Chapitre Six : Les paroles du Choixpeau

Une fois n'est pas coutume, je me permets de vous laisser une petite note en tête de chapitre. Et oui, je reprends (un peu) du service et reviens avec la suite du deuxième volet de Daemonia. Je sais, le temps est passé depuis ma dernière publication, mais ceux qui font des études longues savent à quel point elles peuvent envahir notre vie, au point de ne plus pouvoir faire autre chose. Je n'ai pas complètement terminé d'ailleurs, mais j'ai ce petit chapitre d'achevé sous la main et je voulais le partager avec vous. Pour tout avouer, vous avez faillit avoir une troisième version de ce tome II. Les années passant, et ayant repris la lecture depuis 2 ans, j'ai (je pense) encore évoluée dans l'écriture. Mais bon, à toujours reprendre, je n'arriverais jamais au bout de cette histoire !

J'ai donc passé les quelques rares temps libres de mon dernier stage (des vacances en été ? pas dans mon école apparemment…) à mettre à plat les incohérences des précédents chapitres, et je m'arrache encore les cheveux à essayer de réparer mes bêtises. J'ai toujours écrit à l'instinct, à mesure que les personnages agissaient de leur propre chef, mais ce deuxième tome (impromptu, comme beaucoup de choses dans mes histoires) est bien plus complexe, du moins si je veux aboutir au résultat espéré. Il a donc fallut que je dessine le background de mes personnages, et… Et bien j'ai un nouveau respect pour les auteurs, parce que trois mois plus tard, je suis loin d'avoir abouti.

Voici donc un chapitre dont la trame était présente dans la première version, un chapitre six édition 2016 qui j'espère vous plaira (à supposer que tout le monde n'ait pas abandonné Daemonia, par désespoir de voir une suite arriver). Un autre est en cours de rédaction, et si mon nouvel emploi du temps me le permet, devrait arriver d'ici la fin de l'année. Je ne promets plus rien en terme de fréquence de parution, j'ignore encore ce que me réserve les semaines à venir. D'autant plus que d'autres histoires, originales celles-ci, vagabondent dans mon esprit en suppliant d'être jetées sur le papier. Vous savez comment sont les Muses : changeantes, irrégulières et susceptibles… Vous devriez voir par contre des mises à jour des chapitres précédents, ne serait-ce que pour des questions d'orthographe, de grammaire ou de cohérence. Rien de très différent de ce que l'on peut déjà lire, mais j'ai trop grincé des dents à la lecture de certaines erreurs pour vous les laisser éternellement.

Je vais cesser de m'étaler ici et vous laisse en compagnie de Kishia et Axel. Bonne lecture à tous !

Akira Makkuro

P.S. : A ceux qui trouvent que je m'éloigne un peu trop du canon à certains moments, rappelez-vous que ceci est une fanfiction, et donc par définition une réinterprétation/variation/modification d'une histoire existante, en aucun cas une tentative d'imitation (ça s'appelle un plagiat sinon, vous savez ?). Pour en rajouter une couche, je suis - à l'heure où j'écris ces lignes du moins - en plein déménagement et suis obligée de laisser les livres originaux dans un garde-meuble avec le reste de ma bibliothèque (les studios-mouchoirs-de-poche parisiens ne sont vraiment pas compatibles avec les quelques 1 500 volumes que j'ai amassé en 8 ans dans mon ancien appartement…). Je serais sans base réelle hormis ma mémoire et mon imagination pour au moins les 12 mois à venir, les digressions vont donc se multiplier. Considérez-vous comme prévenus et soyez tolérants, nous sommes avant tout ici pour nous faire plaisir, autant les lecteurs que les auteurs !


Axel observait les fenêtres éclairées de Poudlard se refléter sur la surface ondulante du Lac Noir en essayant de faire le tri dans ses pensées. Revenir ici faisait monter en lui un mélange étouffant de plaisir, dégoût et nostalgie, accompagné d'une multitude de doutes face à la place qu'il prenait dans cette époque qui n'était pas la sienne. Ces hésitations, balayées par les activités frénétiques de ces derniers jours, revenaient à présent qu'il admirait les hautes façades hérissées de tours de l'Ecole de Sorcellerie Écossaise. Avait-il bien fait d'accepter les projets de Maximilien ? Pouvait-il vraiment se permettre de se mêler avec les étudiants de cette époque sans bouleverser l'avenir qu'il connaissait ?

