Hello tout le monde !

Voici le chapitre 7, un peu plus long que d'habitude.

Bonne lecture à tous !

Chapitre 7 : Cauchemars impurs.

(Drago Malefoy.)

Drago n'avait pas réussi à trouver le sommeil, cette nuit-là. Quand il arrêtait de se retourner dans son lit, angoissé, il parvenait à fermer ses yeux et aussitôt, il imaginait Hermione se faire tuer sur une petite estrade, au centre de milliers de personnes.

Sans savoir réellement pourquoi, cette vision le révulsait. Pas à cause de son dégoût pour la mort, non, car il avait vu des choses bien plus horribles dans sa misérable existence. Non, il s'agissait d'un sentiment, qu'il n'arrivait pas très bien à cerner car il lui arrivait très rarement. Une oppression dans sa poitrine, comme si son coeur se compressait tout seul.

Il ne savait pas comment l'exprimer, mais la seule chose qu'il trouva à faire fut de fermer son esprit, comme sa tante lui avait appris. Alors, ce fut l'esprit totalement vidé, noir, qu'il ferma enfin les yeux et tomba dans un sommeil sans rêve.

(Hermione Granger.)

Hermione, à peine ses yeux ouverts, rampa sur le côté et se saisit du petit caillou, avant de fendre le mur d'un nouveau trait. Elle regarda un instant son oeuvre, satisfaite, et finit par contempler le ciel, au dehors.

En se levant, le dos beaucoup trop douloureux pour marcher convenablement, elle fut saisie par la beauté du paysage sous ses yeux. Manifestement, le soleil se levait, et la belle lumière rosée derrière les montagnes lui donna du baume au coeur.

Malheureusement, ce sentiment fut de courte durée dès que Pierre transplana dans la pièce, la baguette en main. Hermione soupira :

"Dès le matin ? Vous n'avez pas mieux à faire ?"

Il ne répondit pas, les lèvres serrées. Hermione s'étira et constata les cernes de son destinataire. Même en dormant par terre, elle avait une meilleure mine que lui.

Quoique, elle ne s'était pas encore vue.

Étrangement, l'homme ne fit aucun geste. La jeune femme redoutait la sensation des fils contre ses tempes mais en voyant qu'il attendait, elle finit par demander :

"Qu'est ce que vous attendez ?"

"A partir de maintenant, j'aurai un assistant. Pour me prévenir quand je devrai cesser."

"Oh, vous vous inquiétez pour ma santé ?"

"Non, mais le Maître, si."

Il commença à faire les 100 pas, visiblement énervé.

"Il est en retard ?" ricana-t-elle.

Aucune réponse. Hermione repassa dans sa tête ses paroles : "Non, mais le Maître, si." Si Lucius était le soi-disant Maître, pourquoi s'inquiétait-il autant ? Il devrait la haïr, alors, la faire souffrir ne devait lui apporter qu'un bonheur suprême.

Ses pensées furent interrompues par un tourbillon de transplanage, et bientôt, un nouvel homme se trouva dans les cachots.

Son visage lui rappelait quelque chose… Petit, trapu, les cheveux en brosse… Elle l'avait déjà vu quelque part, mais impossible de se souvenir où exactement.

"Bonjour, Pierre. Pardon de mon retard, j'ai été retenu."

"Aucun mal. Prenez place."

Evidemment, le nouveau Chasseur ne prit pas la peine de se présenter à la brune. Elle leva les yeux au ciel, mais son geste fut interrompue par la véritable impression que des fils frappaient contre son crâne.

Avant même qu'elle n'ait pu émettre le moindre signe de résistance, des souvenirs germaient déjà devant ses yeux, et son souffle fut coupé.

Ron et Harry devant un énorme gâteau, dans la Grande Salle.

Sa mère qui préparait des pommes de terre en écoutant Michael Jackson, dans la cuisine.

Nick-Quasi-Sans-Tête qui observait La Dame Grise à la dérobée.

"St…"

Elle entendit la voix du Chasseur retentir mais n'en saisit pas les mots, et aussitôt, les images disparurent.

"Toujours rien."

"Effectivement."

La brune fronça les sourcils en se massant la gorge : Il pouvait les voir aussi ? Il fallait qu'elle pense à demander à Drago, la prochaine fois.

"Bien, Thimotée, j'aimerai vous parler."

Tous deux transplanèrent sans un mot de plus.

Pendant un instant, Hermione était perturbée. Puis, elle se rappela enfin où elle avait vu cet homme : il faisait partie des cinq Chasseurs qui avaient tenté de lui arracher des souvenirs. Elle s'en était souvenu à cause de ce regard insistant, presque lubrique, qu'il avait tendance à poser sur elle.

Elle frissonna et s'assit dans un coin, l'esprit ailleurs.

