Hello ! Un peu de retard mais une bonne nouvelle ! J'ai un ordiii ! A moooi ! (mes doigts gambadent tous seuls sur le clavier :D). Pourquoi c'est une bonne nouvelle ? Eh bien, jusque là, j'écrivais mes chapitres sur un cahier, et j'essayais de récupérer l'ordi de ma môman ou bien virer mon frère du PC. Voilà voilà, maintenant je vais pouvoir taper direct ! (mais attention, ça ne veut pas dire que je publierai plus vite, étant une procrastinatrice avérée ^^'mais j'ferai de mon mieux, promis ! ). Un chapitre prochainement, avant le 15 août normalement :)
J'vous embrasse
PS: Y a Usain qui vient de gagner le 100m ! Encore ! JO powa !
« As-tu quelque chose à dire pour ta défense ?
En face de moi, Emma m'observait d'un air froid. Les cours venaient de se terminer, et avant de se remettre au travail, nous étions venues nous installer au bord du lac pour faire une pause. Du moins, c'est ce que je croyais. Mais Emma ne semblait pas voir les choses de la même manière.
- Je n'ai rien à me reprocher, répondis-je d'une voix brève.
- Ne commence pas Jillian. Ça fait trois jours qu'Angie et toi ne vous êtes pas adressé la parole.
- Et alors ? Je ne suis pas coupable.
- Ah oui ? Alors explique-moi pourquoi Angie est si malheureuse, et toi, tu passes à travers tout ça comme si c'était du vent.
Je haussai les sourcils mais parvins à me contenir.
- Je ne suis peut-être pas aussi… expansive qu'Angie, fis-je avec un dédain volontaire.
- Jill je t'en prie, ne commence pas à te braquer.
Elle soupira.
- Je suppose que tout cela est lié à Sirius, rien ne va plus depuis qu'il sort avec Angie.
- C'est pour ça qu'il faut qu'il parte !
Je n'avais pu me retenir, c'était un cri du cœur. Emma fronça les sourcils.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas. C'est pourtant toi qui as permis leur première rencontre…
J'eus un reniflement agacé.
- Au départ, je voulais réaliser le rêve d'Angela. Tu sais comme elle est romantique, ajoutai-je avec timidité. Une soirée avec le Prince Charmant, tu vois…
Elle esquissa un sourire.
- Et puis, poursuivis-je avec hésitation. Je pensai aussi… Qu'elle se rendrait compte… Qu'elle méritait mieux que lui.
- Ce qui a clairement foiré, conclut-elle.
Je souris piteusement. Mais Emmeline Vance n'était pas du genre à se laisser attendrir :
- Il n'empêche que depuis tout ce temps, tu aurais pu faire preuve d'un peu d'indulgence. Admettre que Sirius convient parfaitement à Angie et faire un effort pour qu'elle ne soit plus déchirée entre vous deux.
Son ton s'adoucit :
- Si seulement tu acceptais d'apprendre à le connaître. Il est vraiment charmant tu sais…
Je laissai échapper un sifflement méprisant.
- Il vous a tous mis dans sa poche. Permets-moi de te dire qu'il est loin d'être charmant avec moi. Quant à Angie… Tu ne sais pas ce qu'elle m'a dit…
Je baissai la tête, prise d'un abattement soudain. La plaie était toujours douloureuse. Les paroles d'Angie m'avaient violemment mordue, déposant dans mes veines un venin corrompu de questions et de doutes.
Emma observa un court silence mais ne se démonta pas :
- Angie ne pensait pas ce qu'elle disait Jill. Si elle a eu des paroles blessantes, c'était sous le coup de la colère…
- C'est trop facile !, m'indignai-je. Mettre ça sur le compte de la colère… Qui te dit qu'elle ne savait pas ce qu'elle disait ?
- Rien. Mais je suis persuadée que c'est vrai. Vous êtes trop proches. Franchement, Jill, briser votre amitié pour une bête histoire de garçon… Qui plus est avec Sirius !
