqué.
_C'était juste un gosse avec les cheveux blancs et de sacrés yeux. Et pourtant il dégageait un calme et une assurance...stupéfiante. Les autres Shinigamis étaient aux prises avec les Hollows qui leur ait venu en aide et...
_Et ?
_Deux secondes plus tard il n'y avait plus rien qu'une étendue de glace."
Gaki souffla.
"T'exagères pas un peu ?"
Une nouvelle tape lui répondit. Elle grogna, massant son nez. Puis voulant titiller à nouveau le jeune homme, elle releva les yeux dans l'optique de l'ennuyer quant à ce pseudo enfant Shinigami dont la puissance avait parue particulièrement le marquer pour...inutile. Shin'ji venait de se plonger dans de plus profondes réflexions encore dont elle ne le tirerait pas de si-tôt.
Impuissante, elle l'abandonna sur le pas de porte.
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Vivre dans le silence.
Exister dans le silence.
Devenir le silence.
Den volait.
Méprisant les murailles, méprisant la terre et le monde. Vide de toute émotion, se noyant dans l'obscurité, s'étouffant, haletant pour respirer à nouveau enfin... Sa silhouette se confondait avec chaque ombre, sombre présence glissant à travers les rues, cherchant des yeux sa cible...
Trouvée, il s'avança vers la pauvre bâtisse sans hésitation. D'un saut, ses mains se refermèrent sur quelques prises infimes dans la palissade de bois. Cela lui suffisait, il escalada avec aisance le mur pour parvenir jusqu'à une première fenêtre dont le verrou ne résista pas à la finesse de sa lame.
Il y avait une certaine délection à se jouer de tout, apprendre un territoire, un lieu sous les yeux aveugles de ses occupants. Sans que personne jamais ne ressente votre présence, n'imagine même votre existence. Des émotions qu'il ne ressentait que lors de l'entraînement lorsqu'il goûtait aux limites, poussait son corps à l'extrême, ignorait les cris angoissés de son esprit.
Lorsqu'il était moins que rien.
Et pourtant il ne parvenait pas à stopper le temps. Les années coulaient entre ses doigts sans qu'il ne puisse les retenir. Il y avait des souvenirs vagues de son enfance qui lui parvenaient parfois, dont il déplorait l'inexactitude. Des silhouettes floues et souriantes qu'il ne parvenait pas à identifier, une chaleur qui emplissait son âme et qu'il n'avait plus connue depuis. Et il y avait ces heures dans sa mémoire, alors que la nuit devenait son univers et le sang un compagnon. Et le noir, et le silence...qui parvenaient toujours à le faire hurler sans qu'il ne sache jamais quelle horreur le poussait à les redouter au plus profond de lui-même.
Il posa une main sur son fourreau et en tira sa lame dans un sifflement. Pas un seul instant la silhouette assoupie dans le futon ne sembla pressentir sa mort prochaine. De son identité il ne tenait que son dos féminin qui s'offrait à sa vue. Shakui-sama avait été étrangement vague quant à son deuxième assassinat et l'être dont il se devait d'ôter la vie. Cela ne changeait rien aux règles, il appliquerait.
Pas aérien, éclat.
Il pouvait sentir la souplesse de la peau sous son arme, la gorge offerte n'appelant que davantage l'acier. Sans hésitation il s'exécuta avec une aisance qui lui plu, loin de sa première fois maladroite et hésitante. Et ignorant les gouttes écarlates qui parsemaient son visage, il se pencha sur celui de sa victime pour découvrir son identité.
...
Erreur.
Un nom brisa le silence et le flou alors qu'il se reculait avec horreur, trébuchait pour s'écrouler au sol, pris de violents tremblements dont il n'expliquait pas l'origine. Il y avait eu les cheveux blonds et épais, puis le nez rond, le menton adouci... Et la peur terrifiante qui l'avait pris à la gorge aussi surement que sa lame venait d'ouvrir celle de cette femme.