L'adolescent avait pour projet de rester à l'écart des évènements, de limiter au maximum son impact sur le passé. Mais il ne connaissait que trop bien sa propension à attirer les ennuis pour se bercer d'illusion : malgré toute sa bonne volonté, quelque chose arriverait et le forcerait à agir tôt ou tard. Il espérait simplement que ce soit le plus tard possible. Il lui fallait d'abord déterminer comment précisément il était arrivé dans ce nouvel continuum temporel puis résoudre les questions de son retour et de sa marge de manœuvre en attendant son départ. Il n'envisager même pas l'impossibilité de pouvoir rentrer chez lui, dans son époque, auprès de ceux qu'il considérait maintenant comme sa famille. Une partie des réponses pouvait se trouver à Poudlard. L'école abritait après tout une des bibliothèques les plus riches du monde magique, il devait bien y avoir quelques ouvrages pertinents dans la Réserve. Peut-être même la Salle sur Demande pourrait-elle l'aider dans sa quête ? Il n'avait jamais vraiment testé les possibilités et les limites de la pièce magique auparavant, se contentant simplement de ce qui lui tombait dans les bras sans chercher à voir plus loin. Il secoua doucement la tête. Ce qu'il avait pu être naïf et aveugle !

Kishia, qui suivait le fil des pensées de son Lié malgré les capacités amoindries de leur Lien, approuva la démarche. La Salle sur Demande était la pièce personnelle de Rowena Serdaigle, au même titre que la Chambre des Secrets était celle de Salazar Serpentard. Si un lieu regroupait plus de connaissances que la bibliothèque elle-même dans le château, c'était bien celui-là.

Le Bakeneko soupira devant les souvenirs entremêlés d'Axel. Revenir à Poudlard lui permettrait peut-être de faire le point sur certains souvenirs et de faire la paix avec son passé. Il était grand temps d'effacer les blessures et de commencer pleinement une vie de Libéré sur des bases saines. Son temps passé à Shamliar avait déjà conduit à un long travail de reconstruction mentale et identitaire pour le plus jeune mais il restait une large part d'hésitations, d'insécurités et d'interrogations à résoudre.

Les barques atteignirent en silence le lourd rideau de lierre qui camouflait l'embarcadère du château. Axel sauta souplement sur le quai de bois glissant, ignorant le glapissement des deux enfants qui l'accompagnaient lorsque l'embarcation tanga à la disparition soudaine de son poids. Hagrid, débarqué le premier, attendait les nouveaux élèves au bout du ponton, au pied d'un long escalier aux marches usées. Les parois de pierre, mélange subtil de grotte naturelle et de murs de moellons étroitement ajustés, suintaient d'humidité et une mousse légèrement phosphorescente s'accrochait le long des joints et des aspérités. Il n'avait jamais remarqué à quel point cet endroit semblait triste, et presque sale, après l'arrivée sur la silhouette majestueuse du château perchée au-dessus du Lac Noir. L'embarcadère paraissait déplacé, comme s'il n'appartenait pas au même édifice. Il n'aurait sans doute jamais perçu ces détails s'il n'était pas repassé par ici une nouvelle fois, et s'il n'avait pas côtoyé Salazar au Domaine pendant plusieurs cycles. Il savait plus que personne que l'homme tenait aux apparences et à l'ordre, et il était surement le plus exigeant concernant l'entretien et l'agencement des appartements des Liés.

Le Maître de Potions n'aurait surement jamais accepté de son vivant le ponton de bois glissant, ni l'odeur entêtante d'humidité stagnante qui régnait le long de l'ascension des escaliers qui s'élevaient vers le Hall d'entrée du château. La mousse phosphorescente lui plairait surement par contre. Axel reconnaissait la couleur vert d'eau très délicate des petites feuilles arrondies caractéristique de la Cyrtomnium plenilunium, une petite mousse des caves qui, cueillie à la pleine lune, entrait dans la composition de certaines potions comme celle de la Luneflamme. Salazar appréciait la douce lumière blanc bleutée que dispensait l'épaisse solution nacrée dès que les soleils de Shamliar disparaissaient et avait équipé les appartements des Liés de globes de cristal suspendus dont il renouvelait le contenu tous les dix cycles. Axel n'avait jamais réussi à confectionner cette potion, comme presque toutes celles que le Serpentard avait tenté de lui enseigner. Mais il maîtrisait la théorie sur le bout des doigts et aurait pu la réaliser les yeux fermés, si les chaudrons n'avaient pas tendance à tout simplement exploser à son approche. La situation avait d'ailleurs empiré depuis la cérémonie du Lien.

