VII. JOURNAL DE LA CONQUÉRANTE

Contrairement aux batailles précédentes, Gabrielle était la seule chose que j'avais à l'esprit, lorsque je lançais mon attaque contre l'ennemi. Mon objectif était de tuer autant d'hommes que possible, afin de réduire au maximum, le risque que l'un d'entre eux ne l'atteigne. C'était un objectif absurde, mais je ne pouvais pas faire autrement. Cela aidait, que les Amazones dans les arbres soient à la hauteur de mes attentes. Leurs tirs de flèche sur l'ennemi étaient précis, et exceptionnellement bénéfiques pour mes troupes au sol. Bien que l'aube soit à l'horizon, ils leurs étaient encore difficiles de repérer leurs positions dans les arbres. Quelques-unes se déplaçaient d'un arbre à l'autre, avançant à mesure que nous avancions.

Après que la majorité des avant-postes soient tombés, je regardai brièvement vers l'arrière pour voir Gabrielle. Elle était prête à recevoir un adversaire, mais elle avait une expression combinée de peur et d'horreur sur le visage. Pour la première fois, elle voyait ce dont j'étais entièrement capable de faire sur un champ de bataille. Je savais que de nombreuses questions m'attendaient, mais je ne pouvais pas m'étendre à cet instant. J'étais en mission pour arrêter Shaikheti...

… et garder Gabrielle en vie.

Les forces principales se rapprochèrent de nous en phalange (1). Ils se protégeaient avec des boucliers, mais ceux-ci étaient inutiles contre les Amazones, une fois qu'ils se trouvaient sous les arbres où elles étaient postées. Alors que certains des troupes ennemies tombaient au hasard sous les tirs du feu des ombres, le commandant du groupe cria l'ordre d'attaquer. Ils se mirent à courir vers nous. Mais comme aucun d'entre eux n'était armé d'arcs et de flèches, ils ne pouvaient rien faire contre les Amazones qui leurs tirer dessus. Leur seul espoir était de réussir à s'entremêler à mes troupes et que les Amazones risqueraient de nous tuer accidentellement.

Ce que l'ennemi ne savait pas, mais que moi, je savais, c'était que les Amazones étaient des tireuses d'élite. Une fois que leur cible sélectionnée était dans leur viseur, pratiquement rien ne pouvait s'interposer entre elles et leur cible. J'étais en train d'apprécier cette compétence quand je vis un soldat ennemi s'approcher de Gabrielle par derrière. Elle était en train de combattre un gros homme armé d'une large épée. Je ressentis un étrange sentiment de fierté à l'égard de ses capacités de combat, mais lorsqu'un autre soldat ennemi s'approchait d'elle, je tuai rapidement l'homme avec lequel que je me battais pour lever mon chakram et le lancer sur la tête de l'autre homme. Mais avant de pouvoir le lancer, une flèche jaillit d'un des arbres et frappa la poitrine de l'homme. Alors qu'il tombait raide mort, Gabrielle fut distraite par un mouvement et tourna légèrement la tête. L'homme qu'elle combattait y vit une opportunité pour la transpercer. Alors que je le vis soulever son épée‚ je me précipitais sur lui. Gabrielle fut surprise quand je donnais un coup pour éjecter l'épée de la main de l'homme, pris ensuite ma dague de botte pour la plonger dans sa gorge.

Je levai les yeux vers Gabrielle.

— Ça va ? demandai-je.

Son expression effrayée fut vite remplacée par une détermination perceptible.

— Je peux m'occuper de moi toute seule, répondit-elle. Mais... mais merci.

— Je sais que tu peux, répondis-je. Mais je m'inquiète toujours, pensais-je.

Au fur et à mesure que de nouveaux ennemis s'approchaient, Gabrielle se mit à les frapper de manière frénétique, au hasard. C'était comme si, en un instant, elle était devenue possédée. Moi‚ bien évidemment‚ je continuai mes massacres. Cela dura un certain temps avant de pouvoir évaluer complètement la situation. Faisant une pause dans mon carnage, je scrutai tout autour de moi, et parcourut toute la zone. Le nombre des troupes ennemies diminuait rapidement. Nos pertes semblaient minimes‚ grâce aux Amazones. Je mesurai, qu'il ne faudrait pas longtemps, avant que je ne mette en route la partie suivante de mon plan. Je regardai vers Bahri‚ qui retenait un homme contre un arbre et lui glissait son épée dans la poitrine.

