Thank's a lot Moozanna.


Blair inspecta les tissus qui venaient d'arriver à l'atelier avant de signer le bordereau de livraison. Ils auraient dû être là depuis huit jours au moins, mais il y avait eu des problèmes d'organisation. Ce n'était pas la première fois apparemment.

La première chose qu'elle avait donc faite en tant que codirectrice de WD avait été de remettre de l'ordre dans tout ça, en menaçant le fournisseur de s'adresser à un autre si la prochaine commande n'arrivait pas dans les termes prévus par le contrat. Il valait mieux que les choses soient claires dès le début.

Il n'était pas question que les gens pensent qu'ils allaient pouvoir profiter de ce changement à la direction ou qu'elle était plus malléable qu'Eléanor en personne. Les Waldorf mère et fille savaient se faire respecter et n'avaient pas peur d'être craintes. Elle avait négocié un rabais en contre-parti et pas des moindres. Ce qui avait même impressionné la patronne elle-même, Blair s'était sentie pousser des ailes en voyant la fierté dans son regard.

Elle sourit en passant sa main sur l'étoffe violette, elle pourrait demander à Émilie qu'elle lui confectionne un exemplaire de la nouvelle robe que sa mère avait dessinée dans cette couleur, rien que pour elle … Rien que pour Chuck. Il adorerait ça. Elle poussa un soupire en pensant au beau brun ténébreux à qui appartenait son cœur.

Elle n'avait pas pu progresser d'un pouce avec lui. Elle savait en partant, deux semaines plus tôt, qu'elle ne pouvait passer qu'une seule nuit à Monaco, c'était prévu. Elle avait un rendez-vous de programmé avec le personnel de WD à Paris dans l'après-midi du lendemain et tout un tas de chose à faire pour prendre les choses en mains et finaliser le défilé de la fin du mois.

La semaine de la haute couture était organisée depuis des mois, bien entendu, mais il y avait toujours les petits aléas de dernières minutes. Aucune surprise là-dedans, contrairement à ce qu'elle avait découvert en frappant à la porte de la suite 483.

Elle n'avait pas du tout imaginé que ça se terminerait comme ça. En fait, elle avait même hésité à prendre une chambre puisqu'elle avait bien l'intention de partager le lit de Chuck cette nuit-là. Elle avait fantasmé pendant tout son voyage entre Paris et la Principauté, se remémorant les caresses de ses mains sur son corps, les murmures de ses lèvres dans le creux de son oreille et le frottement de leurs peaux dans les draps.

Elle s'était ravisée au dernier moment, elle avait besoin d'un endroit pour prendre sa douche et se préparer avant d'aller le rejoindre au casino. Jack lui avait dit qu'ils seraient là, au moins jusque tard dans la nuit, mais elle ne pouvait pas attendre plus longtemps avant de le revoir. Elle avait tenu jusqu'à vingt heures trente pour ne pas avoir l'air de se ruer sur lui.

Elle imaginait sans peine, son pervers d'oncle ricaner. Son coup de fil l'avait surprise, elle ne pensait pas qu'il la rappellerait. Elle lui avait laissé un message dans un moment d'égarement, après avoir consulté pour la millième fois au moins son BlackBerry. Mais il restait atrocement silencieux malgré les nombreux appels et messages qu'elle avait laissés à Chuck.

Quand Jack lui avait annoncé qu'ils étaient si proches d'elle, elle n'avait pas pu résister. Puisqu'il ne voulait pas répondre au téléphone, elle lui parlerait de vive voix. D'ailleurs, c'était sans doute mieux comme ça.

Le casino était une autre chance inespérée, elle avait fait transférer des fonds pour lui démontrer qu'elle ne plaisantait pas. Qu'elle avait bien l'intention de tenir son engagement envers lui et que ce n'était pas des paroles en l'air cette fois.

Elle ne le blâmait pas de ne pas avoir confiance. Après tout, elle lui avait juré qu'elle l'aimait et qu'elle était prête à renoncer à un vrai prince, à son rêve de princesse, parce qu'elle voulait faire sa vie avec lui, qu'ils ne se quitteraient plus jamais, qu'ils finiraient leurs vies ensemble, avant de quitter la clinique comme une voleuse.

L'hélicoptère des Grimaldi avait atterri directement sur le toit de l'hôpital pour éviter les paparazzis. Elle était partie sans se retourner, sans même attendre que l'homme pour qui elle avait prié se réveille vraiment, sans lui expliquer quoi que ce soit.

Elle avait vécu sur le rocher des semaines interminables, refusant, elle aussi, de prendre ses coups de fil et de répondre à ses messages, qui lui déchiraient pourtant le cœur à chaque fois qu'elle les écoutait.

Avec comme seule source de renseignement au sujet de sa santé, Dan, qui jouait les agents secrets auprès de Nate et Lily, via Rufus. Elle avait pris le temps de faire le deuil de ce bébé qu'elle n'élèverait jamais, ni avec lui, ni avec un autre.

Elle était rentrée à Manhattan plus déterminée que jamais à l'éviter pour lui assurer la vie sauve. Et même lorsque le danger avait été écarté, après avoir épousé Louis malgré les supplications de Chuck, malgré les mises en garde de sa mère et de Serena…

Elle retroussa son nez en une moue de dégoût en pensant à son ex-meilleure amie. Comment avait-elle osé lui faire ça ? C'était sa faute si tout son monde s'était écroulé. Sans la publication de son journal sur GG, elle serait avec … Dan, à Rome, en ce moment.

