C'était la première fois que Gaara avait été invité à Konoha. Danzô l'avait prié de venir. Mais pire encore, il recevait le tyran en grande pompe. Tout Konoha devait assister à la cérémonie d'entrée de Gaara dans le village. Le village avait été aménagé et la sécurité renforcée. Danzô avait obligé chaque membre d'unités militaires à porter constamment son uniforme, si bien qu'il ne restât bientôt plus que des hommes en armes. Le vieil homme avait aussi prévu un défilé, afin d'impressionner l'étranger.

En premier lieu, il en avait parlé à Kakashi, qui refusa catégoriquement. Mais Danzô le contraignit, et le mit même à la tête des forces de Konoha. Kakashi se retrouva donc catapulté au rang de second. Il avait maintenant des responsabilités. Danzô savait que Kakashi tiendrai parole, parce qu'il fallait défendre le village. Une fois la guerre venue, tout le monde se retournera vers Kakashi, et alors, il n'aurait plus le choix que de se plier aux lois guerrières.

Le moment était venu, tout le village était réuni sur toute la voie principale. Danzô attendait au bout, avec Kakashi à ses côtés, face aux portes fermées du village. Soudain les portes s'ouvrirent sur Gaara et son frère en retrait. En avançant le roux n'eut aucun égard pour la foule présente et silencieuse. Il avança à grand pas, presque menaçant, le regard noir, vers le chef du village. Derrière lui, son frère Kankuro suivait péniblement, tandis que sa sœur avançait plus fièrement. Kakashi, découvrit derrière elle, des hommes armés, marqués du bandeau à l'effigie du Suna.

- Ce n'était pas prévu... je n'ai pas signé pour que ce malade nous ramène la moitié de son armée... Murmura Kakashi la mâchoire contractée.

Danzô posa une main sur son bras avant de lui répondre :

- Nous ne gagnerons jamais sans cette armée. Une fois la guerre terminée tout rentrera dans l'ordre. Sois patient et tolérant.

Danzô le lâcha et s'avança vers Gaara. Le jeune homme le dominait de toute sa hauteur et le regardait avec un certain mépris. Mais le vieil homme, nullement impressionné ne se démonta pas et lui tendit la main. Méfiant, Gaara la lui serra quand même.

- Voilà qui devrait marquer un début d'amitié entre nos deux villages. Déclara Danzô d'une voix forte afin que tout le monde puisse entendre.

Kakashi se sentit fondre, Temari blêmit, tandis que Kankurô regardait le vieil homme d'un regard suspicieux.

- Kakashi, accompagne la famille du Kazegage dans leurs appartements, et rejoins moi à mon bureau. J'y serais avec notre nouvel ami. Continua Danzô.

Aussi il entraîna Gaara vers son bureau, laissant ainsi la foule qu'il avait réunit, silencieuse et étonnée.

Kurenai, Asuma et Gai regardaient leurs, maintenant, anciens élèves. Ils s'étaient totalement émancipés d'eux, et pourtant, maintenant, plus que jamais, les plus jeunes avaient tant besoin des anciens. Ils étaient témoins de leur longue descente dans la violence et dans le nationalisme. Déjà à leurs âges, certaines personnalités s'étaient avérées très violentes.

Neji était le premier, et il entraînait irrémédiablement dans sa chute Tenten, qui le suivait aveuglément. La haine progressive dans la famille de Neji l'avait déjà entraîné à détester les autres. Et maintenant que Danzô leurs offrait un exécutoire à toute leur violence ils s'y jetaient dedans tout entier. Tenten avait envie de reconnaissance, elle voulait défendre son village, sa vie, se battre pour tous les autres. Et Danzô, encore une fois, lui offrait un ennemi à combattre. Kiba était avide de combat et Shino suivait les ordres sans les questionner. Lee, lui, était courageux. Hinata restait irrémédiablement attachée à Naruto et ce dernier voulait se battre pour son village.

Et eux, les anciens professeurs, ne pouvaient rien faire. Ils les avaient entraînés à être des soldats, et ils étaient trop tard pour reculer. Kurenai se rappelait les événements cruels qui étaient intervenus lors de l'examen, quelques années auparavant. Neji contre Hinata, Sasuke... Toutes ces rivalités avaient contribué à les monter les uns contre les autres, les uns contre tout le monde. L'épreuve avait été d'une trop grande violence pour de si jeunes enfants. Même sa douce Hinata semblait d'être assombrie : elle s'entraînait sans relâche et sa voix ne tremblait plus.

