Chapitre 6 : Les Deux Armées de Dumbledore

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Nymphadora fronça les sourcils en entendant quelqu'un fredonner dans le salon, lorsqu'elle rentra, le samedi soir du premier week-end d'octobre.

Sirius était d'excellente humeur. C'en était suspicieux.

- Hellooo ? dit-elle en accrochant son manteau à une patère (sans la casser !).

- Salut ! Comment était la fête d'anniversaire ?

Nymphadora en avait fait une deuxième avec sa famille.

- Sympa… dit-elle, un peu gênée de n'avoir rien de plus à dire. Ma mère se désole que je n'ai plus de petit ami, et papa que je ne sois pas à Poudlard pour botter les fesses de cette Ombrage, comme je l'aurais fait en mon temps…

Elle appréciait ses parents, mais sa mère poule et son père surprotecteur l'agaçaient rapidement. Le sourire de Sirius avait quelque chose de suspect. Peut-être parce qu'il était plus sincère que tous ceux qu'il avait adressé aux membres de l'Ordre depuis des semaines.

Elle plissa les yeux.

- Il s'est passé quelque chose ?

- Demande à Dingus !

Elle chercha des yeux le petit homme blond.

- Et … je suis sensée le faire apparaître ?

- Dingus ! appela Sirius.

Avec un brinquebalement métallique que Tonks soupçonnait être dû à des poches remplies de pièces de l'argenterie Black, Mondingus Fletcher entra.

- Oui ?

- Dis à ma cousine ce que tu as appris aujourd'hui en allant à la Tête de Sanglier.

Tonks tira la langue d'un air dégoûté. L'auberge était crasseuse et les cocktails maison assez infects - dans son souvenir, du moins.

- Des élèves de Poudlard se sont mis en tête de créer une société secrète de Défense … avec Harry à sa tête.

Forcément… quoi d'autre. Qu'est-ce qui aurait pu mettre Sirius de si bonne humeur, si ce n'était la perspective de voir son filleul agir comme son père ? Tonks soupira.

- Qui le sait ?

- Nous trois. Mais Dingus ne dira rien, n'est-ce pas ? Un certain membre de l'Ordre ne serait pas ravi de savoir qu'il était là où il était…

Tonks ne comprit pas de qui il parlait. Sans doute quelqu'un qui ne venait pas aux réunions, et il y en avait plusieurs.

- Tu n'étais pas censé être de garde devant la maison de Delacour ? demanda Tonks avec perspicacité.

Le sourire de Sirius s'étira.

- Tu vas le dénoncer ? Dénoncer Harry ?

Tonks aussi était téméraire, mais elle savait aussi que c'était dangereux pour Harry, Ron, Hermione, les jumeaux, et (elle le soupçonnait) Ginny, et leur avenir. Elle ne pouvait pas les couvrir là-dessus… Ils auraient de très gros problème s'ils se faisaient prendre par Ombrage… Et en même temps, elle savait qu'elle-même aurait rejoint cette organisation, si elle avait été élève. Devait-elle les empêcher de faire ce qui était juste, pour des considérations aussi matérialiste que leur avenir académique et professionnel ? Ce serait aller contre tout ce en quoi elle croyait.

- Non, décida-t-elle finalement. Tu comptes aussi le cacher à Dumbledore ?

- Oui, dit-il, bravache. Il a assez d'affaire à régler… ils n'ont qu'à se débrouiller pour ne pas se faire prendre…

Avec la Carte du Maraudeurs, les gènes de James Potter et le cerveau d'Hermione Granger, Sirius ne se faisait aucun souci.

- Remus est au courant ? dit Tonks, l'air de se demander si elle avait bien fait.

Elle faisait confiance au loup-garou pour avoir un avis plus objectif que Sirius sur la question.

- Il doit dormir… pleine lune, lui rappela-t-il.

Tonks eut un petit rictus. Oh, oui, je sais.

Toujours euphorique, Sirius éclata de rire et appela Remus en bas des escaliers. Ils entendirent le loup-garou descendre les trois étages. Ses jambes semblaient craquer encore plus forts que le vieil escalier. Il n'avait pas l'air bien en point. Tonks lui adressa un petit sourire compatissant.

- Hé, Lunard ! La relève des Maraudeurs est assurée!

- Un mini-Ordre, sourit Nymphadora.

- Plaît-il ?

- Harry et ses amis ont décidé de créer une société secrète pour apprendre entre eux à se défendre.

