Coucou, je suis de retour ! Oui, j'ai du retard, mais j'ai eu énormément de treavail ces derniers temps, entre les partiels, et puis mon départ sur une île, mon boulot de saisonnière... Bref, ma bonne Nadège est au courant de tout ça, du coup, le temps que je consacre à mes écrits se voit diminuer. Je vais toutefois finir cette fic, no problem. Merci à Asadal et Nadège pour leur reviews piquante. La suite est un peu guimauve, bah oui, y'en faut aussi -et puis c'est plus marrant quand les personnages sont amnésiques ! Bref, bonne lecture !

- Tuez-le !

Hastor et Certif émirent un faible grognement d'approbation, et, dégainant des fusils laser qui reposaient tranquillement dans l'un des bulldozzers, ils s'approchèrent d'un pas lourd des trois compagnons et épaulèrent sans même hésiter.

- Qui êtes-vous ? l'interrogea le Docteur sans sourciller devant les armes à feu.

Le Maître sembla un instant stupéfait de sa question, et resta quelques secondes béat devant l'amnésie de notre Gallifréen fétiche.

- Comment tu ne te souviens pas ?

- Je lui ai injecté le sérum d'amnésie, approuva Triana. Il refusait de nous donner son nom, nous l'avons nommé Jason.

- Ce n'est pas tombé si loin, ricana le Maître les mains dans les poches. Holà vous deux, qu'est-ce que vous faîtes ? héla-t-il à l'attention des deux Gardiens sur le point d'abattre les fugitifs.

- Bah… vous nous avez demandé de les tuer.

- Vous êtes vraiment stupides, retournez creuser ! brailla-t-il teigneux.

Hastor et Certif se dévisagèrent, un peu pantois, puis rengainèrent leurs armes. Ils hésitèrent toutefois à reprendre les fouilles, de peur que leur patron ne change à nouveau d'avis. Ce dernier s'avança à hauteur du Docteur, d'un pas prompt et dépourvu de crainte. Il se stoppa à seulement quelques centimètres de son visage, et le contempla longuement sans rien dire, scrutant son regard profond de voyageur céleste.

- Tu n'es pas si amnésique que ça…, conclut-il avec une pointe d'ironie.

- Qui est enfermé six pieds sous terre ? souffla le Docteur impassible.

- Tu devrais le savoir, puisque c'est toi qui l'y as emprisonné !

Le Docteur ne put passer outre sa surprise. Il regarda les alentours, stupéfait d'être à l'origine de ce lieu, de ce temple secret, de cette prison cachée. Lui ? Qui était-il pour être à l'origine d'un tel sanctuaire ? Et quel mystère y avait-il enfermé ?

- Attendez, attendez, intervint Kate un peu perdue. Cet endroit est vieux de plusieurs milliers d'années, comment aurait-il pu en être l'auteur ?

- Tu traînes avec des filles de plus en plus stupides, nota le Maître avec dédain. Remarque, elles sont toujours plus faciles à conquérir.

- Lui au moins n'a pas pour compagne une planche à pain toute ridée déguisée en infirmière ! Vous manquez carrément de classe !

- Vous n'êtes vraiment qu'une petite…

- Ca suffit ! stoppa le Docteur intransigeant. Qui est enfermé là-dessous ?

- Hi ! Hi ! Hi ! s'esclaffa le Maître en bondissant en arrière, les bras levés. C'est tellement amusant de te voir désorienté, et incapable de comprendre ce qu'il se passe. Tu seras horrifié lorsque la mémoire te sera revenue ! … et tu ne pourras strictement rien faire pour m'empêcher de mener à bien mes projets ! Ha ! Enfermez-les en cellule ! Celle qui contient les rats !


