Chapitre 7 :

- Prêt ? demanda Spike. Un, deux, trois, partez ! Allez, hop !
Ethan, au comble de l'excitation et un large sourire sur sa frimousse ronde, se jeta dans la piscine. Sa tête disparut presque sous l'eau, et il se mit à battre des bras, tout en donnant de solides ruades et en poussant des cris perçants. Son petit gilet de sauvetage rouge le maintenait parfaitement à la surface. Spike l'entraîna jusqu'à l'autre bout de la piscine, où Buffy tirait Frederick et Dawn dans un petit bateau en plastique.
- Hop ! lança Ethan avec force. Hop !
Cela faisait au moins vingt minutes qu'il s'amusait ainsi à sauter dans l'eau.
- Encore ? s'exclama Spike. Ce n'est pas possible !
Buffy sentit que sa patience commençait à s'émousser.
- Occupez-vous du bateau, pour changer, proposa-t-elle. Je me charge d'Ethan.
- Marché conclu !
Il était déjà 20 heures, et les triplés auraient dû être au lit depuis un bon moment. Au lieu de cela, ils savouraient leur deuxième bain de la soirée. Entre-temps, Spike avait fait livrer par un traiteur de la nourriture chinoise. Avec amusement, il avait observé les petits en train de découvrir ces saveurs nouvelles.
« Si mes amis me voyaient, songea-t-il en souriant à Dawn, je serais probablement la risée de tout Los Angeles ! »
Il jeta un coup d'œil vers la flottille de jouets multicolores qui dansaient sur l'eau. C'était lui qui les avait achetés, ainsi que les gilets, avant de passer prendre Buffy et les enfants chez eux.
Son regard tomba alors sur la jeune femme. Debout dans la partie la moins profonde de la piscine, elle attendait qu'Ethan effectue son quatre-vingt-dix-neuvième saut de la soirée. Elle portait son deux-pièces jaune à pois blancs, un modèle des plus banals. Il était mal coupé, légèrement détendu, et collait d'une délicieuse façon à sa peau nacrée. Avec la fraîcheur de l'eau, Spike devinait même avec netteté la pointe des seins sous le tissu détrempé.
Pendant une seconde, il s'imagina en train de baisser le soutien-gorge de Buffy pour la regarder, la caresser, porter sa bouche sur ces mamelons sensibles et délicats...
Brusquement, l'air lui manqua. Son cœur se mit à battre à toute allure, et il étouffa un grognement. Comment pouvait-elle le mettre dans un état pareil avec cet accoutrement affligeant, lui qui avait l'habitude de créatures de rêve arborant des maillots aussi sublimes que provocants ? Cela dépassait l'entendement !
Pour calmer ses ardeurs, Spike piqua une tête dans l'eau et refit surface de l'autre côté du petit bateau. Il entreprit alors de traîner les enfants tout autour de la piscine avec une énergie désespérée. Ravis, Dawn et Frederick riaient aux éclats.
Une demi-heure plus tard, il avait réussi à retrouver un semblant de contrôle sur lui-même. Buffy et lui durent sortir de force les triplés, qui manifestèrent aussitôt leur mécontentement en hurlant de toute la puissance de leurs poumons.
- On recommence demain ? proposa Spike tandis qu'il raccompagnait Buffy et ses trois petits diables.
Elle le regarda avec incrédulité. Durant toute la soirée, il avait joué sans arrêt avec les enfants, qui s'étaient montrés aussi épuisants qu'infatigables. Et quand, alors qu'on les séchait et les rhabillait, ils avaient commencé leur triple crise de nerfs, elle s'était presque attendue à le voir fuir.
Au lieu de cela, il voulait recommencer !
Torse nu, il portait Frederick et Ethan dans ses bras solides. Tout en continuant à pleurer, les deux garçons s'accrochaient à lui, épuisés. Ils avaient l'air tout petits, mais tellement bien, perchés là-haut. En sécurité, rassurés. La gorge nouée par une émotion douce-amère, Buffy ne put trouver ses mots.
