Daeamon, merci pour cette nouvelle review. On doit fréquenter les mêmes crèmeries, j'ai en effet vu ce fanart et je dois avouer qu'il m'est revenu en tête quand je me suis posé la question à savoir quel prénom donner à Mace. Le fait que ce Mace te plaise me soulage, il est facile de fait du OOC avec ce gars car on sait quasiment rien de lui à part que c'est un sanguin xD Pour le canarnivore, je peux pas m'empêcher de balancer quelques conneries comme ça au milieu des histoires sérieuses que j'écris juste pour une tranche de rire gratuite ^^. En espérant que ça continue de te plaire !


Another Earth

7


Il fait beau et chaud, il se sent paisible comme jamais il ne l'a été, il ne se souvient de rien avant de prendre conscience dans cette atmosphère nourricière. La lumière qui l'éblouit en premier lieu se fait diffuse et savoureuse, comme ces aubes fraîches de printemps qu'il avait presque oublié avec les successions d'années de froid et de neige. Il se sent bien, un sentiment de sécurité plane autour de lui, alors qu'il n'en est pas coutumier, malgré cela, il se refuse de bouger et apprécie la sensation de flottement dont il est victime. Une voix enchanteresse chantonne une mélodie dont il ne sait rien, c'est un peu comme le chant d'une baleine ou d'un dauphin et c'est d'ailleurs amusant car son esprit imagine déjà une sirène aux cheveux blonds comme l'or se tenir à ses côtés et chanter rien que pour lui. Pourtant, il a beau regarder de droite et de gauche, il ne voit rien à part cette lumière surprenante. La lumière est hypnotique et lorsqu'il plonge son regard bleu dedans, il se perd en contemplation adoratrice voyant dans les rayons scintillants la trace d'une quelconque déité surpuissante, car ce n'est pas une sirène qui chante pour lui, mais bel et bien cette sphère luminescente…
Il ne peut qu'être sans voix devant ce spectacle, car il croit discerner un œil le toiser au milieu de ce halo de chaleur, mais celui-ci n'a rien d'humain, la pupille noire ouverte sur l'espace infini est comme celle d'un chat et l'iris n'est que matière mouvante en fusion qui rougeoie lorsqu'il le transperce de son regard attentif. Normalement, il devrait ressentir de l'inconfort, peut-être même un peu de peur, mais il reste serein attendant quelque chose de cette présence inhumaine mais qui semble ne pas vouloir lui faire du mal.

« Mai…on… »

La voix est un ressac, il a bien connu le phénomène car la mer est la seul chose qui a su le détendre, jadis. Les vagues se fracassant sur les rochers, faisant crier les filles et fuir les enfants. L'eau a toujours été un sujet de passion et en reconsidérant sa vie, il se demande pourquoi il n'a pas été dans les marins plutôt que dans l'armée de terre. Vivre sur l'eau c'était un peu comme vivre dans l'espace, le silence absolu, se retrouver seul avec soi-même, avec ses démons comme avec ses plus beaux souvenirs. Vivre sur l'eau aurait été un paradis, mais le monde qu'il avait connu n'avait pas été fait pour rester contemplatif devant la mer en chantonnant des airs de marins.

« Tu doi… re…ourner… mai…on… »

Le ressac est entêtant comme une litanie merveilleuse qui remplit son être d'un flot d'émotions aussi vives les unes que les autres. C'est comme se sentir bouillonnant de vie pendant quelques secondes et puis sentir ce flot merveilleux s'estomper dans le silence. Ce manque devenait angoissant durant une fraction de seconde, le temps que le ressac fasse son œuvre et qu'il ramène à lui ces merveilles inouïes. Son cœur s'emballe alors et ça devient une drogue exaltante qui attaque son être tout entier.