La jeune femme regarda tristement Asuma. Même lui n'avait plus grand espoir. Son équipe avait été brisée. Shikamaru partit, traître à son village, que restait-il de l'équipe 10. Plus rien. Ino ne sortait jamais, et Chôji ne parlait plus. Asuma n'avait plus d'élèves... Mais qui en avait encore ? Ces soldats étaient-ils encore des enfants ? Ils avaient défilé pour Danzô et pour Gaara, et ce, de bon grès. Seul Naruto restait à l'écart. Mais Kurenai le savait, ce n'était pas pour les bonnes raison. Sakura partie, il ne restait plus rien à Naruto, personne ne saurait y changer quelque chose. Naruto ne se battrait pas pour l'homme qui a condamné Sakura... Seulement, la jeune femme le savait, Naruto était sans doute le seul espoir tangible du village. Danzô ne faisait qu'enfoncer Konoha un peu plus dans la guerre et personne ne semblait s'en rendre compte. Plus personne n'osait dire quelque chose, et plus personne n'oserait jamais plus...

Sakura recula lentement sous le regard amusé de Karin. Elle ne le voyait même plus tant ses yeux s'embuaient de larmes. Sans aucun bruit, elle s'enfuyait lâchement, laissant à son instinct soin de la reconduire, chez elle, à la maison, à Konoha. Mais son pas était trop lourd, Sasuke l'entendit presque aussitôt. Il se lança à sa poursuite. Les images galvanisaient Sakura qui était plus performante. Sasuke mit du temps à la rattraper, et ses cris après elle ne faisaient que l'effrayer. Sa voix n'indiquait rien de bon, si Sakura s'arrêtait elle ne savait pas vraiment ce qui allait se passer. Ils étaient maintenant loin du camp et de Suigetsu et Karin, bien trop loin... Sasuke ne savait même plus où il était, il avait perdu son sens de l'orientation et suivait Sakura comme un chasseur fou. Alors qu'elle courait dans une pente, il pressa plus le pas, et lui sauta dessus avec élan. Surprise la jeune fille poussa un cri, et ils tombèrent tous les deux au sol, tourneboulant ensemble. Les genoux de la jeune fille s'écorchèrent, tandis que le kimono blanc de Sasuke se tâcha très vite de boue. Une fois stabilisés, Sasuke voulu prendre l'avantage, mais Sakura ne se laissa pas faire, elle lui envoya son pied dans la mâchoire. Bien décidé à ne pas lâcher prise, le nunkenin grogna mais attrapa la cheville de la jeune fille, la ramena à lui afin de l'immobiliser. Harassée, Sakura gesticulait, mais rien de bien important pour Sasuke qui la maintint facilement en dessous de lui.

- Arrête ! Arrête de gesticuler ou je vais être obligé de te faire mal ! Prévient-il.

Son petit avertissement choqua assez Sakura pour qu'elle ne fasse plus aucun mouvement.

- Ou croyais-tu aller comme ça ?

Voyant qu'elle ne répondait pas, il continua.

- Plus de grand discours hin Sakura. Quelle jolie petite idiote tu fais. Tu croyais que tu pouvais retourner à Konoha... Laisse-moi t'apprendre quelque chose : tu ne peux pas.

Il sourit mesquinement quand il vit ses petits yeux de biches s'agrandirent. Il aimait et détestait à la fois cette grande bêtise en elle.

- Étonnée ? Sache que ça fait quelques temps que tu es partie. Et pourquoi, pour retrouver un sombre traître dans une sombre forêt alors que les temps sont à la guerre. Konoha a retrouvé son vrai visage : celui d'un village d'assassins. Danzô maîtrise toute la ville, et établit des mesures radicales pour faire face à la guerre. Ces mesures radicales impliquent la traque et l'exécution des traîtres dont tu fais dorénavant partie...

Sasuke ne souriait plus du tout. Il se leva et Sakura prit de suite de la distance.

- Tu racontes n'importe quoi. Tu mens ! Je ne peux pas te croire... Cria-t-elle hystérique.

- Et pourtant. Tu es une traître à ton village, tu les as abandonné. Tu ne peux plus rentrer. Ou si tu rentres, tu seras morte. Tu es comme moi... nunkenin. Souffla-t-il.

- Je ne suis pas comme toi, je ne tue personne ! Tu es...

- Un monstre ? Lui dit-il avant qu'elle ne puisse terminer. Laisse-moi te dire une chose, Sakura, comment pouvais-je rentrer si mon village veut ma peau ? Explique ma ta solution à ce problème.

