Coucou !
Bon j'étais inspirée donc voilà un nouveau chapitre. J'ai une frénésie de dingue donc voilà, j'en dis pas plus et bonne lecture !
Sir Sven était un homme dur, sec, un guerrier. Il ne jurait que par les armes et la discipline. Ses hommes étaient tous entraînés à se battre, à tuer s'il le fallait, et ce même si Arendelle n'avait pas connu de guerre depuis près d'un siècle. Il partait du principe de l'arme dissuasive. Si un royaume disposait d'une armée forte, unie et reconnue, aucun ennemi ne déclencherait une guerre sans y repenser à deux fois.
Lorsque la Reine avait déclaré la guerre à Espadril, il avait d'abord craint que ce ne fusse qu'une vendetta suite à une simple humiliation. Il avait craint qu'elle ne veuille se battre que par animosité. Puis, il avait compris que le Roi Johan avait un intérêt certain : une Reine qu'il croyait faible et un royaume placé stratégiquement au bord de la mer, grassement pourvu de glace et surtout jonché de certaines concessions de pierres précieuses très recherchées.
Ce roi de pacotille avait lui-même déclaré la guerre en installant ses troupes armées à la frontière entre Espadril et Arendelle. Alors, il avait tout de suite suivi sa Reine.
Mais ce qu'elle venait de faire à l'instant… Créer ce dôme de glace pour protéger non pas seulement sa peau mais aussi tous ses hommes de ces rochers meurtriers… Il était certes un homme dur, sec, un guerrier, mais il était aussi un vieil homme qui aimait ses soldats comme les enfants qu'il n'avait jamais eu. Il en était tombé à genou, submergé par l'émotion, la gratitude, la joie, la tristesse de perdre certains malchanceux. Et il venait surtout de ressentir une loyauté toute nouvelle pour sa Reine, celle qu'il sous estimait, voire même méprisait par sa faiblesse.
Elle n'était pas faible. Pas une seule seconde.
Elsa s'effondra sur le sol, suite à l'explosion de magie qu'elle venait de subir. Epuisée, elle s'évanouit, rattrapée in-extremis par quelques soldats, dont celui qui venait de créer le feu.
Lorsqu'Elsa ouvrit les yeux, elle reconnut immédiatement la toile blanche de la tente du médecin. Pourtant, ce n'était pas le médecin qui était penché sur elle, mais le Prince… Non, juste Edgar. Elle referma les yeux, subitement fatiguée.
« Vous semblez souffrir. Puis-je vous soulager de quelque part ?
_Juste une migraine, pas très agréable au réveil mais ce n'est rien de méchant. Que faites-vous dans la tente du médecin ? »
Edgar hésita quelques secondes, puis déclara doucement :
« Le personnel médical a été touché par un rocher. Le médecin chef et deux infirmiers sont décédés. Je suis donc venu donner un coup de main. »
Elsa rouvrit un œil et resta sceptique.
« Vous étiez à Arendelle aux dernières nouvelles, comment êtes-vous arrivé si vite ?
_Je ne suis pas arrivé très vite. Je suis là depuis ce matin, vous dormez depuis cinq jours.
_Comment ?! »
Elsa se redressa brusquement et, effectivement, sentit que son odeur corporelle datait de cinq jours. Honteuse, elle resta assise sous son drap et fixa du regard son ex-potentiel-futur-fiancé. Il eut un pâle sourire, puis se redressa en récupérant la vasque contenant un liquide épais.
_Qu'est-ce que c'est ?
_Oh, un onguent pour les bleus. Vous vous êtes cognée un peu la tête en tombant. J'ai pensé que vous dormiriez plus longtemps, cela aurait permis que vous n'ayez pas de migraine au réveil. »
Elsa apprécia l'attention, mais se souvint qu'elle était en guerre. Elle se jeta alors hors du lit et récupéra son manteau.
« Je vous conseille de ne pas sortir, il pleut à torrent.
_Comment ça, il pleut à torrent ? Et mon dôme ?
_Justement, il fond. »
Agacée, elle sortit et effectivement, une pluie glaciale lui tomba sur la tête. Alors, elle leva la main et demanda instinctivement à sa magie de faire disparaître ce dôme. Ce qui arriva. Surprise, mais ne se laissant pas attendrir, elle se redirigea vers ses propres quartiers, afin de retrouver son ministre des arts militaires et savoir ce qu'il s'était passé durant son sommeil.
Elle le trouva, comme elle l'avait supposé en voyant le soleil au zénith, au mess des officiers. A son arrivée, certes débraillée et pâle comme la mort, tous se levèrent et firent un salut militaire de façon synchronisée.