« Il… tend… apa… esoin… toi… »

Comment arrive-t-il à entendre cette formidable mélodie alors que l'œil le défie et lui parle, n'est-ce pas cette présence divine qui chante pour lui ? Cette question rompt le charme car tout à coup l'œil de lumière s'éloigne de lui, le jetant dans les ténèbres où il dégringole. C'est bien en peine qu'il comprend ce qui lui arrive lorsque son corps entier tressaute et qu'il ouvre les yeux.
Il fait tout juste chaud, quelque chose lui pique légèrement les yeux et c'est après avoir bougé la tête qu'il se rend compte qu'il se trouve enfermé dans une sorte de caisson rempli d'un liquide bleuté. Sa première réaction est bien entendu de s'empêcher de respirer car il ne porte aucun masque, ni tuyau ; ce qui est étrange, c'est que ses poumons ne sont pas en feux et n'essayent pas de se purger de ce curieux liquide. Sa main dans un geste réflexe de simple survie s'appose sur la matière incolore du caisson comme pour la repousser et peut-être l'ouvrir, mais rien n'y fait. Cependant à quelques pas de lui, il distingue une forme humaine réagir à son réveil et s'approcher du caisson dont il est prisonnier. Une main se pose de l'autre côté de la vitre, à l'endroit même où la sienne se tient, le liquide est assez trouble pour qu'il ait du mal à voir le visage de la personne jusqu'à ce qu'elle soit en face du tube. C'est une femme, elle lui sourit et après avoir appuyé sur un bouton le liquide trouble devient cristallin comme de l'eau claire, il peut enfin discerner son visage avec précision. Elle semble lui indiquer qu'il devra rester dans ce tube cinq minutes de plus…
Qui est-elle ? La question est entêtante, elle lui sourit doucereusement comme s'ils se connaissaient depuis longtemps, ses cheveux blonds tombent en cascade le long de ses frêles épaules, ses yeux bleus ont la couleur du ciel avec une touche de vert feuille, sa peau blanche comme l'écume lui semble fraiche comme un matin emmitouflé de rosée et ses lèvres charnues ont l'aspect d'un bouton de rose à peine éclos. Jamais ô grand jamais il n'a vu plus belle femme que celle-là. Est-il possible que ce soit elle qui avait chanté pour lui, afin qu'il retrouve le chemin le ramenant parmi les vivants ? Il est donc fort à parier que ce qu'il avait vu était un songe, mais il détenait quelque chose de troublant car à présent les mots de l'œil de feu l'obsèdent. Retourner à la maison… où quelqu'un l'attendait. Qui ça ? Observant la femme qui maintenant examine un écran tactile transparent, il a un aperçu de ses fonctions vitales et elles semblent parfaites. Ce qui l'interpelle, est le nom du protocole qui prend en charge son suivi médical : Endymion. A l'époque où ils avaient quitté la terre, un biologiste dont il a oublié le nom avait défrayé la chronique en affirmant pouvoir endormir les gens le temps qu'ils trouvent un moyen de sauver ou créer un nouveau soleil. Il avait même poussé le bouchon en disant qu'il pouvait réveiller les morts à la seule condition que le cerveau ait cessé de fonctionner moins de vingt-quatre heures. Après trois années de recherches son travail fut discrédité puis jeté aux orties, mais il semble que son œuvre a survécu jusqu'à aujourd'hui...

- Vous allez incliner la tête pour dire oui ou non, d'accord ? »

Il fait un rapide mouvement de la tête acquiesçant à la requête de la femme car il veut sortir au plus vite de ce qui ressemble un peu trop à son gout aux capsules funéraires. Vu l'habillement de son interlocutrice, il en déduit qu'elle est médecin ou quelque chose de ce genre et par conséquent qu'elle sait ce qu'elle fait.

- Vous souvenez-vous de quelque chose avant l'instant présent. »

En fait, c'est confus, abstrait, il se souvient de son rêve, d'un truc qui l'emmerdait mais qu'il ne pouvait qu'aimer, d'un cri, de son nom hurlé par quelqu'un… Il se remémore la chaleur d'un corps, de grands yeux bleus qui le toisent avec intérêt, parfois tristement, d'une chevelure noire et abondante dans laquelle sa main glisse… Il se souvient de son enfance, du soleil malade, de la mission d'Icarus, de sa mort… Non, il était revenu sur terre… Comment ? Icarus 2 avait été saboté, alors comment était-il revenu ?