Comme elle, son avis semblait plus modéré que celui de Sirius. Il sembla peser le pour et le contre, mais globalement, sembla assez fier que la solution à Ombrage soit venue des élèves eux-mêmes.

Les verrous de la porte d'entrée s'ouvrirent alors que Sirius leur faisait une petite danse de la joie dans le salon.

- Qu'est-ce qui se passe ? fit la voix de Molly.

Elle avait passé la journée au QG, et en avait profité pour remplir les placards pour eux.

Le sourire de Tonks se figea. Elle échangea un regard avec Sirius. Oh-oh.

Heureusement, la matrone Weasley fut trop obnubilée par la quantité de boue que Mondingus venait de faire entrer dans le hall avec ses bottes, pour voir leurs visages.

- MONDINGUS FLETCHER !

- Recurvite ! Désolé Molly !

- Si elle l'apprend, elle risque de tout gâcher ! dit Sirius entre ses dents.

- Et comment ? rit Tonks. Je doute que Ginny l'écoute sur ce coup-là… et je ne parle pas des jumeaux…

Elle ne prit même pas la peine de mentionner Ron. Il était clair pour elle que le trio Harry-Hermione-Ron était à l'origine de ce mouvement.

- Je n'ai jamais été aussi fier de mon filleul !

Et il remonta les escaliers en chantant avec entrain… Remus et Tonks échangèrent un sourire complice. Si ça pouvait redonner le sourire à Sirius.

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- Un club secret ! Par Merlin, mais où est-ce qu'ils ont trouvé cette idée ! s'exclama Molly.

- En passant l'été au QG de l'Ordre du Phénix ? proposa son mari avec un petit sourire.

- Ce n'est pas drôle ! Ils risquent de se faire renvoyer ! ou pire !

Son mari tenta de la rassurer.

- Ils pensent que c'est de leur devoir d'apprendre à se défendre…

Arthur avait trouvé l'idée plutôt bonne (et Dumbledore semblait en penser autant, puisqu'il lui avait transmis l'information) jusqu'à ce qu'il la confie à sa femme.

- Arthur, je sais que c'est utile, mais là n'est pas la question ! C'est aussi dangereux pour eux que pour toi de travailler au Ministère et en même temps de faire partie de l'Ordre !

- Je sais… mais je sais aussi que c'est important pour eux d'agir… je préfère les savoir en train d'apprendre des sorts utiles, plutôt qu'en train de chercher un moyen de sortir de l'école pour aller combattre les Mangemorts, comme nous…

- Dumbledore est au courant ?

- Alberforth lui a dit…

Molly se mordit la lèvre.

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Nymphadora et Remus ne s'étaient pas concertés, mais tous les deux savaient qu'un Sirius extatique était dangereux pour lui-même et qu'il allait forcément tenter un truc stupide. Ils exercèrent chacun de leur côté une surveillance sur leur ami. Cependant, ils ratèrent le court message que Sirius envoya à son filleul par Hedwige.

Cela n'échappa cependant pas Molly. Elle savait parfaitement que Sirius tenterait de féliciter son filleul, par quelque manière que ce soit.

Sirius fut stupéfait de découvrir qu'elle connaissait l'existence du club secret de Poudlard et ses intentions. Comment ? Mystère… Sirius soupçonna Remus de lui en avoir parlé. Mais ils parlaient de la mère qui avait élevé Fred et George Weasley, alors peut-être sa perspicacité avait-elle suffi…

Molly avait un message à passer à son fils. Elle savait que la Cheminette du 12 Square Grimmaurt était une des plus sécurisées. Sirius accepta.

Alors, une semaine après la pleine lune, alors que Remus se remettait enfin, et jouait aux échecs dans le petit salon, avec Tonks, et que Molly gardait le Département des Mystères, Sirius alla à la cuisine et alluma la Cheminette.

- Salut !

Sirius leur sourit et regarda Pattenrond tenter de s'approcher du feu. Il avait toujours aimé ce chat. Mais il commença à douter de son intellect, en sentant l'odeur de cheveux grillés qui provenait de ses moustaches.

- Comment ça va ?

- Pas très bien ! Le Ministère a fait passer un nouveau décret, on n'a pas plus le droit d'avoir d'équipe de Quidditch…

Sirius aussi pensait que c'était une hérésie, mais il n'était pas là pour ça.

- Ou des groupes secrets de Défense contre les Forces du Mal ? minauda-t-il.

- Comment tu sais ça ?

Il leur expliqua rapidement.

