Chapitre 7 – Première rencontre… Havoc

Deux semaines déjà qu'il était là… Deux TRES longues semaines… de tranchées, de guérilla urbaine, de tuerie.

Roy pouvait comprendre, ou feindre de comprendre, que des hommes ou des femmes puissent être ses ennemis… mais les enfants ?

Comment pouvait-on les considérer comme des rebelles ?

Il avait réussi jusque là à éviter de se trouver en position de faire face à des familles sans défense, mais jusqu'à quand le pourrait-il encore ?

Tous les soirs au rapport il pouvait voir Kimbley qui se vantait de ses exploits. Il n'y avait pas d'alchimiste plus fier que lui et qui semblait autant dans son élément que Zolf J. Kimbley.

C'en était écoeurant.

Heureusement, Roy avait Maes pour le soutenir et lui redonner le sourire lorsque tout lui semblait sans espoir.

D'ailleurs cela faisait près d'une demi-heure qu'il l'attendait au mess. Que faisait-il encore ?

La bière, qui lui avait été servie tiède lorsqu'il l'avait commandée pour attendre, était à présent chaude.

Roy en but une nouvelle gorgée qui lui arracha une grimace de dégoût.

« Voyons Roy, ne fait pas cette tête là ! Tu vas vexer notre jolie barmaid ! »

Roy jeta un coup d'œil rapide vers le soldat qui tenait le bar du mess. Pour une jolie barmaid, il avait plutôt pas mal de poils aux jambes et au menton ! Et l'œil noir qu'il lançait pour le moment à Maes ne lui donnait pas un air des plus avenants.

« En matière de vexation, je pense que tu me surpasses sur ce coup là, Maes. Et si tu ne tiens pas à boire de la pisse chaude, je te conseille de faire attention à ce que tu dis.

« Nan, pas d'inquiétude. C'est moi qui le ravitaille en cigarettes, il a donc tout intérêt à être sympa avec moi.

« Tu sais quoi, je vais faire comme si je n'avais rien entendu concernant ton trafic et toi tu vas me payer mes prochaines bières pour la semaine.

« Dans le genre super pote, tu te places là toi.

« Ouais. »

Maes se tourna pour adresser un geste à un soldat qui passait un peu plus loin.

« Hé, Havoc vient par là, que je te présente mon camarade ici présent. »

Un soldat blond, clope au bec s'approcha d'un pas nonchalant.

« Salut Maes, comment va ?

« La grande forme. Tiens, je te présente le Major Roy Mustang. »

Le nouveau venu salua Roy d'un doigt au front :

« Major. »

Puis il avisa les gants ciglés de salamandres qui dépassaient des poches de son uniforme.

« Vous êtes alchimiste ? »

Maes répondit pour Roy :

« Un peu mon neveu. C'est l'alchimiste de flamme. »

L'information alluma une étincelle dans l'œil bleu du blond.

« J'ai entendu parler de vous. Vous faites du bon boulot à ce qu'il parait. »

Roy acquiesça.

« A ce qu'il parait. »

Maes tapa dans le dos de son nouvel ami.

« Allez, maintenant que les présentations sont faites, buvons entre amis. »

Ils prirent leurs consommations et s'installèrent autour d'une table à la propreté douteuse mais dont aucun n'aurait pensé à se plaindre.

Depuis qu'ils étaient tous au front, ce genre de détails leur passait bien au-dessus de leur tête. Si on était capable de supporter de ne pas se laver pendant plusieurs jours, on pouvait survivre à une table mal entretenue.

« Vous bossez dans quelle section Havoc ?

« Moi je ne suis qu'un homme de terrain. Juste suffisamment doué pour avoir survécu depuis plus de six mois à cette guerre. Ma seule ambition pour le moment c'est d'en sortir vivant rapidement et si possible en un seul morceau. »

Maes leva son verre et porta un toast.

« A ces paroles pleines de sagesse ! Que Dieu t'entende.

« Laisse Dieu où il est Maes. Je préfère compter sur mes compagnons pour me sortir de cette merde. »

Maes reposa son verre sur le comptoir.

« Tiens en parlant de compagnons, ils sont où les autres ?

« Je ne sais pas. Ils ne vont sans doute pas tarder. »

Havoc regarda autour de lui.

« Quand on parle du loup, voila Breda et Falman. Toujours ensemble ces deux là. »

Havoc salua les deux arrivants.

« Hé salut les gars. Vous prenez un verre avec nous ? »

Breda et Falman prirent place avec eux, Maes les accueillit avec force salamalecs et Havoc se chargea des présentations.

Roy se tourna vers Maes :

« A peine là depuis deux semaines et tu connais déjà tout le monde ici.

« Que veux-tu c'est le métier qui veut ça ! Je te rappelle que je bosse aux renseignements. Et je suis un gars sociable moi, pas comme toi.

« Tu irais un peu plus souvent sur le front, ta bonne humeur en prendrait sûrement un coup.