Une fois de retour chez elle, les deux adultes montèrent les enfants dans leur chambre pour les mettre au lit.
- Vous n'avez pas répondu à ma question, remarqua Spike.
Buffy installait les triplés pour la nuit, donnant à chacun sa peluche favorite. Elle chantonnait pour les apaiser.
- Ils adoreraient, vous le savez bien ! dit-elle enfin. Mais... Avez-vous vraiment envie de...
- Est-ce que vous, vous en avez envie ?
- Oui, admit Buffy.
Dans moins de dix minutes, songea-t-elle, les enfants seraient endormis. Alors, elle se retrouverait seule avec Spike. A cette seule idée, une bouffée de chaleur lui monta aux joues, et elle détourna la tête, de peur qu'il ne lise dans ses yeux le trouble qui s'était emparé d'elle.
- Très bien, déclara-t-il d'un ton détaché. On les fera nager demain après-midi, après leur sieste, à la même heure. Bonne nuit, Buffy. Bonne nuit, les petits.
Et il sortit tranquillement.
Pendant un moment Buffy resta clouée sur place, le souffle coupé, à écouter les pas de Spike décroître dans l'escalier. Puis un poignant sentiment de détresse tomba sur elle comme une chape de plomb. Pourquoi se sentait-elle si seule, soudain, si abandonnée ? C'était la fatigue, certainement. Ça ne pouvait pas être autre chose.
Brûlantes, irrépressibles, les larmes lui montèrent alors aux yeux. Elles se mirent à rouler sur ses joues tandis qu'elle chantait une berceuse d'une voix tremblante.
Spike n'était pas resté avec elle - et qui pouvait l'en blâmer ?
« Cela vous amuse de me rendre à moitié fou, pour ensuite goûter le plaisir de m'arrêter net ? » Les mots qu'il avait prononcés lui revinrent à la mémoire avec une clarté impitoyable. A l'évidence, il voyait en elle une fille facile, une allumeuse... En même temps, Buffy songea au désir dévorant et au plaisir sauvage que les baisers de Spike avaient éveillés en elle. Non, cela ne l'amusait pas du tout de refuser ce dont elle avait de plus en plus besoin !
Autant regarder la vérité en face : elle était en train de tomber amoureuse. Pourtant, elle ne pouvait pas se permettre d'avoir une aventure avec Spike Giles, justement parce qu'elle n'était pas une femme légère. Si elle lui cédait, il aurait vite fait de se lasser d'elle et de l'oublier. Alors qu'elle - elle qui ne pouvait envisager de se donner à un homme simplement pour satisfaire un besoin physique - elle en aurait le cœur brisé !

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Debout dans l'allée de gravier, une Dawn en larmes dans les bras, Spike regardait Buffy s'éloigner de la maison dans sa petite voiture, sanglée dans son uniforme d'infirmière. Cordelia tentait vainement de consoler Ethan et Frederick, aussi bouleversés que leur sœur.
- Maman ! sanglota Dawn. Man-an-man !
Spike sentit son cœur se serrer. Il ne savait que trop ce que peut éprouver un enfant brutalement séparé de sa mère.
- C'est vraiment moche que Buffy soit obligée de laisser les triplés tous les week-ends, remarqua-t-il avec virulence. Ce sont des bébés ! Ils ont besoin d'elle.
- Je sais, lui répondit Cordelia. C'est aussi ce que je pense.
Spike se tourna vers la jeune femme, surpris. Elle s'était montrée si froide et hautaine avec lui depuis qu'elle était arrivée une heure plus tôt ! Spike et Buffy étaient alors en train de manger des sandwichs dans la cour arrière avec les enfants, et elle n'avait même pas daigné lui dire bonjour. Il était quand même resté, soupçonnant que le départ de Buffy serait mal accepté par les triplés. Et en effet, dès qu'ils l'avaient vue dans son uniforme d'infirmière, ils avaient éclaté en sanglots, avant de s'accrocher frénétiquement à elle. Spike et Cordelia avaient dû les arracher à leur mère pour qu'elle puisse partir, la mort dans l'âme.
