Coucou les mandragores !
Après une pause due aux oraux du concours, me voici de retour, pour le meilleur et pour le pire ! Ce chapitre était assez attendu, surtout lié à la petite phrase de fin du précédent XD
Anna Libellule : J'aime mettre du mignon parfois ^^ Voici la suite :D
Guest : Merci beaucoup !
Bonne lecture ! =D
Chapitre 6 : Sensations fortes
- Je… Ah !
Entre ce qu'il avait lu, ce qu'il avait entendu, ce qu'on lui avait dit et ce qu'il avait imaginé, Antoine s'était fait une idée de la première fois. Mais dans ce qu'il avait pensé, c'était lui qui pénétrait une fille, pas lui qui se faisait pénétrer par un mec. Aussi lorsque Mathieu et lui s'étaient retrouvés dans sa chambre par une froide journée de décembre et qu'ils s'étaient tous les deux retrouvés dans un état d'excitation assez avancé suite à de nombreux câlins, Mathieu avait pris les choses en mains.
- Mmmhhh…
Ils s'étaient retrouvés nus et sans qu'Antoine ne puisse se rappeler de quelle manière, ils étaient sur le lit en train de débuter les préliminaires. Le plus grand avait angoissé sur le moment, son corps se figeant de manière inconsciente. Mathieu avait agi de manière similaire à l'autre fois, le rassurant par des mots doux et en faisant attention à ne pas être trop rapide pour privilégier le bien-être d'Antoine.
- Aaah !
Il y avait eu la douleur, cette impression nouvelle et étrange d'avoir quelque chose en soit. Mais l'impression et le mal disparus, Antoine put profiter du plaisir et uniquement du plaisir. Ses gémissements se transformèrent bientôt en cris, surtout quand sa prostate fut touchée. Mais plus que l'acte en lui-même, sentir contre son dos le torse de son compagnon, ses bras qui l'entouraient, ses gémissements contre son oreille… Tout cela décupla ses sensations.
- Mathieu !
La jouissance arriva sans prévenir. Epuisé et satisfait, haletant, le plus jeune s'écroula à plein ventre sur son lit, aussitôt suivi par Mathieu qui se trouvait dans le même état que lui. Ce dernier s'approcha de lui et lui embrassa au hasard la joue, cherchant ses lèvres. Lesdites lèvres qui s'emparèrent de celles tant aimées.
Antoine se retourna et prit Mathieu dans ses bras, embrassa chaque partie du corps à sa disposition, ce qui fit frissonner son compagnon.
- Apparemment tu as aimé…, insinua ce dernier.
- Tu en doutais ?
- Tu aurais pu être déçu.
- Dis pas de bêtises !
Mathieu allait rétorquer quand le porte de la chambre s'ouvrit brusquement.
- Antoine, c'est toi qui a le disque de…
La femme s'interrompit en apercevant la scène.
- Maman ? Tu es déjà rentrée ? demanda bêtement Antoine.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? se hérissa la mère. Que fait cet homme comme ça avec toi ?
C'était plus le choc qui la fit poser cette question idiote : deux hommes nus et enlacés sur un lit ne laissaient pas planer de doute quant à leur activité. Mathieu se sentit mal à l'aise et serra la main de son copain, comprenant que la situation dérapait. Les questions, prononcées trop fortes, lui donnèrent mal à la tête.
- On faisait des exos de sciences sur la reproduction, ironisa le fils.
- Mais c'est… répugnant ! s'en étrangla la femme. J'exige que cet individu quitte notre maison tout de suite et n'y remette plus les pieds !
- Mais maman…
- Antoine, je fais ça pour ton bien ! Et vous, vous osez revenir ici, j'appelle la police !
Le jeune aveugle était bouche bée à l'entente de tels propos alors qu'ils n'avaient rien fait de mal. Blessé, il attendit la réaction d'Antoine.
Annie essayait de rendre le sourire à son plus jeune fils, en vain.
- Essaye au moins de finir ton assiette, c'est ton plat préféré.
- Je n'ai pas faim.
- Il finira par te contacter à nouveau, j'en suis persuadée.
