Titre : Âme à la dérive
Auteur : Deiya
Chapitre 7
- Ah… Byakuya…
Le capitaine s'autorisa un imperceptible sourire pour exprimer sa satisfaction, puis replongea dans le cou désormais familier d'Ichigo. Il parcourait délicatement la peau salée du bout des lèvres, prenant son temps, quand il se sentit soudain basculer sur le côté, avant de se retrouver complètement sur le dos, un poids sur son ventre. Il leva lentement les yeux vers Ichigo, surpris mais loin d'être mécontent que ce dernier prenne exceptionnellement l'initiative. Le jeune shinigami le contempla un instant, un sourire en coin, et se pencha pour l'embrasser longuement.
L'avertissement de Yoruichi ? Quel avertissement ? Il n'y en avait plus aucune trace dans la mémoire d'Ichigo et c'est sans arrière-pensées qu'il se glissait chaque soir dans la chambre de Byakuya. Pendant ces nuits qui paraissaient se dérouler hors du temps, il oubliait tout - les crises, Shirosaki, tous ses tracas de la journée. Pendant ces nuits, il n'y avait plus que Byakuya qui comptait…
Le capitaine passa un bras autour de la taille d'Ichigo et l'attira un peu plus contre lui, tandis que le baiser s'approfondissait. Tout à coup, il sursauta et laissa échapper un cri étouffé. Ichigo venait de lui mordre la lèvre inférieure, sans ménagement. Stupéfait, il relâcha son étreinte et l'adolescent en profita pour se redresser.
Byakuya écarquilla les yeux à l'extrême lorsqu'il remarqua enfin le rictus qui déformait le visage d'Ichigo, puis ses pupilles, qui de noisette étaient devenues dorées. Le Hollow ricana devant son air ahuri.
- T'as l'air d'avoir du mal à comprendre, Byakuya chéri… Faut avouer que je vous ai bien eu sur ce coup-là ! Qu'est-ce que tu croyais, que je préviendrais toujours avant de tenter une sortie ? Même si je préfère me faire remarquer, je sais être discret quand il le faut, et ça finit toujours par payer… Mais trêve de bavardage, et si on reprenait où je vous ai arrêtés ?
Son sourire narquois s'élargit au regard mi-interloqué mi-horrifié que lui lança Byakuya.
- T'inquiète pas, je vais pas te violer, railla-t-il. Si je t'abîme, Ichigo ne voudra plus me parler… Simplement, sois mignon et tout se passera bien.
Sans laisser à Byakuya le temps de réagir, il se jeta sur ses lèvres, qu'il happa voracement. Le capitaine ne fit rien pour l'empêcher de continuer, trop accaparé par cet étrange baiser, pas brutal comme il s'y était attendu, mais passionné. Toute la violence du Hollow y était comme transcendée, et le baiser finit par devenir brûlure. Quand enfin le double d'Ichigo s'écarta, Byakuya avait l'impression qu'il allait prendre feu d'une seconde à l'autre.
- Alors, convaincu ? demanda le Hollow de sa voix moqueuse.
Byakuya le fixa sans répondre. Le Hollow le regardait avec convoitise, tel un gamin qui salive devant une sucrerie. Le capitaine reconstitua son expression impassible, avant de détendre ses muscles un à un et de fermer les yeux.
- Trop fier pour répondre simplement par oui, hein ? ricana son vis-à-vis.
Sans plus attendre, il entreprit de dévorer le corps qui s'offrait à lui.
Les émotions du Hollow étaient si intenses que Byakuya pouvait les percevoir sans peine à travers son reiatsu. Le Hollow était terriblement affamé. Il sillonnait son corps avec avidité, touchant, goûtant chaque parcelle de peau qu'il rencontrait. Byakuya éprouvait une curieuse compassion à ressentir cette faim qui animait le Hollow. Ce que cherchait ce dernier à travers lui avec tant d'ardeur, c'était la saveur de la vie, peut-être pour se sentir lui-même vivant, ne serait-ce qu'un instant.
- I-Ichigo…
Le Hollow releva la tête vers Byakuya, visiblement ravi que ses caresses ne le laissent pas indifférent.
- Si tu veux gémir le nom de quelqu'un, je m'appelle Shirosaki Hichigo, mon mignon… Quoique, vu la situation, Shiro suffira.
Le visage de Byakuya se ferma. Lorsqu'il parla, sa voix avait retrouvé sa froideur d'usage.
- Shirosaki Hichigo, je ne t'ai accepté qu'en tant que partie d'Ichigo. Cependant, je ne veux pas d'autre amant que lui, est-ce clair ?
- Très clair, capitaine… murmura le Hollow.
Il observa pensivement Byakuya, une lueur de malice jouant avec la déception dans son regard. Soudain, son rictus reparut.