(Drago Malefoy.)

"Une pile de vêtements. Pour la prisonnière."

L'elfe de maison auquel il s'était adressé sursauta et courut dans la petite pièce destinée au linge, avant de sortir quelques secondes plus tard avec une pile de vêtements noirs. Evidemment, comme les elfes n'avaient pas le droit de toucher à n'importe quelle sorte de tissus, ils étaient soigneusement enroulées dans un sac en papier.

"Tenez, Maître."

Drago fit volte-face et se dirigea, cette fois-ci, vers la cellule d'Hermione. Il était réellement angoissé, mais il devait impérativement le lui dire. Déjà qu'elle était condamnée à mort, alors, si en plus elle ne le savait pas… Il trouvait son sort affreux et avait décidé qu'il lui en parlerai dès ce matin.

Le blond descendit les escaliers et découvrit la rangée de barreaux où avaient été abrité les Sangs-de-Bourbe et traîtres à leurs sangs. Seule une, la tête posée entre ses bras dans un coin de la petite pièce, était immaculée.

"Tiens, je t'apporte des vêtements."

Hermione sursauta, et Drago entra rapidement dans la pièce. Les briques s'enflammèrent, mais dès qu'il eût posé le tas noir, elles redevinrent normales.

"Merci."

Il s'éloigna à reculons, et la jeune femme s'approcha de la pile, sceptique. Pendant quelques secondes, penchée sur la pile, Hermione ne dit rien, mais ses pupilles détaillaient les vêtements sans qu'elle ne les touche. Enfin, elle défronça les sourcils et s'en saisit sans la moindre once d'hésitation.

Il était persuadé qu'elle avait cherché un piège, ou un poison. Il ne pouvait pas le nier : Granger était douée. Si en un coup d'oeil elle décelait les sortilèges, quels étaient les dommages qu'elle avait fait avec sa baguette ?

Drago croisa son regard et, après une seconde de réflexion, comprit qu'elle attendait de se changer. Elle devait penser qu'il voulait rester. Pour la regarder. Cette pensée lui donna des frissons.

"Non ! Non, attends… je voulais te dire quelque chose."

"Mais je n'ai rien dis."

"Ton regard en disait long."

"Tu es raciste, lâche et incroyablement prétentieux, mais de ce que je sache, tu n'es certainement pas un pervers."

Il ne savait pas s'il devait le prendre comme un reproche ou un compliment, mais il ne répondit rien. A la place, il mit son masque "Neutre" et s'assit sur un morceau de muret, devant les barreaux.

"Granger, si je suis venu te voir, tu te doutes que ce n'est pas pour te rapporter des vêtements."

"Oh, pendant un instant, j'ai pensé que tu avais eut l'audace de rendre la liberté à tes elfes, mais visiblement, j'ai eu tort."

"En effet, ça ne concerne pas les elfes."

En voyant que toute trace de rire avait disparu de son visage, Hermione pencha la tête sur le côté et plissa les yeux.

"Quoi…?"

"J'ai appris quelque chose et je n'ai pas le droit de t'en parler… Normalement."

"Alors, pourquoi le ferais-tu ?"

Il resta un instant désarçonné par la question mais finis par répondre :

"Parce que pour moi, il est essentiel que tu le saches."

"Pourquoi ?"

"Parce que c'est ton destin, Granger !" s'écria-t-il tout à coup.

Elle arqua un sourcil et Drago se maudit d'avoir fait tomber son masque.

"Tu l'aurais dis, devant ton père ?"

"Non, bien sûr que non."

"Tu as peur qu'il te punisse ?" dit-elle avec un semblant de moquerie.

"Non. Mais qu'il me tue, oui."

"Tu finis par m'intéresser. Crache le morceau."

Drago prit une grande inspiration, passa sa main dans ses cheveux dorés et ferma un instant les yeux. Quand il les rouvrit, il murmura :

"Le 13 novembre…"

"Quoi ? C'est la St-Drago ?"

"Granger ! Sois sérieuse deux minutes !"

"Pardon, pardon, c'était beaucoup trop tentant. Je t'écoute."

"C'est le jour de ton exécution."

Un froid glacial sembla percuter le corps du jeune homme mais il n'y prêta pas attention. A la place, il observa, choqué, la réaction de la Gryffondor.

Il s'était attendu à tout, sur le chemin de la buanderie. Qu'elle éclate en sanglots. Qu'elle l'insulte. Qu'elle tombe dans les pommes. Qu'elle tente de le blesser.

Certainement pas à ce qu'elle hausse vaguement les épaules et qu'elle prenne un air si détaché.

Merlin, cette fille était vraiment forte. Sa carapace ne s'était pas fissurée une seule seconde. Aucune trace de surprise ne se reflétait sur son visage fatigué. Peut-être qu'elle était déjà au courant? Non, impossible, lui-même venait de le savoir la veille.