— Bahri ! criai-je. Soyez prête !

— Oui‚ Conquérante ! répondit-elle en reportant son attention à sa dernière victime. Meurs‚ petit bâtard‚ je l'entendis dire au corps inerte.

Gabrielle l'entendit aussi.

— C'est la guerre, Gabrielle, fut tout ce que je pus lui dire, pour expliquer la joie impitoyable de Bahri, avant qu'il soit vraiment nécessaire pour moi de tuer encore plus de soldats ennemis.

Quelques instant plus tard‚ je criai à Bahri :

— Maintenant !

— Rejea nyuma ! s'écria-t-elle.

C'était l'ordre en bantu pour "retraite". Quand Hadiya, Charicleia et Gabrielle crièrent le même ordre, les Amazones commencèrent à descendre des arbres. Une fois sur la terre‚ elles commencèrent à courir vers les chevaux. Comme le lieutenant Agenta et mes troupes terrestres continuaient de se battre, j'attrapai le bras de Gabrielle.

— Vas avec les Amazones‚ Gabrielle‚ lui dis-je.

— Et toi ?

— Ne t'inquiète pas pour moi... vas-y.

— Non, Xena‚ dit-elle. Je reste avec toi.

— Nous n'avons pas le temps de discuter de ça maintenant ! insistai-je. Fais juste ce que je te dis et vas-y.

— S'il-te-plaît, Xena !

Je voulais l'envelopper dans mes bras et l'embrasser si fort, que mon cœur avait mal, mais je ne pouvais pas me permettre qu'un ennemi puisse survivre à cette bataille pour être témoin de ma seule faiblesse indélébile.

— Vas avec tes Sœurs‚ Gabrielle‚ suppliai-je. Fais-moi confiance.

A cet instant, Bahri saisit doucement le bras de Gabrielle.

— Allez viens, Gab.

Gabrielle me saisis la main et la garda un moment avant de battre en retraite avec Bahri. Je courus jusqu'à Agenta.

— Vous savez quoi faire‚ lui dis-je simplement avant de mettre en pratique ce que la grande Reine Cyane m'avait appris aussi, je grimpais aux arbres.

En accélérant droit devant, j'évitais ainsi de nombreux combats au sol, traînant en longueurs, je m'arrêtai finalement dans une zone où je pouvais clairement distinguer le camp de Shaikheti de mon poste, dans un grand pin. Son camp était dans le chaos. Les attaques inattendues de l'est et de l'ouest avaient apparemment provoqué un vent de panique. Je pouvais voir de ma position, que beaucoup d'hommes quittaient individuellement le camp. C'étaient des déserteurs, et la plupart portaient des sacs, probablement remplis de vêtements chauds ou de nourriture volés dans les cabanes d'approvisionnement. Il était évident que la baisse morale s'était beaucoup aggravée depuis notre première attaque, il y a une semaine.

Parfait, pensai-je en sautant de l'arbre pour me jeter sur l'un des déserteurs. Je lui craquai le cou, retirai le casque et le manteau scythe du corps et je les enfilai. Ensuite, j'inventoriai le sac du mort. Il avait volé deux sacs de grain, une casserole, une cuillère, du pain et des pièces de monnaies de Thrace. J'empochai les pièces et jetai la moitié du pain avant d'enterrer le sac dans la neige. J'avais également enterré les armes de l'homme ; Une arbalète et une épée. J'avais mes propres armes, alors je n'en avais pas besoin, mais j'avais l'intention de revenir les prendre plus tard. En hiver en particulier, il est absolument stupide de gaspiller de la nourriture ou de jeter des armes. Enfin, je laissai des marques distinctes de ma présence dans le périmètre. Je pris les fines bandes de tissu de couleur noire, que j'avais mis un peu plus tôt dans ma sacoche, et les attachai aux branches basses sur plusieurs arbres. Mes marques couvraient une zone qui s'étendait sur environ soixante pas sur un sentier menant jusqu'au camp ennemi.

Entièrement habillée comme l'ennemi‚ je pénétrai dans le bastion de Shaikheti.

-.-.-.-

Les ordres de Agenta, comme ceux de Glaphyra et de Diomedes, étaient de continuer à se battre jusqu'à ce que l'ennemi batte en retraite. Une fois cela fait, mes troupes devaient se retirer, mais pas complètement. Ils devaient continuer à encercler le périmètre extérieur, emprisonnant l'essentielles des troupes de Shaikheti, dans leur propre camp de guerre. Cela fait, les Amazones devaient recommencer à avancer, avec l'aide de Bahri, Hadiya et Charicleia, leurs yeux au sol, et moi, dans la zone où j'étais, je devrais descendre des arbres, dans mon déguisement et poserais mes premiers jalons. Ils devaient alors attendre mon signal en provenance du camp, ou mon retour vers eux.