- Bien, dans ce cas, je te prête mon roi.
En un éclair il était parti, cédant à nouveau le contrôle à Ichigo. Celui-ci cligna des yeux plusieurs fois, comme étourdi par ce qui venait d'arriver. Il scruta Byakuya avec hésitation.
- Je ne sais pas ce qui s'est passé avec Shirosaki, mais… Je suis désolé…
Byakuya le ramena contre lui, en une étreinte qui se voulait rassurante.
- Il n'y a rien eu qui soit digne d'intérêt, affirma-t-il d'une voix neutre.
xXxXx
- Alors ça y est, tu vas enfin être capitaine ?
- Oui, confirma fièrement Renji. La cérémonie aura lieu la semaine prochaine. C'est la classe, hein ?
- Mouais, rétorqua Rukia en faisant la moue, j'ai quand même du mal à t'imaginer dans un grand manteau blanc à la tête de toute une division…
- C'est sûr que je vais avoir besoin d'un bon vice-capitaine pour me seconder ! Tu sais, si ça te dit, je suis prêt à te proposer le poste.
- Sérieusement ? s'étonna la jeune fille. Eh bien… Pourquoi pas ? Il faudrait en parler avec Ukitake-taichô.
- Bien sûr, approuva son ami. Ah, salut Ichigo !
Le susnommé répondit d'un petit signe de tête, sans lâcher la pile de papiers qu'il avait dans les bras.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? continua Renji. Tu n'étais pas censé travailler toute la journée à la dixième division ?
- Si, je ne fais que passer : je dois porter ça à Byakuya, expliqua l'adolescent en montrant les documents qu'il tenait.
Ichigo dépassa ses amis pour se rendre dans le bureau du capitaine de la sixième division. Il frappa à la porte et entra après y avoir été autorisé.
- Si vous voulez bien m'excuser, j'en ai pour une minute, lança Byakuya sans détacher son regard de la feuille qu'il remplissait.
Ichigo attendit patiemment en le regardant faire, une lueur de tristesse dans les yeux. Si la nuit rien ne l'atteignait dans les bras de Byakuya, le jour, leur absence de relation le blessait douloureusement. A l'instant encore, il avait ressenti une pointe de jalousie l'aiguillonner en voyant Renji et Rukia discuter si librement. C'était une conversation des plus banales, de celles qui, en apparence, ne signifiaient rien et qui pourtant voulaient tout dire. Le genre de conversation qu'il n'avait jamais eu avec Byakuya.
- Qu'est-ce qui t'amène, Kurosaki Ichigo ?
« Kurosaki Ichigo » et « gamin » étaient les deux seules manières de l'appeler que Byakuya utilisait pour s'adresser à lui pendant la journée. Ichigo haïssait ces appellations. Il dissimula une grimace et expliqua la raison de sa venue avant de remettre les documents au capitaine. Alors que ce dernier y jetait un œil, il tenta une amorce de conversation, d'un ton négligent.
- J'ai croisé Renji et Rukia dans le couloir, ils avaient l'air de bien discuter. Rukia passe pas mal de temps ici, non ?
- En effet.
Byakuya ne l'avait même pas regardé. Ichigo décida alors de lui parler directement.
- Je suis surpris que tu laisses Renji draguer Rukia presque sous ton nez sans rien dire…
Ichigo faillit pousser un cri de victoire lorsque Byakuya releva finalement la tête vers lui.
- Les méthodes de séduction de Renji sont tellement… rudimentaires que je ne peux pas réellement m'inquiéter pour Rukia.
Une étincelle brilla dans les yeux d'Ichigo.
- Ah oui ? Je serais curieux de savoir comment toi tu t'y prendrais pour séduire quelqu'un. Quelle est la méthode « noble » ?
Byakuya le fixa silencieusement, les sourcils légèrement froncés, avant de répondre.
- Pour commencer, on ne courtise pas quelqu'un sans avoir au préalable fait part de ses intentions à la personne concernée ou à ses parents.
- Comme c'est délicat ! railla Ichigo. Mais dis-moi, est-ce que c'est aussi de bon ton d'ignorer systématiquement la personne avec qui on ne dédaigne pas de s'envoyer en l'air le soir venu ?
Il ne fit pas attention à l'agressivité qui perçait dans sa voix, rappelant curieusement son double intérieur. Byakuya semblait s'être statufié. Aucune réponse ne venant rompre le silence, Ichigo tourna les talons et s'en alla en se retenant à grand peine de claquer la porte derrière lui.
xXxXx
Cela faisait presque une semaine maintenant que Rukia n'avait plus eu à se lever au milieu de la nuit pour aller réconforter Ichigo, puisque celui-ci était allé trouver refuge auprès de son frère. Elle s'était réjouie en constatant que son ami paraissait se rétablir petit à petit, d'autant plus qu'à sa connaissance, il n'avait plus eu de crise durant cette même période.