- Allons manger des glaces ! proposa Cordelia avec entrain. Tout le monde dans la cuisine !
Elle entraîna avec elle les garçons, qui hoquetaient et reniflaient toujours. Spike suivait, Dawn dans les bras. La fillette le regarda droit dans les yeux et demanda d'une voix tremblante :
- Gace ?
Un frémissement de désespoir l'agita, et elle laissa tomber sa tête blonde contre l'épaule de Spike.
- Oui, mon cœur, répondit-il en la serrant contre lui. Une glace ! Maman va bientôt revenir, je te le promets. Et demain, on retournera nager dans la piscine. Je te tirerai dans le petit bateau. D'accord ? Maintenant, il faut se dépêcher d'aller dans la cuisine, sinon tes frères risquent de tout manger.
Tandis que Cordelia installait Ethan et Frederick sur leurs chaises hautes, Spike continua à parler ainsi de tout et de rien, d'une voix apaisante, pour meubler le silence. Il garda Dawn sur ses genoux et lui tint son bol pendant qu'elle mangeait.
- On dirait que le coup de la glace a réussi, remarqua-t-il au bout d'un moment.
Les trois enfants se concentraient en silence sur leurs cuillères, dont ils se servaient assez bien quand la nourriture était solide. Aucun d'eux ne pleurait plus. Cordelia, assise en face de lui à la table de cuisine, lui adressa un sourire qui lui parut presque amical.
- Je sais que c'est mal, avoua-t-elle, mais je leur donne toujours des bonbons ou des petits gâteaux lorsque Buffy s'en va. Je ne supporte pas de les voir pleurer de la sorte...
Spike récupéra un morceau de glace à la vanille que Dawn avait laissé tomber sur sa chemise.
- C'est vous qui surveillez chaque fois les enfants lorsqu'elle travaille ? demanda-t-il. Tous les week-ends ?
Cordelia hocha la tête.
- C'est très généreux de votre part. Et si jamais vous aviez d'autres... projets pour votre dimanche ?
- Vous voulez dire un rendez-vous ? Je ne sors pas.
- Comment ça ! Vous êtes bien trop jeune et trop jolie pour dire cela ! Je suis sûr que...
- Vous parlez comme ma mère ! s'exclama Cordelia. Cela ne m'intéresse pas de fréquenter les hommes. On ne récolte que des déboires.
Un coup d'œil à son visage tendu suffit à Spike pour comprendre qu'il devait il y avoir une histoire triste derrière cette apparente froideur. Mieux valait changer de sujet.
- Depuis combien de temps Buffy travaille-t-elle à l'hôpital ?
La jeune femme se détendit aussitôt.
- Elle a commencé peu après la naissance des triplés. Maman et moi, nous n'étions pas d'accord. Mais papa lui a dit qu'elle devait reprendre contact avec le monde extérieur. Et que cela lui ferait le plus grand bien de sentir qu'elle était capable de subvenir aux besoins de ses enfants. D'être indépendante.
- Cela me semble sévère !
- Non. Dur, sans doute, mais aussi raisonnable et pragmatique. Mon père est comme ça. Il est colonel dans l'armée de l'air et n'est pas du genre à baisser les bras quand les choses se gâtent. Malgré tout, il adore Buffy et ne veut que son bien. Après la mort de Riley, il a tout fait pour l'aider à reprendre le dessus.
- Dans ce cas, pourquoi votre mère et lui ne l'aident-ils pas avec les enfants ?
- C'est ce qu'ils ont fait. Ils l'ont tout de suite accueillie chez eux, pendant sa grossesse, et elle y est restée avec les petits jusqu'au printemps dernier. Et puis, papa a été muté en Allemagne. Buffy n'a pas voulu les suivre. Comme elle avait hérité de cette maison, elle a décidé de s'y installer. Mes parents continuent à lui donner de l'argent, dans la mesure de leurs moyens. Mais je sais que c'est dur pour elle de se charger seule des triplés. En tout cas, c'est une mère remarquable, et si ces trois petits démons l'épuisent, ils lui ont aussi permis de surmonter son chagrin.