Le Libéré sortit de ses souvenirs en percevant le changement de la réverbération des bruits de pas d'enfants dans l'espace. Ils quittaient le couloir et approchaient du Hall, les sons se faisant plus profonds et résonnants. Sur le seuil, au sommet de la dernière volée de marches, le Professeur McGonagall les attendait. Stoïque, les cheveux impeccablement relevés en un chignon strict et sa robe sombre sans le moindre faux-pli, elle glissait son regard sur chaque visage, pinçant ses lèvres fines devant les tenues négligées de certains, les cravates maladroitement nouées des autres. Kishia ricana lorsque qu'Axel se redressa inconsciemment sous l'attention de la femme. Si l'adolescent avait eu à Shamliar des enseignants bien plus intimidants que l'écossaise, certaines habitudes avaient la vie dure. Axel détailla son ancienne (ou future) Directrice de Maison du coin de l'œil. Toujours aussi sévère, elle portait quelques rides de moins au coin des yeux et comptait moins de cheveux d'argent dans son chignon. Les sorciers vieillissaient nettement moins vite que les moldus puisque la magie leur garantissait une espérance de vie deux à trois fois supérieure, mais le temps laissait tout de même ses marques. Il posa ensuite son regard sur la petite silhouette qui se tenait dans l'ombre de la sous-directrice et fronça un instant les sourcils.


Une fois n'est pas coutume, Minerva McGonagall n'accueillait pas seule les Premières Années. Filius Flitwick était présent à ses côtés, un léger sourire aux lèvres. Il scanna rapidement les nouveaux élèves avant d'arrêter son regard sur la silhouette d'un adolescent plus âgé, installé sur le côté du groupe. L'enfant l'intriguait. Il attirait l'attention de tous d'ailleurs. Rares étaient ceux qui entraient à Poudlard en cours de cursus. Plus encore, l'information de son statut de Lord régnant d'une Noble et Très Ancienne Famille que tous croyaient éteinte, quitterait les terres de Poudlard dès la fin du Banquet de début d'année et braqueraient les regards de toutes les Grandes Familles sur lui. Le petit professeur détailla un instant celui qu'il était venu chercher. La silhouette élancée sans être particulièrement grande, ses traits fins et sa carnation pâle dégageait une certaine douceur et fragilité que rehaussait l'opulente chevelure blanche sagement tressée. Pourtant, le sang gobelin qui coulait des ses veines pulsait d'envies belliqueuses qu'il pensait éteintes depuis si longtemps qu'il en frissonna. Quelque chose chez cet adolescent faisait hurler tous ces instincts et le guerrier en lui grognait d'anticipation. L'être qui lui faisait face n'était pas un simple adolescent. Il y avait de la sauvagerie dans l'étincelle métallique de son regard, une grâce dangereuse dans ses mouvements lorsqu'il bascula son poids d'un pied à l'autre, une posture à la fois détendue et attentive, prête à bondir. Il abandonnait son observation en réprimant un second frisson quand son regard fut happé par les deux pupilles assombries, froides, un brin moqueuses, et sut instantanément qu'ils avaient laissé entrer un prédateur dans l'enceinte de l'école.

