Résumé de l'histoire: America Singer est beaucoup de chose. Une Cinq, une Sélectionnée, mais aussi et surtout une Renégate. Le Prince Maxon, héritier du trône d'Illéa, en est bien conscient. Mais rien n'est plus attirant que de jouer avec le feu.
Crédit: La saga littéraire La sélection appartient à Kiera Cass, tout comme les personnages. Rien n'est à moi, je ne suis pas ayant-droit, et je ne fais qu'emprunter les personnages dans un but de divertissement non lucratif.
N/A: Merci à Riza Deumbra pour ses commentaires.
Politiquement incorrecte
"Le savoir, c'est le pouvoir".
-7-
Chers Papa, May et Gerard,
Je ne sais pas vraiment comment commencer cette lettre, si ce n'est en vous disant que vous me manquez de tout mon cœur et que je vais bien. Depuis mon départ de Caroline, pas une seule seconde n'est passée sans que je pense à vous. Vivre au palais est incroyable : j'ai trois femmes de chambre, pleins de vêtements et même un styliste personnel. Mais ma famille me manque, je suis comme déchirée entre devoirs et désirs.
Mes femmes de chambre sont très gentilles, mais ne veulent pas me laisser un seul instant tranquille. J'ai bien peur que ce ne soit mon lot quotidien jusqu'à la fin du concours. J'aimerai tellement trouver une personne avec qui partager toutes mes découvertes ! Malheureusement, ça n'a pas encore été le cas et je me sens bien seule.
J'ai rencontré le Prince Maxon pour la première fois officiellement ce matin. Il est exactement comme le veut la rumeur : brillant et désarçonnant. Je n'ai pas trop dû lui déplaire car je suis encore dans la Sélection. Nous n'avons pas parlé beaucoup, il est très occupé –même pour un Prince. Le Roi et la Reine sont quant à eux très stricts sur les us et coutumes de la Cour.
Je ne peux pas m'attarder sur la description du château car je n'ai aucune idée du cheminement qu'aura cette lettre. Je ne voudrais pas qu'elle tombe entre de mauvaises mains et que quelqu'un de mal intentionné puisse avoir vent d'informations dont il n'a pas besoin. De même, je suis presque certaine que le courrier est filtré avant de passer les portes-royales et j'ai vraiment envie que vous puissiez avoir ce courrier (l'armée est sur le qui-vive pour nous protéger).
Les autres filles de la Sélection sont assez hétérogènes. Depuis quelques heures, je suis la dernière Cinq en compétition. Même si désormais, j'appartiens à la Troisième caste (je n'arrive pas à m'y faire). J'ai commencé à me lier d'amitié avec la concurrente du Kent, Marlee. C'est une jolie blonde passionnée par le cinéma et profondément gentille. Bien que je ne puisse pas vraiment tout lui dire de moi –ce serait risqué au regard des circonstances particulières- je n'ai pas vraiment l'impression de me cacher avec elle. J'espère qu'elle restera longtemps, voire qu'elle devienne un jour Reine, elle serait formidable.
Je ne sais pas quand cette lettre arrivera, mais si elle suit une tartelette aux fraises, il faut que May sache qu'il s'agit d'un cadeau du Prince. Un cadeau négocié enrobé de quelques conseils politiques, j'espère qu'elle l'appréciera autant qu'il a enrichi mes maigres capacités de négociatrices.
Comment va notre Auguste chien ? Je n'ai pas eu loisir à lui faire mes adieux et j'en suis attristée. Faites-lui une caresse de ma part et dîtes lui que je vais bien.
Je vais devoir vous laisser, le courrier doit partir dans quelques minutes et j'ai été déraisonnablement longue à écrire. Je vous aime et je vous écrirai à nouveau dès que possible.
Avec tout mon amour,
America.
.
Je pose le stylo que j'ai dans les mains et je relis la lettre que je viens d'écrire. Elle est sobre, courte, mais j'espère que mon père va savoir lire entre les lignes pour juger les premières informations que j'ai à transmettre à l'Etoile Polaire. Ce qui n'est pas un exercice aisé, la subtilité n'a jamais été moins point fort.
Bien entendu, je ne peux pas me permettre d'écrire une lettre à August sous peine d'être reconnue tout de suite comme une Renégate. J'ai juste besoin de faire confiance en mon père : son esprit brillant ne devrait pas avoir de mal à comprendre tous mes sous-entendus.