Jenny perçut un problème en direction de la crypte où elle avait délaissé ses trois compagnons. Elle revint discrètement en arrière, à pas de loup, et analysa brièvement la situation: une douzaine de Gardiens dopés et prêts à commettre un massacre, des armes mortelles et chargées, une scientifique à l'air de sorcière, le tout mené par un fou qui… -elle le reconnut bien malgré elle- … possédait un certain charme –ou du moins un charme certain- de conquistador un peu dépravé par quelque folie extravagante. Un pirate intellectuel en quelque sorte… Elle chassa cette attirance malsaine lorsque son regard croisa celui du Docteur. Un regard intense et profond, un regard qui voulait tant dire dans le silence… Sans un mot, sans un sourcillement, elle comprit le message qu'il lui adressait :

Echappe-toi !

Son cœur se fendit à l'idée de les abandonner. Elle devrait les suivre ! Elle trouverait bien une parade pour les sortir de ce pétrin. Non, elle ne pouvait vraiment pas les délaisser là, à la merci de leur ennemi !

Va-t'en !

Il ne cessait de la fixer. Son regard s'intensifia sans même que son expression ne s'altère. Il restait de marbre, et pourtant, elle perçut un excès d'autorité dans la lueur scintillante de ces iris chocolat.

- Jenny ! souffla une voix dans son dos.

La jeune femme sursauta et se retourna instantanément. Elle détailla la galerie durant de longues secondes sans rien discerner. Un frisson glacé lui parcouru longuement l'échine, et elle tourna le dos à cette voix non sans un certain malaise.

Elle contempla une dernière fois ses compagnons menacés par des fusils laser, et tandis qu'on les emmenait à l'encontre de cellules moisies, elle décida de poursuivre sa propre épopée.

- Jenny, viens par ici…


- J'ai réfléchi ! s'écria Kate à voix basse.

Le Docteur haussa un sourcil et dévisagea sa compagne non sans un demi-sourire.

- Quoi ? s'étonna cette dernière devant son air enjôleur.

- Rien, je me dis que ça doit être une drôle d'aventure que de passer un peu de temps avec vous…

- Drôle ? répéta-t-elle désappointée. Vous pouvez parler ! Vos amis d'enfance à moitié cinglés qui nous rendent amnésiques, nous réduisent en esclavage et qui ont des ambitions tout ce qu'il y a de plus modeste, comme gouverner l'Univers par le feu et le sang ! Je suis une aire de repos en comparaison de l'autoroute qui trace votre vie !

- Je n'ai jamais dit que c'était déplaisant…Mais… comment Diable pouvez-vous savoir que ce type est mon ami d'enfance ? D'où vous vient cette idée grotesque ?

- Il semble bien vous connaître, et vous en vouloir à mort… A moins que vous ne soyez gai, il est fort probable qu'à défaut d'être votre amant, ce type devait être votre meilleur ami !

Le Docteur manqua de s'étouffer sous le coup de la surprise :

- Gai ? Non, mais, mais, mais… vous avez perdu la tête ?

- Sais pas… je vous trouve un peu efféminé de temps en temps… Ce n'est pas sans vous procurer un certain charme, c'est sûr… Mais vous pourriez porter des caleçons roses Barbie que je n'en serais pas surprise.

Efféminé ? Des caleçons roses Barbie ? Alors là c'était le pompon ! Il l'observa bouche bée, ne sachant quoi répliquer. Elle détournait le regard, malicieuse comme à son habitude, ses yeux rieurs luisant dans la pénombre de l'endroit.

On leur avait noué les mains dans le dos, assommés, puis jetés dans une caverne sombre, un renfoncement de la mine où la chaleur devenait suffocante, et où des rongeurs, des rats amaigris qui ne demandaient qu'à se nourrir, leurs mordaient tout once de chair dépassant de leurs vêtements. Le vieux Ramius dormait non loin de là, mais il semblait que son odeur, ou sa peau desséchée ne suffisait pas à ravir l'estomac de ces chers animaux.

- Et à quoi avez-vous réfléchi ?

- A ce qui est enfermé dans le cœur de cette planète. Ce n'est pas bon du tout.

- Que voulez-vous dire ?

- Vous connaissez le mythe de Pandore ?