J'avais ordonné à Bahri et à Agenta d'insister pour que Gabrielle reste avec les troupes de secours, plutôt que d'avancer avec les Amazones, j'espérais que Gabrielle ne braverait pas ces ordres.

Je me glissai dans le camp de Shaikheti à la nuit tombée, et me déplaçait à ma guise. Je commençai à faire un bilan mental de l'état du camp, des soldats et de leurs approvisionnements. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre les différentes diatribes des soldats Persans et des Scythes au sujet de la nourriture qui venait à manquer, et du faible armement. La plupart des hommes étaient maigres, trop maigres, suggérant que leurs aliments n'avaient pas été correctement rationnés en raison de la mission dans laquelle ils s'étaient engageaient. Certains hommes avaient des signes visibles de gelures non soignées. D'autres avaient d'étranges rougeur sur leur peau. Je cherchais une sorte de tente de soins, mais je n'en trouvais qu'une où des soldats malades allaient fumer des pipes, boire de la bière ou inhaler des fumées d'un feu crépitant. Je reconnus immédiatement l'odeur émanant de la tente et soupçonnai que de l'opium écrasé avait été mis dans les tuyaux, dans les boissons, ainsi que dans le feu.

Borias m'avait fait découvrir l'opium quand nous étions partis nous battre à Pontes, il y a quelques années. La plante poussait en abondance là-bas, j'écrasai le pavot, le mettait dans une pipe pour la fumer à l'occasion. J'appréciai la chose parce que cela me détendait et me faisait baiser plus agréablement. Mais peu de temps après, que nous nous soyons partis en Chin. Après m'être lier d'amitié avec Lao Ma, elle m'informa que si je ne cessais pas de fumer l'opium, je deviendrais dépendante même pour faire une simple chose. Je ne l'avais pas crue‚ alors elle me défia d'arrêter de fumer cela, pendant une semaine. Je ne fumais ce truc quotidiennement et j'étais convaincu qu'elle réagissait de façon excessive. Cependant, je me mis à avoir des frissons et des nausées, après seulement quatre jours. J'étais tellement convaincue de son danger que je jure, ne jamais avoir touché à cette chose.

Je poursuivis mon enquête jusqu'à ce que je tombe sur ce que je pensai être la tente de Shaikheti. Elle était grande‚ très orné et avait des gardes armées, l'air en bonne santé qui protégeaient l'entrée. Ses hommes sont en train de mourir et il est probablement là, assis sur son cul, aussi gros qu'un porc, pensai-je, alors que j'étais accroupie à côté d'un baril, et réfléchissais à mon prochain mouvement. J'avais plusieurs options. Je pouvais tout simplement aller vers les deux gardes, les tuer, et entrer dans la tente. Cela, bien sûr, susciterait beaucoup trop d'attention, ce que je ne voulais pas encore. Je pouvais entrer discrètement dans la tente par l'arrière et tuer la protection que Shaikheti avait là avec lui. Ou, je pouvais trouver un endroit pour me reposer et m'occuper de Shaikheti demain matin.

Je choisis de m'occuper de lui, demain matin.

De la même façon que je m'étais glissée discrètement dans le camp‚ je m'éclipsai tout aussi facilement. Au lieu de retourner vers l'endroit où Agenta, et les Amazones se trouvaient, je me dirigeais vers le nord. Le périmètre était rocheux et vallonné, et je l'escaladai, pour aller m'enfouir sous deux couches de vêtements lourds qui me donneraient la chaleur temporaire nécessaire dont j'avais besoin. J'écoutai le bruit de la guerre au loin. Ce que j'entendis, suggérait que les troupes de Diomède s'étaient retirées de l'est et que Glaphyra, tout en s'engageant contre l'ennemi, avait probablement ordonné, à certaines de ses troupes, une position de repli. Quand je contournai le camp de Shaikheti, le nombre d'hommes que j'avais remarqué qui revenait après leurs retraites respectives, confirmait mes soupçons.