« Justement, je préfère garder ma bonne humeur et vous laisser le bonheur d'aller casser de l'ishbal à tour de bras. »

Breda lui tapa dans le dos ce qui le fit recracher sa gorgée :

« T'as bien raison Maes. Au moins tu arrives toujours à nous remonter le moral. D'ailleurs, en parlant de remontant, elle arrive quand la cargaison de tu sais quoi ? »

Maes fit les gros yeux à Breda :

« Chuuuuuut. Tu ne veux pas le crier sur la place publique non plus ?

« C'est pas grave Maes, je ne dirais rien pour ça non plus, t'auras qu'à me payer mes bières pour un mois complet. » Lui dit Roy en lui posant une main sur son épaule.

« D'ailleurs, j'ai encore soif moi… Chef, vous nous servez une autre tournée, c'est pour mon ami Maes ! » Cria Mustang à l'attention du serveur.

Maes se tapa le front de sa main.

« Merde Roy. Tu veux ma ruine. T'es vraiment pas un pote.

« Nan, si j'étais pas un pote, je te demanderais de me refiler une partie du butin que ton trafic te rapporte et éventuellement une bouteille ou deux de ce fameux 'tu sais quoi'. »

Un éclat de rire les emporta tous, jusqu'à ce que Falman demande :

« Quelqu'un a vu Hawkeye aujourd'hui ? »

Les rires de Havoc et Breda se calmèrent :

« Non. Pas vu. Y'a un problème ?

« Ben d'après ce que j'ai appris, ça a été une dure journée pour lui. »

Les mines sombres qu'arboraient à présent leurs trois compères ne manquèrent pas d'étonner Maes et Roy.

« Qui est cet Hawkeye ?

« Un pote. »

Havoc se leva de table.

« J'y vais. »

Breda lui lança :

« Tu veux que je vienne avec toi ?

« Pas la peine.

« Tache de nous le ramener. Faut pas qu'il reste seul dans ces moments là. »

Havoc agita sa main en s'éloignant à travers le campement.

La bonne humeur retombée, les sujets de discussion se portèrent sur des pronostiques sur la durée du conflit et l'hypothétique retour à la maison.

Maes en profita pour leur sortir la dernière lettre qu'il avait reçue de Grace et quelques photos de la jeune fille abîmées à force de manipulation.

Bien qu'il fut déjà loin du mess, Havoc put entendre fuser les commentaires et les rires.

Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver Riza.

Elle se tenait toujours enveloppée dans sa tenue de camouflage près d'un maigre feu de camps, le regard perdu dans les quelques flammes qui luttaient vaillamment pour ne pas s'éteindre.

Sa capuche relevée était aussi parlante que si elle avait arborée une pancarte proclamant « Foutez-moi la paix. » Mais il en fallait plus à Havoc pour le décourager.

Il prit place à côté d'elle et posa une main amicale sur son épaule.

« Dure journée ? »

Riza hocha la tête sans un mot.

« Tu veux en parler ?

« Non. Pas trop. Je voudrais juste pouvoir oublier. »

Havoc tira la dernière cigarette de son paquet et jeta le papier sur le feu qui se raviva.

« Je sais. L'oubli viendra peut-être un jour, lorsque le moment sera venu. Mais là nous y sommes jusqu'au cou. Et il faut tenir. Tout ça prendra bien fin à un moment ou à un autre. On a déjà vu la différence depuis que les alchimistes sont là.

« Tu les as vu tes alchimistes au travail ?

« Ouaip.

« Alors tu sais parfaitement de quoi ils sont capables. Ils agissent comme des gamins qu'on aurait lâchés dans une cour d'école et qui jouent à qui sera le meilleur dans sa partie. C'est ça tes héros, Havoc ?

« Tu ne peux pas faire une généralité de quelques fruits véreux, Riza. Ils ne sont pas tous comme ça. Il y en a des très bien. »

Havoc souffla sa fumée et la regarda s'envoler vers le ciel.

« Et sommes-nous tellement différents d'eux au final ? »

Riza le regarda.

« Non, tu as raison. Je suis pire qu'eux en fait. On nous demande de tuer sans distinction tout ishbal qui aurait des velléités de rébellion. Je pourrai refuser, rater mes tirs, qui m'en ferait reproche ? On mettrait mes compétences en doute, et alors ? Mais au lieu de cela non seulement j'applique les ordres qu'on me donne, mais j'excelle à les exécuter.

« Nous sommes des soldats. C'est un job.

« Tu ne comprends pas. Moi mes victimes je les vois Havoc, aussi clairement que si elles se tenaient devant moi ! Et pourtant, je continue de presser la gâchette.

« Je sais que c'est dur, mais tu ne peux pas dire que tu ne savais pas qu'un jour tu aurais à tirer sur autre chose que des cibles en carton.

« C'est vrai. Mais je n'avais jamais imaginé que je devrais tuer des gens qui n'avaient pour seul tort de ne pas croire au même dieu que nous. Tu peux me dire à quoi rime tout ça ?

« Il n'y a pas que ça.