- Une fable de votre monde…

- Je ne sais pas, mais cette histoire m'est revenue en mémoire lorsque les Gardiens nous ont assommés avant de nous transférer dans cette cellule…

- Racontez-donc, si je suis l'homme qui est à l'origine de ce sanctuaire, alors des souvenirs en découleront.

Kate prit une profonde inspiration, et, donnant un violent coup de pied dans le corps luisant d'un rat qui rôdait sur sa gauche, elle poursuivit :

- Prométhée était une divinité qui avait par maintes occasions doublé Zeus, le Dieu de l'Olympe, au profit de l'humanité. Il leur apporta le feu, il leur permit de garder les chairs comestibles des animaux lors des sacrifices et de ne laisser aux Dieux que les os et la graisse… Bref, il dupa tant et si bien le Grand Manitou que ce dernier décida de se venger. Il attacha Prométhée dans le massif du Caucase et envoûta un vautour afin que le volatile vienne lui manger le foie tous les jours… Terrible torture… Beurk ! Et par magie divine, le foie est reconstitué les jours suivants, et ce indéfiniment. Prométhée avait également un frère, à qui il supplia de refuser tout cadeau provenant de Zeus. Les hommes vivaient alors l'âge d'or, où rien ne leur nuisait : pas de maladie, pas de guerre, pas de famine… De quoi faire saliver les Dieux qui contestaient cet état de fait. Suite à cela, Zeus offrit au frère de Prométhée une ravissante jeune femme, qui ne se séparait jamais d'une certaine boîte. Le frère –Epiméthée- s'empressa de l'épouser, tant elle était magnifique et d'une grandeur d'âme sans égale. Son seul défaut ? La curiosité. Zeus lui chuchota qu'il y avait quelque chose d'enfermé dans la boîte, sans lui indiquer ce qu'elle renfermait. La jeune femme, dénommée Pandore, se risqua un jour à l'ouvrir, et il se déversa alors sur l'humanité tous les fléaux de l'humanité, tel que la Vieillesse, la folie, la guerre… Pandore versa des larmes d'acide devant tant d'horreur, et s'empressa de refermer la boîte… mais trop tard. Seul l'espoir resta clos dans le coffret. Depuis l'humanité affronte les maux qui nous sont bien connus aujourd'hui…

Kate acheva son récit dans un soupir. Elle se revoyait en train d'étudier ce mythe dans une bibliothèque. Autour d'elle des étudiants. Que faisait-elle aujourd'hui dans cette mine infernale avec cet inconnu déjanté ? Kate Wilson… son nom était Kate Wilson. Et ce type accolé sur sa gauche s'avérait être le Docteur. Son compagnon... Elle l'appréciait, elle l'estimait beaucoup, même si leur passé commun ne lui revenait pas en mémoire... S'en souviendrait-elle un jour ? Pour l'instant elle l'ignorait... Et pour l'instant, ce cher Gallifréen ronflait…

- Hey ! grommela-t-elle mauvaise.

Elle lui assena un coup de menton dans l'épaule, visant juste entre les muscles, ce qui eut pour effet de lui occasionner une douloureuse béquille. Il sursauta sous le coup :

- Non mais vous êtes cinglée ?

- Vous vous êtes endormi ! l'accusa-t-elle vexée.

- Mais non…

- Vous ronflez !

- Ah bon ? réalisa-t-il surpris.

Depuis combien de temps n'avait-il pas passé la nuit avec une femme pour s'étonner d'une telle révélation ? Il rougit de honte…

- Et bien je… euh… je me concentrais sur votre récit… j'essayais de me morfondre dans une transe hypnotique afin d'amplifier ma capacité à me souvenir…

- Vous vous êtes endormi ! répéta-t-elle outrée.

- Et ben…

- Vous les hommes, vous êtes tous les mêmes !

Le Docteur l'observa du coin de l'œil, ne sachant trop s'il devait reprendre la conversation ou au contraire attendre que la tension ne s'abaisse. Cette Kate Wilson semblait aussi imprévisible que la foudre, et aussi battante que la pluie d'un orage. Mieux valait-il jouer la prudence.