Je trouvai un fossé dans la colline qui ferait un parfait endroit pour passer la nuit. Je passai la moitié de la nuit à ramasser des petites branches pour me faire un abri, l'effort servant également à me tenir au chaud. J'allumai ensuite un petit feu. Le fossé était assez profond, pour que la fumée du feu ne soit pas vu par le camp ennemi en-dessous, au milieu de la nuit. Une fois mon travail achevé, je me recroquevillai dans mon petit abri et m'endormis.

Je rêvai de Gabrielle et de moi. Nous étions dans un lit étrange dans une chambre d'aspect très inhabituel. Le lit était petit et la chambre avait des dizaines de bougies allumées et d'autres étranges objets étincelants. Des tapisseries bizarres étaient accrochées aux murs et quelque part à l'intérieur de la pièce, on pouvait entendre de la musique étrange, bien qu'il n'y ait pas de musiciens présents. C'était comme si elle et moi étions à des endroits différents et à des moments différents, mais que c'était vraiment Gabrielle qui était avec moi dans ce lit. Elle était couchée au-dessus de moi et me sucer les tétons avant de porter ses lèvres sur les miennes. Nous nous mîmes à faire l'amour.

Mon corps tout entier se mit à trembler en sentant son sexe palpitait contre le mien. Je la tenais par l'arrière de ses cuisses, et laissai échapper un profond gémissement guttural quand je sentis la chaleur de son humidité et de sa passion. Quand nous fîmes l'amour‚ le lit grinçait mystérieusement au rythme de nos corps. Gabrielle rompit alors le baiser‚ dirigea sa langue savoureuse sur mes lèvres puis me regarda avec ces yeux vert bleu.

— Je jouis‚ ma Princesse Guerrière‚ dit-elle. Je jouis.

À cet instant, l'orgasme la traversa dans le rêve et moi dans la réalité. Je me réveillai avec une agréable douleur de mon sexe palpitant. Le petit feu que j'avais allumé la nuit précédente s'était éteint, mais je transpirais comme si j'avais passé plusieurs marques de chandelle dans une yourte à vapeur Amazone.

Mon sommeil avait apparemment été excellent, car l'aube était déjà levée et le soleil d'hiver étincelant m'éblouissait. Je me levai pour vérifier mes alentours‚ mais pas avant de me ressaisir et de me débarrasser des dernières secousses de ce rêve mystérieux et incroyable.

Le camp ennemi en-dessous avait l'air pire que la nuit précédente. Des hommes ébouriffés‚ fatigués et affamés erraient sans but dans le camp. Des luttes éclataient. Les tentatives des officiers pour constituer des pelotons s'avéraient vaines. Je regardai ensuite vers le nord et je vis ce que j'attendais pour descendre de la colline.

Je rassemblais mes marques‚ je sortis l'autre moitié de pain que j'avais pris au déserteur que j'avais tué et le mangeais avant de descendre de la colline pour pénétrer dans le camp ennemi. Il était temps pour moi de rendre cette visite tant attendue, à Shaikheti.

J'entrai dans sa tente de commandement de la façon dont j'étais entrée dans la yourte royale de Gabrielle, l'été dernier. J'utilisai mon chakram pour découper légèrement une ouverture à l'arrière de la tente. Il était beaucoup plus facile que de passer par l'arrière de la tente, car une grande partie, était recouvert d'une couche de neige. Quand je glissai ma tête à l'intérieur‚ un garde était juste là pour m'accueillir. Je tendis ma main‚ et le saisis par le cou‚ je le projetai. J'entrai dans la tente juste à temps pour charger les deux autres gardes, j'agitai mon chakram devant moi et leur coupai la gorge à tous les deux. Quand ils tombèrent‚ le premier garde que j'avais repoussé, s'était relevée et arrivait sur moi. Je lui fendis la gorge aussi.

Shaikheti, qui était assis quand j'entrai, bondit sur ses pieds et se jeta sur son épée.

— Gardes ! hurla-t-il pour appeler les deux hommes à l'extérieur. Gardes !

Ils entrèrent et virent brièvement leurs compagnons au sol avant de charger vers moi. Je donnai un coup de pied dans la gorge de l'un, l'envoyant au sol, haletant. J'éjectai le sabre de la main de l'autre, avant dégainer mon épée et de le transpercer. Alors que le garde survivant grognait au sol‚ je me dirigeai vers les deux putes nues qui criaient sans discontinuer depuis mon intrusion, et pointant mon épée ensanglantée, je leur dis, dans leur langue natale Perse, un « sortez ! ». Saisissant tout ce qui pourrait leur servir de vêtements‚ les deux femmes sortirent aussi vite que des lapins en fuite.