- Il est normal que ça soit un peu confus, vos souvenirs reviendront bientôt. Je m'appelle Sam, vous êtes en sécurité dans les sous-sols de la base de Fort Benning, Lieutenant Mace. »

Mace… oui, c'était son nom, Robert Mace. Fronçant les sourcils il observe la femme prendre des notes. Peut-être vient-il de revenir sur terre, peut-être que ça fait partie du protocole de réhabilitation des astronautes. Possible ? Plus il essaye de se souvenirs, plus ses pensées se font floues, mais la voix qui l'appelle continue d'officier son œuvre au point qu'il grogne en se tenant le crâne.

- Vous avez mal ? Votre cortex cérébral indique que votre mémoire essaye de se réinitialiser. Ne luttez pas ça n'en sera que plus douloureux. »

Réinitialiser ? Ça ne fait pas un peu robotique ? Mace fronce les sourcils, en bougeant son torse dans le liquide manifestement médicale, il se rend compte qu'un tuyau plonge à la base de sa nuque et correspond visiblement avec sa moelle épinière. Il peut facilement imaginer le tableau et ça l'horrifie car il ignore ce qu'on lui fait. Alerté le militaire frappe du poing sur la paroi transparente jusqu'à ce que le pseudo toubib dont il ne sait rien s'inquiète du branchement et ne vienne le sortir de là.
Lorsque le tube s'ouvre, il a du mal à respirer, le temps d'expulser le liquide de ses poumons est un mauvais quart d'heure à passer, écroulé sur le sol du labo, Mace repousse la femme qui essaye de l'aider à se relever.

- Retirez-moi ça immédiatement ! »
- Vous mourrez si je le fais… Je ne sais pas si vous vous rendez compte d'où vous revenez… C'est n'est pas un miracle c'est de la micro biotechnologie… Sans ce tube, votre cerveau s'arrêtera aussi tôt… »
- Qu'est-ce que vous me faites ? »
- Je redonne vie à votre cerveau. »

Redonner vie ? Il se souvient maintenant de sa mort, du froid qui l'a engourdi dans le liquide de refroidissement de son appel sans réponse à l'intention du physicien coincé dans le sas. Il se souvient avoir flotté auprès du soleil et s'y être fait brûlé. Il se souvient maintenant, la mission Icarus 2 n'est jamais revenue sur terre…

- Je suis un clone ? »

La femme rigole et ça lui tape sur les nerfs, elle fait le tour de son corps nu, inspectant il ne sait quoi mais attend patiemment qu'elle s'explique.

- Non. Ne savez-vous pas que la loi de 2324 a mis hors la loi cette pratique ? Ho j'oubliais vous avez été déclaré mort en 2274… »
- Hein ? »
- Votre première mort, lieutenant Mace a eu lieu en septembre 2274 lors de la disparition des écrans radars d'Icarus 2. Mais la question qui me hante est comment êtes-vous arrivé ici, en 2527 ? »
- Je… ne sais pas. »

Elle implique donc qu'il est mort une seconde fois ? Peut-être avait-ce un rapport avec la chevelure brune qui hante ses pensées. Un bip suraigu le fait sursauter et une sensation désagréable au possible lui indique que le tube s'est enlevé tout seul. Sa première réaction est de toucher la plaie ou ce qu'il croyait être une plaie, car ce qu'il découvre est une plaque de métal.

- La plaque micro biotechnologique a été implantée à tous les êtres humains en 2402 afin de les protéger de l'influence du soleil, mais c'était déjà trop tard… »
- A quoi elle sert ? »
- Attendons que votre ami se rétablisse, lui aussi. »
- Mon… ami ? »
- Le jeune et brillant physicien Robert Capa. Il est dans l'autre pièce. »

Capa ? Le Capa de la mission Icarus 2 ? Sans prendre le soin de se couvrir, car il est d'avis que la donzelle l'a vu nu assez longtemps et qu'il n'est pas le premier homme qu'elle voit dans cette tenue, pour se préoccuper des bonnes mœurs ; il se dirige vers la porte qui ressemble étrangement au sas d'Icarus. Devant sa présence le blindage s'écarte lui permettant de pénétrer une autre salle d'incubation. Au milieu du liquide bleu une chevelure sombre volète et pendant un moment il a l'impression d'avoir vu ce spectacle ailleurs. Ainsi, la personne à qui il pense sans arriver à savoir qui elle est, serait ce petit merdeux de physicien ! Génial !