Il sanglotait. Sans comprendre pourquoi, sans parvenir à rattraper cette esquisse de silhouette qu'il voyait disparaître à l'horizon, il pleurait. Ce nom sur sa langue et la sensation étrange d'avoir été et d'avoir trahi. Gémissant il roula au sol, y frappant avec frénésie son front. Il voulait se débbarraser, il voulait comprendre, redevenir vide... Oublier.
Et enfin...la délivrance, le nom, ce nom...
Makoto l'avait abandonné. Makoto lui avait menti. Makoto...
Il hurla.
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Shin'ji était nerveux.
Non. Shin'ji était malade de nervosité.
Faisant les cents pas, il tournait en rond dans cette pièce depuis plusieurs minutes, agaçant certainement les trois autres personnes qui l'accompagnaient. Il ne pouvait cependant s'en empêcher. Il avait tant espéré voir ce jour arriver, tant sacrifier pour y parvenir et enfin...enfin... Ce voeu qu'il avait avoué en partie sur le pas de porte de leur petite bâtisse, allait se réaliser. Et il ne songeait plus qu'avec une pointe d'amertume aux sacrifices qu'il avait dû se résoudre à faire pour parvenir à son but. Le Rukongaï qu'il avait quitté, Reishou et Gaki qu'il n'avait plus vu depuis son obtention du diplôme de l'Académie, les efforts, le travail...la mort d'un camarade au cours d'une mission qui s'était révélée être un véritable désastre...de ces nombreux événements qui l'avaient marqué à jamais, façonné selon leurs bons vouloirs. Mais il ne regrettait rien.
Il ne pouvait pas regretter. Pas alors qu'il se trouvait dans cette pièce, pas alors qu'il avait été placé sous les ordres de la personne qu'il admirait le plus par un coup de chance et dont le talent n'avait cessé de l'impressionner au cours de ces derniers années, tandis qu'il communiait enfin avec le monde des Shinigamis, ce monde pour lequel il avait toujours eu de profonds attraits. Il pensait à cela et, davantage encore, ces peines qu'il avait endurées lui semblaient soudainement bien ridicules face à la satisfaction et la fierté qu'il ressentait aujourd'hui à attendre, sur le point de prendre son nouveau poste.
Et lorsque la porte s'ouvrit, il ne tenait tout simplement plus. Son regard accrocha finalement la touffe neigeuse, les orbes cyans, la retenue d'un léger signe de tête en guise de salut, l'analyse rapide, l'appréciation...
Hitsugaya Toshirô.
Tel était le nom de cette personne, ce Capitaine dont il avait toujours rêvé d'être sous les ordres. Ce génie talentueux dont il s'était enquit avec toujours autant d'empressement chaque jour qu'il avait passé à l'Académie, amusant certains, étonnant d'autres sans jamais s'en soucier davantage. Certainement était-ce trop, il assumait complètement cette surprenante admiration dont il faisait preuve, lui, habitant du Rukongaï et travaillant autrefois à la rizière. Petit chanceux qui avait su parvenir à ses fins, privilégiant le contact et la communication avec son Zanpakutô dans l'espoir d'atteindre les plus hauts niveaux, affinant sans cesse ses qualités de perception, sa réflexion, allant même jusqu'à rendre fous Gaki et Reishou de par son comportement buté.
Il s'était encouragé, et il n'avait pas démordu. Ce soir sous les étoiles, il avait pris sa décision et il s'était conféré le pouvoir de rendre réel son rêve. Il y était parvenu...il y était...parmi ces combattants qui avaient été choisis pour grossir les rangs de la Dixième division.
"Taïcho ! Fit soudainement une voix enjouée alors que la porte coulissait avec force. Ce sont les nouveaux ?"