Elle avait touché juste. Soudain désarçonnée, je laissai mon regard dériver sur le lac. Emme reprit, sans me laisser le temps de réagir. :
- Je ne te demande pas la lune. Commence juste par retrouver Sirius à la bibliothèque samedi –comme je grimaçais elle s'emporta – Eh Lighthouse ! Il serait temps de te mettre au travail ! Aussi bien en Métamorphose qu'en matière d'amabilité ! … Et je suis sûre que si elle te voit faire des efforts, Angie oubliera sa colère. Tu me promets d'y réfléchir ? »
Je hochai la tête. Elle se leva, ramassa sa cape et la secoua avec vigueur. Des brins d'herbe et des feuilles s'éparpillèrent au vent.
« Merci Emma. »
Je l'avais marmonné, un peu piquée dans ma fierté, mais elle me sourit et s'éloigna en direction du château.
Songeuse, je me laissai tomber dans l'herbe. Plantant mes yeux dans l'azur du ciel, je regardai mes pensées vagabonder comme les nuages poussés par le vent. Ma dispute avec Angie m'avait fait du mal, et ne serait pas facile à effacer. Toutefois, en dialoguer avec Emma m'avait permis de relativiser. J'en voulais beaucoup à Angie, mais son amitié était trop précieuse à mes yeux pour être gâchée sous le coup d'une jalousie infantile. Le ciel bleu m'apaisait.
J'étais consciente que dès mon retour au dortoir le mutisme d'Angie ramènerait mes idées noires, mais je me sentais confiante et pleine de bonnes intentions. Eblouie par un rayon de soleil insolent, je fermai les yeux. Une tache jaune et bleue continua de danser sous mes paupières.
« Eh bien, Jillian, tu n'es pas en train de réviser ?
Je fronçai les sourcils. A qui appartenait cette voix malicieuse ? Me rasseyant, j'ouvris les yeux pour découvrir Lily Evans penchée au-dessus de moi avec une moue amusée. Malgré son sourire et son ton enjoué, je lui trouvai mauvaise mine. Découvrant ses yeux rougis, je lui proposai de s'asseoir.
- Ça va ?, m'enquerrai-je avec vigilance.
Elle répondit d'un air évasif :
- Oui, ça va… Puis, changeant de sujet : Tu as raison de venir ici. Le parc est sublime à cette époque de l'année, et le lac donne presque envie de se baigner…
- Presque, répétai-je avec un clin d'œil.
Je ne pouvais m'empêcher de lui jeter des regards furtifs. D'un geste discret, elle essuya une larme qui roulait sur sa joue.
- Lily, tu es sûre que ça va ?
Ouvrant la bouche pour répondre, elle fondit soudainement en larmes. Son corps était secoué de lourds sanglots, à travers lesquels elle parvenait à peine à balbutier :
- Je suis désolée… C'est la pression… Les examens… Tout ça… Je suis tellement… Tellement fatiguée… Et puis… James…
Je lui tapotai le dos avec gaucherie, complètement désemparée. Cette fille que je connaissais à peine venait me pleurer dans les bras. Que pouvais-je faire ?
- Chut… Ça va aller… »
Je me maudis intérieurement d'être restée à paresser sur les rives du lac plutôt que de retourner travailler au château avec Emma. J'avais l'air fin !
Peu à peu, Lily se calma, à mon grand soulagement. Elle s'excusa d'une voix rauque :
« Pardonne-moi de t'infliger cela… Je ne sais pas ce qui m'a pris…
- Ce n'est pas grave… Ça arrive…
Je sentis qu'il fallait que j'ajoute quelque chose.
- Tu veux en parler ?, demandai-je d'une voix mal assurée.
J'imaginais déjà Fabian et Ludo se poiler. Moi, Jillian Lighthouse, à la capacité émotionnelle pathologiquement atrophiée, je jouais les confidentes avec Lily Evans !
Au moins, mon embarras avait eu le mérite de faire revenir un semblant de sourire sur ses lèvres.
- C'est ridicule, une dispute idiote. Il m'avait promis de me réserver la soirée. Tu sais, comme il fait bon, on serait venu ici, et puis… Le soleil qui se couche, les reflets dans l'eau… Enfin voilà…, murmura-t-elle, soudain rougissante.
Elle poussa un long soupir.