- Et quand ? éclata Mathieu. Ça fait deux jours que son immonde mère m'a jetée de chez elle sans qu'il ne prenne vraiment ma défense. Et depuis plus rien, silence radio ! A croire que je ne comptais pas vraiment pour lui.
Alors qu'il t'a présenté avec fierté à Buscarron et aux habitués du bar ? Mais arrête de délirer, sérieux.
- Ne dis pas de bêtises ! Seulement pour lui la situation est compliquée. Sa mère refuse qu'il ait ce genre de relation avec toi et il n'a personne chez lui qui peut prendre sa défense. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir une mère aussi extraordinaire que moi !
Cette dernière phrase avait été prononcée sur le ton de la plaisanterie, avec une fausse vantardise, mais l'état de Mathieu ne changea pas. Ni le soutien de sa famille ni les menaces de Rose à l'encontre de la mère ne pouvaient le faire sortir de son humeur sombre. Le silence d'Antoine lui pesait horriblement et il désirait lui parler ardemment. Le sentiment d'abandon devenait de plus en plus fort dans sa tête mais il refusait d'y penser – pour l'instant.
Nicolas rentra chez lui au même moment et se dirigea dans la cuisine, venant aux nouvelles de son cadet pour le retrouver dans le même état qu'avant son départ.
- Mathieu !
- Nicolas ?
- Si tu dis que je suis le plus génial des grands frères, je déploierais mes talents de magicien pour exaucer ton vœu !
- Parce que tu crois que j'ai envie de rire ?
- Allerrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !
- Pas envie.
- Mathieuuuuuuu !
- …
- Je suis prêt à passer ma journée de demain entièrement en talons haut si tu le fais !
- Parce que tu as des talons ? demanda Annie, intriguée.
- Je comptais fouiller dans tes paires.
- Et les abîmer ? Jamais ! Fils indigne !
- Roh !
Mathieu soupira, étant toutefois quelque peu amusé par l'échange.
- Nicolas, tu es le plus génial des grands frères ! Maintenant tu peux te mettre en talons.
- YEAH ! On rediscutera des pompes plus tard car maintenant… le vœu : Abracadabra !
Il y eut un court silence puis…
- Mathieu ?
Le susnommé sentit que son cœur loupa un battement. Il ne connaissait que trop bien cette voix.
- An-Antoine ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? C'est toi Nicolas ?
- Ton génial de grand frère est tombé sur cette âme en peine qui errait devant chez nous sans oser entrer aussi a-t-il eu dans l'idée de la ramasser.
- Antoine !
Mathieu se releva brusquement – faisant tomber la chaise au passage – et se précipita dans la mesure du possible dans la direction de son aimé. Antoine raccourcit la distance en se déplaçant et l'accueillit dans ses bras.
- Mathieu, pardon de ne pas avoir donné de nouvelles, mais c'était compliqué. Ma mère m'a confisqué mon téléphone et j'ignore où elle l'a caché et la situation est très tendue chez moi.
- Antoine, intervint Annie, tu n'as que tes vêtements sur le dos et il est tard : ta mère sait que tu es ici ?
- Non, avoua-t-il. Nous nous sommes une nouvelle fois disputés et j'ai fui, avoua-t-il.
- Prends donc notre fixe et appelle-la pour la prévenir.
- Je n'ai pas envie d'y retourner ! rétorqua Antoine en serrant davantage Mathieu contre lui.
- Rien ne t'oblige à y retourner, tu peux dormir chez nous ce soir.
- Je n'ai pas envie de vous ennuyer !
Mathieu se desserra d'Antoine pour le forcer à le regarder.
- Reste, s'il te plait.
Devant l'air suppliant du plus âgé, Antoine accepta. Il prévint sa mère par téléphone où il allait passer cette nuit. Sa mère hurla son désaccord, mais Annie prit le relais et entama une discussion pour démontrer que deux hommes pouvaient s'aimer sans que cela ne soit problématique.
Voyant que tout allait mieux, les deux amants se retrouvèrent dans la chambre de Mathieu et Antoine s'empressa de reprendre la parole.