Axel avait perçu le léger tremblement du Professeur de Sortilèges. Il savait aussi que ce n'était ni de la peur, ni à cause du froid qui venait du couloir menant à l'embarcadère. Depuis la rupture du Sceau et sa lente transformation, il percevait de plus en plus nettement la véritable nature de ceux qui l'entouraient. C'était une sensation subtile, qui lui demandait encore énormément de concentration pour des informations très incomplètes mais ces effluves magiques, à mi-chemin entre le goût et l'odeur étaient émises par toutes les créatures vivantes, et permettaient notamment aux prédateurs de repérer leurs proies, de prévoir certaines de leurs réactions. Le petit professeur émettait, derrière une première approche de parchemins, d'encre et de Sorcellerie, des notes plus fines, piquantes et un peu âpres, métalliques aussi. Un gobelin-guerrier lui confia son instinct, un de ceux qui, à défaut d'être une proie intéressante – la chaire des gobelins était terriblement coriace selon Kishia – pouvait devenir un adversaire ou un partenaire d'entraînement redoutable. Celui-ci ne se battait plus depuis longtemps mais son corps, même alourdi par des années d'enseignement, semblait avoir conservé des réflexes et un instinct de combattant.

Le demi-gobelin resta impassible devant l'échange de regards. Pourtant, sa réaction et la légère variation dans ses effluves montraient qu'il avait compris d'Axel n'était pas un simple étudiant mais il semblait lui laisser le bénéfice du doute et taire ses soupçons pour l'instant. Peut-être par naïveté, bien que ce soit un trait de caractère particulièrement rare chez cette espèce. Peut-être parce qu'il s'estimait capable de le maîtriser si besoin. Ou peut-être simplement parce qu'entre prédateurs, entre guerriers, il existait encore un code de l'honneur que les sorciers avaient oublié. Il n'y avait aucun intérêt ni aucune gloire à tirer d'un combat sans raison ni adversaire de valeur.

Les deux créatures se jaugèrent un moment, neutres, avant de reporter leur attention au discours de la Sous-directrice. Elle expliquait le fonctionnement des quatre Maisons de Poudlard. Axel se demanda un bref instant où il allait être réparti. Serait-il de nouveau parmi les Gryffondors ? Ou bien le Choixpeau suivrait-il son premier avis et l'enverrait-il chez les Serpentards ? Pouvait-on être réparti deux fois pour commencer ? Sentant la migraine caractéristique qui pointait à proximité de ses tempes chaque fois qu'il explorait les différentes hypothèses liées au voyage temporel et leurs conséquences, il s'ébroua mentalement et revient à la situation actuelle. Qu'importe la maison où il serait réparti. Il n'avait pas ou plus d'a priori sur les Maisons ou leurs étudiants, du moins sur ceux qu'il ne connaissait pas de sa trame originelle. De plus, il savait que malgré les entraînements en magie spirituelle dispensés à Shamliar, il ne pourrait stopper les observations du Choixpeau. Il décida de le laisser faire son travail sans chercher à l'influencer. Peut-être aurait-il une année normale ? A qui voulait-il faire croire ça, ironisa Axel à travers le Lien alors qu'il sentait le poids des regards des élèves sur lui. Le simple fait d'arriver en cours de cursus faisait de lui une anomalie. Et l'annonce de McGonagall selon laquelle il devait rester avec son collègue pendant qu'elle guiderait les Premières Années renforçait cette impression de situation exceptionnelle. Axel hocha rapidement la tête à l'attention de la Sous-directrice pour marquer sa compréhension avant de se détacher du grouper vers le mur le plus proche. Flitwick le rejoignit, sans pour autant se mettre à portée d'attaque. Peut-être n'était-il pas si naïf après tout.


Dans la Grande Salle, les Premières Années étaient répartis un par un par le Choixpeau sous les regards de leurs aînés. Les applaudissements retentissaient à chaque fois qu'une Maison était annoncée, indiquant aux plus jeunes la table où ils étaient attendus selon l'intensité des vivats. Du côté des Serpentards, Lucius Malfoy dardait un regard inquisiteur à chaque nouveau membre de sa Maison. Certains étaient des Héritiers de Familles plus ou moins importantes dans la société sorcière britannique et portaient avec un succès variable le masque impassible qu'ils se devaient d'aborder en public. D'autres, des Sangs-Mêlés ou issus de Familles Mineures avait un air un peu perdu face à l'accueil froid qui leur était réservé. Il y avait même ce petit garçon aux boucles blondes, assis au bout de la table, qui regardait avec une envie non dissimulée le désordre bruyant des Gryffondors ! Lucius se retint de secouer la tête de dépit. Les premières semaines d'adaptation seraient rudes pour certains mais il ne serait pas dit que les Serpentards ne se comportaient pas dignement tant qu'il serait à la tête de cette Maison !