- Bref. Mais évidemment, avec le match contre Serpentard samedi… Sitôt les cours finis, il a filé se changer pour l'entraînement. J'ai réussi à l'intercepter à la sortie de la Salle Commune, et je me suis tout de suite énervée. Il a pris la mouche et on a commencé à s'engueuler. Finalement il est parti en disant…
Sa voix s'étrangla.
- Qu'il avait d'autres priorités, et que, de toute façon, pour ce qu'on faisait quand on était ensemble…
Je la fixai avec inquiétude, redoutant le moment où les larmes reprendraient le dessus. Mais elle résista, renifla un bon coup et se reprit. Désespérément muette, je lui tendis un mouchoir.
- Merci. … Je sais bien qu'il a été volontairement cruel, mais… Tu sais, quand il m'a demandé de l'accompagner pour la Saint-Valentin, c'était la troisième fois en trois ans, et j'aurais pu, j'aurais dû refuser, comme d'habitude, mais je n'ai pas pu résister. Je suis tombée sous le charme. Il y a là quelque chose de tellement fort que ça me terrifie parfois… Et aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il est déçu. Qu'il me trouve trop sérieuse, trop… froide… Peut-être qu'il veut que l'on aille plus loin mais… je ne me sens pas du tout prête…, acheva-t-elle dans un souffle. »
La vague revint à l'attaque; Lily était au bord des larmes.
Assise à côté d'elle, je me sentais affreusement mal de pénétrer ainsi dans l'intimité du couple Evans/Potter. Lily souffrait, cela sautait aux yeux. Mais j'étais tout de même la plus mal placée pour lui venir en aide. Il était évident que dans son état normal, elle ne m'aurait jamais fait de pareils aveux. A cet instant, j'aurais tout donné pour avoir sur le rebord de l'épaule une fée dotée de l'intelligence d'Emma et de la sensibilité d'Angie qui m'aurait soufflé toutes les bonnes réponses.
Mais j'étais seule et seule je devrais me débrouiller. Prenant mon courage à deux mains, je me lançai avec timidité :
« Ecoute Lily… Je suis très, très loin d'être versée en la matière, mais… j'ai l'impression que… euh… votre couple manque de… dialogue … ?
Jillian Lighthouse, experte en conseil conjugal. Consternée par ce qui sortait de ma bouche, je poursuivis, bon an mal an.
-… Si ça se trouve, James voudrait juste que vous partagiez plus… Que tu t'intéresses à ses passions… au Quidditch…
Lily elle-même sourit de ma naïveté. Les mots d'Angie me revinrent en tête : « Franchement Jill, tu ferais une psychomage désastreuse ». Oui bon, il fallait bien faire avec les moyens du bord ! Je continuai :
- Désolée, c'est la première fois que je suis dans cette situation… C'est assez intimidant… Mais… A vous voir ensemble, il y a une chose que je peux dire Lily. James est dingue de toi, et je suis sûre que si tu lui parlais – plutôt qu'à moi… – il comprendrait très bien… »
Elle garda le silence, les yeux rivés droit devant elle. J'étais plutôt fière de moi à vrai dire. Malgré mes paroles creuses, j'avais fait de mon mieux pour me mettre dans la peau d'une fille – une fille avec un cœur je veux dire – et j'avais réussi à tenir un discours à peu près sensé sans trop sortir de conneries. Enfin, c'était de Lily dont il s'agissait ici, et elle ne pleurait plus, ce qui était une bonne nouvelle. Après un moment, elle se leva et m'aida à me mettre debout. Puis, se tournant vers moi, elle dit :
« Merci d'avoir été là Jillian. Encore une fois, je suis désolée de t'avoir infligé cela, mais tu as été super. Merci. »
Embarrassée, je bredouillai que ce n'était rien, pas de problème, vraiment, mais déjà elle partait vers le terrain de Quidditch.
oOoOo
Je ne sais pas si j'avais résolu les problèmes de Lily Evans, mais en attendant, je n'avais pas avancé d'un pouce en ce qui concernait les miens. Angie ne m'adressait toujours pas la parole, quant à moi, inutile d'en parler… Malgré toutes les remarques, les reproches, et même les suppliques de nos amis, nous restions campées dans nos positions. Pourtant, la situation était loin de nous plaire. Angie me manquait, et combien de fois n'ai-je pas voulu, à l'heure du coucher, ne lui murmurer qu'un bonsoir ! Le pire, c'est que nous savions toutes les deux que l'autre ne demandait qu'à cesser les hostilités. Une chose, une seule, nous retenait : la fierté. L'orgueil cousait nos lèvres, fronçait nos sourcils, scellait nos poings. Emma en était affligée, Fabian et Ludo préféraient en rire.
