La rédemption de la Mort ~ Deathmask
Ils sont tous devant moi à attendre de partir au combat, ils m'attendent. Moi le mouton noir du Sanctuaire, le fou sanguinaire, le solitaire, eux, ils m'attendent. Nous allons aller au front ensemble, tous ensemble… Je ne serais plus jamais exclu, maintenant nous ne formons qu'un tout. Mon ami Aphrodite est là également, il m'enveloppe de son regard réconfortant, je sais qu'il ne m'abandonnera pas, nous deux, on se ressemble…
Sa vie n'a pas été épargnée, comme la mienne. C'est comme ça, je suis un sadique il n'y a rien à redire là-dessus. Je m'en suis toujours vanté nan ? Je n'ai récolté que les fruits que j'ai semé, de mauvaises graines. Ma vie je l'ai bien mené, jusqu'au bout. Ce n'est pas dans mon caractère de me lamenter ou de regretter. Basta. Rien à ajouter.
C'est ma punition pour avoir fauté trop souvent, pour avoir tué, torturé. Shion nous a dit que nos noms seraient salis, la bonne blague, le mien résonne déjà comme une injure aux oreilles de tous… Un peu plus un peu moins, que m'importe.
Je ne me suis jamais remis en question, j'étais là sans être là, je faisais ma propre loi. Je feintais d'obéir aux ordres du Pope, et en prime cela me plaisait d'allier plaisir et tuerie quand Saga me commandait mes missions. Je n'allais pas me plaindre ! Ma vie dédiée au meurtre…
Peut être qu'au fond j'en ai toujours eu honte, c'est pour cette raison que j'ai abandonné mon vrai nom il y a des années, lorsque j'ai obtenu mon armure d'or. Je voulais cacher mon identité, la faire taire parce que mon parcours était trop affreux… Alors je m'en suis crée une nouvelle Deathmask. Mon nom en a fait trembler plus d'un ! Quand je passais dans les villages je voyais les gamins, les vieux, les femmes apeurées, se terrer dans leurs maisonnées… Quand j'arrivais devant mes ennemis je remarquais leurs yeux teintés de crainte, c'est tout juste s'ils ne prenaient pas leurs jambes à leurs cous ! Ces minables…
J'adorais inspirer la peur, la répulsion. Que de rumeurs il y a eu autour de mon personnage. On racontait qu'une fois morts, je dépeçais les chairs de mes cadavres pour m'en repaître… Que de foutaises ! Ou alors que je n'étais pas humain, mais une espèce de monstre semi-homme, semi-démon… Que je vivais au fin fond de l'Etna… Que de belles légendes sur moi, j'en étais honoré !
Mon temple était un tombeau vivant, personne n'a jamais compris pourquoi j'affichais les têtes décapitées de mes victimes sur mes murs… Pour parfaire mon personnage de fou furieux. C'était tellement jouissif de voir mes collègues se poser tant de questions, je tenais tout le monde à distance comme cela. Personne n'osait traverser ma maison au moins.
Et oui la violence a toujours guidé ma vie. Mais elle m'a conduit à ma chute. Mon armure en a eu assez, même elle a été dégoûtée de moi… Elle m'a quitté, le plus troublant moment de ma vie. Je n'aurais pas pu me douter qu'elle en soit capable. Mais il était trop tard à ce moment là. J'ai affronté ce chinois, le disciple de Doko. Cette vieille branche, il n'y a qu'un vieux fourbe comme lui pour aussi bien entrainer un gosse ! Il m'a eu en beauté. Je n'aurais pas misé sur lui au départ. Il n'a même pas eu peur de moi, à aucun moment il a tremblé ou douté…
Il m'a mis K.O, je n'ai pas survécu, et par-dessus le marché je suis tombé moi-même dans le puits des âmes, là où j'envoyais mes victimes. Si la situation n'était pas aussi pathétique j'en aurais bien ri !
Il est temps de prendre de bonnes résolutions, de s'assagir, de demander la rédemption. Moi aussi je veux me laver de toutes les atrocités que j'ai commises, je leur dois bien ça, à eux, mes collègues qui maintenant sont comme mes frères… Si j'avais été moins borné de mon vivant, j'aurais essayé de me rapprocher d'eux pour créer une complicité. Une famille… Celle que je n'ai pas eue…
Personne ne sera là pour venir pleurer sur ma tombe, mais qu'importe, puisque tous mes amis seront avec moi dans les Ténèbres.
Je ne me suis pas demandé si Athéna nous aimait vraiment, puisque je ne voulais pas la servir en premier lieu. Je m'en fichais de cette gamine, en plus on ne l'avait jamais vu, pour moi j'ai pensé que ce n'était qu'une icône inexistante. Et puis, je n'ai jamais eu droit à son cosmos baigné d'amour… Peut être qu'avec un peu de chance je le connaitrais tout à l'heure, et que j'aurais l'occasion de la voir, enfin…
J'ai détruis tellement de vies, mais celles de mes compagnons je n'ai pas envie d'y toucher… Vu que je suis un traitre à leurs yeux je peux me permettre de passer pour un lâche, je ne porterai pas mes coups au paroxysme… Je les retiendrai, j'ai anéanti que trop pour un seul homme… Ca suffit, je ne ferais pas plus de victimes. Je ne porterai pas la main sur Mû ni sur Shaka… Eux, ils représentent la bonté à l'état pure, moi, je n'ai pas le droit de leur porter le coup final.
Allez, je me suis assez lamenté comme ça, je ne vais pas devenir sentimental, faut pas exagérer !
Je sens une main qui se pose sur mon épaule… C'est celle d'Aphrodite mon seul véritable ami… Je ne le remercierai jamais assez d'avoir été là pour moi, pendant ces années. J'ai envie de le rassurer, je pose ma main sur la sienne. Je resterai vers lui.
Cette fois-ci c'est l'heure, il faut que je m'y colle… Je regarderai droit dans les yeux tous mes anciens frères d'armes, en leur faisant face. Athéna, pardonnes-moi…
FIN