- Croyez-vous que...
- Ma sœur vous intéresse, n'est-ce pas ? coupa Cordelia. Inutile de le nier. J'ai remarqué la façon dont vous la regardez.
- Nous sommes amis, nuança Spike.
- Vraiment ? J'ai aperçu quelques-uns de vos amis, à votre pique-nique. Et je tiens à vous prévenir que vous n'avez pas intérêt à compromettre ma sœur avec cette bande de dévergondés !
- Vous n'avez pas à vous inquiétez pour elle. Il se trouve que je suis moi-même en cure d'abstinence et de chasteté. Je ne reçois plus, en ce moment.
Jusqu'à cette minute, Spike n'avait pas vraiment envisagé les choses sous cet angle. L'idée lui parut soudain excellente. Cela lui ferait le plus grand bien de rompre un peu avec sa vie sociale mouvementée. Sans qu'il sache trop pourquoi, la fréquentation de ses prétendus « amis » l'ennuyait depuis quelque temps.
- Il est temps que je parte, dit-il en jetant un coup d'œil à sa montre.
Aussitôt, Dawn laissa tomber sa cuillère sur le plancher et leva vers lui un visage angoissé.
- Pas pati ! s'écria-t-elle, au bord des larmes. Pas pati !
Cordelia avait libéré les garçons de leurs chaises hautes, et ils regardèrent un moment leur sœur se cramponner à Spike, les yeux ronds, la mine inquiète. Brusquement, Ethan rampa jusque sous la table et se mit à crier :
- Non ! Pas ! Pas !
Sur quoi, Frederick fondit en larmes. Toute surprise, Cordelia se leva pour tenter de les calmer. Son regard allait de Spike aux enfants.
- Ils ne veulent pas que vous partiez, remarqua-t-elle. On dirait qu'ils vous aiment vraiment...
Il y avait une note d'incrédulité dans sa voix, que Spike ne songea même pas à lui reprocher. Sa propre famille aurait été abasourdie en voyant cela, dans la mesure où il n'accordait jamais la moindre attention à la jeune génération des Giles. Il avait même la réputation de ne pas supporter les enfants plus de cinq minutes. Mais Ethan, Frederick et Dawn étaient différents des autres bébés. Ils étaient plus mignons. Plus drôles. Plus intéressants. Bref, sans qu'il soit en mesure d'expliquer pourquoi au juste, il aimait ces trois adorables bébés !
- Je vais rester jusqu'à ce qu'ils soient couchés, proposa-t-il avec sérieux.
Cordelia haussa légèrement les sourcils, sans émettre cependant la moindre protestation, et Spike l'aida à monter les enfants dans leur chambre. C'était une occupation tout à fait inhabituelle pour lui, un samedi à pareille heure, mais il pourrait toujours sortir plus tard. Et surtout, il ne voulait pour rien au monde décevoir son petit fan club !

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- Il est resté et il t'a aidée à mettre les enfants au lit ?
Buffy n'arrivait pas à le croire. Cela faisait une heure à peine qu'elle était rentrée de l'hôpital et elle buvait du thé glacé en compagnie de Cordelia. Assises sur les marches du porche arrière, les deux sœurs regardaient les triplés jouer dans l'herbe.
- Oui, et il a l'air d'aimer tes enfants, Buffy. Quant à eux, ils l'adorent ! Que se passe-t-il donc, ici ?
- Je n'en sais rien, murmura Buffy.
Et elle pressa ses mains sur ses tempes. Après une nuit de garde particulièrement difficile et presque vingt-quatre heures sans sommeil, elle se sentait désorientée et épuisée. Seulement, comme les triplés étaient toujours réveillés lorsqu'elle revenait de l'hôpital le matin, elle ne pouvait pas foncer dans sa chambre et dormir sans jouer d'abord un peu avec eux.
- Spike a affirmé qu'il était en cure de chasteté, remarqua Cordelia. Je me demande pourquoi.
- Comment le savoir ?
- En revanche, il passe pas mal de temps ici, avec toi et les enfants. Cela pourrait signifier...