Finalement, au bout d'une semaine à parlementer avec mes amis, alors que je commençais à trouver le temps long et le dortoir bien silencieux, je me résolus la mort dans l'âme à rejoindre Black pour ma deuxième leçon.
Je me levai donc le samedi matin le plus discrètement possible, pour qu'Angie ne s'aperçoive pas de mon départ. Je pris mon temps et décidai de petit-déjeuner copieusement afin de prendre des forces. La Grande Salle était presque vide. Seuls présents, les joueurs de Gryffondor, pâles et nerveux devant leurs assiettes vides, qui s'apprêtaient à s'entraîner pour le match de l'après-midi. Les Serpentards, eux, n'étaient pas là. Il y avait juste Regulus Black et Severus Rogue, dont la capacité à tenir sur un balai me paraissait douteuse. Ils étaient toujours ensemble ces deux-là, à trafiquer on ne sait quoi. On disait qu'ils étaient en passe de devenir Mangemorts. Pas étonnant que les deux frères Black se haïssent. Entre le grand frère à l'égo surdimensionné et le petit Serpentard aux allégeances suspectes, je me demandais qui valait le mieux… Un battement d'ailes me fit tourner la tête. Une boule de plumes grisâtres se rapprochait à tire d'aile. C'était Virgile, le hibou que j'utilisais pour communiquer avec papa. Il avait un œil en moins et son plumage ne payait pas de mine mais mon père s'était immédiatement pris d'affection pour lui. Quand il se posa – ou plutôt, s'écrasa lamentablement – devant moi, je lui tapotai la tête et lui donnai un peu de porridge avant de me saisir de la lettre. Si le corps principal n'avait rien d'inhabituel, (papa me racontait sa vie et me demandait des nouvelles), les choses se corsaient dans le PS :
« Ton ami Jimmy m'a remis un message pour toi. Au départ il était venu me demander l'adresse de ton école, mais comme je n'étais pas sûr que les moyens « normaux » fonctionnent, j'ai inventé une excuse et lui ai proposé de me confier sa lettre. »
Attachée au dos de la missive, je découvris effectivement une feuille pliée en quatre.
Je déglutis mon porridge dans une imitation parfaite de Virgile. Il n'avait rien de mieux à faire que de me poursuivre celui-là ?! Franchement, il commençait à me taper sur les nerfs ! En dépit de mon irritation, mon cœur se mit à battre un peu trop rapidement. Posée sur le banc, la lettre de Jim me faisait de l'œil. C'était loin d'être le moment idéal pour la lire, l'heure fatidique de mon rendez-vous avec Black approchant. Et puis je n'avais aucune envie de découvrir des paroles empressées visant à émouvoir mon cœur de pierre. Et pourtant… La tentation était trop grande. Sirius attendrait. Je pris la lettre du bout des doigts comme si elle était ensorcelée. Tendre ironie. J'inspirai un grand coup et posai enfin les yeux sur l'écriture penchée et déglinguée de Jim.
Salut Jill !
Comment ça va ? J'ai entendu dire que ça bossait dur, mais je devais avoir les oreilles bouchées.
Trêve de plaisanterie, il faut que je te parle de ce qui s'est passé l'autre jour… J'ai réfléchi, et je crois que tu as raison, j'ai été trop impulsif. Je dois nous laisser le temps d'y penser à tête reposée. D'ailleurs, j'ai demandé conseil à Helen, la nièce de Beth qui est venue passer quelques jours ici. Une fille vachement sympa. Elle m'a dit qu'il ne fallait pas qu'on aille trop vite, qu'on avait le temps, surtout alors qu'on s'est revus pour la première fois depuis des lustres. En plus, je pars faire un stage en Irlande pendant les vacances, donc je ne serai pas là quand tu rentreras… Bref, tout ça pour dire, ne te tracasse pas, on en discute la prochaine fois qu'on se parle !