- Ce n'est pas mon ami ! »
- Vous en êtes sûr ? Je l'ai trouvé hier devant la porte du fort, les yeux vides de toute émotion, la seule chose qu'il a su me dire fut votre nom. Il tenait votre corps si fermement que j'ai dû l'assommer pour vous transporter tous les deux à l'intérieur. »

Quoi ? Mais ça n'a aucun sens ! Capa et lui ne s'étaient jamais réellement appréciés. Soit ils avaient eu les mêmes préoccupations et au travail ils avaient été sur la même longueur d'ondes, mais en dehors… il lui avait assez fichu son poing en travers du visage pour simplement se défouler…

- Qu'est-ce qu'il a ? »
- Je l'ignore… C'est comme si il avait perdu toute envie de vivre… J'ignore s'il est conscient ou s'il est dans une sorte de coma dont je ne sais rien. »
- Je crois qu'il m'a avoué être presque autiste… je sais plus quand il m'a dit ça. »
- Ceci expliquerait cela, votre mort a dû être un choc trop violent pour sa conscience, elle a dû se fracturer pour le protéger. »
- Croyez-moi, ma mort aurait justement dû le réjouir ! »

La femme le regarde comme si elle sait quelque chose dont il ignore tout, il y a tellement dans ce regard bleu vert qu'il ne sait quoi en conclure. Elle sourit simplement, un peu rêveuse puis elle le tire en dehors de la pièce.

- Vous devez avoir faim, pour lors nous ne pouvons rien faire pour lui, l'ordinateur essaye de reconstruire les zones cérébrales endommagées, ça peut prendre encore quelques jours. »
- Je suis mort de quoi ? »
- Je dirais que vous avez été attaqué par l'évolution de ce que vous appeliez en votre temps puma. »
- Un puma ? Pourquoi je n'ai pas de cicatrice ? »
- Le liquide bleu est un placenta de synthèse enrichi en particules d'oxygènes, il régénère les tissus et permet au patient de respirer comme à l'air libre… C'est mon invention. »
- Vous êtes toubib ? »
- A peu de chose près… »

Manger, dormir, essayer de se souvenir dans cette base souterraine où il ne voit pas le temps passer est un supplice. Il évite la femme car elle ne répond pas à ses questions et après s'être fracturé trois phalanges en frappant un mur du laboratoire excédé par le silence dérangeant, il s'est isolé dans la chambre de Capa. Il se souvient, l'eau est la seule chose qui ait pu le calmer et voir la chevelure du brun flotter lui rappelle le roulis des vagues… Il ne comprend pas pourquoi Capa a sombré dans cet état à cause de sa mort, il ne sait pas répondre à l'interrogation qui le hante, que faisait-il avec le physicien ? Pourquoi des images de cet homme viennent se perdre dans son crâne, des sourires, des regards perçants, des gestes qu'il qualifierait de tendres… Jamais il n'a vu Capa de cette manière sur Icarus 2, alors cela voulait-il dire que ces images qui arrivaient sans crier gare venaient de sa seconde vie ? Qui est Capa maintenant pour lui ? Il l'ignore...