Et transmit à Ron le message de sa mère. Il vit l'adolescent roux sourire. Il n'avait pas dû paraître très convaincant. Ce qui était, du reste, peu étonnant.

Sirius se sentait comme un adolescent à une des réunions nocturnes des Maraudeurs : 4 amis, devant la cheminée de la Salle Commune, en train de comploter contre un professeur et de parler Défense contre les Forces du mal - la comparaison était trop tentante.

Mais la conversation qui s'ensuivit sur les possibles endroits où s'entraîner le rappela à la réalité. Non, leur Poudlard n'était plus le Poudlard qu'il avait connu. Plus de passage derrière le miroir du quatrième étage. Plus de maraude près du Saule Cogneur et jusqu'à la Cabane hurlante. Il voulait croire que cette époque pouvait continuer, mais Remus avait raison, comme toujours. Il se projetait sur Harry.

Et puis, son sixième sens l'alerta. Cette cheminée était sécurisée. Alors pourquoi sentait-il ce point froid sur sa nuque qui indiquait un regard, même invisible… Si quelqu'un d'autre tentait d'atteindre la Salle Commune de Gryffondor, ce quelqu'un ne pouvait qu'être à Poudlard. Et Dumbledore n'aurait eu aucune raison de la surveiller. Alors qui… ?

Une main forte le tira en arrière, et il tomba sur ses fesses sur le carrelage froid. L'instant d'après, il regardait Nymphadora piétiner le feu avec une expression indéchiffrable sur le visage.

La panique d'abord. Mais non, ce qu'il lut dans les yeux de sa cousine lorsqu'elle les planta dans les siens, c'était la déception. Cette terrible déception. La seule émotion qu'il sache susciter chez les gens qu'il aime, ces temps-ci.

Lèvres serrées, Nymphadora le toisa pendant ce qui lui sembla une éternité, puis elle secoua la tête et tourna les talons. Ses bottes aux semelles fondues avaient laissé des traces noires sur le sol.

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Comme toujours, quand Sirius se sentait mal, il rejetait la faute sur une personne.

Severus Rogue avait toujours été un bouc-émissaire idéal. C'était à cause de lui que James n'avait pas été plus tôt avec Lily. A cause de lui qu'Harry avait toujours détesté les Potions. Et surtout, à cause de lui s'il n'était pas un homme libre aujourd'hui.

Remus l'aurait trouvé injuste. James n'avait qu'à être moins prétentieux et Sirius à choisir une autre nuit que la pleine lune pour démasquer Peter Pettigrew.

Mais Sirius Black était immature. Qu'importait l'âge, certains réflexes lui facilitait la vie depuis toujours.

Et Rogue était volontiers désagréable avec lui.

- Trépidante semaine, Black, je suppose ?

- Si on la compare à celle d'un faux-jeton qui se cache depuis dix ans derrière des chaudrons crasseux et des piles de copies, plutôt, oui…

- Le « faux-jeton » risque sa peau chaque jour pour qu'un certain chienchien reste tranquillement au chaud dans sa niche, railla le Maître des Potions.

Et Sirius répliqua, bien sûr.

Derrière la porte, Nymphadora écoutait. Le reste de l'Ordre n'allait pas tarder à arriver, mais comme toujours, comme si c'était leur rituel, il avait fallu que les deux ennemis d'école se retrouvent seuls, les premiers autour de la table de la cuisine. Elle n'avait pas besoin d'en entendre plus pour savoir que ça allait déraper si elle n'intervenait pas.

Elle combina un Expelliarmus et un Accio puissants dans sa tête. Les deux baguettes de bois atterrirent dans sa main. Sirius la regarda, surpris, un masque de colère froide sur le visage. Rogue ne dit rien. Elle comprit qu'il l'avait entendu arriver.

Nymphadora avait toujours été impressionnée par le calme et la maîtrise de soi que montrait le Maître des Potions, face aux horreurs que Sirius lui lançait à la figure.

- Vous ne pouvez pas arrêter ça deux minutes ? s'exclama Tonks, plus énervée qu'aucun d'eux ne l'avaient jamais vue.

- Oh je pensais bien que ta cousine viendrait à ta rescousse… Tu veux peut-être ajouter quelque chose à la liste ? Voyons, il y a déjà faux-jeton, lâche, traître,…

- Non, dit-elle doucement.

Nymphadora ne voulait rien dire. Cette liste, elle ne l'aurait ni prononcée, ni pensée.