L'idée de glisser quelques informations sur la royauté m'a traversé l'esprit, mais mon esprit de plus en plus cartésien m'en a dissuadé. Les risques étaient trop grands. Mes connaissances seront de toute façon transmises à l'Etoile Polaire le jour où je quitterai la Sélection. Pour le moment, je dois en recueillir le plus possible.
Quelqu'un frappe à la porte de ma chambre et je lève les yeux de mon courrier. Soigneusement, je profite des quelques instants qui me restent avant l'interruption de l'étranger pour glisser ma lettre dans une enveloppe. Celle-ci est cachée du sceau royal. Ce qui fait d'elle un document précieux pour les personnes chargées de la transmettre via le réseau postal.
La porte s'ouvre, et Anne passe la tête dans l'embrasure pour s'assurer que je suis présentable. C'est une précaution inutile : je serais bien incapable de me dévêtir de la robe qu'elle et ses amies m'ont fait mettre ce matin sans leur aide. C'est purement ridicule, je soupire et l'invite d'un geste à entrer dans la pièce.
Anne est une jolie femme. Etrange mais jolie. Elle parait porter une dévotion sans borne à la royauté et me considère presque comme une Reine. Si elle savait que j'en suis tout le contraire, elle serait certainement mortifiée. Non pas que je pourrais lui en vouloir : je joue un jeu dangereux et j'abuse de la confiance qu'elle m'accorde.
Finalement, la seule personne avec laquelle je n'ai pas à me cacher, c'est le Prince Maxon (et mon styliste, mais je ne l'ai pas vu depuis le Grand Soir). C'est une situation somme toute ridicule. Voilà que mon ennemi est le seul avec qui je peux parler librement. A condition, bien entendue, qu'il n'y ait pas de caméras et personne autour de nous. Et aussi qu'il soit là, s'entend. Or, le Prince Maxon a un emploi du temps aussi chargé –si ce n'est plus- que celui du Roi.
Je me demande bien sur quoi porte les affaires dont il traite. Est-ce des affaires triviales de vol ? Ou se penche-t-il sur des raids contre les renégats ? Cette pensée suffit à me faire frissonner de peur et d'impuissance. Alors même que je suis dans le palais, je ne peux rien faire de concret pour protéger l'Etoile Polaire. Pour le moment, je n'ai réussi qu'à faire rire le Prince, sauver ma peau et faire croire à tout le monde que je prends au sérieux la Sélection. Un bel accomplissement, certes, mais pas grand-chose quand je regarde l'étendue de la tâche devant moi.
Je soupire derechef.
D'un geste presque instinctif de la main, je marque l'adresse de ma maison avec un étrange sentiment mélancolique. Je n'ai jamais envoyé de courrier de ma vie. J'imaginais le faire plus tard d'un camp de rebelle. La réalité est bien différente. J'apporte à ma Renégate-famille un courrier royal. En tant que potentielle épouse du prince héritier.
Nom de Dieu, le monde est vraiment tombé sur la tête.
Anne attend patiemment que je l'autorise à prendre la parole. C'est encore une nouveauté à laquelle j'ai beaucoup de mal à me faire. Je n'ai jamais du autoriser qui que ce soit à parler. Normalement, au contraire, on me demande souvent de me taire et d'arrêter d'importuner mes « supérieurs ». Je suis –j'étais- une Cinq. Le bas de l'échelle. Personne n'avait besoin de me montrer un respect non-mérité.
-Tu n'as pas besoin d'attendre pour me parler, Anne, je lui affirme pour la dixième fois de la journée.
Si mes trois femmes-de-chambre n'ont pas eu de mal à accepter de me laisser seule dans mes « appartements », elles n'arrivent pourtant pas à se séparer du règlement quand il est question du protocole. J'ai beau me triturer l'esprit, je ne trouve aucun moyen de les convaincre que je suis comme elles. Et même qu'il n'y a pas longtemps, elles étaient au-dessus de moi dans la hiérarchie : les Six qui opèrent au château sont supérieurs aux Cinq qui officient à l'extérieur.
Anne s'incline théâtralement mais je sais qu'une partie d'elle est soulagée de me voir si décontractée. Décidément, j'ai du mal à comprendre les gens. Nous ne sommes définitivement pas sur la même longueur d'ondes. C'est surement dû au fait qu'hormis Aspen, je n'ai jamais eu d'amis de ma vie. Et Aspen n'est pas non plus un modèle de normalité.