- Konoha ne voulait pas te tuer, on voulait te ramener, c'est tout ! Cria-t-elle désespérée.

- Encore une fois, quelle idiote tu fais. Tu n'es pas différente que tous ceux qui suivent aveuglément ce fou de Danzô. Peut-être même qui si tu avais été là-bas avec eux, et pas ici avec moi, tu l'aurais aussi suivit. J'ai tué, parce que je devais le faire. J'ai survécu. Parce que face à des villages dirigés par des tueurs, il faut survivre.

- Mais tu voulais tuer Danzô, je l'ai entendu, je... je l'ai vu... Tenta-t-elle, plus sûre de rien.

- Oui, parce que, quand Danzô sera mort, toi et moi, on pourra rentrer ensemble. Tous les deux.

Voyant Sakura dans cet état brisa presque le cœur de Sasuke. Si seulement elle était restée à Konoha... Il s'approcha, retrouvant sa douceur, et lui tendit la main.

- Sakura..., nous somme tous les deux maintenant. Tu m'as retrouvé. Personne ne nous séparera. Tout ce que je peux faire, les choses les plus horribles, les plus cruelles... ne sont en aucun cas ton fardeau. Je suis là pour toi, laisse-moi te faire cette faveur.

Sakura se laissa faire quand il l'attira contre lui afin de l'enlacer. Il sentit sa peau toute fraiche et sa colère disparut. Elle était peut-être faible, idiote parfois, mais elle était sienne. C'était la seule qu'il acceptait dans sa vie, les autres ne comptaient pas. C'était la seule qui voulait se battre pour lui, mais qui le fuyait tout à la fois. Il le savait, son côté le plus noir était ce qui allait lui faire tout perdre. Aussi, s'acharnait-il à repousser toujours plus le délai.

Gaara regardait avec méfiance le bureau du dirigeant de Konoha. Il était sombre, froid, remplis de paperasse inutile et illisible, totalement différent du sien. Temari lui manquait. Pourquoi ne pouvait-elle pas être là ?

- Shikamaru Nara n'est plus à Suna, il s'est enfuit avant que je ne puisse l'attraper. Dit-il à mi-voix.

- Ce n'est pas bien grave. Il mourra tôt ou tard. Répondit d'une voix blanche Danzô, comme si cela était un problème mineur.

- Je ne comprends pas bien la stratégie du village. Vous envoyez cet avorton chez moi, et ensuite vous voulez le tuer pour trahison...

- Sa mort vous importe ? Demanda le vieil homme en lui donnant un verre.

- Absolument pas.

- Le premier ordre avait été donné par un dirigeant différent. Les temps changent, la guerre arrive. Et Shikamaru Nara était un bon prétexte pour se préparer réellement à la guerre. Le problème de Konoha était qu'avant tout cela, le village se préparait à jouer à la guerre. La guerre n'est pas un jeu, vous en conviendrez ?

- Je suis d'accord. A Suna on a toujours eu tendance à dire que vos habitants ont toujours été mollassons. Faibles. Déclara Gaara non sans une pointe de mépris.

Danzô, qui était dos à lui sourit face à l'impertinence du jeune homme.

- Charmante réflexion. Mais ne vous méprenez pas. Vous êtes en guerre aussi. Pein vient aussi pour Suna. Nos villages ne sont peut-être pas amis, mais ils peuvent être alliés. Vous êtes jeune, vous n'avez pas fait de guerre. Moi si. Et croyez-moi, il vaut mieux être préparer...

Gaara rangea son mépris, mais pas sa méfiance.

- Que faut-il faire alors ?

- Venez. Dit Danzô en tenant la porte invitant le kazekage à sortir.

Temari avait demandé à Kakashi de rester. Elle se sentait seule, et trouvait Konoha particulièrement inhospitalier comme endroit. L'ambiance était morne et lourde, tout le contraire du souvenir qu'elle avait de Shikamaru.

- Vous allez voir, vous allez vous habituer à Konoha... Lui dit-il poliment.

- Ca a bien changé... Souffla-t-elle en regardant par la fenêtre.

- Oui... Répondit Kakashi, sans savoir quoi répondre.

- Puis-je vous demander quelque chose ?

- Oui.

- A propos de Shikamaru...

- Je ne peux en parler avec vous. Coupa-t-il sèchement.