Je levai les yeux sur Shaikheti. Il se tenait là, serrant fermement son épée avec les deux mains, et tremblant comme une feuille. Je rengainai mon épée, puis enlevai avec assurance le casque qui dissimulait mon identité.

— Xe-na... murmura-t-il.

— Tu es surpris, Shaikheti ?

— Comment as-tu… ?

— Oh, j'ai surveillé ton camp pendant un moment, plaisantai-je en croisant les bras. J'ai pu ainsi observé que l'opium semblait être la substance toxique de prédilection par ici.

Il tenait toujours son épée en position d'attaque.

— Reposes ton épée, Shaikheti, lui dis-je. tu sais très bien que tu n'as aucune chance contre moi.

Il laissa tomber son épée.

— Alors, tu vas me tuer ? demanda-t-il.

— Si je voulais le faire‚ tu serais déjà mort‚ répondis-je. Non, Shaikheti, j'ai de meilleurs plans pour toi. Je me dirigeai vers lui, passa mon bras autour de ses épaules, et le guida vers les coussins au sol qui lui avaient apparemment servi de centre de plaisir avec les putes.

— Assieds-toi, dis-je.

Il resta debout, abasourdi.

— J'ai dit assis !

Alors que Shaikheti s'assit sur les coussins, je me dirigeai vers le garde que j'avais frappé.

— Voyons voir comment il va, dis-je en retournant le garde sur le dos. Ses yeux étaient ouverts et sa langue dépassait, mais il était sans vie.

— Ooh, pas très bien, on dirait.

Je revins vers Shaikheti et me postai devant lui en repliant mes bras.

— Pourquoi attaquer les Germains, Shaikheti ? voulus-je savoir. Pourquoi maintenant ?

— Quelle réponse me sauvera ma vie, Destructrice des Nations ? me répondit-il.

A cet instant, je voulais vraiment le tuer. Il y avait eu des moments où j'avais apprécié l'opportunité de la bataille, le défi de la campagne. Mais mes priorités avaient radicalement changé. Je voulais mettre fin à sa vie misérable pour m'avoir forcé à quitter le confort de mon pays et les bras amoureux de ma Gabrielle, de m'avoir obligé à la protéger par des centaines de mes meilleurs combattants, d'avoir mis en danger beaucoup de mes plus proches amis, et oui, d'avoir perturbé et menacé la vie de centaines d'innocents villageois Germains. Tout cela pour probablement nulle autre raison que de se faire un nom dans les annales de l'histoire.

J'avais fait ce que Shaikheti voulait faire sans relâche. J'avais réussi ça. Mais pour la première fois de ma vie, alors que je revoyais l'expression sur le visage de Gabrielle sur le champ de bataille la veille, je venais de comprendre combien j'avais dû payer pour accéder à mon pouvoir.

— Je ne vais pas te tuer‚ Shaikheti‚ lui dis-je. Je n'ai pas besoin de cette gloire.

Un sourire de soulagement apparut sur son visage sans charme.

— Ne te réjouis pas encore‚ ajoutai-je.

Les bruits croissants de soldats paniqués arrivèrent précisément au bon moment. Au même moment‚ une voix à l'extérieur de l'entrée de tente dit :

— Seigneur Shaikheti‚ dit la voix‚ un tas de chiens sauvages descendent des collines du nord.

— Chiens sauvages ? répéta Shaikheti en me regardant.

— Oui, votre Grandeur‚ répondit la voix.

Je pouvais à peine contenir mon rire au titre honorifique absurde, alors que je saisis Shaikheti par le col de sa robe ornée et le tirai sur ses pieds.

— Allons jeter un coup d'œil‚ dis-je.

Nous sortîmes de la tente et nous nous dirigeâmes vers l'endroit où nous pourrions voir l'horizon nord. Il y avait une meute de chiens descendant des collines rocheuses. Certains s'arrêtèrent et se mirent à hurler. D'autres continuèrent leur descente.

Je regardai Shaikheti. Il me rappelait, le lâche Chef de guerre Cortese ; Propre, bien nourri, délicatement vêtu, avec des gardes du corps et des esclaves, tandis que les hommes autour de lui étaient sales, mornes, fatigués.

— Ceux ne sont pas des chiens sauvages‚ n'est-ce pas‚ Shaikheti ? dis-je‚ parce que aussi bien, lui que moi, connaissions la réponse.