« Que Sir Sven prenne son assiette et se dirige immédiatement dans ma tente ! Avec une deuxième assiette pour moi ! Et qu'il se dépêche ! »
Elle sortit ensuite, pour aller dans sa propre tente. Une énergie nouvelle la prenait et elle désespérait de prendre un bain tout en se mettant à jour. Son ministre la suivit de près, alors qu'elle sortait des vêtements pratiques de sa malle – pantalon de cuir, chemise blanche de coton et une veste de cuir aussi.
« Ma Reine, vous m'avez fait demander ?
_Posez cette assiette ici, et faites-moi un rapport général pendant que vous mangez. Je me lave, donc gardez-vos yeux sur cette nourriture !
_Bien, ma Reine. »
Sir Sven se sentait miraculeusement heureux de revoir sa Reine en vie, énergique, même si elle parlait comme son ancien mentor, lui rappelant de douloureuses années d'entrainement. Il s'exécuta, penché sur sa nourriture et commença :
« Le dôme que vous avez créé nous a protégé de la pluie de projectiles ennemis, nous avons perdu une partie du personnel médical et quelques jeunes recrues malheureusement, néanmoins vous avez aussi gelé pratiquement tout sur quelques centaines de mètres aux alentours. Espadril a perdu une partie de ses trébuchets dans l'affaire. Il semblerait qu'une guerre intestine oppose le Roi Johan à ses fils, ce qui fait que nous avons eu une grande bataille peu après le bombardement qui a sonné en retraite chez eux. »
Elsa se déshabillait, indifférente au froid, et se jeta dans la baignoire de bois remplie d'eau depuis cinq jours. D'un grognement elle permit à son Ministre de continuer.
« Nous avons eu un messager de votre sœur, mais il est assez difficile à comprendre. Il nous dit qu'elle a trouvé un allié, mais pas parmi nos alliés… Et qu'elle devrait arriver sur le front sous quelques jours. J'imagine que c'est à présent une question d'heure, sinon de deux jours maximum.
_Sur le front ? Ici, vous voulez dire ? Mais ce n'était pas prévu !
_Tout à fait, ma Reine. Voilà pourquoi c'est incompréhensible, d'autant qu'elle est supposée passer par le Royaume d'Asu, qui est diamétralement opposé à nous, et n'arriver que la semaine prochaine selon le calendrier prévu.
_J'espère qu'elle sait ce qu'elle fait. J'ai fait disparaître le dôme. Nous devons donc surveiller par tous les côtés que les ennemis ne la voient pas arriver, si nous ignorons d'où elle vient.
_Les soldats sont déjà en alerte, ma Reine. Vous savoir réveillée et en forme les motivera d'autant plus. »
Elsa se leva de la baignoire et jeta un œil interloqué vers le paravent qui la séparait de son conseiller.
« Comment ça ? Je ne comprends pas.
_Votre acte de protection avec le dôme a réveillé le moral des troupes engourdi par l'inactivité. Ils semblent emplis de motivation à présent et je n'ai pas eu à rappeler à l'ordre un seul soldat depuis cinq jours. Certains ont même fait preuve d'initiative en délogeant les rochers de la glace afin de ne pas les recevoir sur les tentes, et d'autres…
_Hé bien ? D'autres quoi ?
_Un soldat nommé Kraven a déclaré être un « fils du feu » de la même façon que vous êtes une « fille de la glace » et s'est mis en tête de créer un nouveau bataillon de personnes… hum, dotées de pouvoirs comme vous, Ma Reine. »
Elsa termina de s'habiller puis s'installa sans fioriture sur sa malle tout en attrapant son repas désormais froid. Elle commença à mâcher, puis ordonna :
« Faites en sorte que les soldats en repos et ceux qui peuvent venir soient tous au centre du campement. Je vais parler. Mais avant, pour l'amour des trois déesses, emmenez-moi une assiette supplémentaire. »
Lorsque le soldat Kraven remit son casque sous son bras pour observer la Reine Elsa verser quelques mots à l'oreille d'un officier, il eut un pincement au cœur. Il sentait tourner le vent du changement. Des siècles de persécution allaient bientôt prendre fin. Et que ce fusse de la main d'une Reine aussi puissante n'avait rien de négligeable. Il était heureux de pouvoir assister à cela de son vivant.
La Reine Elsa avait d'abord paru si faible, si plaintive, si jeune au début de son règne, qu'il ne croyait plus à l'idée que la magie ferait son grand retour.