Un étrange sentiment –encore un- se glisse dans mon estomac en pensant au Six. Nous ne nous sommes pas quittés en très bon termes après les résultats de la Sélection. Après réflexion, mon comportement était stupide. Il était simplement inquiet pour moi –comme toujours- et se méfiait des intentions de Maxon. J'aurais dû le rassurer au lieu de me disputer avec lui.
Le pire, c'est que je ne peux même pas lui écrire pour m'excuser. D'une part, car c'est un renégat et qu'il n'a pas besoin de l'attention des services-secrets comme étant l'ami d'une Sélectionnée. D'autre part, parce que je n'ai pas besoin que l'on suppose que ma relation avec Aspen est plus qu'amicale –ce qui serait totalement faux. Le Prince Maxon a l'air assez paranoïaque quant au célibat de ses potentielles-fiancées. D'après ce que j'ai compris au Boudoir, il a posé la même question à toutes les filles : « votre cœur est-il libre ? ».
-Vous êtes prête, mademoiselle ? me demande Anne, me tirant de mes pensées.
J'ai l'étrange tendance de me perdre dans mon monde ces derniers temps. C'est peut-être à cause de tous les nouveaux éléments qui composent ma vie désormais. Ou car je suis maintenant obligée de tout analyser pour ne pas risquer de faire sauter ma couverture de « candidate passionnée » pour être considérée comme « une dangereuse ennemie de la Nation ». Même si Maxon est au courant de mon statut, il est très peu probable qu'il intervienne en ma faveur si son père exige mon exécution.
Encore une autre injustice : je risque ma peau pour servir d'intermédiaire entre l'Etoile Polaire et le Prince, mais lui n'est pas le moins du monde en danger.
Décidant que le moment est mal choisi pour toutes ces idées négatives, je recentre mon attention sur la question d'Anne.
-Pourquoi ? je questionne à mon tour.
Je ne vois pas la moindre raison pour laquelle je devrais être prête. Nous avons déjà mangé à midi et notre présence au Boudoir n'a pas été exigée. Nous n'avons même pas de cours avec Silvia : ils commencent lundi. Je ne me souviens d'aucune obligation supposant ma ponctualité. En réalité, je compte même rester dans ma chambre jusqu'au diner à me morfondre tout savourant ma solitude. Je pourrais peut-être même reprendre la lecture du livre America.
Le programme est alléchant, et je n'ai pas envie de le bousculer.
Bien évidemment, comme chaque élément de ma vie depuis un mois, rien ne se passe comme prévu.
-Pour votre rendez-vous avec le Prince, évidemment ! m'apprend ma femme-de-chambre.
Surprise, je me détourne complétement de mon courrier. Je n'ai aucun rendez-vous avec Maxon. De ça, je suis certaine. Je m'en serai tout de même souvenue. Une convocation du Prince, ce n'est pas anodin. Même ma mémoire défectueuse et ma stupidité maladive n'auraient pas été capables de me faire oublier ça.
-Quel rendez-vous ? Je n'en ai pas, je rétorque.
Si j'ai un rendez-vous avec Son Altesse et que je suis en retard, je peux dire adieu à toute crédibilité non seulement vis-à-vis de Maxon mais aussi des instituts de sondages. Sans parler de la piètre image que cela donnerait de moi aux renégats. C'est hors de question. Je ne peux pas les décevoir aussi stupidement.
Anne parait soudain très inquiète et me force à me lever de ma chaise. Terminée la bienséance, la situation est trop urgente pour qu'elle me laisse tranquillement à mon aise.
-Mais si ! La liste est publiée dans le Boudoir depuis hier !
Je fais des yeux ronds tandis que la panique s'empare de moi. Je n'avais pas vue la moindre affiche dans le Boudoir. D'un autre côté, je n'y ai pas passé beaucoup de temps. Pour le moment nous sommes encore relativement tranquilles. Je pensais que notre emploi du temps ne commençait que Lundi avec les premiers cours.
-Oh, je soupire.
Je jette un coup d'œil au miroir non loin de moi. Heureusement, les soins que m'ont apportés mes aide-ménagères encore ce matin me permettent d'avoir encore léger maquillage, ma robe est jolie et je suis loin d'être désagréable à regarder. Mais je suis aussi assez simple, mes cheveux lâchés bouclent et sont électriques.
Je demande à Anne dans combien de temps commence mon rendez-vous et je suis horrifiée de constater qu'il ne me reste qu'une dizaine de minutes pour me rendre présentable et filer jusqu'au hall principal. J'ai juste le temps de me brosser les cheveux (Anne ajoute de la laque sur la brosse pour les rendre plus dociles) et de mettre du rouge-à-lèvre qu'il est déjà temps de sortir.
