Chapitre 7 : Promenons-nous dans les bois, pendant qu'le saxon y est pas.
Les chevaux commencèrent à s'énerver, une présence semblait les troubler. Mist et les autres s'agitèrent, les chevaliers tentèrent de les calmer sans vraiment y arriver. Kaelig se tint sur ses gardes. Elle se rapprocha de Gauvain et scruta les alentours sans rien y voir. Peut-être qu'elle s'inquiétait pour rien.
Être dans ces bois la rendait nerveuse, plus encore depuis qu'elle avait croisé son frère quelques soirs avant. Des légers cliquetis s'élevèrent dans l'air, elle comprit à cet instant...ils n'étaient pas les seuls...Alors qu'elle tentait de faire avancer son cheval pour prévenir Arthur, une série de flèches se plantèrent dans un arbre proche, leur barrant ainsi le passage.
Ils rebroussèrent chemin, menés par Bors et son puissant cheval. Tout n'était que panique et précipitation. Tristan avait lâché ses rênes et c'est arc en main qu'il tentait en vain de les défendre. Les pictes étaient partout, au sol et dans les arbres, jamais il n'aurait assez de flèches pour tous les tuer.
Kaelig n'avait pas le temps de réfléchir au moyen de les sortir de cette embuscade. Elle rabattit précipitamment son capuchon et talonna sa monture pour rester avec les chevaliers. Si les siens la découvraient ici, elle devrait sans doute tuer les hommes de son peuple pour pouvoir rester en vie et quitter l'île de Bretagne.
A chaque tentatives d'Arthur pour les sortir de ce guêpier, une pluie de flèches s'abattait sur eux, les empêchant ainsi de continuer leur route. Alors qu'ils tentèrent de faire demi-tour, un homme se jeta sur la jeune femme et tenta de la poignarder. Ils roulèrent sur le sol, il tenta de l'étrangler mais elle se débattait.
Lancelot voulu lui venir en aide avant d'être arrêté par son commandant. Ce n'était pas son combat ! Il fallait qu'elle y arrive toute seule ou qu'elle leur demande de l'aide. Avec difficulté, elle extirpa son propre poignard et l'enfonça profondément dans les côtes de son agresseur. Au loin, un cor raisonna dans la plaine, leurs assaillants rebroussèrent chemin, bien que certains semblaient réticents et prêts à en découdre avec les grands chevaliers Sarmates.
Dagonet s'approcha de la jeune femme et d'un mouvement de poignet la remit sur ses pieds. Kaelig peinait à retrouver son souffle, sa gorge commençait lentement à prendre une couleur rouge, et elle savait qu'elle ne tarderait pas à devenir bleu puis jaune. Les hommes n'étaient que des brutes ! Mais elle avait prévenus les chevaliers, elle tuerait celui qui lèverait la main sur elle.
Elle grimpa rapidement sur son cheval et ils repartirent comme si rien ne c'était passé. Ce n'était pas normal. Elle connaissait cette attaque, normalement, ils n'auraient pas du en réchapper vivants !
_Inish, des monstres démoniaques, souffla Dagonet au reste de la troupe sous le regard ironique de la jeune femme, dans un autre temps, elle aussi faisait partit de cette compagnie fantôme.
_Pourquoi n'attaquaient-ils pas ? demanda Galahad.
_Merlin ne veut pas notre mort, lui répondit Arthur.
La mort du commandant certainement par, mais la sienne semblait à l'ordre du jour. Kaelig soupira, elle savait ce qu'elle risquait en venant ici, mais entre le savoir et le vivre, il avait un sacré fossé entre les deux.
Il ne leur fallut que trois jours supplémentaires pour rallier la villa romaine. Kaelig se plaça cette fois-ci en queue de colonne, pour l'instant son travail était fini. Arthur en tête, les chevaliers galopaient derrière lui comme un long serpent glissant sur l'herbe verte. Ils regardèrent les villageois, stupéfaits de les voir si maigres. Les portes de la demeure se fermèrent devant eux, visiblement, ils n'étaient pas les bienvenus ici. Trois gardes apparurent sur le mur d'enceinte, une main sur la garde de leur armes, prêts à les utiliser.