- J'suis vraiment désolé Mathieu. Je n'ai pas réussi à prendre la défense l'autre jour et…
- Parlons d'autre chose, je n'ai pas envie de t'entendre parler de ça.
- Ça t'a blessé.
- Ce qui m'a surtout blessé, c'est que je n'ai pas eu le temps de te dire à ce moment-là que tu as été un bon coup.
- Tu parles, je n'ai pas fait grand-chose.
- Je n'ai pas envie de savoir ! cria Nicolas de l'autre côté du mur.
- Les cloisons sont si fines ? s'inquiéta Antoine.
- Pas tant. Mais après si on s'arrête et si on cherche à savoir ce qui se passe dans une pièce, là, rien ne peut nous échapper.
- Genre je suis un espion !
- Parfaitement, ô génial grand frère porteur de talons !
- Merde, je pensais que tu avais oublié !
Antoine rit, en même temps qu'il trouvait cette famille toujours aussi chaleureuse et unie. Il sentit un bras entourer sa taille.
- Tu crois que ça va s'arranger avec ta mère ?
- Je ne sais pas. On verra bien dans les jours qui arrivent.
Leurs mains se lièrent.
- Rien ne nous séparera, promit Antoine. Ce n'est pas à ma mère de me dire avec qui je dois être. C'est toi que j'aime Mathieu, j'espère qu'elle le comprendra vite.
- Vu que la mienne n'a pas déjà envoyé le téléphone valser à travers la pièce, c'est que la discussion ne s'envenime pas trop. Il y a un espoir de ce côté-là.
- Ta famille est dingue. Mais je comprends d'où provient ton caractère.
- Je prends ça pour un compliment. Et moi aussi, je t'aime !
- Heureux de l'entendre. Merci encore pour l'hébergement !
- Antoine, on doit se serrer les coudes, c'est normal. Je ferai toujours tout pour t'aider.
- Moi aussi.
- Attends, tu es en train de me dire qu'Antoine a dormi chez toi pendant quatre nuits de suite ? Pourquoi je ne suis avertie que maintenant ? Foutue grippe, elle m'a tenue éloignée des nouvelles intéressantes !
Rose terminait son chocolat en pestant.
- Ce n'est pas la nouvelle du siècle, répondit Mathieu en haussant les épaules – il avait déjà avalé tout son café.
- Mais c'est trooooop chou ! Mais du coup, il est reparti chez lui ?
- Oui. Il s'est expliqué avec sa mère. Elle n'est pas du tout ravie de la situation, mais elle a compris que c'était une histoire sérieuse, alors elle ne proteste plus. Antoine a l'espoir que ça va aller en s'améliorant. Peut-être qu'un jour elle m'acceptera et je pourrai de nouveau aller chez lui.
- Ce serait chouette. Bon, faut que je te laisse, j'ai promis à mes sœurs que j'allais les accompagner pour les courses de Noël. C'est suicidaire à deux semaines de la remise des cadeaux, mais à croire que je suis trop gentille avec elles !
- C'est surtout que tu veux rencontrer le nouveau copain de l'une d'entre elles, si c'est bien ce que j'ai compris.
- Un surfeur, ça vaut le coup d'œil !
Ils payèrent et sortirent du café. Mathieu assura qu'il savait rentrer tout seul et ils se séparèrent. Au même moment arriva son bus et il y entra. Le peu de bruit lui indiqua qu'il y quasiment personne. Préférant éviter la foule qui entrerait possiblement aux prochains arrêts et qui pourraient le bousculer, il se dirigea vers le fond du bus et s'y installa.
- Tu es l'aveugle de l'autre fois ? demanda une voix désagréable dans l'obscurité.
Pas cette pimbêche !
- Caroline…
- Je viens de te voir avec Rose. Elle était avec toi, pas avec Antoine. Antoine qui est avec toi plutôt qu'avec elle. C'est quoi cette histoire ?
- Si tu es un tant soit peu intelligente, utilise tes neurones et donne une bonne réponse, que je ne discute pas inutilement avec toi !
Il était désagréable mais il ne pouvait pardonner le fait qu'elle ait cherché à séduire Antoine.