- Mais pourquoi ?! C'est Danzô qui l'interdit ? Je veux savoir ce qui lui est arrivé, ce qui est arrivé à ce village entier ! S'emporta-t-elle.

- Shikamaru est partit du village. Voilà tout, le reste semble assez clair.

- Il est partit sous les ordres du Godaime, et vous le condamner pour avoir suivi les ordres ?!

- Je ne condamne rien. Danzô, oui. Je ne fais pas les ordres, je les exécute.

- C'est le rôle d'un soldat, et pourtant vous n'en n'êtes pas un Kakashi. Vous étiez un professeur autrefois... Celui de l'équipe 7 : Naruto, Sakura, et le nunkenin Sasuke si je ne m'abuse. Ne savez-vous pas faire la différence entre un traître et un homme de bien ? Demanda-t-elle, sûre d'elle.

Kakashi se retourna vers elle, en colère.

- Vous ne savez rien de ce qui se passe ici. Vous qui venez de Suna, comme pouvez-vous nous juger ?

- Je vous juge parce que je n'ai pas envie que Konoha ne devienne comme Suna par la faute de quelques hommes !

Kakashi secoua la tête, n'écoutant que d'une oreille les exclamations de Temari. Il regarda par la fenêtre. Quelque chose attira son attention. La foule se massa, autour de Danzô et de Gaara. La foule hurlait.

- Il se passe quelque chose en bas, souffla-t-il.

Gaara et Danzô étaient sortis. Les villageois étaient toujours là, attendant qu'on leur dise de se disperser.

- Laissez-moi vous montrer le village... Intima Danzô à Gaara.

Alors qu'ils avançaient dans l'allée, les villageois s'échauffèrent. Certains poussaient des cris inaudibles. Mais un cri s'entendit distinctement.

- Ces grands malades vont nous mener à la guerre !

Danzô s'arrêta net. Il regarda la foule, et intima aux gardes d'en sortir les premiers venus. On prit au hasard Chôji, le membre de l'équipe 10, équipe d'Asuma. Danzô n'y vit rien à redire. Asuma avait toujours été contre lui, et Shikamaru, le traître faisait partie de cette équipe. La communication était parfaite, le message allait l'être aussi.

Chôji fut agenouillé au sol, et maîtrisé, tandis que Danzô s'exprima d'une voix forte.

- Vous avez proférez des insultes à mon égard et à l'égard de notre noble invité. Que celui qui l'a fait se dénonce et soit jugé.

Il entendit que quelqu'un se dénonce, mais rien ne vint, la foule devint silencieuse. Du coin de l'œil il aperçut Temari et son second, Kakashi. Il nota l'expression incrédule du ninja.

- Personne ? Bien. Faisons appel à une forme de justice primaire qui a toujours su faire ses preuves auparavant.

- Noooon ! hurlèrent en cœur Ino et Asuma qui sortirent de la foule à leur tour.

- Maîtrisez-les ! Ordonna Danzô, ce qui fut fait.

Il vit Kakashi bouger, mais il lui intima d'un regard implacable de rester en place, et surtout, surtout de regarder. Il s'avança vers Asuma et lui murmura :

- Tu bouges, et vous mourrez tous.

Il s'avança ensuite vers Chôji qui ne bougeait plus non plus. Le jeune garçon prononça quelques paroles incompréhensibles, mais Danzô n'écouta rien. Il s'avança ensuite vers Gaara, lui présenta son propre katana.

- Vous avez été aussi insulté que moi. Si vous le voulez bien...

Impressionné Gaara accepta l'arme et se plaça devant Chôji.

- Que cela vous serve à tous de leçon. Vous perdrez la guerre si vous agissez comme des lâches. Soyez des hommes et acceptez de vous battre, ou mourrez en lâche. Je n'accepterais plus aucun traîtres, pleutres, ou opposants à partir de maintenant. Le premier qui s'attaque à moi sera le premier à mourir. Je refuse d'être à la tête d'un village anarchiste. L'ordre sera bien mis en place, ou sinon ce sera la destruction pour chacun de vous ! Déclara une dernière fois Danzô avant de se taire et de laisser Gaara exécuter l'otage.

Kakashi crut que le moment était infiniment long. Il vit l'épée s'abattre sur la nuque du jeune garçon et il réagit aussitôt. Une fois la tête détachée du reste du corps, il poussa un cri et se jeta en même temps que la foule énervée sur Danzô et Gaara.

Tout n'était plus que chaos et sang. Tout ça pour un cri et une guerre qu'on attendait toujours.