Il reprit son inspection, cherchant à jauger les potentiels, à deviner ceux qui seront importants demain. Il savait qu'il n'y avait pas d'Héritier de Grande Famille dans cette nouvelle promotion. Tous appartenaient aux deux dernières années actuelles ou avaient été diplômés lors des trois derniers étés. Mais on ne savait jamais quel trésor pouvait renfermer ces enfants de moindre extraction. Severus Snape, assis à sa droite, en était le parfait exemple.

Sa mère était issue de la Noble et Très Ancienne Famille des Prince mais avait été reniée après son mariage avec un moldu. Lucius pinça les lèvres à cette idée. Severus était l'unique enfant de cette union désastreuse et ne pouvait prétendre au titre d'Héritier. Il était arrivé à Poudlard perdu, doté de vêtements de seconde main et de livres d'occasion, incapable de se comporter comme quelqu'un de son sang. Mais Lucius avait su voir plus loin que cette attitude déplorable. Derrière le visage fermé et la volonté de se fondre dans la masse, il avait perçu l'intelligence aiguisée, la fierté bridée et surtout, les incroyables capacités pour le brassage des potions. L'enfant déchu en avait peut-être perdu le titre, mais il avait hérité du talent familial qui faisait des Prince l'une des Familles Majeures les plus réputées dans la confection des poisons et de leurs antidotes dans toute l'Europe sorcière. Le blond ne comptait pas laisser un tel talent être gâché par une erreur qui n'était pas la sienne et il avait pris son camarade sous son aile. Six ans plus tard, il ne regrettait absolument pas sa décision. Severus n'était pas le seul qu'il avait ainsi aidé, se créant peu à peu un réseau de contacts tenus par des dettes de reconnaissance, mais le futur Maître de Potions (Lucius n'avait aucun doute sur le fait que son camarade recevrait bientôt se titre) était le seul à avoir gagné sa confiance et son amitié. Le Prince des Serpentards poursuivit son inspection, s'attardant un instant sur la silhouette menue d'une petite rouquine qui avançait d'un pas raide vers la table de sa nouvelle Maison. Qui sait, peut-être cette promotion réserverait-elle une bonne surprise ?

La Répartition s'acheva sur le placement à Gryffondor d'un jeune Né-de-Moldu un peu enrobé. Lucius masqua un reniflement de dépit. Cette année encore, aucun nouveau venu ne répondait à ses critères. Severus, qui l'avait observé du coin de l'œil, réprima un ricanement. Il savait que son ami avait étudié chacune des nouvelles recrues, à la recherche de talent, d'appui ou d'intelligence à faire rentrer dans son réseau. Un comportement qu'il avait eu du mal à comprendre au début, lorsqu'il ne connaissait pas encore les rouages de la haute société sorcière, celle qui régnait véritablement dans l'ombre du Ministère. Depuis, il s'amusait toujours à observer Lucius durant ses recherches. Et la lueur de déception qui brillait dans les yeux gris lorsqu'il ne trouvait personne répondant à ses attentes le laissait moqueur. Un peu soulagé aussi, que son ami ne soit pas retenu ailleurs, mais il se garderait bien de l'avouer. Les Serpentards gardent leurs faiblesses dissimulées au plus profond d'eux-mêmes.

Dans le silence relatif de la Grande Salle, le Directeur se leva, parcourant les tablées de son regard pétillant de Magie. Il portait une effroyable robe de sorcier d'un violet criard, dans une coupe peu démodée, ornées de multiples vifs d'or qui se poursuivaient sur ses manches. Les Serpentards grimacèrent discrètement. Un tel manque de goût ne devrait pas être toléré !