Jalousie quand tu nous tiens !
- Il n'est pas avec Rose, n'est-ce pas ? demanda Caroline.
- Effectivement, répondit Mathieu. Ils n'ont jamais été ensemble, tout cela n'était qu'une absurde comédie.
- Ouf, tu me rassures !
- Antoine sortait déjà avec moi quand tu l'as embrassé.
- Quoi ?
Caroline sursauta vivement. Mathieu ne put la voir mais son cri lui suffisait amplement – il était tellement heureux de l'emmerder, il s'en donnait à cœur joie.
- Je sors depuis tout ce temps avec Antoine. On s'aime lui et moi.
- Arrête ! Je ne te crois pas ! Comme si vous aviez couché ensemble !
Bon ok, là elle mérite de se faire démonter.
- On a fait l'amour oui. Je connais tous les points sensibles d'Antoine, chaque zone qui le fait crier, le son de sa voix et comment son corps se tend quand il jouit… Je connais aussi la douceur de sa peau, je sais combien sa bite peut être dure et grosse, je sais…
- Tais-toi ! Tais-toi je ne veux pas t'entendre ! Tu mens c'est évident ! Comment Antoine pourrait être intéressé par un mec petit et aveugle, hein ?
Pétasse !
- Il est très intéressé quand je le pénètre ou vice-versa, quand on hurle nos prénoms au moment de la délivrance ou quand il me dit qu'il m'aime.
- TA GUEULE !
Mathieu entendit Caroline s'approcher.
- Fais-moi quelque chose et je porte plainte contre discrimination envers les personnes en situation de handicap et les homosexuels.
- Tu crois me faire peur, nabot ?
- Le nabot détient le cœur d'Antoine, alors dégage de sa vie et arrête de le draguer.
- Je…
- Sinon je mets Rose sur l'affaire et crois-moi, elle est ceinture noire de karaté. Ne la fais pas chier.
Mathieu ne précisa pas que Rose ne pouvait pratiquer les arts martiaux sauf en cas de légitime défense. Il ne sut pas la réponse de Caroline, celle-ci descendit du bus. Avec toute la tension des derniers jours suite à l'échange avec la mère d'Antoine, s'être déchargé sur Caroline lui avait du bien.
Mathieu ignorait quelle bombe il venait de lâcher.
Dès le lendemain, Caroline s'assura qu'Antoine puisse passer de mauvaises journées. Ce dernier, à peine entra-t-il dans l'enceinte du lycée qu'il remarqua que quelque chose était différent. Les gens qu'ils connaissaient le regardaient bizarrement, soit de travers, soit de manière gênée. Quant à ses propres amis, ils chuchotaient entre eux quand il alla les rejoindre.
- Salut les mecs ! Quoi de neuf ?
En temps normal, les amis auraient salué Antoine et ils auraient entamé une discussion sur n'importe quel sujet, mais encore une fois, rien ne fut comme d'habitude. Même s'ils furent souriant, il y avait des échanges de silence qui ne trompèrent guère le chevelu.
- Il se passe quoi là ? J'ai un truc sur le visage d'étrange ?
- Antoine, tu es notre ami et on t'apprécie hein, mais il y a un truc qu'on aimerait savoir.
- Quoi ?
- T'es gay ?
Antoine ferma les yeux en soupirant, ayant l'impression de devoir répondre comme à sa mère sur des sujets qui ne concernaient que lui. Sa sexualité était son choix et ne regardait personne d'autre, il n'avait absolument pas de compte à rendre ce niveau-là.
- Non.
- Mais… Tu ne sors pas avec un mec ?
- J'ai un copain oui, si c'est ce que vous voulez savoir. Mais en vrai les mecs m'attirent pas plus que ça, je suis plutôt intéressé par les filles.
- Mais tu sors avec un mec. Donc…
Cette insistance, malsaine, l'énervait. Pourquoi personne n'était ouvert d'esprit parmi ses proches hormis les gens du bar ? Mathieu avait de la chance avec sa famille et Rose.