- Pike ! Pike ! Pike !
Les voix des enfants, joyeuses et excitées, vinrent interrompre Cordelia, attirant l'attention des deux jeunes femmes vers le trou dans la haie par lequel Spike venait de paraître. Il portait un short usé et un T-shirt.
- Il me semblait bien avoir entendu la petite bande à l'œuvre dans le jardin, remarqua-t-il en se penchant pour soulever les trois enfants dans ses bras.
Il était ridiculement flatté qu'ils se soient souvenus de son prénom - surtout devant Cordelia.
Buffy courut vers lui. Le simple fait de le voir suffisait à lui mettre les nerfs à vif. Elle sentit le rouge lui monter aux joues - une bouffée qui n'avait rien à voir avec la chaleur torride qui régnait déjà en ce dimanche matin.
- Vous avez l'air morte de fatigue, remarqua-t-il.
- Oui, je... nous avons eu une nuit difficile à l'hôpital.
Les triplés commençaient à gigoter comme des diables dans les bras de Spike. Celui-ci décida de poser son encombrant fardeau sur le sol, et les trois petits se mirent aussitôt à trotter vers leur tas de sable, dans le coin du porche.
- Je suis venu vous avertir qu'il y a un camion garé devant chez vous. On dirait qu'on vous livre quelque chose.
- Un dimanche ? Mais non, voyons. D'ailleurs je n'ai rien...
Au même moment, le marteau de la porte se fit entendre.
- Buffy, on frappe ! lança Cordelia. Tu veux que j'y aille ou que je reste avec les enfants ?
- Je m'en occupe. Mais c'est sûrement une erreur.
Elle alla ouvrir. Deux livreurs se tenaient sur le seuil, un gros carton posé entre eux. Avant que la jeune femme ait eu le temps de revenir de sa surprise, Spike, qui l'avait suivie, s'avança.
- Entrez, dit-il. Et montez ça au premier, dans la chambre à coucher.
- Co... comment ? balbutia Buffy. Mais je ne...
Spike la prit par les épaules et la tira en arrière pour permettre aux deux hommes de passer avec leur chargement.
- Ecoutez-moi bien, déclara-t-il d'un ton ferme. Ceci est un appareil à air conditionné, qu'ils vont installer dans votre chambre. Il y a aussi un modèle plus gros qu'ils vont poser dans le salon et qui, normalement, suffira à rafraîchir tout le rez-de-chaussée.
Pendant quelques instants, Buffy resta bouche bée, incapable de proférer un son. Puis elle recouvra ses esprits.
- Vous m'avez acheté un appareil à air conditionné ?
- Deux.
- C'est impossible !
- Pourquoi cela ? Nous endurons en ce moment une vague de chaleur tout à fait inhabituelle. Si vous le permettez, je vais monter voir où ils en sont.
Buffy agrippa son bras.
- Attendez ! C'est très généreux à vous, mais je ne peux pas accepter.
- Et pourquoi donc ? Il ne s'agit pas d'un cadeau intime et personnel comme... de la lingerie, par exemple !
- Mais enfin, nous ne pouvons pas nous faire de tels cadeaux !
- Entre amis, cela me semble pourtant naturel. Bon, allez-vous me lâcher, maintenant, ou est-ce que je vais être obligé de vous traîner avec moi ?
- Spike ! Pourquoi faites-vous cela ?
Il se retourna brusquement et prit le visage de Buffy entre ses mains. Pendant un instant, il plongea son regard dans le sien, avec une intensité qui la fit vaciller. Puis il écrasa la bouche sur la sienne pour un baiser brutal et passionné, accaparant le peu de souffle et de raison qui restaient à la jeune femme. Elle sentit ses jambes se dérober et dut se raccrocher à lui pour ne pas tomber. Un puissant vertige s'empara d'elle. Une onde de chaleur commença à se répandre en elle, jusqu'à ce que son sang brûle dans ses veines comme de la lave en fusion. Alors, avec un frisson de plaisir et un gémissement sourd, elle se laissa aller contre Spike, vaincue.