La base marche à peu près comme Icarus, il y a un grand jardin à oxygène qui est éclairé par une sorte d'organisme bioluminescent, il se plait à regarder les parois de l'endroit changer de couleur lorsqu'il pénètre le sanctuaire et que l'organisme réagit à sa présence. Le bleu passe par des nuances irisées roses, violettes, jaunes et vertes... Ça ressemble aux éclats de lumières que les télescopes appliquent sur les clichés des nébuleuses. Il garde le nez levé sur ce ciel étranger qui ne cesse de muer de couleurs en couleurs sous son regard contemplatif. Ce jardin intérieur abrite quelques animaux à cause de sa grande superficie, il y a des oiseaux aux couleurs vives qui chassent les insectes pollinisateurs afin de garder une biodiversité digne de ce nom. Une abeille passe devant son regard hébété. Il n'en a jamais vu que dans les bases de données car elles ont totalement disparu de la planète un peu avant sa naissance et c'est avec plaisir qu'il découvre son bourdonnement et sa tâche. Il suit ses déplacements comme un enfant, l'observant butiner les fleurs et polliniser d'une façon bien plus naturelle que les robots qu'ils ont employé dans son temps. Ses doigts glissent le long des branchages et des pétales tandis qu'il avance dans ce jardin d'Éden... Il y a des arbres fruitiers qu'il n'a vu qu'en photo car le climat austère de son ancien monde les avait tous décimés, il sent des odeurs qu'il n'a jamais connues de son existence. Son bras se lève dans les airs, il attrape un drôle de fruit dont il ne sait rien qu'il cueille avec curiosité, ce n'est pas une poire, encore moins une pomme, c'est ovale, un peu plat sur la partie inférieure, il ignore si la peau d'un dégradé de verts et de oranges se mange, mais lorsque son nez glisse contre celle-ci, douce et lisse l'odeur qu'il s'en dégage le fait saliver. Le fruit possède une chair jaune et sucrée succulente à souhait, il n'a jamais eu de telles saveurs en bouche, lorsque les hivers sont devenus permanents, les aliments capables de survivre au grand froid et au maque de soleil sont devenus répétitifs et peu gouteux.
Une étiquette sur l'arbre attire son regard, il peut y lire le nom du fruit qu'il tient entre sa main et ceci est une mangue. Un sourire discret glisse sur ses lèvres nappées de jus car quoi qu'il se soit passé, Icarus n'avait pas totalement raté sa mission, n'est-ce pas ? Il veut sortir et voir le monde de dehors, mais pour lors la femme insiste à ce qu'il attende le réveil de Capa avant de faire quoi que ce soit. C'est pour cette seule et unique raison qu'il erre dans les corridors sans but, observant le recycleur d'eau pendant des heures, marchant au milieu de ce jardin en examinant chaque fleur et fruits qu'il n'a jamais vu de sa vie, lisant le journal de bord de Sam lorsqu'elle est occupée ailleurs ou l'aidant à réparer un quelconque dispositif en panne. A part la longueur des journées qu'il ne voit pas s'écouler, il se sent bien dans la base, il est simplement étonné de voir que Sam est la seule présence humaine de l'édifice.

- Pas faim ? »
- Pas vraiment. Je vais... »

La femme incline la tête, délaissant le sujet de la nourriture, bien qu'habitué à ces repas lyophilisés, Mace ne ressent pas réellement l'envie de manger en la regardant. Le gout du fruit est encore imprégné dans ses papilles gustatives et après un tel flot de sensations et de gouts, consommer ce genre de met ne sera qu'un gâchis ; de plus, depuis son réveil, il a du mal à manger comme si quelque chose le stressait. Lorsqu'il ne erre pas sans réelle motivation, il est assis auprès de Capa qu'il observe avec attention, c'est d'ailleurs là où il se rend à présent. Assis dans un fauteuil, il lit, parfois il raconte ce qu'il a vu, il décrit avec attention le jardin en pensant que Corazon aurait été honorée de s'en occuper.