- Donc rien du tout ! Les mecs, arrêtez de poser ce genre de question, vous êtes chiants ! Ça fait un moment que ça dure et pourtant, je suis toujours le même. Ce n'est pas une maladie ni un défaut. Si j'ai gardé le silence et vous ai fait croire que j'avais une copine, c'était justement pour éviter d'avoir à subir un interrogatoire comme si j'avais commis une faute !
- Merde, désolé Antoine, je… On ne voulait pas t'embêter !
Aussitôt, les amis entourèrent Antoine en s'excusant, en lui assurant que ça ne changeait rien entre eux. Le chevelu ayant eu la veille des nouvelles de Mathieu lui ayant narré sa confrontation avec Caroline, il se renseigna auprès de ses potes de comment ils avaient su qu'il avait un copain. Il apprit donc que Caroline s'était débrouillée, via quelques textos et en le disant en face à d'autres, pour que la nouvelle soit connue de tous les premières.
Antoine savait que parler avec Caroline ne servirait à rien, aussi ne fit-il rien. Les discussions qu'il avait eu avec sa mère et Buscarron – il ne disait rien à son père à ce niveau-là, n'étant pas assez proche de lui – lui avaient fait comprendre que se cacher ne servirait à rien. Soit il dissimulait la vérité et en souffrait, soit il assumait. L'adolescent avait choisi la seconde option. Et la réaction de ses amis le réconforta.
Caroline et ses copines remarquèrent vite qu'Antoine se fichait pas mal des remarques, ce qui les mirent en pétard, surtout Caroline.
Mathieu arriva au parc Ouattzequeut, il n'était donc plus très loin du bar. Il avait rendez-vous avec Antoine et comme à chaque fois, il avait hâte. Et dans l'ambiance de cette semaine de décembre, la dernière de cours, imprégnée des fêtes de fin d'année, le rendaient particulièrement guilleret. Surtout qu'il avait trouvé un cadeau pour son aimé, lui ôtant une épine du pied.
Il arrivait au niveau des grilles du parc. La distance se rapetissait.
- Mathieu ?
La canne tomba par terre sous le choc immense. Le corps se mit à trembler violemment tandis que le cœur battait la chamade. Il sentit la transpiration couler le long de son corps. Tout cela ne prit que quelques secondes à peine, mais la puissance de la surprise comme la peur firent perdre toute contenance au jeune aveugle.
- Mais oui, c'est toi Mathieu ! Comment ça va depuis le temps ?
Une main se posa sur son épaule. Ce simple toucher rendit Mathieu fou. Il s'écarta violemment en hurlant et se dépêcha de courir le plus loin possible de la personne même si cette dernière l'appela à plusieurs reprises. Mathieu était tellement sous le choc qu'il perdit contact avec la réalité.
Et ce fut le trou noir.
Cette salle, il ne l'avait jamais vu de ses propres yeux et pourtant, il la connaissait par cœur. Une salle d'hôpital, avec une odeur synthétique et un silence glauque, dû au fait que personne ne prononçait le moindre mot : les gens étaient tous plongés dans le coma. C'était pour cette raison qu'il se trouvait ici.
- Mathieu !
Il était à côté de lui. Il lui parlait avec sa voix suave, exigeant qu'il fasse ce qu'il dise. Mais cette fois-ci, Mathieu ne voulait pas le faire. Non, il s'y refusait. Mais l'autre ne voulait rien entendre et le menaça. Alors Mathieu obéit.
- Mathieu !
L'air lui manqua. La honte le submergea tandis qu'il se répétait qu'il ne pouvait pas réussir. C'était trop glauque pour qu'il réussisse, quoiqu'en dise l'autre. Il se sentit pleurer, il avait envie de vomir. C'était insupportable. Ne pouvait-il pas se libérer de cette situation ?
- Mathieu, réveille-toi, ce n'est qu'un rêve !
Des bras l'entourèrent solidement et Mathieu ouvrit les yeux, surpris. En sueur, il haletait, toussait, tandis qu'une main lui caressa doucement les cheveux et une autre son dos. De manière instinctive, il s'accrocha à la personne qui cherchait à le calmer et dont il avait reconnu l'identité.