Une femme venait de faire son apparition, une rousse flamboyante au sourire enfantin et aux yeux brillants que Shin'ji reconnut aussitôt : Matsumoto Rangiku. Tout comme il perçut rapidement le regard agacé que lui octroya le jeune Capitaine, assistant enfin à une de ces altercations entre le génie et sa vice-capitaine devenues légendaires avec le temps.
"Devons-nous être honorés de pouvoir compter enfin sur ta présence, Matsumoto ? Murmura le jeune Shinigami d'un ton glacial, martelant avec application le nom de sa subordonnée alors qu'il la foudroyait du regard. Il ne t'arrive donc jamais de consulter tes notes ? Voilà un bel exemple !
_Taïchooo, protesta la plantureuse en une petite moue, je ne pouvais pas les voir avec tous ces dossiers sur mon bureau...
_De toutes façons si ça n'avait pas été les dossiers, ç'aurait été les bouteilles." Grogna d'une voix à peine audible Toshirô pour se détourner, abandonnant tout espoir de raisonner un jour sa vice-capitaine et de se soulager ainsi lui-même.
Son attention s'était reportée sur ses nouveaux officiers et Shin'ji ne se sentit pas le seul à frémir légèrement sous le poids qui semblait peser soudainement sur ses épaules. Soutenant le regard clair et perçant avec maladresse, il retint un soupir de soulagement lorsque celui-ci se déporta à son voisin, le Capitaine les examinant avec minutie sans gêne apparente pendant un long instant.
"Bien ! Reprit-il finalement. L'on m'a signalé que les sélections de cette année avaient été particulièrement rudes et je ne peux que le constater au vue de votre nombre. Cela signifie que j'attends le meilleur de votre part, diplômés, et que je n'accepterais aucune erreur aussi dur soit ce nouveau départ pour vous.
Vous n'appartenez pas à la Troisième division, la Onzième ou, que sais-je encore, la Treizième mais à la Dixième division désormais. Vous n'êtes pas ici pour vous contenter d'abattre votre sabre sur la première cible venue ou faire quelques pitoyables recherches d'une utilité affligeante. J'attends de vous l'esprit fin, l'attention, la déduction et la détermination propre à un enquêteur. Je n'ai pas besoin de brutes juste bonnes au combat ou de fonceurs dénués de toute retenue qui m'arrêteraient les innocents et blanchiraient les coupables. Quand bien même vous respecterez ces critères n'espérez pas un seul instant être délestés de toutes charges, je surveille toujours avec attention la progression des nouvelles recrues de cette division et je m'assurerai personnellement de gérer votre ennui. Est-ce clair pour chacun d'entre vous ?
_Oui."
Le jeune Capitaine sembla apprécier leur réponse unie ; pas un seul instant l'un d'entre eux n'avait imaginé détourner leur attention de ce discours simple et concis. Un discret sourire s'étira discrètement sur le visage habituellement fermé de leur désormais supérieur qui s'enquit alors de leurs identités pour les inviter finalement à passer une observation d'entrée déterminante quant au rang qu'il occuperait dans la division.
Shin'ji fut le premier à suivre son nouveau Capitaine, une main portée à la garde d'Hane no Ji qu'il sentait frémir sous ses doigts d'impatience, tout comme lui. Son premier but atteint, il ne lui restait plus maintenant qu'à atteindre son nouvel objectif et il sentait pulser en lui une brûlante détermination. Il n'accepterait pas l'erreur, ce serait dans les dix premiers officiers...ou ce ne serait rien.
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"Chers tous...
S'il y a un ange en ce monde,
Vous me manquez énormément.
Pitié, sauve-moi.
Je te vois chaque matin sur le palier du dortoir, Reishou, et je t'entendrais presque râler contre ces jeunes qui ne savent pas la chance qu'ils ont.
Si ta seule solution et de prendre ma vie, alors fais-le.
Notre cher Capitaine est dur, il n'est pas question de souffler un seul instant dans cet enfer de division qui vient de m'accueillir.