"Je ne comprends toujours pas pourquoi tu viendrais me le dire."

"Mais enfin ! Granger ! Tu vas mourir !"

"J'avais compris. Réponds à la question."

Drago soupira longuement et se concentra. C'est vrai, pourquoi s'était-il obligé de le lui dire ? Ca n'avait aucun rapport avec lui, c'était certain. Il n'en avait rien à faire, qu'elle meure. Il tiqua. Peut-être qu'un peu. Après tout, on ne peut pas ne pas se sentir touché par la mort de quelqu'un qu'on avait connu la moitié de sa vie, même si cette personne était détestable. Ils avaient tout de même un certain passé, certes embrumé, mais passé quand même.

"Peut-être parce que je n'ai pas envie que tu meure ?"

Tandis qu'elle arquait les sourcils, il se donna des gifles mentalement. Il avait tellement envie d'avoir raison qu'il lui dévoilait ses pensées tout haut ! Où était passé ce fichu masque ?

"Merci, de m'avoir dit ça. Je pense pas que ça a été facile. De contrer ton père."

Ce fut à Drago de rester silencieux. Hermione prit les vêtements entre ses doigts et encercla ses bras contre pour les serrer contre sa poitrine, comme si ce geste avait été rassurant.

Finalement, elle se traîna sur le sol et se posa dans son coin favori, la tête posée sur le mur de la fenêtre. D'ailleurs, ses yeux chocolat étaient lassement posés sur le ciel, en haut.

Le silence dura bien quelques minutes. Pas gênant, au contraire. Les deux pensaient, réfléchissaient, se rappelaient de cette nouvelle accablante qui les avaient frappés tous les deux.

D'ici, Drago regardait Hermione, appuyée, les yeux relevés. Ses cheveux, lâchés, étaient pleins de bouclettes sauvages qui partaient dans tous les sens, lui créant un halo autour de ses joues rosies. Sa bouche était entrouverte, ses bras entourant ses genoux, sagement repliée sur elle-même.

Il ne la lâcha pas du regard, perdu dans ses pensées. Malgré toute la haine que Drago avait porté pour cette fille tout au long de sa vie, il ne voulait pas qu'elle meure. Cette révélation sembla le frapper de plein fouet, tandis qu'il réalisait à quel point elle était immorale. Il était censé les gens comme eux, ceux sans pouvoirs. Son père et sa mère l'avait bercé dans ses idéologies, et lui, il les faisait vaciller juste en voyant cette jeune femme dans sa prison.

Le garçon savait pertinemment qu'il n'avait pas le droit de penser de la sorte. Il devait se taire, la regarder s'écrouler sans un mot. Peut-être même sans la regarder, tant elle était inintéressante. Mieux, il devrait célébrer cette mort avec son père, autour d'un Whisky Pur-Feu, vantant les dommages de la guerre sur les Sangs-De-Bourbe.

"Arrête de me fixer, c'est très étrange." rit Hermione.

Le concerné sursauta et dévia son regard argenté le plus loin possible de la Gryffondor qui étira son visage d'un petit sourire. Puis, tout à coup, pour briser le silence, il dit :

"Tu aimerais mourir ?"

Il était prêt à s'excuser, mais fut surpris de voir qu'Hermione soupirait. Elle s'était déjà posé la question. Peut-être qu'elle le faisait, quand elle regardait le ciel…

"Je ne sais pas. D'un certain côté, non. Car j'ai envie de vivre des choses, tu vois ? J'espère arrêter cette guerre et enfin vivre ma vie. Avoir un métier. Des enfants. Une belle vie quoi. Retrouver Ron et faire le tour du monde… Prendre le thé avec mes parents… Déjeuner chez Ginny…"

Elle avait les yeux dans le vide, la voix éteinte.

"Mais…" continua-t-elle, "D'un autre… Depuis le premier jour, j'ai envie de mourir. Pour aller au paradis et arrêter de me cacher, tout le temps. D'échapper à cette guerre. Pendant deux ans, j'ai pas cessé de courir, et quand j'osais faire une pause, je me faisais attrapée. Bien sûr, j'ai vécu. Mais je ne supporte pas de voir mes cicatrices et de constater que j'ai été une victime à cause de mon sang. J'ai toujours envie de mourir, et pourtant, regarde-moi. Je suis là, je me bats. J'essaie de pas baisser les bras. Mais… Mourir… C'est tentant. Je pourrai retrouver Harry…"

A cette parole, sa voix se brisa, écrasée par un violent sanglot. Elle plongea sa tête contre son bras et elle sanglota, son corps secoué par les pleurs.

Alors, sans faire de bruit, Drago se leva et se retira discrètement. S'il y avait bien une chose pour laquelle il était incapable, c'était bien de consoler quelqu'un.