Juste à cet instant, il s'écarta brusquement d'elle et la relâcha. Buffy faillit crier de frustration et trébucha en avant, étourdie. Ses enfants venaient de faire irruption dans le couloir, Cordelia sur les talons.
- Oh, ne faites pas attention à nous ! lança celle-ci d'un ton pincé. Continuez donc ces démonstrations... d'amitié. Entre voisins, c'est bien naturel ! Je vais monter à l'étage avec les enfants.
- Cordelia, je... Nous...
Les joues en feu, Buffy luttait pour retrouver contenance, mais les mots lui manquaient. Cela faisait deux fois que sa sœur la surprenait dans les bras de Spike. Faire croire à une coïncidence était pour le moins difficile. D'un geste nerveux, elle se passa la main dans les cheveux et déclara, comme si cela expliquait tout :
- Spike vient de m'acheter un appareil à air conditionné.
- Cette maison en avait grand besoin ! déclara-t-il avec fermeté.
Cordelia haussa les sourcils.
- Eh bien, voilà un geste tout à fait « amical », il me semble !
- Oui, mais je... je ne peux pas accepter, Spike.
- Oh si ! s'exclama celui-ci. Je vous le donne, et vous allez le prendre, un point c'est tout ! Vous m'avez bien compris ?
Ses yeux bleus étaient braqués sur elle, étincelants, et Buffy eut l'impression qu'il voyait jusqu'au plus profond de son âme. Elle avala péniblement sa salive, les joues en feu, tout en se demandant avec désespoir ce qu'elle devait faire ou dire. Peine perdue ! Lorsque Spike se trouvait auprès d'elle, ses facultés intellectuelles étaient brusquement obscurcies par un chaos de désirs inavouables et de pulsions affolantes. Impossible de réfléchir. Impossible de se justifier.
Accablée, elle se laissa tomber sur la dernière marche de l'escalier et attrapa Frederick dans ses bras. Elle l'attira sur ses genoux et essaya de lui faire un câlin.
- Vous tombez de fatigue ! observa Spike. Dès que les deux appareils seront installés, Cordelia et moi nous emmènerons les enfants jusqu'à ma piscine. Et vous vous coucherez, Buffy.
- Vraiment, je suis impressionnée ! intervint Cordelia d'un ton sec. Vous aboyez des ordres exactement comme mon père, et vous n'êtes même pas dans l'armée !
- Dans le monde civil, on appelle cela prendre des décisions opérationnelles. Et tout comme dans l'armée, un chef d'entreprise digne de ce nom s'attend à être obéi !
Spike glissa les mains sous les épaules de Buffy et l'aida à se remettre sur pied. Son enfant serré contre elle, elle leva vers lui un visage défait. Ses pupilles étaient dilatées, son cœur battait à grands coups, son ventre brûlait au souvenir du baiser qu'ils venaient d'échanger. Oh, comme elle avait envie de lui ! Et au plus profond d'elle-même, elle savait d'instinct que ce désir si puissant transcendait la simple attirance physique.
Oui, elle était en train de tomber amoureuse de cet homme !
Pendant un instant, elle ferma les yeux, de peur que Spike n'en devine trop dans son regard. Buffy avait soudain l'impression de se retrouver perdue en haute mer, ballottée par les vagues, sans carte ni boussole. Et lorsqu'elle essaya de penser à Riley pour retrouver un peu de calme et d'équilibre, la simple présence de Spike suffit à subjuguer ses sens et sa raison, effaçant les souvenirs et bloquant tout autre image que la sienne.

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- Je suis passé voir si je pouvais aider avec les enfants, annonça Alex en entrant dans le salon.
Il était 20 heures et Cordelia lisait, assise dans le vieux canapé de rotin. Alex s'avança vers elle, puis s'arrêta net, les yeux ronds, devant l'appareil à air conditionné qui ronronnait doucement au-dessus de la fenêtre.
- Un appareil à air conditionné ! s'exclama-t-il. Je savais bien qu'il y avait quelque chose de différent. C'est la première fois que je ne suffoque pas en entrant dans cette maison !