« Avant de commencer notre Banquet de début d'année, il nous reste un autre nouvel élève à répartir. Son cas est un peu particulier puisqu'il rejoindra directement les Septièmes années, mais j'espère que vous saurez l'intégrer comme il se doit. Je vous demande de bien vouloir accueillir Mr. Axel Isatis. »


Les portes de la Grande Salle se rouvrirent sur ces derniers mots, dévoilant la silhouette du voyageur temporel. Axel retint un rictus en devenant d'un seul coup le centre de l'attention de l'ensemble des étudiants. Il avait toujours horreur de ça, même après autant d'années dans la peau du Garçon-Qui-A-Survécu. Il carra les épaules, redressa légèrement la tête et s'engagea d'une foulée souple dans l'allée centrale, sa longue tresse ondulant au rythme de ses pas. La salle avait éclatée en murmures dès l'annonce d'un élève entrant directement en fin de cursus. Le dernier cas remontait à plus d'un siècle, du moins selon les murmures frénétique d'un élève de Sixième année de Serdaigle. Une partie de l'école spéculait sur la raison de cette scolarisation tardive, une autre sur les liens possibles entre le nouvel étudiant et la Noble et Très Ancienne Famille Isatis, portée disparue quelques années auparavant. Une partie de la population féminine le détailla de la tête aux pieds, avides de commentaires, critiquant sa stature, la coupe étrange de ses vêtements, sa manière de marcher. Axel sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Les filles pouvaient être tellement effrayantes quand elles rentraient dans ce genre de comportement. Quelques garçons faisaient de même, semblant juger la concurrence. Deux groupes le fusillaient du regard, encore furieux de l'épisode du train.

Le Libéré, conscient de tous ces regards, garda le sien braqué droit devant lui, vers la silhouette sèche de la Sous-directrice. Celle-ci pinçait les lèvres de désapprobation. Il soupira mentalement, sachant pertinemment qu'elle finirait par faire une réflexion, surement sur son style vestimentaire qui ne respectait pas l'image conforme de l'uniforme poudlardien- il avait pourtant pris soin de vérifier, et rien dans la coupe originale de son manteau n'était contraire au règlement - mais cela ne semblait pas être pour aujourd'hui puisqu'aucun mot ne franchit ses lèvres le temps qu'il atteigne le tabouret. Il repéra du coin de l'œil Filius Flitwick rejoindre discrètement la table des professeurs avant de se retourner pour faire face aux quatre grandes tables. La voix du Choixpeau résonna dans son esprit aussitôt l'artefact posé sur sa tête.

"Qu'est-ce que ... oh.. Ooh !"

Axel retint un ricanement devant les réflexions primitives de l'objet magique. Il savait que ses capacités en Magie de l'esprit étaient inutiles face aux pouvoirs du Choixpeau. Salazar lui avait expliqué que les quatre Fondateurs avaient enchanté l'objet de manière à ce que personne ne puisse rien lui cacher et qu'ainsi la Répartition puisse être la plus juste possible. Une prouesse magique que les sorciers de cette époque (ou la sienne) seraient bien en peine de réaliser, les branches de magie nécessaires étant tombées en désuétude ou bien sous les restrictions et interdictions du Ministère au cours des siècles. Bien sur, le Choixpeau ne pouvait révéler quoi que ce soit afin de respecter la vie privée de chaque étudiant passant sous son analyse. Les siècles passants, l'artefact baignant constamment dans des effluves de magie avait fini par développer un certain état de conscience et une personnalité que se laissait parfois influencer par les souhaits des étudiants. Ils étaient de plus en plus nombreux à porter sur les Maisons un regard biaisé et à tenter d'influencer leur Répartition. Salazar avait été un peu déçu que le Choixpeau se laisse ainsi manipuler mais restait assez fier du travail qu'il avait accompli avec ses compagnons : ils avaient réussi à créer un Choixpeau conscient après tout !

Le Lié laissa quelques instants au Choixpeau avant de faire apparaître une image mentale de lui-même et de toussoter rapidement. Il savait que dans la protection de son esprit, son apparence était très proche de celle qu'il aurait une fois la Bénédiction entièrement absorbée par son corps mais la présence lumineuse du Choixpeau ne sembla pas s'en offusquer outre mesure.

"Choixpeau. Si tu pouvais faire ton choix, je n'ai pas toute la soirée."

"Ah, jeune Axel. Ou Harry, peu importe. Vous êtes la même personne après tout. Ton esprit est très intéressant... Mais tu es bien loin de chez toi, petit. Enfin, tu finiras par rentrer. Les voyageurs finissent toujours pas rentrer un jour..."

"Vous connaissez d'autres voyageurs temporels ?"