(Hermione Granger.)

Elle pleura longtemps. Bien après que Drago se soit éclipsé, des larmes coulaient toujours sur ses joues. Pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans cette maudite cellule, elle laissait échapper ses sanglots, ses peines, ses sentiments, dans un torrent de pleurs. D'ailleurs, elle n'arrivait plus à s'arrêter, le visage de Ron devant les yeux, puis Harry, Ginny, Neville, ses parents. Elle les avaient toujours dans la tête, mais parler d'Harry devant Drago l'avait vraiment fait basculer.

Au bout d'une bonne demie-heure, après avoir tant pleuré que ses yeux la piquaient, et qu'elle était essoufflée, Hermione finit par poser sa tête et respirer calmement. Malgré le fait que ça l'est étrangement libérée d'un poids, elle avait légèrement honte de s'être lâchée devant le garçon. Il avait dû être dégoûté, c'était sûrement la raison pour laquelle il était parti.

Depuis le début de la guerre, Hermione avait appris à ignorer le dégoût des autres quand ils posaient le regard sur elle. Mais, sous les yeux de Drago, c'était différent. Elle était toujours forte, neutre, prête à se battre à la moindre occasion, aussi, quand quelqu'un la regardait avec horreur avant, elle n'en avait que faire et devenait encore plus forte. Là, elle se sentait toute petite, comme si elle lui avait dévoilé énormément de choses sans qu'elle le veuille vraiment.

Pour la centième fois, elle posa sa tête pour regarder le ciel. Elle avait tellement envie de sentir l'air pur ! Ici, elle se sentait sale.

En soupirant, elle se leva et retira rapidement son haut pour mettre le nouveau.

A peine eut-elle reposé la chaussette sale sur le sol qu'un elfe de maison arriva en transplanant. Il avait une grosse tête chauve, plus petite que Dobby, avec des petits yeux clairs. Hermione estima que c'était une fille, vue les traits fins de son visage.

"Bonjour !"

L'elfe parut surprise, mais sourit de toutes ses dents avant de tendre un paquet à la jeune femme. Cette dernière, après avoir haussé les sourcils, l'attrapa d'une main. Visiblement, les elfes de maison avaient le droit de rentrer dans la cellule. Intéressant.

"Merci beaucoup."

"Euh, de rien, Miss."

Elle transplana, probablement vers les cuisines, et la brune s'égosilla intérieurement quant à la condition des elfes. Puis, elle déchira le paquet et s'émerveilla devant la couverture chaude et douce, mauve, à l'intérieur.

Très vite, elle retira totalement le paquet qui tomba par terre sans bruit. Les yeux pétillants, elle la déplia et savoura sa douceur sous ses doigts. Puis, elle la serra contre elle et s'en couvrit le corps, avant de s'allonger sur le sol, avec un petit sourire sur le visage.

Elle ne fut pas surprise en voyant un petit parchemin au fond du paquet. Elle savait déjà de qui il provenait quand elle l'ouvrit, mais son coeur battait tout de même anormalement.

"Granger,

J'ai remarqué comment tu as serré tes nouveaux vêtements dans tes bras quand je te les ai donnés. J'ai pensé que cette couverture te conforterait, ce soir.

Je l'ai vêtue d'un sortilège d'invisibilité pour que personne ne la voit, à part moi et toi, bien sûr. Mitty ira récupérer le paquet cette nuit.

Bonne nuit, Granger.

D.M."

(Drago Malefoy)

"Chéri ? Blaise est dans le salon."

"Je sais, merci."

Narcissa referma doucement la porte et Drago sortit de sa chambre en traînant des pieds, seulement vêtu d'un haut blanc et d'un pantalon noir souple, son pyjama. Très doucement, il se posta devant l'escalier où des marches vertes émeraudes le conduirait au salon principal. Mais avant même qu'il n'ait posé le pied sur la première que le métisse apparut, son éternel sourire scotché sur sa bouche.

"Hello !"

"B'jour."

"Oulà, toi, tu viens de te réveiller."

"Mhph pas dormi…"

"Okéé…"

Blaise et Drago entrèrent dans la chambre du blond. Comme à leurs habitudes, les deux Serpentard s'écroulèrent sur l'immense lit vert, qui pouvait contenir aisément une dizaine de personnes recroquevillées.

"Alors ?"

"Alors quoi ?" demanda Drago en fixant le plafond.

"Granger ? Sa mort ? Tes cauchemars ?"

Drago se frotta les yeux en soupirant. Il n'aurait jamais dû lui raconter cette partie dans sa lettre, ce matin. Après coup, il se sentait vraiment idiot, comme un petit garçon choqué.

"Laisse tomber."

"Non, c'est pas dans mes habitudes. Raconte."