Cordelia posa son livre et se leva.
- Les enfants sont au lit pour la nuit, et ton offre vient un peu tard. Quant à l'air conditionné - il y a deux appareils, un ici et l'autre dans la chambre de Buffy –, c'est un cadeau de Spike Giles.
- Tu veux dire que c'est lui qui a payé ?
- Exactement. Très aimable, entre voisins, n'est-ce pas ?
- C'est le moins qu'on puisse dire, en effet !
Alex se laissa tomber sur le canapé avec un soupir d'aise.
- Il fait bon, maintenant. C'est un vrai plaisir de venir ici et... Cordelia ! Mais oui, je comprends tout ! Voilà pourquoi il l'a fait !
- Précise ta pensée, veux-tu. Qui a fait quoi ?
- Giles ! Il déteste la chaleur. S'il transforme cette maison, c'est parce qu'il a l'intention d'y venir souvent. Et de passer beaucoup de temps avec Buffy. Oui ! Elle a réussi ! Elle l'a séduit ! Un Giles ! Tu te rends compte de ce que ça signifie ?
Cordelia lui jeta un regard impassible et glacial.
- Oh, j'imagine sans peine ce que cela signifie pour toi, Alex. Un bureau à ton nom dans l'immeuble de la société Giles, avec un gros salaire et un compte en banque assorti. Eh bien, laisse-moi te donner un conseil : ne démissionne pas tout de suite de ton emploi actuel, si minable soit-il ! Buffy et Spike ne sont rien d'autre que des « amis ». Du moins, est-ce ce qu'ils assurent.
- Allons donc ! Peu importe ce qu'ils prétendent. La seule explication, c'est qu'il est tombé amoureux d'elle. Et le simple fait que Buffy ait accepté ce cadeau prouve qu'elle aussi...
- Pas si vite, mon garçon. Elle n'avait pas le choix. On lui a livré les deux appareils sans lui demander son avis, et Spike a insisté lourdement pour qu'elle les prenne.
- Voyons, Cordelia, tu connais Buffy aussi bien que moi. Elle a un caractère de cochon ! Si elle avait voulu, elle aurait flanqué Spike à la porte et lui aurait dit d'aller se faire voir ailleurs, lui et ses appareils à air conditionné. Or, elle ne l'a pas fait !
Un sourire extatique aux lèvres, Alex passa nonchalamment une jambe par-dessus l'accoudoir du canapé.
- Les relations de Buffy avec la famille Giles peuvent nous profiter à tous les deux, tu sais..., ajouta-t-il d'un air rêveur.
Cordelia leva les yeux au ciel et haussa les épaules avec exaspération.
- Je vois très bien comment tu comptes en tirer profit pour faire carrière dans la publicité, mais moi je n'ai rien à voir dans cette histoire et cela ne me concerne pas !
- Mais si, Cordelia. Je me suis renseigné sur la famille Giles, figure-toi. Il se trouve que Spike a un frère plus jeune qui est lui aussi célibataire. Wesley Giles. Il a trente deux ans, est plutôt beau garçon, sympathique, etc. Buffy et Spike pourraient te le présenter. Tu es une vraie beauté, tu sais, sœurette. Il tombera amoureux de toi et...
- Ah, je t'en prie, ça suffit ! Par moments, j'en viens à penser que tu es vraiment cinglé !
- Non, je suis simplement optimiste de nature. Et c'est plutôt une qualité, en ces temps de récession et de morosité. Bon, eh bien, si tu n'as pas besoin de moi ici, je vais m'en aller. J'ai rendez-vous ce soir.
- Avec cette Drusilla ?
- Avec la copine de Victoria, Anya. On me... passe à la ronde, si tu vois ce que je veux dire.
Là-dessus, il se leva et quitta la pièce d'un pas élastique, l'air particulièrement content de lui et du monde en général.
- Il n'y a pas de quoi se vanter, Alex ! lança Cordelia derrière son dos. Franchement, je trouve même cela lamentable !
Mais il était déjà parti.

A suivre…