Cette simple idée lui donna des sueurs froides. Mais peu importe, Serena n'avait pas à agir de la sorte. Elle n'avait peut-être pas volontairement dévoilé ses secrets mais c'était tout de même de sa faute.

Si elle avait commencé par lui dire qu'elle était GG, au lieu de tenter de semer le trouble entre elle et Dan et de lui répéter qu'elle était la seule à ne pas avoir évolué au cours de l'année passée parce qu'elle refusait de reconnaître qu'elle était toujours amoureuse de Chuck, tout ça aurait pu être évité.

S n'avait pas tort pour la seconde partie, soit. Mais pour le reste, elle avait été Princesse de Monaco… pendant quelques semaines au moins ! Puis ensuite elle… elle… elle avait laissé Dan Humphrey l'embrasser alors qu'elle tentait de le remettre avec sa meilleure amie.

Sa meilleure amie qui était amoureuse de ce type, qu'elle avait toujours trouvé insipide, depuis des lustres. Et Mon Dieu, c'était vrai, Daniel Humphrey était insipide.

Il était aussi droit que Chuck était pervers. Aussi ennuyant que Chuck était fun. Son esprit était aussi étriqué que celui de Chuck était ouvert. Aussi insensible aux problèmes de gens de l'UES, les gens comme elle, que Chuck n'en comprenait les tenants et les aboutissants. Aussi prompt à juger les autres que Chuck était enclin à accepter quasiment toute forme de leurs déviances. Il suffisait de lire « Inside » pour s'en rendre compte.

Comment avait-elle seulement pu s'identifier à Claire et se laisser bercer d'illusion par la perception erronée d'Humphrey, par le rôle de héros qu'il avait octroyé à son propre personnage ? Alors qu'il était si loin de la réalité, carrément à l'opposé même, de celui qu'elle aimait réellement.

Sans doute parce qu'il était son antithèse justement. Il représentait tout ce que Chuck n'était pas, tout ce qui ne pourrait jamais la blesser, ou la faire souffrir. Mais qui ne pourrait jamais la rendre vraiment heureuse non plus.

Peut-être qu'en fait elle aurait dû remercier S pour lui avoir ouvert les yeux, au lieu de la laisser construire une fausse relation où elle aurait fini par végéter et s'étioler jusqu'à s'éteindre complètement.

Au lieu de ça, elle avait dû faire face aux quolibets de GG, elle avait été obligée d'affronter son passé et de faire les choix qui s'imposaient pour redevenir la vraie Blair Waldorf, celle qui était une femme forte, qui avait le monde entier à conquérir, au lieu d'organiser des soirées lectures dans un loft minable de Brooklyn.

- Tu as l'intention de faire couper ce tissu pour en faire des vêtements ou bien tu vas le garder dans tes bras comme un objet sacré ?

Blair sortit de sa rêverie et fit face à Eléanor qui affichait un sourire malgré sa remarque acerbe.

- Laisse-moi deviner, s'exclama cette dernière. Vu la couleur que tu chéries depuis tout à l'heure, je crois que je peux nommer sans me tromper la personne qui occupait tes pensées.

- Tu te trompes justement, dit Blair en se redressant devant sa mère. Je pensais à Serena.

Ce n'était pas totalement un mensonge.

- Vraiment ? Alors pourquoi tes mains caressaient-elles le tissu lilas ? Et comment sais-tu que je ne parlais pas de Serena ?

Blair haleta, sans savoir quoi répondre.

- Je sais ce que Chuck représente pour toi, ma chérie, reprit Eléanor avec un regard entendu. Après tout, c'est moi qui suis allée le chercher le jour de ton mariage.

- Oui, il semblerait que Serena et toi saviez mieux que moi ce que mon cœur désirait vraiment, dommage que je ne vous ai pas écouté, soupira la jeune fille brune.

- Chuck t'aime, tu finiras par le récupérer, crois-moi. De plus, ne m'as-tu pas dit que tu savais ce que tu voulais et que tu avais bien l'intention de l'obtenir ?

- Si et je n'ai pas changé d'avis, mais je n'ai pas encore été en mesure de m'y atteler.

- Alors, qu'est-ce que tu attends au juste ? Passe un peu moins de temps à soupirer et un peu plus à agir.

- Inutile de te rappeler que la semaine de la mode parisienne est dans un peu plus d'une semaine et qu'il y a encore un millions de détails à régler. Sans compter que certains événements sont venus interférer dans mes plans.

- Je te rappelle que je suis toujours là ! Et si tu continues comme ça, je n'aurai bientôt plus rien à faire, à part mes esquisses. Il ne faudrait pas que le personnel pense que je suis trop vieille et que j'ai pris ma retraite avant l'heure, ce n'est pas encore pour tout de suite. Les femmes Waldorf sont des femmes d'action et ça ne s'applique pas seulement au travail, ma chérie. J'ai appris, un peu tard, qu'il n'y avait pas que ça d'important dans la vie.

- Tu as raison, d'ailleurs cette fois je vais suivre ton conseil à la lettre. Dès que j'aurai terminé avec l'inventaire des dernières livraisons, je prendrai quelques jours loin d'ici pour m'occuper de cet autre aspect de ma vie.

- Voilà ma fille ! Prend tout le temps dont tu as besoin. Tu as fait un travail formidable ici depuis ton arrivée et tout est presque prêt, sauf les aléas de dernière minutes comme toujours, mais je pense être encore en mesure de pouvoir le gérer.

Blair déposa un baiser sur la joue de sa mère et la serra dans ses bras.

- Merci maman, glissa-t-elle à l'oreille d'Eléanor.