J'espère que les téléspectateurs qui sont en train de regarder en direct, sur une chaine exagérément onéreuse, trouverons que j'ai simplement essayé d'être naturelle. Je remercie aussi les dieux encore présents pour s'être assurés que mes doigts ne soient pas tachés d'encre ou pire encore. Cela aurait été le coup de grâce.
J'arrive pile à l'heure dans le grand hall. Un des caméramans me demande de bien vouloir sourire pour le public. Je le fais sans hésiter, à son grand plaisir. Il s'attendait surement à ce que je n'accorde aucun intérêt à sa demande et est soudain très enthousiaste. Les autres « journalistes » essayent eux-aussi d'attirer mon attention. L'un d'entre eux a même le courage de me poser une question.
-Comment vous sentez-vous à l'aune de votre premier rendez-vous avec le Prince ?
Je suis presque certaine que ces hommes n'ont normalement pas le droit de m'adresser la parole. Leur témérité pourrait leur couter leur poste, ou leur offrir une promotion. Cela doit leur sembler un risque à prendre et je me vois mal les snober. Même s'ils me font un peu peur. A chaque fois que je gagne le cœur d'une personne, je force le Prince à me garder dans la compétition. Chaque moment que je gagne est un moment de négociation en plus.
J'essaye d'adopter une posture mi-décontractée, mi-angoissée. Je m'applique à remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille pour me donner un air de « petite-poupée » puis je m'adresse à la caméra. Une petite lumière rouge me prouve que je suis bien enregistrée et qu'il ne faut surtout pas que je fasse une erreur.
-Un peu angoissée, je crois. Mais je suis surtout impatiente de pouvoir voir le Prince. J'ai essayée de rester naturelle, comme nous l'a conseillée la Reine. Qu'en pensez-vous ?
Je ponctue ma question d'une petite rotation sur moi-même tout en posant mes mains sur le haut de mon ventre pour insister sur ma silhouette. Les volants de ma robe tournoient magnifiquement et mes cheveux voltigent pour se poser devant mes yeux. Je retire les mèches qui tombent devant mon visage et j'offre de nouveau mon plus beau sourire à la caméra. Le journaliste rayonne de bonheur et ça me fait tellement plaisir que, même si j'ai l'air ridicule sur la vidéo, je sais que j'ai fait la bonne chose.
-Vous êtes magnifique, Milady, affirme-t-il.
Je sens mes joues rougir furieusement au compliment, qui ne me parait pas du tout forcé. J'ai beau avoir un caractère difficile, je reste une femme. Et les femmes aiment les louanges. Surtout celles qui viennent du fond du cœur. Enchantée, je décide de continuer notre entrevue improvisée.
-Il faut remercier mes femmes-de-chambre pour ça. Elles sont vraiment incroyables, je lui apprends.
Je ne sais pas pourquoi j'ai envie de parler de Mary, Anne et Lucy. Ca ne doit pas tellement intéresser les castes supérieures de savoir qui s'occupe de moi. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Elles méritent bien cette distinction pour supporter mes humeurs changeantes et pour leur gentillesse. Tant pis si cela ne m'apporte pas le soutien des auditeurs, si cela permet aux trois femmes de m'apprécier, c'est déjà pas mal.
-Vous vous êtes liée d'amitié avec le personnel ? ose me demander un autre homme. Il est certainement aussi âgé que mon père, et ses yeux bleu débordent de curiosité.
Qu'avait dit la dauphine de la dernière Sélection déjà ? Qu'il fallait séduire le public ?
Je ne vois pas comment mieux réussir cette épreuve qu'en leur faisant comprendre que je peux tous les aimer sans problème. Peut-être que je peux tirer avantage de ma connexion naturelle avec les castes les plus basses : je les comprends et je sais que la seule chose qu'ils veulent c'est d'être compris par les personnes d'en haut. Ce n'est peut-être pas la loyal de leur donner l'espoir que je puisse un jour être leur Reine, mais je le fais pour eux. Car –j'en suis intimement persuadée- seule L'Etoile Polaire peut apporter quelque chose aux petits gens. En aidant l'organisation, j'aide tous les défavorisés.