- J'ai mangé un truc... ça s'appelle... mangue, ouai ça porte un nom bizarre, mais c'était super bon, je pense que tu aimeras. »

Lorsqu'il redonne son attention à l'homme dans le caisson parfois il voit des perles transparentes flotter au milieu du liquide bleu, ça ressemble à ces gadgets soi-disant déstressant dans lequel un liquide plus lourd et coloré flotte dans un récipient rempli d'un liquide incolore, il suffit alors de retourner l'objet pour voir le liquide sirupeux s'étioler en fines goutes qui cheminent lentement vers le bas à travers un parcours simpliste. Ces perles transparentes sont magnifiques et parfois il suit l'une d'entre elles du bout du doigt sachant très bien ce que c'est. Capa pleure dans son sommeil profond, il voit le visage lisse se transformer devant ses yeux impuissants et son sommeil s'agiter. Parfois il semble parler mais il articule difficilement. Ses lèvres cette fois font de grands mouvements et en prêtant attention il peut voir son nom se former sur les lèvres du brun. Il est surpris lorsque le corps du physicien se jette contre la paroi et que deux yeux bleus et hagards le toisent.

- Sam ?! Sam, c'est Capa il est réveillé ! »

Il panique un peu en s'apercevant que l'homme cogne contre la vitre comme un forcené tout en l'observant avec appréhension. Lorsque la paroi lâche, le corps du génie tombe entre ses bras éclaboussant de liquide bleu tout sur son passage. Il ressert ses bras autour du corps qui tousse puis il se penche essayant d'attraper un linge afin de sécher l'homme et l'aider à se relever, mais il s'écroule à terre comme une poupée désarticulée.

- Mace... Mace... »

L'homme crie son nom comme un acharné, c'est bien avec peine que Sam arrive à l'arracher de ses bras car l'homme se cramponne à lui comme un nouveau-né désespéré. Lorsqu'elle lui somme de sortir afin de permettre à Capa de se calmer il se redresse et se recule, gardant les yeux braqués dans ceux du physicien qui semble agonir de douleur. Une chair de poule prend d'assaut son corps aussi il décide de se retourner et courir hors de la chambre car cette détresse lui fait peine à voir et qu'il ne sait toujours pas pourquoi Robert Capa semble tenir autant à lui.

- Il est calmé, j'ai dû le mettre dans un sommeil artificiel pour qu'il ne se fasse pas du mal, il était en train de revivre ta mort en boucle, j'ai été obligé de lui effacer ces souvenirs-là. »
- Quand est-ce qu'il sera de nouveau conscient ? »
- Demain ou après-demain le temps que sa mémoire rétrospective soit complètement purgée de cet évènement. Mace, n'essayez pas de le lui remémorer d'accord ? »
- Promis. »

Ça ne l'arrange pas vraiment, mais si c'est pour le bien du physicien, il n'y fera aucunement allusion, il y a d'autres moyens pour comprendre ce qui s'était passé et d'où provenaient les images qu'il voyait en rêve ou bien tout éveillé.

Lorsqu'il sort de sa chambre, son être entier reste médusé par la mélodie qu'il entend provenir depuis le couloir sud, en s'approchant furtivement, il voit Sam dans une tenue décontractée assise sur une saute de table d'auscultation, la machine qui surveille son état de santé est accrochée à l'arrière de sa nuque lui remémorant la désagréable sensation qu'il a senti lorsque le tube s'est détacher de ses connections neuronales. Sam chantonne, son mollet blanc court dans le vide dans un mouvement de balancier qui happe son regard. Voilà longtemps qu'il n'a pas désiré une femme comme il le fait à présent. La jolie blonde lâche son écran particulier puis redresse la tête le surprenant dans son examen bien trop poussé pour ne pas être compris et su. Depuis combien de temps est-elle seule dans cette base sans présence masculine ? La langue du mécanicien glisse sur ses lèvres bien malgré lui et avant qu'il ne prenne la poudre d'escampette, la femme détache sa chevelure blonde qui vient tomber en une pluie d'or sur ses épaules dénudées. La bonne résolution de l'ingénieur se fait la malle aussi il se décroche de son mur puis s'avance ordonnant à la porte de se refermer derrière lui. Combien ? Une petite semaine qu'il pourrissait dans cette galerie souterraine auprès d'une femme bien trop belle pour qu'il n'y pense pas jour et nuit. Mace veut que son crâne se taise, un moment d'Éden dans son enfer personnel...

