Hello ! Voici la suite. A partir de maintenant, ça va commencer à bouger chez les tortues. Va y avoir du sport...

Le lendemain de cette visite non conventionnelle, son père a été particulièrement aux petits soins pour Cassandre. Soupçonneuse, elle n'en compris la raison qu'au dîner lorsqu'il lui offre un collier qu'elle n'avait pas vu depuis 5 ans. Au bout d'une chaîne en or aux maillons délicats pend un médaillon renfermant un cadeau inestimable.

Donatello attend que la maisonnée se soit endormie pour se faufiler dans la chambre de son amie en toute discrétion.

La tortue la trouve assise sur son lit, contemplant fixement un pendentif ovale, ouvert sur la photo d'une femme. S'approchant lentement, il s'installe à ses côtés. Avec douceur, il glisse une mèche de cheveux derrière son oreille pour apercevoir son visage.

- C'est ma mère, explique-t-elle. Mon père n'avait jamais quitté ce bijou depuis sa mort...

Les larmes affleurent aux paupières de la jeune fille lorsqu'une grande main verte vient recouvrir l'objet de sa tristesse.

- Il ne te l'a pas offert pour que tu te morfondes, murmure son ami.

Sa voix, douce à son oreille, lui donne des frissons. Elle tourne la tête pour le remercier et se rend compte alors de leur proximité. Prise d'une impulsion, elle ôte lentement les lunettes du ninja, lui laissant le loisir de la stopper.

Avalant difficilement sa salive, le génie ne sait quoi dire ou quoi faire. L'esprit totalement vide, Donatello plonge son regard acier dans celui, bicolore, de celle qui lui fait face.

- Tu devrais mettre des lentilles, lui souffle cette dernière.

Il rit doucement en baissant les yeux. Il s'est déjà fait cette réflexion plus d'une fois.

- C'est trop compliqué de s'en procurer.

La jeune fille sourit tristement tandis que son compagnon réajuste ses lunettes sur son museau. Soudain, un objet frappant sa fenêtre la fait sursauter.

Raphaël, saïs en mains, leur fait face, une lueur meurtrière dans le regard. Se levant d'un bond, Cassandre va ouvrir au guerrier qui pénètre dans la chambre silencieusement.

- J'avais peur que tu te sentes seule mais je vois que je n'avais pas de soucis à me faire...

L'ironie glaciale dans sa voix fige l'adolescente. Elle jette alternativement des regards paniqués aux deux frères.

- Que fais-tu ici, Raph' ? demande Donatello en se mettant dans une position défensive.

Rapidement, le génie évalue les risques de la situation. Il a immédiatement compris, au regard incendiaire de son aîné, la jalousie qui le domine. Au vue de la fascination qu'il a éprouvé pour la jeune humaine dès les premiers instants de leur rencontre, le génie avait émis la possibilité que Raphaël ait un comportement similaire au sien. La probabilité de se retrouver face à face aurait cependant dû être mince... mais le caractère imprévisible de Raph' a faussé tous ses calculs.

- Je te retourne la question, petit génie.

- Je fais ce que je veux durant mon quartier libre.

Un instant, l'humaine se demande ce qu'il se prépare mais comprend immédiatement lorsqu'elle voit le ninja impulsif avancer sur son cadet. Elle attrape son bras dans l'espoir de stopper son élan et de le calmer. Il se dégage, comme si son contact l'avait brûlé. Ce mouvement inattendu lui provoque un réflexe de protection qu'elle regrette aussitôt.

Les deux tortues la regarde, les yeux ronds. Raphaël plisse les yeux en se penchant vers elle :

- Tu as cru que j'allais te frapper ? questionne le colosse, outré.

- N-non !, proteste-t-elle faiblement.

Elle n'ose même pas lever les yeux sur lui. Elle l'entend renifler avec dédain et disparaître sans un mot. Des larmes viennent mouiller ses joues.

Donatello reste un instant choqué. Jamais Raphaël ne frapperait une femme (à moins que cette dernière l'attaque en premier) et Cassandre le sait, il en est persuadé. Mais ce réflexe est né de l'habitude à plus de 75%. Certes, elle a été harcelée mais le génie soupçonne quelque chose de plus profond. Quelque chose que son frère semble avoir instinctivement compris.

Il voit Cassandre se dirigeant, tel un robot, vers son bureau. Elle pose les mains dessus, la tête basse. Cette attitude fend son coeur de reptile déjà bien entamé par la découverte de la relation (liaison ?) entre son frère et son amie.

Clairement, il est en colère. Et déçu. Et blessé. Même si, en toute logique, il n'a pas le droit d'être jaloux.

Pour autant, il est incapable de tourner le dos à la détresse évidente de la jeune fille. En soupirant, il pose une main qu'il veut rassurante, sur son épaule. Elle se raidit à son contact avec une inspiration douloureuse que Donatello ne connaît que trop bien.

Avant qu'il puisse lui poser la moindre question, Cassandre se retourne et noue ses bras sur sa nuque. Elle colle son corps à celui de son compagnon et enfouie son visage dans son cou. Elle craint qu'il ne la repousse mais, après quelques secondes d'hésitation, il enserre sa taille de ses bras puissants. Sa main droite remonte dans son dos pour s'emmêler dans ses cheveux et la serrer plus encore contre lui.