_Qui êtes-vous ? demanda le chef de la petite garnison.
_Arthur Castus, commandant des chevaliers Sarmates, envoyé par l'évêque Germanus, lui répondit le commandant.
_Ouvrez les portes, ordonna-t-il aux soldats qui venaient de les fermer.
La population se regroupa autour des nouveaux venus, Kaelig tira un peu plus sur son capuchon, elle n'avait pas l'intention de devenir la nouvelle esclave du maître des lieux. Encore un romain qui ne songeait qu'à exploiter les populations vaincues par Rome...Elle cracha au sol, écœurée par tant de stupidité humaine.
Certains chevaliers la regardèrent avec un air désabusé, eux mieux que personne pouvait comprendre ça. Après tout, n'étaient-ils pas des esclaves de Rome ? Obligés de venir garder une des nombreuses colonies de l'empire pendant quinze longues années avant de pouvoir rentrer au pays.
Le propriétaire des lieux s'avança vers eux les bras ouverts, il semblait heureux de la tournure des événements. Au moins quelqu'un était content dans l'histoire, pensa-t-elle avec acidité.
_C'est un miracle que vous soyez venus! Dieu soit loué ! Arthur et ses chevaliers ! il tenta de caresser le cheval blanc de Galahad, mais d'une pression des rênes, le chevalier fit reculer sa monture. Vous avez combattus ces infâmes Pictes, fit-il remarquer.
Kaelig serra plus fortement encore son épée, elle allait lui en donner du Picte. Alors qu'elle se redressait sur ses étriers, Dagonet abattit sa main sur son épaule avant de secouer négativement la tête, ce n'était pas le moment de créer un esclandre !
_Nous avons pour ordre de vous évacuer, annonça le commandant, sous l'étonnement du romain.
_C'est impossible, rétorqua-t-il.
_Qui est Alecto? demanda Arthur, pressé d'en finir.
_C'est moi, lui répondit une voix.
L'adolescent était perché sur le mur d'enceinte et ne semblait pas avoir peur du commandant. Il avait du cran, pensa la jeune guide, peut-être un peu trop romain à son goût, mais il était courageux de défier son père.
_Alecto est mon fils. Tout ce que nous avons nous a été donné par le Pape de Rome, s'indigna le petit homme grassouillet qui leur faisait face.
_Et vous allez le donner aux Saxons, annonça Lancelot.
_Ils arrivent par le nord, continua Arthur.
_Rome enverra une armée, s'entêta le propriétaire du domaine.
_C'est fait. Nous. Partons au plus vite, continua Arthur en faisait fi de l'indignation du romain.
_Je refuse de partir ! s'exclama-t-il. Remettez-vous au travail !Tous ! ordonna-t-il aux esclaves .
Les mercenaires les repoussèrent fermement, avant de se mettre à hurler de retourner au travail. Certains villageois tombèrent au sol, mais ils continuèrent de les maltraiter. Arthur mit pied à terre, excédé par le comportement de sauvage dont faisait preuve ces hommes.
_Si je ne vous ramène pas, nous ne quitteront jamais ce pays. Alors vous me suivrez, même si je dois vous attacher à mon cheval. Sire, prévint Arthur avec courtoisie. Madame, mes chevaliers ont faim.
Après avoir eu l'accord de son mari, la femme romaine inclina la tête et rentra dans la
maison. Le propriétaire de la villa rappela ses chiens de garde et rentra dans sa demeure. Un mot de plus, et Kaelig n'était pas certaine de pouvoir s'empêcher de le tuer.