- Tu veux quelque chose ? »

Sam referme l'écran miniature puis se redresse le regard soudainement rétrécit, la femme échappe comme une eau vive insaisissable à sa main qui se referme, sa chevelure flotte devant son regard bleu captivé, elle sent l'odeur du blé chaud... Sam ne l'a jamais tutoyé avant aujourd'hui mais il ne s'en formalise pas au contraire, il sourit en la dévisageant.

- Ça fait combien de temps que tu es toute seule ici ? »

La femme s'immobilise, les filaments dorés ne voguent plus derrière elle comme un traine enchanteresse, à la place ils retombent sans vie le long de son dos. Le bleu de son regard se fait voilé et là il sait qu'il aurait mieux fait de se taire.

- Trop longtemps... »
- Il s'appelait comment ? »

Sam incline la tête jetant un regard en arrière en sa direction, elle se tient droite fière comme toujours malgré la douleur qui berce son âme. Ses yeux se noient lentement et tout à coup une perle saline glisse le long de sa joue.

- Lucas. »

Mace ne sait pas quoi dire derrière ça, sa main glisse dans la chevelure d'or jusqu'au crâne de la femme qu'il attire entre ses bras. Sa joue glisse contre celle de Sam tandis que sa main droite caresse son front. Il sait ce que c'est, car lui aussi a aimé un jour. Elle s'appelait Lindsay, mais ça, il le gardera à jamais pour lui. C'est à la mort de son amie, de la fille avec qui il avait planifié faire sa vie qu'il s'était engagé dans l'armée, pour servir sa patrie, pour éviter qu'une nouvelle émeute ne fauche la vie d'une innocente... Il sait ce que c'est que de souffrir de l'absence de quelqu'un. Et tandis qu'il se rapproche, Mace se perd dans cette mer agitée qui l'observe religieusement. Ce n'est que lorsque ses lèvres ont trouvé celles de Sam qu'il la serre entre ses bras pour l'empêcher de fuir.

- Ce Lucas a eu beaucoup de chance... »
- Moi aussi... »

Son sourire est doux, comme sa voix, Mace tend la main vers Sam qui l'attrape après une seconde d'hésitation, ça fait longtemps qu'elle n'a pas touché d'homme et la retrouvaille de cette proximité oubliée la remplit de liesse.

- Merci. »
- De rien. C'était quoi cette chanson ? »
- Lucas la chantonnait quand tout allait de travers, pourquoi ? »
- Une sirène l'a chanté pour moi lorsque j'étais perdu. »

C'est idiot, mais ça la fait sourire, Mace n'a jamais été un pro avec les mots, la drague n'avait jamais été son fort, il préfère montrer son affection de ses gestes plutôt que par les mots, en attirant à nouveau Sam entre ses bras, il a un flash de lui avec quelqu'un d'autre entre les bras, quelqu'un qui lui manque... La sensation est si poignante qu'il a envie de pleurer car il pense que cette personne n'est autre que Lindsay. Perdant son visage dans la chevelure de miel Mace se souvient du sourire timide de son ex, il avait rencontré Lindsay au lycée et ne l'avait jamais quitté, elle fut sa cavalière lors du bal de fin d'année, elle fut son premier baiser, son premier grand amour et tandis qu'il sanglote au creux de ses bras, il raconte à Sam les quatre années qu'il a passé avec elle. C'est quelque chose qu'il peut lui dire car elle sait ce que c'est.