Elle comprenait que Severus Rogue ne soit pas apprécié par l'Ordre. Du reste, il n'y mettait pas beaucoup du sien. Sans doute pour être l'agent-double parfait, celui à qui on ne faisait pas beaucoup confiance, celui que personne ne connaissait assez pour déterminer complètement son caractère. Mais ses cheveux gras et son cynisme, ce n'étaient que les piques du hérisson. Elle faisait partie des rares personnes à apprécier l'homme.

Tout le monde ignorait qu'elle était le seul élève que le Professeur Rogue ait jamais accepté en classe d'ASPIC malgré une BUSE en Potions notée « Efforts exceptionnels ». Pourquoi ? Parce que Rogué était tout ce qu'on voulait : il favorisait Serpentard, il était très exigeant et impatient avec les élèves les moins doués cours, mais on ne pouvait pas lui reprocher d'être injuste. La seule exception à cette règle qu'elle connaisse était Harry. Dans ses souvenirs, Severus était sévère, mais juste. Et il valorisait ceux qui faisaient des efforts dans sa discipline.

Oh, Rogue l'avait malmenée, comme tous les autres, critiquée. Mais contrairement à beaucoup de ses camarades, elle avait pris en compte ses critiques – toujours pertinentes – et corrigé certaines de ses erreurs. Ce qui faisait rater la plupart de ses potions, ce n'était pas un manque de rigueur (chose que Rogue ne lui aurait pas pardonné) mais son incommensurable maladresse. C'était comme ça qu'elle avait appris à rectifier par elle-même les potions. La plupart des élèves, même les meilleurs, réussissaient parce qu'ils suivaient à la lettre les instructions de leur manuel. Elle, avait dû apprendre que tel ingrédient épaississait tel fluide et que tel mélange explosait. Son habitude de la cuisine moldue avait ainsi été un allié inattendu en classe de Potions.

Rogue avait vu son application, sa détermination, son acharnement pour réussir. Il savait qu'elle voulait être Auror, et qu'elle mettrait tout en œuvre pour arriver à ses fins. C'était une attitude très Serpentard, en réalité. C'était peut-être ce qui avait poussé Rogue à accepter de lui donner des cours particuliers durant l'été et des devoirs supplémentaires jusqu'à ce qu'elle atteigne le niveau nécessaire pour entrer dans sa classe d'ASPIC.

Leur relation élève/professeur était restée animée de sarcasmes, mais les rares fois où, dans ses dernières années, elle avait eu l'audace d'y répondre, elle lui avait tiré un mince sourire, non une semaine de retenue. Bon, pas toujours. Il ne pouvait pas laisser une seule de ses élèves questionner son autorité. Mais Nymphadora n'avait jamais été très douée avec l'autorité et elle soupçonnait Rogue de ne l'être qu'en apparence.

Severus Rogue faisait partie des très rares personnes à qui elle donnait le droit de l'appeler Nymphadora, encore aujourd'hui. Même Sirius n'avait pas obtenu ce droit.

- On commence ? dit Maugrey, qui arrivait avec les trois Weasley, Emmeline Vance et Remus.

- Dedalus, Hestia et Elphias arrivent dans une demi-heure, ils prendront le train en route, acquiesça Shacklebolt.

Lèvres toujours pincées, Nymphadora prit la place à la droite de Severus, avec un regard de défi pour Sirius. Elle nota avec un petit sourire que Remus s'assit à côté d'elle et évita le regard couleur d'ombre de Rogue. Par Merlin, rien ne lui échappait…

- Sturgis ne sortira pas d'Azkaban avant avril, commença par dire Emmeline. On me l'a confirmé, il n'y a pas de sortie préalable possible… Enfin, il y en aurait peut-être eu une en d'autres circonstances, mais le Ministère soupçonnait Sturgis de travailler pour Dumbledore, donc personne ne soutiendra son cas.

- Même Amélia Bones ? demanda Sirius.

- Elle en fait bien assez… on ne peut pas lui demander de risquer sa place.

Nymphadora remarqua, et pas pour la première fois, comme le regard de Sirius s'arrêtait longuement sur Emmeline à chaque fois qu'elle parlait. Elle venait à peu de réunions, et Tonks ne savait pas ce qu'elle faisait pour l'Ordre, mais elle remarquait souvent ce genre de comportement de la part de son immature de cousin.

- Tonks ?

