9.
Vêtu de sombre, Aldéran descendit de sa moto de location, apercevant Thuur qui l'attendait devant l'une des conduites géantes de la section fermée de la Centrale Energétique 4. Il se dirigea vers lui.
- Peur que je ne vous ai tendu un traquenard que vous n'osez plus vous présenter à trois devant moi ? ironisa le grand rouquin balafré.
- C'est une éventualité que nous envisageons, effectivement. Nous avons aussi peu confiance en vous que vous en nous !
- Vous avez raison, persifla encore Aldéran. Plus personne n'a la moindre confiance en moi, et c'est fou ce que ça peut délier les mains ! Le jour du grand nettoyage final approche !
- Oui, c'est une évidence. La tension ne cesse de monter et il y a presque autant de véhicules policiers et militaires dans les rues que de véhicules particuliers !
- J'avoue que j'ai mobilisé tout ce que j'avais comme moyens à ma disposition. Ca n'empêche pas les Seigneurs de poursuivre leurs méfaits, mais ils ont dû considérablement revoir leurs prétentions de méfaits.
- Alors, vous les avez ciblés et vous allez y envoyer vos agents et soldats.
- Une fois de plus, en effet.
- Vous n'ignorez pas que vous pouvez y rester ?
Aldéran eut un léger haussement des épaules.
- Ca m'arrive tout le temps ! Je ne suis plus à une mort près !
Il reprit son sérieux.
- Vous, Ayrie et Ouchan, je vous mobilise pour les poches de vos secteurs respectifs où vous êtes déjà implantés et donc où je ne peux envoyer mes troupes. Je vous ferai parvenir les heures et coordonnées de vos actions le moment venu.
Le Roi de l'Ouest eut un ricanement.
- Données que vous allez remettre à vos pairs, ce qui fait qu'il y a un risque que les lièvres ne soient plus dans leurs terriers à votre arrivée !
- Non, cela n'arrivera pas, cette fois ! assura Aldéran avec un sourire de plaisir meurtrier anticipé qui même à l'endurci Thuur amena un frisson le long de l'échine.
- Nous ferons selon vos ordres, Général, se contenta-t-il de conclure. Sauf si vos paiements ne nous parviennent pas à temps !
Réfrénant la désillusion que lui avait causée la découverte de la vérité sur Aym Grendele, c'était sans rien manifester qu'Aldéran avait pris place à la table de réunion à l'Antenne du SIGiP.
Les trois Généraux et le Coordinateur des Polices s'étaient salués avant que Shale Elumaire ne prenne la parole pour la seule question qui figurait à l'ordre du jour.
- Qu'avez-vous prévu pour faire déferler vos troupes sur la RadCity, Général Skendromme ?
- A quelques détails près, la même chose que la dernière fois. J'ai tout détaillé dans les fichiers que je vous ai transférés avant de quitter l'AL99-DS1.
- Oui, je viens de le recevoir, fit Aym Grendele en consultant son ordinateur.
- J'imagine que vous avez dépassé toutes les bornes ? grinça Munir Kolchelle.
- C'est peu de le dire.
- Nous n'allons nous mêler de rien, assura Aym. C'est votre entière responsabilité et vous saurez mieux que personne coordonner vos forces puisque vous avez tout préparé depuis des semaines.
- Au fait, avez-vous pu trouver à quel niveau de partage des infos se trouvait la fuite de la dernière fois ? questionna Shale Elumaire.
- Non. Mais une fois les directives lancées et les patrouilles envoyées aux différents lieux d'Intervention, une simple connexion pirate peut suffire, avança Aldéran. J'ai fait renforcer la sécurité de nos communications, j'espère que cela suffira.
- Je le souhaite aussi, appuya Aym Grendele.
- Merci, fit Aldéran en s'écorchant les lèvres sur ce mot.
- Tu comptes camper ici ? jeta Aldéran à l'adresse de son père qu'il avait trouvé auprès du lit d'Albior.
- Possible. Ayvanère et toi n'occupez pas la chambre voisine qui est mise à votre disposition.
- Nous tâchons de venir ici le plus possible, surtout Ayvi. Après tout, elle peut apporter du travail ici et demeurer auprès de lui, fit Aldéran après avoir embrassé son fils toujours plongé dans son profond sommeil. Enfin, là elle est partie pour cinq semaines de séminaire et de conférences, ça me soulage que tu prennes son relais.
Il fronça les sourcils.
- Tu crois donc qu'Albior est en danger ? reprit-il après un moment.
- Disons que j'envisage toutes les possibilités. Si tu réussissais ton pari insensé, Grendele pourrait vouloir se venger, et bien sûr il te ferait le plus grand mal en s'en prenant au gamin !
- Oui, ça c'est une évidence, soupira Aldéran. Et je ne peux pas me dédoubler… Kwendel est déjà auprès d'Albior dans son entremonde, il ne peut donc pas veiller sur son corps physique…
- Tu es certain de ce fait ? insista le pirate à la chevelure de neige.
- Disons que j'aurais fait la même chose si la situation était inversée, et comme lui et moi sommes jumeaux !
- Je veille sur le gamin, tu peux te consacrer à ton opération.
- Merci, papa. Dis-lui bien que je l'aime.
- Je crois qu'il ne l'ignore pas, glissa doucement Albator. Tu peux rester un peu près de lui ?
- Je suis venu pour ça !
Seul au duplex pour plusieurs semaines, Aldéran s'était préparé à une soirée tranquille dès après la dernière promenade de Drixie.
Il avait choisi un film dans la bibliothèque des fichiers et allait l'envoyer sur l'écran géant du salon rond quand son téléphone avait sonné.
- Skendromme.
Il avait écouté son interlocuteur puis avait bondi sur ses pieds et s'était apprêté pour sortir.
Il esquissa un sourire.
« Il semble que tu aies commis ta première véritable erreur, Grendele, j'arrive ! ».