Affectueusement,
Jim.
La lettre dans les mains, je restai plusieurs secondes dans cette posture, la bouche ouverte et les yeux fixes. Je m'attendais à tout sauf à ça. Que le Jim qui encore quelques jours auparavant, à la fois furieux et consterné, tentait de m'embrasser, m'écrive ça. Ça, que l'on pouvait résumer en un « En fait, je m'en fous » pur et simple. Evidemment, je ne pouvais m'empêcher d'être vexée. Me faire désirer pour la première fois n'avait pas été dénué d'intérêt. Voire de charme. Mais je me refusais à céder à la frustration et à la colère. Tout cela m'était complètement indifférent. Je serrai les dents et fourrai la lettre en boule dans ma poche. M'apercevant que l'heure de mon rendez-vous avec Black était passée, j'attrapai mon sac et montai à la bibliothèque d'un pas rapide. Il était déjà là, assis à une table dans l'allée des créatures magiques (de M à T). Je ne pus m'empêcher d'être désappointée. J'avais secrètement espéré qu'il sèche après ce qu'il s'était passé la semaine précédente. Mais il était tenace, et je devrai l'affronter.
« J'ai failli attendre. »
Je laissai lourdement tomber mon sac sur le sol et restai debout. J'avais décidé d'être exemplaire mais son petit sourire supérieur me poussa à la faute :
« J'ai aperçu Regulus avec Rogue dans la Grande Salle. Il se lève aux aurores ton frangin dis-moi. C'est vrai qu'ils ont été enrôlés par Tu-Sais-Qui tous les deux ? »
C'était petit mais sa réaction fut jubilatoire. A peine avais-je prononcé le nom de son frère que son sourire s'était évanoui, le sang disparaissant de son visage. Il se leva, les mains à plat sur la table, et articula d'une voix glaciale :
« Que les choses soient claires Jillian. Je suis ici pour Angela. Si tu n'as pas d'autres buts que de satisfaire ta petite personne, je crois qu'on peut s'arrêter là. C'est à toi de voir. »
Je baissai les yeux, tirai ma chaise et m'assis en marmottant un « désolée » pitoyable.
J'avais une boule dans le ventre et c'était la peur qui en était la cause. L'homme froid et implacable qui se tenait devant moi n'avait rien à voir avec le Sirius Black que je connaissais. J'avais perdu tous mes moyens d'un coup, ma belle assurance s'était évaporée. Ce qui suivit fut d'autant plus terrifiant :
« Bien ! On s'y met alors ?
Le ton était chaleureux, presque jovial. Comment quelqu'un pouvait-il ainsi se transformer, en un dixième de seconde ? Je sortis docilement livres et parchemins et attendis la suite. Il fut sensible à mon émoi car il s'exclama d'une voix rieuse :
- Détends-toi Lighthouse ! Si tu es aimable, je n'ai aucune raison de m'énerver.
Je lui renvoyai un sourire crispé. Il poursuivit, ouvrant un gros ouvrage qui m'était inconnu.
- Par quoi veux-tu commencer ? J'ai trouvé ça dans un coin poussiéreux, tout est dedans, de la métamorphose d'une allumette en aiguille à la création ex-nihilo.
- Ex-nihilo ?, répétai-je sans bien comprendre.
Il ne put retenir un petit rire.
- D'accord, on va y aller doucement alors.
- Eh ça va, je suis pas idiote non plus !
- Te vexe pas, je propose juste qu'on prenne les choses par le bon bout.
Il prit soudain une expression espiègle qui me laissa présager le pire.
- Parle-moi un peu de toi Jillian, fit-il d'un air charmeur.
- Pardon ?
Je le regardai avec effarement. Il avait perdu la tête ?