- Kings' a mon emploi du temps… J'ai tous mes jeudi soir ce mois-ci, et je garde la porte lundi prochain…

- Est-ce que tu peux échanger tes gardes avec Arthur, le week-end prochain… Un ami vient au Terrier…

Les échanges d'heures étaient une pratique courante dans l'Ordre.

- Pas de problème, Arthur, l'assura Tonks, tout en sachant pertinemment qu'elle se surchargeait de travail.

- Je prendrai ta garde du dimanche, proposa Remus. Je n'ai pas pu être très utile avec la pleine lune, mais je peux reprendre des tours, si tu veux…

Elle hocha la tête en souriant. Rogue émit un bruit de gorge agacé, que Tonks était sûre d'être la seule à avoir entendue.

La réunion finit tôt - Hestia, Dedalus et Elphias Doge étaient tout juste arrivés. Mais il était clair que tout le monde ne rêvait que de son lit. Le Phénix avait envoyé très peu d'informations ou d'ordres de mission dernièrement : la liberté de Poudlard était en péril, et tous savaient où était la priorité de Dumbledore.

Enseigner la tolérance et la fraternité était plus important que traiter, après coup, les effets de l'intolérance et de la haine.

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Severus Rogue n'avait aucune vraie raison de détester Remus.

Il savait depuis ce soir à la Cabane Hurlante où Sirius Black était revenu dans sa vie (aussi arrogant qu'avant, et sans parler du fait qu'il lui avait valu de perdre un Ordre de Merlin Première Classe amplement mérité) que Remus Lupin n'avait jamais été impliqué dans la plaisanterie de Black qui avait failli lui coûter la vie. Lily le lui avait dit à l'époque, mais il ne l'avait qu'à moitié crue. Il avait pensé qu'elle répétait les mots de Potter.

Savoir Lupin innocent dans cette histoire-là le lui rendait encore plus insupportable. Il ne s'excuserait jamais auprès du loup-garou. Il n'avouerait jamais qu'il avait eu tort. Mais le pire dans l'histoire, était que Lupin ne le lui demandait pas. Il ne lui en avait jamais tenu rigueur. Il n'avait montré aucune animosité envers lui et avait même tenté d'être amical, durant la courte période où il avait été professeur de Défense. C'était ce qui rendait Lupin si agaçant. Déjà à l'époque où ils étaient élèves, Lupin ne semblait prendre aucun plaisir à le persécuter. Non qu'il se soit vraiment opposé à ses amis, à ce sujet, mais c'était celui des Maraudeurs qui avait le plus tenté de tempérer leurs mauvaises blagues : en première année, il avait même tenté d'être ami avec Severus, par le biais de Lily. C'était Severus qui avait refusé cette main tendue.

Les seuls torts de Remus Lupin, en somme, aux yeux de Rogue, était d'avoir été le meilleur ami de l'homme qui avait fait de Severus son souffre-douleur, et d'avoir été un excellent professeur de Défense contre les Forces du Mal. Oui, ça, il ne pouvait pas lui pardonner.

- Bonne nuit ! disait Nymphadora à la cantonade. A demain, Fol'œil !

- A demain, petite… grommela Maugrey de sa voix bourrue.

Rogue appréciait la jeune Auror. Beaucoup trop colorée pour lui, mais il savait qu'elle avait elle-même quelque chose d'un agent-double de tous les jours, avec sa physionomie sans cesse changeante.

- Bonne nuit Severus ! dit-elle avec le même sourire inconditionnel qu'elle adressait à tous les membres de l'Ordre.

- Bonne nuit, répondit-il d'une voix dont le fiel habituel était absent.

- Bonne nuit, Tonks !

- Bonne nuit, Emmeline !

Tonks alla se coucher de bonne heure (enfin… 23h était son record sur les trois derniers mois). Mais on frappa doucement à sa porte. Elle alla déverrouiller sa porte – Kreattur n'aurait pas frappé. Elle espéra que c'était Remus. Raté.

Elle attendit que Sirius parle.

- Je me suis conduit comme un idiot, dit-il.

Puis il lui mit une boîte à chaussure entre les mains. La boîte contenait une paire de DocMartens neuves, bordeaux et à motif de Vif d'Or.

- C'est Bill qui est allé les acheter pour moi, précisa-t-il devant ses sourcils froncés.

Avoir un membre de l'Ordre qui travaillait à Gringotts facilitait grandement ses paiements.