Le Choixpeau ignora la question presque hystérique de l'adolescent et continua d'observer l'esprit qui lui était confié en marmonnant : "Serdaigle ? Non tu vas t'ennuyer... Pas Poufsouffle non plus... Ah ! Vas-tu accepter ma décision cette fois-ci, jeune Libéré ?"

"Vous n'avez pas répondu à ma question, Choixpeau."

"Parce que ce n'est pas à moi d'y apporter une réponse."

"..."

"Les sorciers vous ont oublié, toi et le peuple auquel tu appartiens, mais ce n'est pas le cas des autres créatures magiques qui peuplent ce monde. Tu trouveras ta réponse, jeune Libéré. En fait, tu la connais déjà. Il suffit simplement que tu acceptes de la voir." Il y eut un court silence méditatif. "Il y a un temps pour chaque chose, voyageur, et il faut savoir les respecter".

Axel n'eut pas le temps de répondre que la présence du Choixpeau disparut de son esprit. Sa voix grave résonna sous le plafond magique de la Grande Salle :" Serpentard !"

Sous les applaudissements polis de ses nouveaux condisciples, Axel rendit le Choixpeau au professeur McGonagall avant de se rendre à la table des Vert et Argent, s'installant à l'extrémité du banc, avec les Premières années. Il n'avait rien contre la Maison Serpentard elle-même, mais certains de ses membres éveillaient en lui une soif de sang dévastatrices qu'il tentait tant bien que mal de maîtriser. Un massacre au cours du Banquet de début d'année n'était pas au programme. Qui savait quelles en seraient les conséquences dans sa propre époque ?

Dumbledore avait repris la parole, un air paternaliste sur son visage marqué de rides : "Les nouveaux élèves doivent savoir, et certains anciens feraient mieux de s'en souvenir, ajouta-t-il en lançant un regard appuyé à quelques groupes d'étudiants, que l'accès à la Forêt Interdite est formellement proscrit. Les duels magiques et autres échanges de sortilèges sont par ailleurs strictement interdits dans les parties communes de l'école. De plus, notre concierge vous fait savoir que vous pouvez trouver la liste complète des objets interdits dans l'enceinte de l'école, qui s'élèvent au nombre de 366 cette année, sur la porte de son bureau. Tout élève surpris avec l'un d'entre eux sera punit et verra l'objet du délit être confisqué jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Pour finir, je vous présente votre nouvel enseignant de Défense Contre les Forces du Mal, le Professeur Sérylf."

Un homme brun d'une quarantaine d'années se leva sous les applaudissements polis et les regard suspicieux des étudiants. Il fallait dire que la succession de prétendants à ce poste, tous plus étranges ou fallacieux les uns que les autres, avait renforcé la rumeur de la malédiction du poste. Chaque élève à partir de la Deuxième année, et ceux de Première année ayant des aînés déjà présents à Poudlard, observait scrupuleusement le visage simple et la silhouette plutôt quelconque de l'homme, se demandant quelle étrangeté il dissimulait sous cette apparence banale. Axel lui jeta un regard septique. Il n'aimait pas l'ouvrage de référence que l'enseignant avait choisi mais décida d'attendre le premier cours avant d'émettre son jugement. Remus non plus ne payait pas de mine lors de sa rentrée en Troisième année, mais il s'était révélé un excellent professeur.

Le repas apparut alors que les deux hommes se rasseyaient à la table professorale. Un joyeux brouhaha se développa rapidement dans la Grande Salle, les rumeurs se mêlant aux cliquetis métalliques des couverts, les récits de vacances aux tintements de la vaisselle. Axel jeta un regard dégoutté aux viandes trop cuites baignant dans leur sauce. Heureusement, la chasse de la veille avait été fructueuse et il avait suffisamment mangé pour les quelques jours à venir. Il emplit néanmoins son assiette de quelques cuillerées de purée et d'une tranche de rôti de porc nappé de sauce brune, histoire de sauver les apparences. Il espérait cependant que la Forêt Interdite abritait de quoi chasser. Ses instincts lui indiquaient clairement que cette viande cuite n'était ni savoureuse ni nourrissante pour son nouveau métabolisme. Kishia approuva silencieusement. Comment les humains pouvaient se nourrir de ça était un mystère qu'il n'avait pas résolu malgré tous ces siècles passés en leur compagnie.