- Je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. Présente-toi, on ne se connaît pas finalement. Qu'est-ce que tu aimes faire, où tu habites…
Je faillis me révolter, mais le souvenir encore frais de ce qu'il était capable de faire m'incita à répondre :
- Je sais pas moi…
Je pris une voix enfantine :
- Je m'appelle Jillian Lighthouse, j'ai dix-sept ans et je vis à Londres. J'habite toute seule avec mon papa depuis très très longtemps. Et j'aime beaucoup le chocolat au lait.
Il souriait toujours mais paraissait, sinon intéressé, du moins à l'écoute. Je continuai :
- Voilà, j'aime pas trop l'école, mais Poudlard est mon endroit préféré au monde. Ma meilleure amie s'appelle Angela Coyle et elle est complètement folle mais c'est pour ça que je l'aime. Par contre, je déteste son petit ami, Sirius Black, qui se croit meilleur que tout le monde juste parce qu'il a une belle gueule.
Il se renfrogna un peu. J'allais conclure mais je me rappelai une dernière chose.
- Ah oui, et je fais aussi partie du club de jardinage de Poudlard.
Il sursauta. Ses lèvres pâlirent tant il les pressa fort. Mais il ne parvint pas à se contenir et éclata de rire. De mon côté, je réunissais mes forces pour rester stoïque. Quand il réussit enfin à se calmer, il demanda :
- Sérieusement Lighthouse ? Tu fais du jardinage ?!
Je plissai les yeux.
- Je n'aime pas beaucoup ta réaction, jeune homme. Le jardinage est une activité tout à fait honorable, et comme moi, je n'ai pas l'occasion de profiter de l'immense parc du manoir Black, je m'y adonne ici même.
- Tu t'es trompée de nom Lighthouse. Les Black n'ont pas de jardin d'ailleurs, tout au plus une courette glauque. Je vis chez les Potter.
Il m'avait répondu un peu fraîchement, si bien que je redoutai un instant une « rechute ». Ainsi, en dépit de ma curiosité, je n'osai pas l'interroger sur son lieu de villégiature. Je connaissais, comme la plupart des septièmes années, l'aversion de Black à l'égard de sa famille, mais je n'avais jamais cru les rumeurs selon lesquelles il avait été jeté dehors. Rumeurs qui apparaissaient aujourd'hui véridiques.
Il s'était assombri quelques secondes, mais reprit aussitôt son interrogatoire :
- Eh ben… Tu es bien la dernière personne que j'aurais imaginé à planter des fleurs et tailler des buissons avec un air transi. Il y en a d'autres des … passionnés comme toi ? Cite des noms !, ordonna-t-il avec une sorte d'avidité.
Je levai les yeux au ciel.
- Tu devrais te calmer Black. C'est un loisir, pas une passion. Et puis ta définition est un peu réductrice. Tu n'imagines pas les moyens qu'il faut pour entretenir un parc comme celui de Poudlard. Je suis moins fidèle cette année à cause des révisions mais il y a plein d'autres jeunes. Et des ouvriers, évidemment, parce que vingt paires de bras de petits deuxièmes années, c'est assez faible.
Pour une raison que je ne saisissais pas, il avait retrouvé son sourire hilare.
- Attends, tu es en train de me dire que tu es la seule septième année, là ?
- Oui… La moyenne d'âge tourne autour de douze-treize ans…
Il me fixa, un sourcil fléchi, dans cette expression incrédule que l'on m'offrait un peu trop fréquemment depuis quelques semaines.
- Quoi ?! Qu'est-ce que ça peut te faire Black ? Eh oui, j'ai des ressources insoupçonnées ! Et alors, c'est pas pour les découvrir que tu es ici ?
- Oui, oui, c'est juste…
Il se marra.
Offensée, je coupai court à la conversation :
- Allez, je suis passée à la marmite, à toi maintenant !
Malgré mon irritation, il fallait avouer que je m'amusais assez. Black se révélait plus supportable que prévu.
- D'accord, mais j'aimerais te poser une dernière question d'abord. Qui était ce bel inconnu qui a essayé de te voler un baiser l'autre jour ?
En fait, non.
Avec étourderie, je serrai nerveusement la lettre de Jimmy dans ma poche. Le papier crissa et mon geste ne passa pas inaperçu.
- Qu'est-ce que tu caches là, Lighthouse ?