- Je ne veux pas d'un cadeau, Sirius, je veux que tu grandisses. Je sais que c'est dur de rester enfermé ici – non, vraiment, je le sais. Mais on fait tout ce qu'on peut pour que cette maison soit sûre. Pas seulement pour toi mais pour tout l'Ordre. Si on t'avait attrapé, les conséquences auraient été plus vastes que toi-même. Tu as une responsabilité dans cet Ordre… Grandis un peu.

- Tu as raison, dit-il simplement. Mais comme rien de ce que je peux dire maintenant ne pourra changer ce que j'ai fait…

- Minerva m'a dit que la chouette d'Harry avait été attaquée. Il est surveillé par cette Ombrage. Ne tente pas de reprendre contact avec lui… Je pense qu'Harry voudra revenir pour les vacances de Noël. Patiente jusque-là.

- J'étais juste…

- Emballé par l'idée qu'il forme leur petit Ordre du Phénix, oui, je sais. Je pense… qu'on doit les laisser faire ça de leur côté et ne pas interférer.

Sirius acquiesça, même si ça ne lui faisait pas plaisir.

- J'apprécie les excuses… et les chaussures. Mais j'ai vraiment besoin de dormir.

- Bien sûr… Bonne nuit, Tonks.

- Bonne nuit.

Dans la chambre d'à côté, Remus souriait.

Nymphadora était vraiment la colocataire idéale pour eux deux.

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Bill était perplexe. Il était habitué à une Fleur radieuse et dynamique, mais depuis leur altercation avec Greyback, elle semblait un peu ailleurs. Distante.

En réalité, la jeune Briseuse de sort se demandait tout simplement si la raison pour laquelle Bill ne lui était pas tombé dans les bras ne serait pas dû au fait qu'il sortait avec la fille aux cheveux violets. Elle était jolie (sans plus) et elle semblait avoir l'âme d'une combattante. Fleur n'aurait pas été étonnée que Bill soit avec elle.

- Fleur ? Pause déjeuner ?

Elle hocha la tête sans quitter des yeux la pile de feuilles qu'elle examinait.

- Fleuuuuur ?

- Pardon… j'arrive…

Ils remontèrent le Chemin de Traverse jusqu'à un petit troquet appelé Trois Breuvages et un Boutefeu catalan, où la plupart des employés des boutiques alentours prenaient leur pause déjeuner. Fleur commanda un steak « bloody ». Le serveur ne cilla pas, et Bill dut lui expliquer qu'elle voulait dire peu cuit… le garçon haussa les épaules – ça regardait le client, s'il voulait un steak cru, il lui apportait un steak cru, hein…

Bill se tourna vers sa collègue pour lui expliquer qu'en anglais, on disait « raw », mais elle le prit de court.

- J'espère que je n'ai pas trop vexé votre amie… Vous savez, l'autre soir…

Il haussa les sourcils.

- Je connais les loups-garou, c'est tout. J'étais déléguée et membre du Bureau des Etudiants à Beauxbâtons… c'est un rôle qu'on peut rapprocher de… comment vous dites ? Les préfets?

Bill acquiesça. Fleur vit, surprise, qu'il l'écoutait vraiment. C'était rare.

- Les loups-garou sont acceptés à l'Académie. Tous les soirs de pleine lune, on les réunit dans une fosse où ils peuvent se transformer et quelqu'un monte la garde… Plusieurs fois, c'est moi qui les ai surveillés. Donc je connais les loups-garou. Moi aussi, je pense qu'ils peuvent très bien vivre avec les sorciers, mais ceux d'avant-hier n'étaient pas comme ça… Ils étaient en liberté, et dangereux, et... j'ai entendu des choses sur ce Greyback, dit-elle avec un frisson. Il aime mordre.

Elle rejeta en arrière sa longue crinière de cheveux.

- Est-ce que vous pourrez le dire à votre petite amie ? Que je m'excuse et que je n'étais pas très claire ? C'est mon anglais qui n'est pas très bon…

- Ce n'est pas ma petite-amie, mais je vous promets que je lui dirai.

Fleur sembla tout à coup plus joyeuse, et enfourna avec entrain les haricots verts (des « French beans » s'empressa-t-elle de lui rappeler) qu'on lui servit. Est-ce qu'il rêvait, ou est-ce qu'un léger halo argenté entourait sa peau depuis quelques secondes ?

Il se dit qu'elle n'avait jamais été si radieuse (littéralement).

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Bisous et poussière de fée sur vous ! PS : Vous avez remarqué que dans les livres HP, Rogue est le seul qui appelle Tonks par son prénom sans qu'elle le reprenne ? ^^