« Ah bon, parce que tu le sais toi pourquoi et comment tout à débuté ? Ca fait tellement longtemps… que je suis sûre que même là haut dans leurs fauteuils à Central, ils ne le savent même plus eux-mêmes. Et pourtant, ils continuent d'envoyer toujours plus d'hommes ici pour faire la guerre au lieu de chercher à faire la paix. Quand cela prendra-t-il fin ? Lorsque nous aurons tué jusqu'au dernier ishbal, même s'il faut pour cela que ce soit un enfant ?

« Arrête, tu réfléchis trop. Tu ferais mieux de venir boire un verre, ça te changera les idées et te fera du bien. »

Riza lui adressa un faible sourire.

« Je ne sais pas comment tu fais pour faire abstraction de tout cela et à garder le moral.

« C'est simple. Je m'en remets à mes amis. C'est dans leur compagnie que je trouve la force de continuer et de supporter toute cette merde. Dans des gens comme toi, Breda et les autres.

« T'as raison. Rien ne sert de se morfondre, n'est-ce pas ?

« Exactement. Rien de tel qu'une bonne cuite avec des potes pour oublier tous ses ennuis. Au moins pour quelques heures. »

Havoc lui tendit la main pour l'aider à se relever.

« Aller vient. Tu ne le regretteras pas. »

Riza accepta son aide et se releva.

« Arrête, je le regrette déjà. Tu te souviens de la dernière fois où on a trop bu ?

« Tu veux dire avant tout ça ? Avec la Margaux ?

« Oui.

« La pauvre, elle avait fini les quatre fers en l'air ! Je me souviens encore de ta tête lorsqu'elle t'a embrassé ! hahahahahha »

« Quelle honte.

« Meuh non. C'était marrant. »

Ils se dirigeaient vers le mess.

« En tout cas, pas de danger que la même chose arrive ce soir, y'a malheureusement pas de filles ici dans ce camp. D'ailleurs je ne sais pas ce que je donnerai pour en avoir une là ! »

Riza rougit bêtement. Havoc n'avait pas remarqué son embarras et continuait à parler :

« Juste moi, Breda et Falman ce soir et deux autres types que j'ai rencontrés y'a pas longtemps. » Havoc lança un regard en biais à son compagnon attendant sa réaction. Il savait que Riza était plutôt du genre farouche et n'aimait pas trop se mélanger aux autres soldats. Sans compter sa réaction précédente concernant les alchimistes. Mais il voulait lui présenter Mustang, il lui avait fait bonne impression et il était sûr que ces deux là s'entendraient bien.

« Deux autres types ?

« Ouais. Maes Hugues, il travaille aux renseignements avec Falman. C'est un type épatant, tu vas l'apprécier tu vas voir. Il est raide dingue de sa fiancé et en parle à longueur de journée !

« Et l'autre ?

« C'est à priori le meilleur ami de Hugues, ils se connaissaient avant de venir ici. Je crois même qu'ils se connaissent depuis bien avant tout cela. En tout cas, c'est l'impression qu'ils donnent.

« Et il fait quoi ? »

Havoc attendit trente secondes avant de lui répondre.

« Comme nous tous ici. »

Cette hésitation n'avait pas échappé à Riza.

« Jean. Que fait-il ? »

« Tu as du entendre parler de lui. Il s'appelle Roy Mustang. »

Riza stoppa net.

« Un alchimiste ? »

Havoc acquiesça.

« Oui, l'alchimiste de flammes. Mais je t'assure c'est un chic type. Il n'est pas comme les autres ! »

Riza faisait déjà demi-tour.

« T'as failli m'avoir sur ce coup là Havoc. Mais il est hors de question que je prenne un verre avec lui. »

Havoc l'attrapa par le bras.

« Allez Riza. Laisse lui une chance. Une toute petite chance de te montrer que chez les alchimistes, il y a aussi des types bien. »

Riza soupira.

« Okay. Rien qu'une toute petite chance alors. Je le fais pour toi. »

Havoc lui sourit en lui donnant une frappe vigoureuse dans le dos.

« Tu m'en vois flatté. Tu vas voir, ils sont sympas ces deux types. Et puis Maes me fournit en cigarettes et s'il se débrouille bien, on devrait même bientôt pouvoir boire autre chose que cette pisse d'âne qu'ils nous servent au mess. Je t'assure, c'est un mec à connaître ce Maes ! »

Roy tournait le dos au reste du camp, c'est l'expression de soulagement qu'affichèrent Breda et Falman qui l'avertit du retour de Havoc et de celui qu'ils appelaient tous Hawkeye.

Sa curiosité n'avait cessé de monter depuis que Breda en avait parlé, pour atteindre son paroxysme lorsqu'il avait appris que Hawkeye n'était qu'un surnom. De son vrai nom Riza, il était aux dires de tout à chacun un tireur d'élite exceptionnel.

Le meilleur qu'ait connu l'armée depuis bien longtemps d'après ce qu'en avait dit Breda et confirmé Falman.

Il attendait donc impatiemment le retour de Havoc et de son compagnon.

Il ne fut pas déçu…