- Ca ne te regarde pas, rétorquai-je en sortant brusquement la main de ma poche.
Trop brusquement. La boule de papier roula à terre. Je me jetai sur le sol pour la ramasser, mais Sirius fut plus rapide – et plus malin. D'un simple « Accio », la lettre de Jim bondit entre ses mains. Ainsi me retrouvai-je dans une position pour le moins embarrassante : à quatre pattes sous la table, paralysée, j'offrais à Black mon plus bel air horrifié. Je plaçai mon dernier espoir dans un soupçon de générosité profondément enfoui dans le cœur de mon bourreau, dont je n'aurais pas eu vent. Tu parles. Après m'avoir jeté un regard moqueur, il déplia la lettre et se mit à lire.
Humiliée, j'utilisais les miettes de fierté qu'il me restait pour me rasseoir et attendre, le ventre noué.
Le sourire qui s'élargissait sur le visage de Black était teinté d'un dédain amusé. A la fin de sa lecture, il leva les yeux et me demanda :
« C'est bien le type de King's Cross ?
Je hochai la tête, rassemblant tous mes efforts pour afficher un air froid et indifférent.
« Eh ben, il n'est pas d'une grande subtilité ton copain… En même temps, faut dire…, fit-il avec un coup d'œil éloquent en ma direction.
- Alors, tu as été… troublée par ce message… sybillin ?, ajouta-t-il, l'air de dire « Je me fous de toi et tu le sais. D'ailleurs, ça me fait bien marrer. »
- Mêle-toi de tes affaires Black, je te l'ai déjà dit, répliquai-je sèchement.
- Allez Lighthouse, rigole un peu ! T'es assommante en fait ! Estime-toi heureuse, tu as en face de toi un représentant de la gent masculine qui va pouvoir éclaircir les circonvolutions de ton soupirant.
Je levai un sourcil.
- Tu ne me crois pas ? Prenons un exemple, dit-il en reprenant la lettre. … Voilà : « J'ai réfléchi et je crois que tu as raison. »… Tu crois vraiment qu'un mec admettra qu'une fille a raison Lighthouse ?! Surtout toi… Sans aller jusqu'aux extrémités de la psychologie féminine, ce brave petit use d'un stratagème bien connu : il te dit le contraire de ce qu'il pense pour te faire réagir. Tu comprends ?, demanda-t-il avec des airs de maîtresse d'école.
Si je me promis de garder ces paroles en mémoire, j'affichai une moue méprisante.
- Rends-moi cette lettre Black.
- Lighthouse, un peu de coopération enfin ! Regarde, là, cette « Helen ». « Une fille vachement sympa. ». C'est gros comme le nez de ce bon vieux Rogue ça ! Si ça se trouve, cette fille n'existe même pas. Elle a été placée ici dans l'unique but de te rendre jalouse.
- Pardon ?!
Je le regardai, interloquée.
- Oui, jalouse. … Attends, Lighthouse, tu ne vas pas me dire que la mention d'une Helen trop sympa par le type qui a essayé de te rouler une pelle à la fin des vacances – et qui avait déjà dû réussir, vu comme tu l'as évité – que ça, ça ne t'as rien fait ?!
- Ben… De la jalousie, non…
Il me dévisagea.
- Ah oui… C'est plus grave que ce que je pensais… As-tu seulement un cœur Jillian ?, demanda-t-il avec une gravité jouée.
Je m'énervai :
- Oh ça va ! Arrête de te foutre de moi ! Et pour la dernière fois, rends-moi cette satanée lettre !
Il me lança un coup d'œil puis cacha la lettre derrière son dos avec espièglerie. Je roulai les yeux. Il n'était pas sérieux !
- Tu comptes vraiment jouer à ça ? Il y a un truc que je ne comprends pas Black. Ces cours, enfin cette mascarade ridicule, c'est pour Angie, tu l'as dit toi-même. Alors pourquoi tu n'essaies pas de te rendre un minimum aimable ?
- Pourquoi ne serait-ce qu'à moi de le faire ?, répliqua-t-il en agitant la lettre comme une pelote de laine pour amuser un chat.
- Oh je t'en prie ! J'ai été plutôt sage cette fois !