- Ne soyez pas vexée, je suis éreinté par toute cette histoire. J'essaie de comprendre et rien ne semble s'éclaircir. C'est frustrant.

- La frustration tient éveillé…

- Et puis cette position est plutôt douillette, ajouta-t-il avec un semblant de charme.

- Vous auriez dit ça à n'importe quelle fille collée contre vous. Mais si le vieux Ramius était à ma place, à vous tenir chaud, vous seriez très certainement moins enthousiaste.

Il leva les yeux au ciel devant cette attitude butée. Etait-il réellement un très mauvais gentlemen, maladroit et vexant, où était-il tombé sur la femme la plus susceptible de l'Univers ?

- Tsssssst ! Pourquoi agissez-vous toujours dans l'optique de m'empoisonner la vie ? Vous y gagniez quoi au juste ?

Il perçut un sourire mesquin fleurir sur les lèvres de la jeune femme. Elle détourna la tête afin de ne pas se faire démasquer.

- Jouons franc-jeu voulez-vous ? insista-t-il plus sérieusement.

- Ce n'est rien, lâcha-t-elle dans un soupir. C'est juste que… quand je vous tourne en dérision, j'oublie que…

- Que quoi ?

- Vous en avez de drôles de questions, vous ne pouvez pas les poser à quelqu'un d'autre ? s'offusqua-t-elle gênée.

- Je n'ai que vous sous la main pour l'instant. Alors, vous oubliez quoi ?

- Que vous êtes drôlement attirant, voilà !

Un silence suivit. Le Docteur en avait quelque peu le souffle coupé. Bien sûr, ce n'était pas pour lui déplaire, il l'avait peut-être même espéré, mais l'entendre comme ça, de vive voix, de but en blanc, lui clouait ses deux cœurs d'un choc brutal.

- Oh… alors plus vous devenez peste, et plus je vous plais ? balbutia-t-il un peu dérouté.

- On peut résumer ça comme ça, sourit Kate sans trop de malaise.

- Vous êtes sadique…

- Non, juste un tout petit peu romantique de temps à autre.

Il fronça les sourcils, comme en proie à un lointain souvenir. Kate se tordit légèrement sur elle-même, tâchant de pivoter et de lui faire face –les mains ligotées dans le dos, la chose s'avérait plutôt ardue. Elle se renversa sur lui tout d'abord, puis se redressa, et s'immobilisa, à quelques centimètres seulement de son visage. Ils se contemplèrent longuement en silence, tâchant d'oublier ces horribles rats qui ne tarderaient à les attaquer de nouveau.

Son pouls s'accéléra tandis qu'elle se rapprocha de lui. Il fut saisit par sa beauté, ses traits fins couverts de suie, ses yeux turquoise qui pétillaient de passion et de loyauté, ses lèvres rosées, un peu gercées par l'atmosphère aride de l'endroit, entrouvertes, d'où s'échappait sa respiration, un souffle doux qui caressait délicatement sa figure… Kate se haussa légèrement à son encontre, et, sans prévenir, elle déposa sur sa joue un tendre baiser, doucereux et enflammé, et qui le fit frissonner de désir. Il s'apprêtait à dévier la tête dans sa direction, afin de sceller ses lèvres des siennes, mais elle se recula soudain, et se laissa choir contre son torse, dans un soupir d'exaspération.

- Quoi ? s'inquiéta-t-il devant un tel repli.

- Je ne sais pas pourquoi, mais quand je vous vois, c'est comme si vous portiez un énorme panneau « sens interdit » autour du cou… C'est très bizarre et absolument frustrant.

- Un panneau d'interdiction ?

- Oui, vous savez un peu du style : DO NOT TOUCH !

Les Gardiens Hastor et Certif choisirent cet instant pour apparaître devant la cellule, le Maître sur leurs talons. Tendant un doigt autoritaire en direction de la jeune femme, il déclara :

- Emmenez-là ! Nous allons en faire un exemple pour cette bande de chiens galeux.