"J'ai juste fais un cauchemar, rien de bien méchant."

"C'est à dire ?"

"Que Granger se faisait tuée sur une estrade, vers Poudlard. Content ?"

"Hmm. C'est compréhensible?"

"Non, Zabini, c'est tout sauf compréhensible. Qui rêve de son ennemie ?"

"De son ennemie, non. Mais de son ennemie qui va bientôt se faire tuer après avoir été enfermée dans ton Manoir pour une cause que tu rejettes, y a des chances."

Il soupira. Il était vraiment dans la bouse de dragon jusqu'au cou.

"Où est ton père en fait ?"

"Il est parti hier à Londres. Des affaires à régler."

"Il… Tu sais ?"

Blaise imita une bouteille que l'on renverse directement dans sa bouche et Drago ne put s'empêcher de sourire.

"Ouais, mais au travail il évite. Quand il rentre par contre, c'est la fête tous les soirs."

Il y eut un silence, où Drago continuait de regarder le plafond et Blaise, qui fixait son meilleur ami à la dérobée.

"Il y a peut-être une solution…" dit Blaise dans un souffle, au bout d'une minute.

"Pour les problèmes de boisson de mon père?" ricana le garçon. "Ouais, changer son Pur-Feu par de la pisse de gobelin, ce qui…"

"Non, non, pas pour ton père, pour Granger !"

Ils se relevèrent d'un bond et Blaise s'expliqua du mieux qu'il pouvait :

"Tu m'as bien dis qu'elle se faisait torturer pour avoir des souvenirs ?"

"Oui ?"

"Et que, depuis qu'elle était arrivée, elle n'en avait livré aucun ?"

"Oui?"

"Bah voilà !"

Drago, les bras en l'air en l'attente d'une explication, s'impatienta :

"Mais parle bon sang !"

"Et bien, elle en donne un peu ! Ca leur donnera de l'espoir, et ils poursuivront leurs recherches ! Avec un peu de chance, ils repousseront la date de l'exécution !"

"Tu crois qu'elle fait exprès ? De ne rien donner ?"

"Je pensais que c'était le cas ?"

"Non… Elle était en boule par terre en train de hurler à la mort. En plus, le sortilège a été renforcé. Il n'y aucune faille…"

"Visiblement, si." répondit le métisse en affichant son sourire le plus joyeux.

(Hermione Granger.)

Quand Drago avait dévalé les marches de l'escalier avec une frénésie palpable, elle avait d'abord pensé au pire. Elle avait retenu son souffle, attendant l'annonce cruciale qui allait l'atteindre. Mais, quand il avait lancé un grand sourire sincère, tous ses sens s'étaient rendormis.

"Tu m'as fais peur, Malefoy."

"Pardon pardon ! Mais j'ai, enfin Blaise, a eu une super idée ! Pour ton exécution !"

Elle arqua soigneusement un sourcil et il sembla repenser à ses paroles. Dès lors, il agita les mains pour la dissuader de ses idées :

"Non mais pas dans le sens… Pas POUR l'exécution ! Pour l'empêcher !"

"Hein ?"

Alors, Drago lui avait soigneusement expliquer le "plan" qu'avait dressé Zabini à son égard. Hermione, à l'écoute, ne l'interrompit pas une seule fois, l'air très concentré. Ce visage rappelait au garçon les bons vieux temps à Poudlard, et pendant tout le temps de son récit, il se croyait au cours de potion, alors que Rogue lui avait posé une question particulièrement difficile.

Puis, finalement, quand il acheva son monologue d'un souffle saccadé, elle finit par hocher la tête et déclara doucement :

"Il y a juste un petit problème."

"Quoi ?"

"Je ne contrôle pas, ça. C'est pas moi qui gère mes souvenirs. Je n'ai aucune idée de pourquoi ils n'arrivent pas à les lire."

"Tu opposes forcément une résistance."

"Non, pas du tout !"

Mais avant qu'elle n'ait pu développer, des pas retentirent au dessus d'eux, et Drago tournoya dans un flash de couleurs, avant de disparaître.

"Rebonjour, Miss;"

Pierre déboula à cet instant, et Hermione suspecta Merlin d'être derrière tout ça. A l'instant où Drago lui en parlait, il apparaissait. Et derrière lui, son assistant, avec ce regard plus que bizarre qui la détaillait scrupuleusement de haut en bas.

"Que puis-je faire pour vous ?"

"Dernier contrôle de la journée."

"Faites." dit-elle avec ironie.

Pierre leva alors sa baguette, et les fils se mouvèrent soudain sur son crâne. Alors, en pensant aux paroles de Drago quelques minutes plus tôt, Hermione lâcha totalement prise. Elle ne résista pas du tout, insensible au monde qui l'entourait. Elle se mettait complètement à nue, dévoilait toutes ses pensées.

