À moi !

[Pré-tome 1] : Robert retourne en Artois pour la première fois depuis des années.

Se passe en 1314, avant l'affaire de la tour de Nesle.

Réponse au défi n° 37 de la Bibliothèques de Fiction : « Votre personnage revient dans un lieu où il a habité, dix ans après l'avoir quitté. Quels sont ses sentiments à la vue de tout ses souvenirs ? A vous de choisir. Vous devrez placer les mots "vert", "eau" et "silence". 100 mots minimum. »

Robert avait peut-être perdu son procès, mais il se le jurait, il n'avait pas perdu l'Artois pour autant.

Cela faisait cinq ans déjà, cinq longues années qu'il avait perdu son procès contre sa tante, contre Mahaut la perfide.

Mahaut la truie, comme il aimait souvent la nommer.

Mais elle ne l'emporterait pas au paradis, cela, il se le jurait.

Prenant une grande inspiration, il se mit soudain à sourire.

L'Artois.

Son pays, son monde, son univers.

À lui.

À moi !

Enfin il était revenu chez lui.

À la maison.

Après dix ans sans y avoir posé les pieds.

Il savoura pendant quelques secondes le silence qui avait pris place, silence seulement rompu par le bruit de l'eau de la rivière, qui était entourée par les verts pâturages de l'Artois.

« Mon seigneur, lui demanda Lormet avec une certaine inquiétude dans la voix, qu'il dissimulait mal, quand partons-nous ? »

Son serviteur paraissait clairement être effrayé, ce qui n'était pas courant, et Robert ne put s'empêcher de s'en amuser.

Il était de retour en Artois, enfin, et ce n'était pas maintenant qu'il allait en repartir.

Qu'on le laisse un tant soit peu profiter de ses terres, au moins pendant un petit moment !

Le jeune homme qui n'avait même pas encore trente ans éclata alors de rire.

« Qu'as-tu donc mon bon Lormet ? De quoi as-tu si peur au point que tu en trembles d'épouvante sans même pouvoir t'en empêcher ? Ce n'est pourtant pas dans tes habitudes. Sont-ce les agents de Mahaut qui t'effraient à ce point ? À ce sujet, tu n'as pas à t'en faire, même si j'ai perdu mon procès, que diable, je ne suis pas interdit de séjour en Artois, que je sache ! À moins, j'y pense, qu'on ne m'ait point prévenu... S'exclama-t-il avec théâtralité et avec une fausse candeur.

- Certes, mon seigneur, fit Lormet, essayant de sourire et de se rassurer en même temps. Certes, mais... Il n'empêche que je ne suis pas rassuré. Vous savez tout aussi bien que moi que nous ne sommes en aucun cas les bienvenus en Artois. Cet endroit, ces terres... Elles ne sont plus à vous. »

S'il n'avait pas cru risquer de provoquer le courroux du belliqueux jeune homme, il aurait très certainement ajouté qu'en réalité, l'Artois n'avait jamais été à lui.

Robert soupira.

« Tu as raison, Lormet, admit-il de mauvaise grâce. À cause des manigances de Mahaut la gueuse, qui a marié ses filles et nièces, ces putains, aux princes de France, elle a la voix du roi de son côté, et je ne peux rien faire contre elle... Pour l'instant, en tout cas.

Il regarda devant lui, les blés, l'herbe, son château, toute cette terre qui était sienne, qui aurait être sienne.

Le retour sur sa terre natale avait fait plus de mal que de bien sur son cœur meurtri, en fin de compte, et tout cela lui manquait, et sa haine contre Mahaut ne fit que grandir de plus belle.

Sa haine contre celle qui l'avait spolié de ses droits légitimes, sans avoir subi aucune conséquences quand à ce qu'elle avait fait, quant à son crime.

Il la ferait payer.

Oui, un jour, tout cela serait à lui.

- Mais, continua-t-il, crois-moi, Lormet. Un jour, je reviendrais ici, et ces terres, hé bien... Elles seront miennes. À nouveau. C' est ce qui doit être, et c'est ce qui sera. Je le jure !

- J'en suis sûr monsieur, l'approuva Lormet. J'en suis sûr. »

Cela ne changeait rien au fait que, pour l'instant, il n'en était rien.