Elle s'était inquiétée un moment de l'attitude distante de son frère vis-à-vis d'Ichigo qui, visiblement, faisait des efforts pour se rapprocher de lui. Cependant, elle avait fini par ne plus y prêter attention, trop enthousiasmée par l'idée que Byakuya et Ichigo entretenaient une relation amoureuse secrète, comme dans les mangas qu'elle adorait lire.
Elle fut donc stupéfaite lorsqu'elle entendit Ichigo sangloter dans sa chambre. S'était-il disputé avec Byakuya ? Elle mourait d'envie de le savoir mais ne posa aucune question. Elle le berça dans ses bras jusqu'à ce qu'il s'endorme.
xXxXx
Pour une fois, de lourds nuages gris s'amoncelaient dans le ciel, dissimulant presque entièrement le soleil. Mais Shirosaki ignora ce changement de temps, toute son attention focalisée sur son roi.
Ichigo était assis sur une vitre, ses bras serraient ses jambes contre lui et sa tête était enfouie dans le creux entre ses genoux et sa poitrine. Le Hollow debout devant lui ne voyait que ses cheveux roux hérissés sur son crâne, et ses épaules qui tremblaient doucement.
- Hé, Ichigo, tu me fais la gueule maintenant ?
La voix de Shirosaki semblait étrangement mal assurée, pourtant Ichigo ne s'en aperçut pas. Dans un mouvement spasmodique, ses épaules se soulevèrent brusquement, puis sa tête parut s'enfoncer davantage dans le nid que formaient ses bras.
Le Hollow le considéra gravement, toute trace de moquerie bannie de son expression. Soudain, quelque chose de froid et humide atterrit dans ses cheveux blancs, presque sans bruit. Il leva la tête par réflexe vers le ciel tourmenté. Une deuxième goutte d'eau s'écrasa alors sur son visage, juste en dessous de son œil droit. Tandis qu'elle s'écoulait le long de sa joue, Shirosaki se demanda vaguement si c'était ce qu'on ressentait quand on pleurait. Si Ichigo ressentait la même chose quand ses larmes coulaient le long de ses joues.
Puis la goutte d'eau finit sa course au bord de sa mâchoire et tomba sur le sol vitré avec un petit « ploc » sonore. Comme s'il s'était agi d'un signal, la pluie s'abattit alors sur eux. Des milliers de gouttes d'eau, des millions peut-être, qui les frappaient durement, inlassablement.
En moins d'une minute, Ichigo et Shirosaki furent trempés jusqu'aux os, mais aucun d'eux ne semblait en être affecté. Ichigo n'avait pas changé de position. Shirosaki continuait de l'observer.
Finalement, le Hollow secoua lentement la tête.
- Tss, si c'est pas malheureux… murmura-t-il. Ça devait bien arriver un jour mais quand même…
Il recomposa son singulier rictus, avant de s'exclamer d'une voix forte :
- Tu me déçois Ichigo ! Quoi, un véritable déluge juste pour un mec qui ne nous arrive même pas à la cheville ? Et pourquoi pas un ou deux éclairs tant que tu y es ? Ecoute-moi mon roi, je fous le bordel dans ton p'tit monde, tu viens tout remettre en ordre, ça c'est ce qui se passe d'habitude, d'accord ? Seulement là, c'est toi qui fous le bordel. Mais pas question que je ramasse les morceaux : t'es le roi, tu te démerdes, c'est clair ?
Son ton vindicatif et ironique manquait de conviction, mais le message était passé.
Ichigo redressa lentement la tête. Ses yeux rougis se posèrent sur le Hollow, sans vraiment le voir. Sur son visage, on pouvait difficilement distinguer les larmes de la pluie. Son nez coulait, ses cheveux étaient plaqués sur son crâne et gouttaient tristement.
Voir Ichigo dans cet état provoqua un déferlement d'émotions contradictoires en Shirosaki. La colère. Envie de le frapper jusqu'à ce que son sang se mêle à la pluie. Le mépris. Prendre sa place, le renverser, là tout de suite. La douleur. Parce que lui c'est moi, parce que moi c'est lui.
Son sourire railleur ne s'adoucit pas, mais il s'accroupit à hauteur d'Ichigo.
- T'as de la morve sur la figure. Allez, viens par là, que j'te mouche.
A suivre…
--
Encore un chapitre ! Quand je l'ai terminé, j'avais un super rhume et je me mouchais toutes les deux minutes, d'où l'inspiration pour la fin… Pas très glamour mais bon. Par contre, que personne ne me demande avec quoi Shiro compte moucher Ichigo ! XD