Et soudain, un souvenir apparut devant ses yeux. Elle ne sentit même pas sa gorge se serrer, ni ses paupières frétiller, ni son coeur qui brûlait. Hermione regarda, choquée, l'image devant elle.

Ron, et elle, un an et demi auparavant. Ils étaient tous les deux assis sur un tronc d'arbre, sous le ciel noir encre. Etrangement, Ron souriait, ce qui était très rare dans ce genre de soirées depuis la guerre. Il portait un gilet marron et rouge et ses cheveux roux tombaient dans une frange démesurée qu'Hermione ne voulait pas couper au risque de rater.

Chacun tenait un bâton long, où était planté un Chamallow, qui grillait sur les flammes devant eux. Une technique moldue que Ron avait adoré. Et Hermione aussi d'ailleurs, puisqu'elle se rappelait regarder ces confiseries avec une gourmandise non feinte.

Puis, l'image s'effaça, et Hermione ouvrit les yeux. Elle était par terre, mais n'en avait que faire : Zabini avait raison. Elle avait lâché prise et un souvenir avait surgi de nul part. D'ailleurs, elle tourna la tête et découvrit le visage tordu de stupeur de Pierre qui, visiblement, n'y croyait plus depuis un certain bout de temps…

"Je, c'est… Non…"

La Gryffondor se releva et contempla, bouche-bée, l'endroit où avait apparu l'image.

"Il date de quand ?" demanda Pierre, le teint littéralement transparent.

"Un an et demi précisément." souffla la jeune femme.

Sans prévenir, le Chasseur transplana, probablement pour le conter à son Maître. Hermione était donc seule avec cet étrange assistant, qui la regardait toujours de ce regard aussi étrange et pénétrant. La jeune femme préféra tourner la tête et penser à ce souvenir, symbole de liberté. Car Drago avait raison : Si elle avait réussi à confier un de ses souvenirs, c'est qu'elle n'était plus condamnée à mourir !

"Vous devez être très douée."

Hermione comprit que l'assistant s'adressait à elle quand elle croisa finalement son regard sombre.

"Euh…"

"Mon Maître a dit que vous résistez. Pour ne pas livrer de souvenirs… Vous aviez beau vous tordre de souffrance, vous n'avez jamais rien donné. Mais aujourd'hui, vous avez décidé de ne pas résister. Pourquoi ?"

Hermione considéra un instant ses paroles, et comprit qu'il avait entièrement raison. Sans s'en rendre compte, elle avait empêché ces malfaiteurs de pénétrer dans sa tête, même inconsciente. Pour la millième fois de sa courte existence, elle remercia son cerveau qui, décidément, lui était très utile.

"Je n'ai pas fais exprès." mentit-elle.

Il ne dit rien, ses yeux brillants anormalement, et un petit sourire accroché sur son visage basané. Hermione pensa qu'il venait de l'Est, vue sa couleur de peau et son accent typique, un peu comme celui de Viktor Krum.

Soudain, Pierre transplana encore une fois, mais visiblement un peu trop rapidement car il s'écrasa lamentablement contre le grillage de la prison, qui immédiatement, changea de couleur.

"Thimothée, vous devez me suivre pour écrire le rapport…"

Sa phrase fut stoppée par les deux transplanages simultanés, qui retentirent dans la salle. Quand les deux hommes furent partis, les pierres du cachot s'éteignèrent et redevinrent grises ternes.

Hermione tomba presque contre le mur et s'appuya dessus. Malgré sa joie, le calvaire de l'exercice provoquait en elle une douleur qui durait plusieurs minutes, aussi, elle prit un peu de temps pour respirer. Puis, après s'être massé la gorge en fermant les yeux, elle dévia son regard sur le mur d'en face.

Elle contempla, interdite, les petits bâtons blancs incrustés dans le mur.

"Et bien, on dirait que tu vas rester là longtemps ma vieille." se dit-elle dans un soupir.

(Drago Malefoy.)

Le lendemain, quand Drago se leva et se rendit dans la Salle à Manger pour y prendre son petit-déjeuner, il fut surpris de voir son père attablé, en train de lire le journal. Et encore plus quand il se rendit compte qu'il n'était pas saoul.

"Bonjour, Père."

"Oh, bonjour Drago. Tu as passé une bonne nuit ?"

Là, il ne le reconnaissait carrément pas. Pourquoi était-il de si bonne humeur ? Généralement, quand c'était le cas, c'était qu'un événement tragique avait bouleversé la vie de quelques Sangs-De-Bourbe. Les Chasseurs avaient trouvé un camp entier, ou des familles cachées, ou mieux, des gens dans la Liste Noire.