Elle regarda rapidement ces pauvres gens. Elle remarqua un vieil homme pendu par les mains, le dos lacéré par des coups de fouets. Arthur avait suivi son regard. Il tira son épée sous le regard blasé de Lancelot, Saint Arthur allait encore frapper.
_Vous êtes célèbre ! Vous êtes Arthur ! s'extasia un des villageois. Je suis Ganis, je sais me battre. Je vous servirais fièrement. Vous venez de Rome ? continua-t-il.
_Qui est-ce ? demanda Arthur en pointant l'homme attaché de son épée.
_Un ancien du village, répondit le jeune homme.
_Pourquoi l'a-t-on châtié ? continua Arthur. Répond-moi ! ordonna-t-il en voyant qu'aucune réponse ne venait.
_Il a provoqué notre maître, répondit Ganis avec un mouvement de recul. Tout ce que nous produisons est vendu. Il voulait qu'on garde une part plus importante. La faim me ronge les boyaux ! Vous venez de Rome. Marius est-il le porte-parole de Dieu ? Est-ce un péché de le défier ? demanda le jeune homme, visiblement à bout.
Arthur regarda le jeune Alecto, et s'avança vers le pauvre homme. Il pointa son épée sur le reste de la population.
_Ecoutez-moi. Marius n'est pas l'intermédiaire de Dieu. Et vous tous, vous êtes libre depuis votre premier souffle ! répondit-il, avant d'empoigner son épée à deux mains et d'un geste, briser les chaines qui retenaient le pauvre homme prisonnier.
_Aidez cet homme. Aidez le ! s'énerva-t-il devant la frayeur des habitants. Ecoutez-moi. Une arme redoutable vient par ici. Ils seront sans pitié et n'épargnerons personne, annonça-t-il sous les regards craintif de la population. Que les plus vaillants se préparent et partent vers le sud, vers le mur. Que les autres viennent avec nous. Désormais tu me serviras, annonça-t-il à Ganis. Que ces gens se préparent.
Pendant que la population se dépêchait de rassembler ses maigres effets et vivres, Arthur envoya Tristan en reconnaissance. Le reste des chevaliers aidaient les plus faibles à grimper dans les chariots et à ranger la nourriture. Kaelig soupira, ce voyage n'était décidément pas une partie de plaisir. Galahad lui pressa l'épaule en guise de soutient. Après tout, ils étaient tous dans le même bateau maintenant. Tristan ne tarda pas à revenir, et visiblement les nouvelles n'étaient pas spécialement bonne.
_Ils sont passés par l'est et arrivent par le sud pour nous barrer la route, annonça-t-il en reprenant son souffle. Ils seront là ce soir.
_Combien ? demanda Arthur en se pinçant le nez.
_Toute une armée, lui répondit le chevalier.
_Le sud est la seule issue ? se risqua-t-il.
_L'Est, lui répondit l'éclaireur. Un chemin permet de franchir les montagnes par l'est. On doit traverser les lignes saxonnes mais on a pas le choix. Qui sont ces gens ? s'enquit le chevalier.
_On les emmène, annonça Arthur.
_Alors on y arrivera jamais, déclara le fauconnier, il semblait accepté la mort qui se profilait à l'horizon.
Un bruit de tambour plana dans la vallée. Les hommes s'arrêtèrent un instant pour les écouter, avant de se dépêcher de reprendre le travail. Il ne fallait pas tarder, bientôt les saxons arriveraient. Les chevaux se mirent à piaffer et Kaelig comme les autres se pencha par-dessus l'encolure de sa monture pour la rassurer. En se relevant, elle fut surprise de voir une maison close, deux hommes étaient occupés à en boucher l'accès.
Le commandant se dirigea vers la mansarde. Il l'étudia, les deux hommes lui apprirent que c'était fermé de l'intérieur. Il appela Dagonet. Chaque coup de hache faisait tomber les pierres. Lancelot protesta, le temps manquait. Quand la porte fut ouverte, Arthur, Dagonet, et Gauvain pénétrèrent à l'intérieur.