— Ce sont des chiens de berger‚ rétorqua-t-il. Des Bergers Germains.

— Des éclaireurs, continuai-je. Qui arrive derrière eux ?

Shaikheti soupira et regarda vers le ciel.

— Les Goths, murmura-t-il en se rendant compte qu'il était vraiment vaincu.

Quelques instants plus tard, des centaines de guerriers apparurent au sommet de la colline.

— Regarde-les, dis-je à Shaikheti. Regarde l'homme qui les mène, celui habillé en orange et noir. C'est le seul vrai "Grand".

— Le Seigneur Orocovis‚ admit Shaikheti.

Je le saisis par le col avec les deux mains, le regardai droit dans les yeux et continuai :

— Tu as deux options actuellement. Tu peux combattre Orocovis et les Goths jusqu'à la mort, ou tu peux épargner la vie de ce qui te reste d'hommes et te rendre. Orocovis et moi sommes alliés avec tous les clans Germains de la région. Ce camp est complètement encerclé. Pour une fois, comportes-toi en homme et fais le bon choix.

Je le relâchai.

— Leur sort est dans tes mains maintenant, terminai-je en me retournant pour m'éloigner.

J'entendis dans mon dos, les mots :

— C'est la Conquérante. Tuez-la !

Mauvaise option‚ pensai-je quand je dégainai mon épée et me préparai à me battre pour faire mon chemin loin de ce camp de guerre‚ mais pas sans avoir envoyé mon signal au Seigneur Orocovis‚ Palaemon‚ Stanislas et le chef des Goths en haut sur cette colline.

— Alalalalalalalalalalala !

Orocovis leva son épée et un énorme cri de guerre de centaines d'hommes Goths éclata alors qu'ils se mirent à dévaler la colline, avec impatience. Après ce premier cri de guerre, arriva celui des troupes de Glaphyra à l'ouest et celui des troupes de Diomedes à l'est. Agenta et ses troupes‚ par mes ordres‚ avaient rapidement pris leur position de repli. Il était temps pour moi de rejoindre les Amazones.

-.-.-.-

Je revins là où j'avais enterré les grains. Les Amazones avaient avancé et s'étaient postées là, dans les arbres. Bahri, Charicleia et Hadiya se relaxaient au sol. Gabrielle était avec elles. Quand elles me virent, les trois gardes bondirent sur leurs pieds. Charicleia laissa tomber les noix qu'elle était en train de manger. Gabrielle se leva aussi, mais elle courut vers moi et jeta ses bras autour de ma taille.

— Mon Seigneur, commença Bahri, laissez-moi vous expliquer...

— Pas besoin, Sergent, dis-je alors en rendant à Gabrielle, la merveilleuse et chaleureuse étreinte. Je savais que Gabrielle ne suivrait pas les ordres et resterait avec les troupes d'Agenta.

— Tu me connais si bien, Ma Princesse Guerrière, plaisanta-t-elle.

Les deux derniers mots me ramenèrent temporairement à ce rêve divin. Je nous guidais toutes les deux vers un arbre et nous nous laissâmes tomber à côté. Elle se remit à dévorer les noix qu'elle était en train de manger elle aussi.

— Vous trois, asseyez-vous‚ dis-je aux autres.

— Tu vas bien, Xena ? demanda Gabrielle.

— Juste un peu fatiguée, répondis-je.

En fait, j'étais épuisée. Gabrielle me mit des noix sous le menton.

— Tu en veux‚ demanda-t-elle. Nous en avons encore plein parce que cette idiote de Bahri n'en veut pas.

— Je déteste les noix, s'exclama Bahri en récupérant sa confortable place au sol.

Gabrielle toucha ma poche d'eau.

— La tienne est vide, Xena, observa-t-elle. Bois de l'eau dans la mienne.

Après avoir bu l'eau, je scrutai mon amour. Elle faisait, bien évidemment, de grands efforts pour ne pas remarquer les taches de sang sur mon manteau en laine et celles qui tachaient mes mains. J'avais très envie tenir les siennes, mais je détestais la toucher quand j'avais du sang sur moi. J'avais l'impression, d'une certaine façon, de la souiller.

— Tu es magnifique, Gabrielle, dis-je doucement.

— Tu m'as manquée, Xena, répondit-elle.

— Tu m'as manquée aussi.