Il sent chaque zone douloureuse se contracter à son contact sans qu'une seule plainte ne lui échappe. C'est donc une douleur dont elle a l'habitude. Il serre les dents. Pourquoi ne s'est-il aperçu de rien ?

- Pardon, gémit-elle. Je ne voulais pas vous cacher la vérité. J'ai été égoïste...

- Ça va aller. Je comprends.

Comment lui en vouloir ? Chacun d'eux avait trouvé un ami à qui se confier ; une oreille attentive, extérieure, exclue cercle familial. Il est hors de question, pour lui, de faire une croix sur cette relation si précieuse à ses yeux.

Enivré par son parfum, il ne peut s'empêcher de déposer un baiser léger sur sa clavicule découverte. Et, encouragé par son discret gémissement, il en dépose d'autres en remontant sur sa gorge offerte et le long de sa mâchoire. Puis, prenant son visage en coupe entre ses mains trop grandes, il efface les larmes perlant aux coins de ses yeux vairons tout en lui donnant un chaste baiser sur son front.

Cassandre émet un grognement frustré. Ce n'était pas là qu'elle avait envie qu'il l'embrasse. Et, à la vue du léger sourire flottant sur ses lèvres écailleuses, il en est pleinement conscient.

- Retire ton t-shirt, demande-t-il en se détachant d'elle.

Elle s'étrangle presque de son audace.

- Quoi ?!

Il la fixe, plus sérieux que jamais.

- Montres-moi ton dos.

La peur qu'il lit dans ses yeux le conforte sur le bien fondé de sa démarche.

- Don... non...

- Cassy, la rassure-t-il de sa voix douce. Je suis le médecin de mes frères. Il n'y a rien qui puisse m'impressionner.

Bon gré, mal gré, la jeune fille lui tourne le dos pour laisser le champ libre à la tortue. Lorsqu'il soulève délicatement le tissu, sa mâchoire se serre.

La peau si délicate de l'humaine est parsemée de stigmates plus ou moins récents. Entre ecchymoses, brûlures et lacérations, le dos de la jeune fille n'est qu'une plaie à vif. Si elles ne saignent pas, ces meurtrissures demandent des soins immédiats. D'autorité, le ninja fait s'allonger l'adolescente sur le ventre et sort son matériel de premier secours.

- Comment peut-on faire une chose pareille ? murmure-t-il pour lui même. Il le paiera.

- C'est de ma faute, proteste-t-elle. Je ressemble trop à ma mère. C'est la seule famille qu'il me reste. Grâce à la lentille que tu m'as faite, il allait mieux... Mais je suis rentrée en retard, hier, et...

- Tais-toi.

Il lui était insupportable de l'écouter déblatérer ces inepties. Aucune raison ne pourrait jamais justifier ça.

Devenue muette par la sécheresse de son ton, Cassandre se laisse soigner et mettre au lit sans protester. Il s'apprête à sortir lorsqu'une main timide le retient.

- Tu peux rester un peu... avec moi ?

D'un simple sourire accompagné d'un hochement de tête, il s'installe à ses côtés et la prend dans ses bras.

L'adolescente pose sa tête sur le plastron de Donatello, si semblable et si différent de celui de Raphaël. Alors que ce dernier a un plastron de couleur claire et finement découpé en 6 plaques larges et épaisses ; Don possède un plastron à 8 plaques d'un brun foncé, plus petites mais plus mobiles. Leurs rainures, plus profondes, semblent inviter à la caresse.

Ne portant que l'équipement minimal (lunettes High-Tech, radio, montre holographique et son bô) la jeune fille n'est pas gênée par des sangles encombrantes. Avant ce soir, il l'avait à peine effleuré et, là, il est étendu sur son lit où seule une couverture les sépare.

Malgré la perspective enthousiasmante de la promiscuité avec Cassandre, il ne peut s'empêcher de se sentir coupable. Il sait qu'il profite lâchement de la détresse de la jeune humaine. Il a réussi, à grand peine, à s'empêcher de l'embrasser un peu plus tôt mais, alors qu'il sent les doigts fins parcourir son plastron et suivre les contours de ses plaques pectorales, il sait qu'il ne lui résistera pas longtemps. Déjà, son souffle s'accélère, des frissons le parcourent jusqu'à sa colonne vertébrale. Dans un dernier sursaut de conscience, il saisit la main baladeuse et la bloque pour l'empêcher de récidiver.

- Tu devrais dormir, ordonne-t-il d'une voix basse.

Cassandre sourit sans répondre. Elle a constaté à quel point les deux frères étaient sensibles à son toucher et elle ne peut s'empêcher d'en retirer de la fierté. Qu'il s'agisse de tortues ninjas mutantes n'a absolument aucune espèce d'importance à cet instant.

- Don ?, appelle-t-elle d'une petite voix.

- Hum ?

- Est-ce que je l'ai perdu pour toujours ?

La tortue se redresse sur un coude pour croiser le regard de l'adolescente. A cet instant, elle ressemble à une petite fille perdue.

- Raphaël est buté et, de surcroît, dichotomique. Pour lui, tout est noir ou blanc. Il n'y a pas ou peu de place au gris dans son esprit. Mais je ne pense pas qu'il puisse rester fâché contre toi éternellement.

Rassurée par ces douces paroles et par la voix sereine de son ami, la jeune fille s'endort rapidement tandis que son compagnon s'éclipse discrètement.