Il m'adressa un regard clairement dubitatif. Quel hypocrite ! Il avait tout fait pour m'exaspérer !
Je respirai profondément, pensai à Angie et décidai d'être mature.
- Je sais que ce n'est pas une situation facile, déclarai-je d'une voix posée, ni toi ni moi n'avons demandé à être là. Mais le fait est que nous y sommes. Tu vas donc me rendre la lettre, nous allons arrêter cette dispute puérile et faire enfin ce pourquoi nous sommes venus : une leçon de Métamorphose.
Il fit la moue, et répondit mollement :
- Je ne te savais pas si chiante Lighthouse. On dirait une Lily en puissance.
- Il faut bien que quelqu'un se dévoue pour être sérieux Black, rétorquai-je froidement.
- Si je te rends la lettre, tu veux bien me laisser une chance de me présenter ? On s'est bien amusé tout à l'heure…
Je lui jetai un coup d'œil sceptique.
- Je doute qu'on soit capable de rester civilisés… Parce que reconnais-le Black. Je ne t'aime pas, ça t'irrite et donc tu me le rends bien, et il faudra sûrement attendre que les poules aient des dents pour que cela change.
Il m'avait écoutée d'un air attentif mais arborait à présent un large sourire.
- Je t'ai entendue Lighthouse, et j'essaierai à présent d'être irréprochable. Néanmoins… Il me fit un clin d'œil. … Je te trouve un peu pessimiste. Personnellement, je suis sûr que cette situation n'est pas immuable… On parie ?
Il tendit la main. Je l'examinai, intriguée mais sûre de mon fait.
- On parie. »
Je lui serrai la main fièrement. La lettre était posée sur la table, mais il n'avait rien perdu de son sourire frondeur.
oOoOo
Quand cet après-midi-là, alors que les élèves envahissaient les gradins, Angie au lieu de s'installer à nos côtés, rejoignit Sirius à la tribune principale d'où il commentait, je ne peux décrire la noirceur des sentiments qui m'animèrent. Pourtant, en dépit de l'agacement qui me gagnait dès que Black se trouvait à proximité et en particulier lorsque j'étais son unique interlocutrice, j'avais apprécié ma matinée. Contre toute attente, je m'étais amusée. Et puis ce pari qu'il avait lancé me motivait. J'allais lui montrer, à ce Gryffondor prétentieux qui me volait ma meilleure amie, j'allais lui prouver que j'avais raison.
Malgré tout, l'attitude d'Angie au match soulevait en moi de violents élans de jalousie… Pas celle dont m'avait parlé Sirius le matin même, dont je ne saisissais pas encore la teneur. Mais celle qui m'emplissait le cœur depuis quelques mois, celle dont je découvrais peu à peu les méfaits sur mon amitié avec Angela.
Ainsi, malgré toute ma bonne volonté, je ne pus m'empêcher à cet instant d'haïr Black comme jamais auparavant. En dépit de l'inquiétude d'Emma, je conservais un visage fermé durant tout le match. D'autant plus que Potter et ses camarades ne laissèrent aucune chance à l'équipe de Serpentard, et que les commentaires guillerets de Black ne firent qu'accentuer ma colère.
Après le match, Angie ne rentra pas à la Salle Commune. Elle avait dû rester fêter la victoire avec les Gryffondors. Je tentai de faire bonne figure mais je me sentais en miettes. Jamais une dispute n'avait duré aussi longtemps. Est-ce que celle-ci sonnerait la fin de notre amitié ? Malgré tout mon mépris pour Black, je préférais qu'il reste dans les parages plutôt que de supporter le départ d'Angie.
Allongée sur mon lit, les yeux fixés sur le matelas d'Angela désespérément vide à mesure que les heures passaient, je réalisai une chose. Peu importait Black, peu importait ma rancune et son comportement à elle, Angie était mon amie et j'étais prête à n'importe quoi pour l'entendre à nouveau rire dans la chambre obscurcie.
Alors pourquoi ne revenait-elle pas ?
Epuisée, je finis par fermer les yeux, l'image de l'oreiller immaculé et des draps tendus imprimée sur les paupières.