-.-.-.-

Nous attendîmes pendant un certain temps, dans le calme de la forêt. Toutes les Amazones qui se trouvaient dans les arbres à proximité de nous, se détendirent. Je soupçonnais même que certaines avaient dû faire un somme. Hadiya s'appuya contre un arbre et se mit à fredonner une chanson Parisii. Bahri et Charicleia piquèrent une sieste dans un enlacement affectueux, pendant que Gabrielle m'inondait de questions à propos de ce qui s'était passé, après l'avoir quittée le jour précédent.

Je lui racontai le reste de mon plan de bataille. Je lui racontai comment j'avais pénétré le camp de guerre ennemi pour voir les conditions de vie et comment j'étais revenue pour affronter Shaikheti. Je lui racontai que je ne m'étais pas attendue à ce qu'il se rende. Se rendre aurait été la solution la plus intelligente, surtout après l'avoir assuré que je ne le tuerais pas. Mais Shaikheti n'était pas intelligent. Je savais qu'il pensait que s'il réussissait à me faire tuer, il pourrait, en quelque sorte, déstabiliser le Seigneur Orocovis et mes forces de combat. Je racontai également à Gabrielle que les troupes d'Agenta, avec l'aide de mes autres troupes et celles des Goths, devaient empêcher les soldats ennemis de s'échapper du siège du camp de guerre de Shaikheti.

— Combien de temps allons-nous attendre ici, Xena ? demanda-t-elle après l'avoir complètement mise au courant de mon plan.

— Une fois que le camp de guerre sera complètement encerclé par nos troupes et nos alliés, le Commandant Palaemon doit se présenter au rapport, ici.

— Il saura comment venir directement jusqu'ici ?

— Il saura arriver jusqu'au sud du camp, répondis-je. Ces marques que vous avez trouvées sont les premiers des nombreux que j'ai laissées derrière moi. Ils étaient pour lui aussi. Les Amazones me diront quand il sera en vue.

— Je croyais qu'elles étaient remontées aux arbres pour les empêcher de s'évader ?

— Pour ça aussi.

Quelques instants plus tard, l'Amazone Amarice, parla à voix basse, de sa position dans un arbre.

— Il y a quelqu'un qui arrive.

— Combien ? demandai-je.

— Juste un‚ Conquérante‚ répondit-elle.

Je me levais.

— Est-ce un officier de mon armée ?

— Je ne le crois pas, Conquérante, dit-elle. Il n'est pas habillé comme un guerrier que j'ai déjà vu avant.

Je grimpai dans le même arbre et je me postai juste sous Amarice.

— C'est Shaikheti, dis-je.

Amarice leva son arc pour tirer sur lui.

— Non, lui dis-je en regardant Hadiya, Bahri, Charicleia et Gabrielle, qui étaient toutes debout et attentives.

— Hapana, hapana ! cria Gabrielle à ses sœurs, le commandement « non ».

Je me souvins alors de la considération que mon amour avait légitimement gagnée auprès de sa Nation. Shaikheti courait comme si des chiens de bergers étaient à sa poursuite. Quand il fut pratiquement en-dessous de nous, je lui parlai.

— Shaikheti... lui dis-je d'un ton désinvolte. Où penses-tu aller ?

Il s'arrêta et se mit à regarder autour de lui, jusqu'à ce que ses yeux tombent sur les quatre femmes. Hadiya et Charicleia sortirent leurs épées. Bahri tira son arbalète. Gabrielle tint son bâton en position d'attaque.

— Regardes autour de toi, Shaikheti, dis-je.

Ce qu'il fit et commença à voir des Amazones perchées sur leurs arbres respectifs en le visant de leurs flèches.

— Pourquoi ne suis-je pas surprise de te trouver là, en train de fuir ta propre armée, et tes propres responsabilités, comme un ver de terre ? plaisantais-je. Je savais que tu ne resterais pas et que tu n'en découdrais pas avec le fort et viril Orocovis, qui est infiniment plus intelligent que toi.

— Parlons-en, Conquérante‚ dit-il en se mettant à se déplacer lentement‚ et plus particulièrement vers Gabrielle.

Sa proximité croissante avec elle, me rendait de plus en plus nerveuse, mais la dernière chose dont je voulais qu'il découvre, était qu'elle était ma consort.

— Je ne suis pas surpris que tu obtiennes l'aide d'Oiorpata‚ mais peut-être tes "guerriers"… ici sur le sol ne veulent plus verser de sang‚ ajouta-t-il.