La Liste Noire, nommée ainsi par Voldemort en personne peu de temps avant sa mort, était un immense parchemin où étaient inscrits tous les noms des personnes qui avaient contribué, plus ou moins, à la mort du Mage Noir. En premier, évidemment, avait été écrit "Harry Potter", barré désormais d'un gros trait noir, puis, Ronald Weasley, Hermione Granger, et l'ordre du Phoenix. Depuis le début de la Pourchasse, cette liste avait été accrochée magiquement dans chaque recoin du Chemin de Traverse, de la Voie 9/3, de Poudlard, et de chaque lieu magique fréquenté.

"Très bonne, merci."

"Moi aussi, et même une excellente !" lança Lucius en reposant son journal sur la table.

"Pourquoi, Père ? Des bonnes nouvelles ?"

Drago feignait un intérêt alors qu'il priait intérieurement pour qu'il lui épargne les détails du massacre.

"Oh que oui, Drago ! La Sang-de-Bourbe a livré un précieux souvenir, hier soir !"

Le temps que le garçon ait compris que "La" Sang-de-Bourbe était en fait Granger, son père avait annoncé :

"Son exécution est reportée à plus tard, le temps qu'on découvre ce qui cache derrière le cerveau de cette Impure de créature."

Mais Drago n'écoutait plus. Dans sa tête, il remerciait Blaise de tout son être.

(Hermione Granger.)

Hermione était habituée à l'enfermement, à l'esclavage et tout ce qui en encourait. Avec Ron, elle avait eu la tristesse de subir toutes sortes de scénarios plus horribles les uns que les autres, mais voilà : ils avaient toujours été deux. Jamais séparés en deux ans, ou alors, une journée maximum le temps que l'autre délivre l'autre. Ils avaient été esclaves pendant un mois à un marchand de potions, mais avaient réussi à l'empoisonner et s'échapper. Toujours, elle avait eu une épaule, un moyen de fermer son esprit, tranquille, car Ron était à ses côtés.

Mais dans cet endroit, c'était complètement différent, car elle était seule. Seule dans cette cellule, dans ces cachots, seule face à la foule de racistes qui lui crachaient dessus à longueur de journée.

Elle n'avait personne, ne pouvait pas dormir sur ses deux oreilles, manger le repas infâme sans penser à un éventuel poison.

Hermione roula sur elle-même et compta un à un les petits bâtons sur le mur.

16.

Cela faisait déjà 16 jours qu'elle se trouvait dans ce maudit Manoir.

12 depuis qu'elle avait sût par Drago que sa mise à mort était décalée à une date ultérieure.

12 depuis que la torture des souvenirs était achevée.

12 depuis qu'elle n'avait pas vu Drago une seule fois.

Pour la première fois, elle ressentait les causes d'un enferment long. Elle avait appris ça, à Poudlard, lors d'une de ses nombreuses recherches à la Bibliothèque : Quand quelqu'un est enfermé une semaine, selon sa physionomie et son mode de vie, il n'était pas souffrant. Mais, au-delà d'une semaine,la personne ressent l'isolement, la dépression, la nostalgie, le manque d'air. Elle ne cesse de pleurer, hoqueter ou même tomber dans les pommes. Elle commençait lentement, mais sûrement, à mourir.

Hermione était forte. Elle avait très bien vécu ces 16 jours sans le moindre développement de ces sentiments, sauf peut-être l'ennui.

Mais au fur et à mesure de cette journée macabre, elle sentait ses entrailles se resserrer, des souvenirs sortis de nul part éclore dans son cerveau, l'envie de voir quelqu'un, et surtout, faire entrer de l'air pur dans ses poumons abîmés, au lieu de cet habituel respiration remplie d'humidité moisie.

Elle s'endormait, se réveillait en sursaut et estimait la longueur de la journée qui avait été passée pendant son sommeil. Elle regardait le ciel et soupirait quand il était encore d'un bleu ciel.

Parfois, elle découvrait avec joie une cruche d'eau et une tranche de pain sec sur le bord de sa cellule, ou un bol de soupe froide. Dans ces cas-là, elle s'y précipitait et après avoir vérifié qu'il ne comportait aucune trace de poison, elle savourait son modeste repas avec délectation.

Un jour, ou une nuit, alors que la jeune femme chassait d'une main fatiguée la couverture et qu'elle se tournait sur le côté pour dormir encore un peu, elle eut la surprise de voir des cheveux blonds, derrière les barreaux. Pendant un instant, et à cause de l'obscurité de la pièce, elle avait cru que c'était Lucius, mais elle reconnut les pupilles bleus de Drago et se releva légèrement.

"Granger."

"Malefoy."

"Pourquoi essaies-tu de dormir ?"

"Pourquoi je ne le ferai pas ?"

"Parce que tu as déjà dormi 4h, aujourd'hui."

"Comment tu sais ça ?"