« Soldats, officiers d'Arendelle, il me semble aujourd'hui nécessaire de prendre la parole. Avant toute chose, je vais vous raconter un certain point de vue de notre histoire, de l'histoire de notre royaume, avec le peu que j'en sais. Je n'ai jamais vraiment été une bonne élève donc si vous m'entendez dire une bêtise, n'hésitez pas à me le dire. Oh, et asseyez-vous, par les trois déesses, je ne vous fais pas un discours. »
Des voix surprises s'interrogèrent et quelques dizaines de soldats s'assirent là où ils purent, sur des rondins de bois, sur des coffres, par terre. Elsa hésita quelques secondes, avant de se créer un siège rudimentaire de glace. Elle sourit, se sentant presque comme lors de sa fuite, libre d'user de ses pouvoirs. Puis, elle redevint sérieuse et fixa son auditoire devenu silencieux.
« Il y a quelques centaines d'années, le royaume d'Arendelle disposait de bataillons formés comme des mages. Ils étaient plutôt féroces, retirés à la naissance à leurs parents pour devenir espions, assassins, et autre métiers pas forcément appréciés par la majeure partie de la population. La magie étant utilisée dans des conflits particulièrement violents, bientôt le peuple prit peur face à ces gens de pouvoir. Ils décidèrent donc de, certes, perdre une arme puissante, mais aussi de se prémunir face au danger. Il y eut alors lieu ce que mon précepteur appelait le Génocide des Innocents.
Les guerriers expérimentés furent piégés dans leur sommeil, tués, et leur descendance aussi. Certains enfants déjà repérés comment étant magiques étaient aussi étouffés dans leur sommeil.
Ainsi, pratiquement tout ce qui était magique devait être effacé. C'est pourquoi, il y a cent ans, la magie fut déclarée perdue. Et je me rends compte aujourd'hui que si je me suis crue seule détentrice de ces pouvoirs, c'est parce que personne n'osait avouer, non ce n'est pas le mot, faire découvrir au monde ses capacités. Car tous craignaient être exécuté pour avoir la magie dans ses veines.
Quand mes parents ont appris que je savais manipuler la glace, ils ont pris peur et m'ont demandé de ne jamais user de celle-ci devant des témoins. J'ai donc joué avec ma sœur, la faisait glisser, virevolter, c'était des jeux d'enfants ! Mais j'ai failli la tuer un jour, car personne ne m'a jamais appris à contrôler ces pouvoirs. Je m'en suis tellement voulue, que je me cachais, m'enfermais, j'ai même décidé d'oublier que j'avais une famille, de futures responsabilités.
A la mort de mes parents, le Roi et la Reine, c'était pire. Je me suis sentie perdue, seule, et j'ai paniqué. J'ai fui mes responsabilités, et j'en suis aujourd'hui ici. Vous auriez mérité une meilleure Reine, mais voilà, je suis là, vous êtes là… Et je veux que ça cesse. Je ne suis plus seule, et vous, êtres de magie, n'êtes plus seuls non plus. Soldat, je ne dirai pas votre nom, au cas où vous voudriez que je le taise. Mais vous, fils de feu, présentez-vous devant moi si vous voulez, vous aussi, le retour de la magie. »
Elsa se tut alors. Et le Soldat Kraven sentit une fierté grandir dans son cœur. La Reine, elle, qui l'avait déjà sauvé, venait encore une fois de le protéger ! Une Reine pareille, faisant passer les autres avant elle sinon avec elle, méritait qu'on prenne tous les risques. Il se leva alors, tremblant, et dirigea sa main vers les braises du feu à moitié éteint. D'une simple rotation du poignet, il lança une gerbe de feu qui fit un nouveau foyer de chaleur, sous le regard ébahi de l'assistance. Certains, effrayés, poussèrent un hurlement, d'autres voulurent partir en courant.
« Je suis le Soldat Kraven, Ma Reine, et je suis votre serviteur. J'ai rêvé si longtemps d'être reconnu que je ne pensais pas vivre cet évènement. Mais je ne suis pas le seul non plus à être magique comme vous. J'ai retrouvé d'autres fils et filles de la nature. De la même façon, je ne vous nommerai pas, mais levez-vous afin de vous faire connaître si le cœur vous en dit. »
Et puis, petit à petit, certaines démonstrations de magie se manifestèrent. Un arbre poussa au travers de la neige au sol, une gerbe d'eau s'éleva des tentes, une fumée noire parcourut les rangs, et Elsa poussa un cri de surprise lorsqu'une voix s'éleva dans sa tête :
« Votre Majesté, merci… Merci de nous donner la chance de vivre. »