Juste à cet instant, son bras se leva pour montrer qu'il tenait une petite épée. Il bondit vers Gabrielle. Bien qu'elle donnait l'impression d'être prête pour lui, je sautai de l'arbre pour la protéger. Cependant, quand mes pieds touchèrent le sol, je regardai vers le bas et vis Shaikheti sur le sol enneigé, face contre terre et plusieurs flèches dans le dos. Je m'agenouillais près de lui et le tournai sur le côté. Étonnamment, Il était toujours vivant.

— Elle est… tienne… n'est-ce… pas ? chuchota-t-il.

— C'est une Princesse Amazone‚ annonçai-je.

— Je savais… ça aussi‚ dit-il, alors que ses yeux se levaient sur Gabrielle‚ qui s'agenouillait à côté de moi.

Il lui sourit.

— J'ai été épargné par Xena… grâce à toi‚ lui dit-il.

Il me regarda.

— Ga… bri… elle… la Conquérante… de la Conquérante.

Sur ces derniers mots‚ Shaikheti, le Seigneur de la guerre Scythe mourut.

Je regardai Gabrielle.

— Il est mort à cause de moi, dit-elle.

Je posai ma main sur son épaule.

— Non, mon cœur, la rassurai-je. Il est mort parce qu'il ne voulait pas faire l'objet d'un procès. Il a scellé son propre sort, de la façon dont il le voulait. C'était sa façon de mettre fin à sa vie.

Un instant plus tard, un groupe de mes guerriers, dirigeaient par Palaemon, coururent vers nous.

— Mon Seigneur, dit-il. L'ennemi a été neutralisé.

Stanislas qui se trouvait dans le groupe, courut immédiatement pour enlacer amoureusement et embrasser son amante, Hadiya.

Je me relevai.

— Des survivants ?

— Oui, Majesté, dit-il. Quand il s'est enfui, ils n'ont pas tardé à se rendre.

— Retournez au camp, dis-je. Envoyez des hommes donner l'ordre au commandant Glaphyra et au lieutenant Diomedes de retourner au camp. Je vais rassembler le lieutenant Agenta et ses troupes sur notre chemin de retour. Lord Orocovis s'occupera de tout dans le camp ennemi.

— Et lui‚ Conquérante ? demanda Palaemon en faisant référence à Shaikheti.

— Nous ramenons le corps au camp‚ dis-je.

— Par votre volonté, Conquérante, fit Palaemon en saluant.

Hadiya, Bahri et Charicleia rappelèrent les Amazones dans les arbres :

— Enda, enda ! Qui était la commande pour "venir".

Presque de concert, elles sautèrent en bas des arbres. J'aidai Palaemon‚ Charicleia et la solide Escritt à transporter le corps de Shaikheti jusqu'à notre camp.

Quand nous arrivâmes, les victorieuses Amazones prirent le corps de notre ennemi et le placèrent sur la place centrale de notre camp. Quand toutes les troupes‚ Orocovis et son armée et les Germains arrivèrent‚ une énorme célébration s'ensuivit. Cependant, la première chose que je voulais faire, était de prendre des nouvelles de Seumius. Avec Gabrielle à mes côtés, nous nous dirigeâmes vers la tente hôpital. Quand nous entrâmes, je tombai bouche bée.

— Commandant Marius ! m'écriai-je.

— Salutations, Conquérante, dit-il.

Il se tenait à côté de Seumius, qui était assis sur sa couchette d'hôpital et avait l'air d'aller grandement mieux.

— Qu'est-ce qui vous amène ?

— Un problème à Rome qui a besoin de votre attention‚ Majesté.

— Merde! ! m'exclamai-je. Nous venons juste de gagner ici, et je ne peux toujours pas rentrer à Corinthe ? Qu'est-ce qui se passe maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec Proconsul Octavius ?

— Non, mon Seigneur‚ répondit Marius.

— Quoi alors ? demandai-je. Quel est le problème ?

— Dans son ensemble‚ les gladiateurs‚ mon Seigneur‚ déclara Marius. Et plus particulièrement‚ ma femme.

Gabrielle et moi, nous nous regardâmes et nous soupirâmes :

— Callisto, nous dîmes en cœur.


1 . Formation de combat employée par les hoplites. Synonyme : troupe. Une phalange est une formation militaire rectangulaire, généralement composée d'infanterie lourde. La célèbre « phalange », rapidement assimilée aux hoplites grecs, fut en réalité développée par les Sumériens dès 2500 av. J.-C., mais ce sont effectivement les Grecs qui firent sa renommée.