- Antoine…
- Shhhh, tout va bien, c'est fini. Je ne sais pas ce qui t'a à ce point effrayé, mais ce n'était qu'un mauvais cauchemar, rien n'était réel.
- Si, c'était la réalité !
Il reprenait peu à peu ses esprits, ses derniers souvenirs lui revenant en mémoire.
- Mais je suis où ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je t'ai trouvé, fils, intervint la voix reconnaissable de Buscarron. Tu délirais en courant dans la rue. J'ai essayé de te parler, mais tu ne m'entendais pas. Tu te mettais en danger tout seul, alors je t'ai emmené dans mon arrière-boutique. J'avais beau essayé, j'ai été incapable de te faire sortir de ton état. Heureusement Antoine est arrivé juste à ce moment-là.
- Tu m'as fait très peur ! renchérit Antoine. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qui a bien pu te mettre dans un tel état ?
Mathieu enfuit sa tête contre le cœur de son amant, se rassurant en sentant son odeur. Le patron du bar les laissant pour plus d'intimité.
- J'ai paniqué ! Je suis tombé sur une personne que je ne voulais plus voir et j'ai perdu le contrôle de moi-même.
- Qui ça ? L'un de tes agresseurs qui t'a fait perdre la vue ?
- Non. Lui.
Antoine se crispa contre le plus petit. Il avait compris.
- Il a tenté de te faire quelque chose ?
- Non rien ! Il m'a touché et…
- Il t'a quoi ?
- Il a mis sa main sur mon épaule et c'est là que tout a dérapé. Je suis désolé, je suis complètement nul.
- Mais non tu n'es pas nul ! Mais vu ce que tu m'as dit de lui, je comprends que revoir cet Alex ne t'ai pas laissé indifférent.
- Je suis nul, même pas capable de lui faire face ! Je ne suis qu'un boulet pour toi. Déjà qu'à cause de moi tu as des soucis avec cette Caroline…
Antoine caressa doucement le visage de son interlocuteur, le forçant à le regarder.
- Tu te rappelles de ce qui tu m'as dit quand tu m'as recueilli chez toi l'autre soir ? On doit se serrer les coudes. Je sais que tu n'aimes plus Alex, mais que sa présence te cause des soucis. Ça ne va pas être facile pour toi si tu le revois, mais je serai là pour toi pour te soutenir, d'accord ? Si ça peut t'aider à ne plus avoir de telles crises, j'en serais heureux.
- Oh !
- Et je ne t'en veux pas pour ce qui m'arrive au lycée, si c'est ce que tu veux savoir.
- J'ai tellement envie de pourrir la vie de Caroline ! C'est mon nouveau hobby – avec t'aimer toi, bien sûr.
Antoine, très heureux de voir que le sujet douloureux avait été vite écarté, continua sur cette lancée.
- D'ailleurs, il y a quelque chose que tu peux faire pour l'emmerder.
- C'est vrai ? Dis-moi !
Dernier jour des cours de cette année 2005. Antoine sortit du bahut en même temps que ses camarades de classe, quasiment la seule à cette heure tardive. Sans s'étonner, Antoine vit Caroline échanger des messes basses avec ses amies. Et ce fut encore moins étonné qu'il vit contre un arbre un peu plus loin Mathieu qui l'attendait.
Il alla à sa rencontre et devant les autres, l'embrassa sans la moindre gêne. Caroline sursauta mais Antoine, tandis que son baiser lui fut rendu, fit un doigt dans sa direction. Les amis du chevelu rirent et sifflèrent devant la scène.
Mathieu se joignit aux rires, heureux. L'épisode Alex semblait lointain et grâce aux paroles rassurantes de son copain, il pensait que s'il recroisait son ex, il n'aurait plus peur.
C'étaient de belles vacances qui s'annonçaient.
Voilà :D
Un nouveau personnage, qui deviendra important, va faire son apparition dans le prochain chapitre. Oui Nahira, tu peux être contente ^^
Poster une review permettra de connaitre leur premier été ensemble. Et rendre Rose plus importante.