Je n'ai pas peur de la mort, cette option me paraît si douce face à la douleur que je ressens et vois se profiler dans cet effroyable horizon.
Si ce n'est pas l'entraînement, c'est les missions, les recherches, les interrogatoires...comme promis, je ne risque pas de m'ennuyer un seul instant !
J'ai peur et je ne crois plus en cette force que je me suis cru posséder dans un excès de stupidité certain qui rougit encore mes joues de honte.
Et j'en suis heureux, plus que tout j'ai trouvé une nouvelle maison et une famille prête à supporter un imbécile comme moi, n'est-ce pas Gaki ?
Je suis faible, faible et ridiculement misérable dans cet immense monde dont je ne connais rien si ce n'est la froide justice.
Je ne vous oublie pas pour autant, malheureusement pour vous !
Je souhaiterais pouvoir tout oublier, obtenir une nouvelle chance de réussir ce que j'ai manqué, de comprendre mes erreurs pour prévoir mes échecs et les éviter cette fois-ci.
J'espère pouvoir vous rendre très bientôt visite et m'inquiéter un peu de votre santé, bien que je crois qu'aucune chose ne soit capable de venir à bout d'une vieille carcasse et d'un petit monstre...
Décider de ma vie, ah quelle triste espérance pour un inutile comme moi !
Je prendrai soin quand même de vous apporter de nouvelles couvertures, tous prévoient un hiver glaciale et bien que je sois désormais plus qu'habitué à de telles démonstrations de froid, je ne tiens pas à vous retrouver raides en rentrant.
Pourquoi a-t-il fallut que je comprenne enfin...que ce sang sur mes mains me révulse et que leurs ordres me répugnent ?
Et pas la peine de faire ton fier et arrogant, Reishou, c'est une obligation que de les accepter !
Mais c'est trop tard, trop tard pour moi qui aie monnayé ma vie sans même en avoir un seul instant conscience...
Sur ce, je vous laisse, Obi-san n'est pas très clémente avec les retardataires...
Alors pitié, viens mettre fin à cette existence sans but.
Je vous embrasse tous (sauf Gaki, elle ne le mérite pas cette sale gamine) !"
Viens...je t'attends."
Shin'ji
Un rien
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Je sais que c'est ici que nos chemins se séparent,
Aux minables coins de rues.
Carrefours sans détour, carrefours des « au revoir ».
Portes de l'inconnu.
C'est toujours ainsi peu importe l'histoire,
Chaque récit prend fin un jour.
Et ce qui s'est construit dans l'espoir,
Disparaît aux prochains tours.
Nous nous sommes rencontrés sur la route,
Pour ne plus nous quitter, confiants en nos liens.
Mais l'heure est à nouveau aux doutes,
Au solitaire lendemain.
Tout diffère, nos choix et nos destinations
Et le sacrifice de l'un d'entre nous n'est pas une solution.
Arrêtons-nous pour aujourd'hui si tu veux,
Ce n'est pas réellement un adieu.
Il sera toujours temps de nous retrouver plus tard
Plus murs, grandis, peut être avec moins de défauts...
Nous repenserons alors à ce vieil « au revoir »
Et il suffirait de nous dire « bonjour » à nouveau.
...
A suivre...
Ante-notes :Disclaimer Tite Kubo (Miwaku Shin'ji - Shin'ji, Katsuryoku et autres - Xunaly)
Ce n'est pas très professionnel de faire des ajouts de chapitres à une fiction qui est terminée. Ma seule défense sera que je les ai véritablement écrit pour le plaisir et non le besoin, que par habitude je tenais à vous les faire partager. Après un tel chapitre situé Ante-Kagee, craignez déjà un Post-Kagee d'ici un moment.
Merci de votre lecture et de votre soutien, de ces commentaires qui m'ont plus qu'agréablement surprise et touchée profondément.