De l'autre côté du couloir sud, deux pieds s'encrent sur le sol, l'eau qui ruisselle de son corps mouille le dallage de fer en dessous de la plante de ses pieds. Le sol est froid, d'ailleurs ses membres engourdis réagissent en bougeant nerveusement. Ses bras se referment contre son torse, il sait, il l'a toujours su mais voir ce spectacle est un brise-cœur. Le talon de sa jambe d'appui fait demi-tour sur lui-même pour échapper à cette vision, les jambes dévalent le couloir avec empressement sans vraiment savoir où aller, le sol glissant à cause de l'eau est un véritable piège, mais il s'empresse vers ce qu'il croit être la sortie. La lumière discrète lui fait lever les yeux sur un drôle de ciel multicolore, un oiseau rouge et jaune s'envole comme phénix éclatant, le sol ferreux a fait place à un tapis de mousse et d'humus chaud et réconfortant. Il marche au milieu des arbres et plantes, émerveillé par le lieu, s'affairant à oublier ce qu'il a vu. C'est comme un paradis tropical sortant d'un livre de songes. Il s'arrête à l'intersection d'un chemin puis s'écroule dans la terre car ses jambes ne l'ont que trop porté. Il se sent fatigué et perdu... Il se souvient... il se souvient du sourire d'Harvey, de ses mots qu'il lui a susurré à l'oreille, il se souvient d'Icarus, de la mort de ses équipiers et de sa mort certaine, il se souvient avoir vu Mace congelé dans le liquide de refroidissement. Robert Capa est mort puis revenu à la vie, faveur offerte par le soleil lui-même. Il avait quitté le froid de l'espace pour la chaleur de la terre, celles de bras de Mace qu'il avait choisi parmi tous. Il se souvient de leur voyage en solitaires, des sourires de l'ingénieur, des bras puissants du militaire qui l'avait épaulé, aidé, aimé et maintenant ils s'étaient ouverts pour quelqu'un d'autre, quelqu'un à qui il parlait de son passé sans retenue...
Dans ce paradis tropical, il a froid, un froid dévorant qui lui taillade les entrailles car Mace a trouvé ce qu'il cherchait : une femme et il ne peut rien faire contre ça.

- Il ne doit pas être bien loin ! »

Il entend des pas, des voix, il entend Mace courir entre les plantes en l'appelant, mais il ne daigne pas répondre. Il ignore depuis combien de temps il est allongé dans cette allée, mais il ne veut pas se relever, il ne veut pas lutter contre cette apathie qui le ronge.

- Capa ! »

Une main se saisit de son bras, la force du militaire le soulève de terre comme un poids mort, le mouvement fait bouger son visage et pendant un laps de temps assez court il voit ce visage qui hante son esprit. Il se souvient... il se souvient des chats, des cris, du sang et de la mort de Mace. Il se souvient l'avoir serré entre ses bras et avoir demandé la mort. Est-ce son enfer ? Voir l'homme qu'il a réussi finalement à aimer, en aimer une autre ? Lorsque la main le lâche, il ne fait rien pour ne pas retomber comme un jouet brisé sur le sol car il n'a ni la volonté, ni l'envie de rester assis. Mace est agenouillé vers lui, il sent sa main dans sa chevelure, il entend sa voix, mais tout est si lointain, ce qu'il entend distinctement est le cri que l'homme a poussé lorsque le félin l'a blessé à mort.

- Tu... tu es mort ! »

Mace se recule, il observe Sam avec interrogation car elle a dit avoir ôté ce souvenir de la boite crânienne du physicien, vraisemblablement, elle a raté son coup car elle est aussi étonnée que lui.

- Visiblement non ! Aller Roby debout. »

La voix de Mace est légère, elle plaisante comme si il parlait à un enfant. Il emploie le surnom que lui a offert sa sœur comme si de rien n'était, comme si jamais ils ne s'étaient jamais rapprochés, comme si... tout ceci n'avait existé que dans sa tête. Comme si jamais il ne l'avait embrassé ! Il laisse Mace le prendre dans ses bras et le porter hors de l'insolite jardin qu'il observe sans relâche de sa tête pendante. Le ciel est nébuleux comme son cœur, en fermant les yeux, il sent les larmes perler sur son visage. Jamais il n'aurait dû revenir de ce voyage sans retour. Il était parti sans crainte de mourir car c'était pour sauver sa planète, sa terre, sa famille, sauver une vie qui ne serait jamais sienne. Robert avait toujours su qu'il n'avait pas sa place parmi les gens, il n'avait trouvé qu'un endroit pour être enfin complet et ça avait été dans les bras de l'astre brulant. Dans la mort... il avait compris le sens de la vie.