Le garçon haussa distraitement les épaules et se releva de son caillou sur lequel il s'asseyait souvent.

"Mon père m'a dit quelque chose, aujourd'hui…"

"Quoi encore ?"

"Les Chasseurs vont reprendre les souvenirs, comme avant. Ils ont besoin d'un peu plus que ce fragment que tu nous a livré."

Puis, il sembla se rendre compte de sa phrase et rectifia, un peu gêné :

"Que tu leur a livré."

Hermione ne releva pas.

"Je ne comprends toujours pas pourquoi ils doivent fouiller dans ma tête."

"Je ne le sais pas non plus, et je dois t'avouer que je ne saisis pas non plus le but…"

"S'ils me disaient ce qu'ils cherche…"

"Non. S'ils font ça, tu vas tout mettre en place pour le cacher le plus loin possible dans ton grand cerveau de détraquée." dit-il avec un sourire.

"Ou alors je ne possède pas ce qu'ils espèrent."

"Ne leur dis pas ça. Sinon, ton exécution va être planifiée de nou…"

Mais il fut interrompue par le soupir agacé d'Hermione qui s'écria :

"Mais j'en ai marre, moi ! De cette pièce ! Tu ne peux pas comprendre parce que tu es tranquillement allongé dans ton lit le soir ! Tu ne peux pas comprendre parce que tu as une vie de rêve, en haut ! Tu t'imagines, toi, ne pas voir le soleil pendant deux semaines ? C'est atroce, Malefoy ! Ca me manque, je deviens folle à petits feux !"

Drago ne l'avait pas interrompue, la laissant cracher ses malheurs dans un sanglot étouffé. Il abusait ! Pendant un instant, elle pensa à son plan mais le balaya bien vite dans sa tête. Elle devait faire sortir tout ça, au lieu de le garder en elle. En plus, il osait ne pas se montrer pendant des jours, brillant par son absence qui achevait Hermione de plus en plus, et se ramenait en plein milieu d'une journée avec son sourire en coin ? Hors de question !

Soudain, alors qu'elle était en plein milieu d'une phrase, la Gryffondor sentit encore une fois l'air lui manquer. Elle dut s'appuyer au sol et toussa violemment.

Une main lui toucha alors l'épaule. Elle releva ses yeux humides et découvrit que la porte de la cellule était grande ouverte, et que Drago s'était penché sur elle. Après qu'elle ait retrouvé une respiration normale et qu'elle ait pu souffler un peu, elle s'excusa et repoussa gentiment la main du jeune homme, qui se laissa faire. Puis, et pour une grande première dans la vie d'Hermione dans cette foutue cellule, Drago s'assit à même le sol, en tailleur, à côté d'elle. Il semblait parfaitement serein, mais cette vision mettait Hermione dans un embarras perplexe. Comme si le fait qu'il s'asseoit soit une preuve qu'il entrait dans son espace, et elle eut, pendant une seconde, honte de l'état de sa cellule. L'elfe de maison lui avait jeté un sort pour qu'Hermione n'ait plus à faire ses besoins, et mis à part le plateau sale du repas, il n'y avait rien, pourtant, elle se sentait terriblement gênée.

Mais bien vite, ce sentiment fut chassé quand elle vit de nouveau la porte de la cellule. Aussitôt, une petite voix lui intima : "Non, Hermione, c'est mal. Tu vas trahir sa confiance, et tous tes efforts vont être réduits à néant !"

Elle ne pouvait pas s'empêcher... Si Drago était entré, le sort était bloqué… Elle pourrait sortir sans dommages… Retrouver sa liberté… Ron…

A cette dernière pensée, elle n'hésita pas plus : Elle se jeta en dehors des barreaux et attérit sur les genoux. Mais au moment où elle voulut se relever, elle fut pertrifée dans son saut et recula, sous la force de la baguette de Drago.

Quand elle atteint sa place initiale, elle pesta. Sa petite voix avait eut raison : il n'allait plus la croire… Pourtant, quand elle croisa le regard de Drago, elle fut surprise de le voir du même bleu calme qu'avant.

"Je suis désolée…" chuchota-elle.

"Ne t'excuse pas, c'est normal. En laissant cette porte ouverte, tu étais obligée d'essayer de t'enfuir. Je l'aurai fais bien avant, je ne peux pas t'en vouloir."

"Mais…"

"C'est moi qui m'excuse. Je t'ai donné un faux espoir."

Finalement, il se leva et sortit. Aussitôt, les briques prirent une couleur orangée dans un éclair, preuve qu'il avait remis le sort d'Enfermement en place.

Elle ne put retenir une larme. Elle y avait vraiment cru.

Alors, Drago se retourna dans les escaliers et lui dit doucement :

"Ne t'inquiètes pas, Granger. Tu sortiras, ce n'est qu'une question de temps."