Cette affirmation me permet de ne pas me sentir trop coupable d'essayer de les manipuler. Au moins, je ne suis pas forcée de mentir. J'optime :
-Ils sont tous extraordinaires. La Sélection ne serait pas grand-chose sans leur travail acharné et le soin qu'ils apportent à chacun de nous. Je parle aussi bien de mes femmes-de-chambre, que des cuisiniers, de nos précepteurs ou encore de nos merveilleux caméramans. Vous êtes géniaux.
Ce qui me vaut quelques applaudissements de la part de quelques-uns d'entre eux, ravis de se voir ainsi distinguer par une des Sélectionnées. J'imagine sans mal qu'aucune des autres filles n'a pensé à les remercier de leurs services. Avec ces quelques phrases, je viens de m'offrir de nouveaux alliés dans la compétition. J'ai l'intime conviction que désormais, ils vont faire de leur mieux pour me donner la meilleure image possible.
C'est du pain béni et j'accepte cela avec plaisir.
Presque aussitôt, plusieurs questions sont posées en même temps. Un homme veut savoir si la Caroline me manque, un autre ce que je pense du château, et encore un autre si je pense pouvoir devenir Reine un jour. Je n'ai aucune idée de par où commencer, ni même si je peux répondre à toutes leurs questions, mais j'essaye de ne pas paniquer.
Je suis « sauvée » par un bras qui me ceinture doucement la taille, me faisant sursauter.
Le Prince Maxon est arrivé pendant mon « interview » et personne ne l'a remarqué. Ce qui ne doit pas être habituel. Normalement, tout le monde est captivé par son entrée. C'est le futur Roi d'Illéa, après tout. Mais aujourd'hui, les journalistes étaient bien trop charmés par moi pour pouvoir s'intéresser à autre chose.
Tiens, dans les dents, Prince-narcissique. Ça t'apprendra à me sous-estimer.
Bon, bien entendu, une fois qu'ils réalisent que le Prince vient de se glisser à côté de moi, je ne suis plus le centre de leur attention et ces derniers n'osent même plus poser la moindre question. Je ne sais pas s'ils ont peur du Prince, ou s'ils ont reçu l'ordre de ne pas le déranger, mais le contraste entre avant et maintenant est saisissant.
Et pas dans le bon sens.
A côté de moi, Maxon parait inaccessible. Distant de ses citoyens. En retrait. Ce qui n'est surement pas l'image qu'il avait voulu donner. Je ne suis donc pas le moins du monde étonnée quand il prend la parole :
-Bonjour tout le monde, et désolé de vous interrompre. Je suis juste venu chercher miss America pour notre rendez-vous. J'ai de la chance, n'est-ce pas ?
Sa question me fait lui jeter un regard amusé. Je doute qu'il soit totalement satisfait de la situation en ce moment. Il doit sans aucun doute savoir que je viens de gagner quelques points dans les sondages et que je viens de le forcer à me montrer un intérêt public. Décidément, ce rendez-vous pourrez être la meilleure chose qu'il me soit arrivé depuis mon arrivée.
Je me découvre des capacités de manipulation que j'ignorais jusqu'à présent. C'est une agréable surprise qui change la donne. Dire qu'il y a deux jours, le Prince s'amusait à faire remarquer devant tout le monde à quel point j'étais une mauvaise politicienne. Il va revisiter son jugement, et vite.
En ce moment, je suis enchantée. J'espère que l'Etoile Polaire regarde la télévision. Ils seront surement fiers. Je suis certaine d'avoir réussi à donner une bonne image de moi, ce qui va conforter mon statut de favorite, et ne pas laisser d'autre choix à Maxon que de me garder. Tout ça par hasard.
Quelques-uns des journalistes approuvent à la question du Prince, mais je n'y porte pas grande attention. Mon regard est fixé sur Maxon, et il n'y a plus que lui dans mon monde. Lui et notre jeu. Je suis captivée par ses capacités de manipulateur, ses faux-sourires, son égocentrisme caché sous un monceau de mensonges. Il m'intrigue, et j'ai envie de tout découvrir sur lui. De comprendre chacun de ses sous-entendus, de lui prouver que je suis intelligente, de le défier.
C'est un comportement complétement stupide, mais je n'y peux rien. Je veux le mettre à jour, couche par couche. Par car c'est ce que veut l'Etoile Polaire. Mais car il ne m'a pas crue capable de le faire. Hypnotisée, je lui souris quand il me regarde à son tour. Le fait qu'il soit si proche de moi (je suis encore dans ses bras) ou que le monde entier me voit le dévisager comme s'il était mon idole m'indiffère. Les gens vont penser que je suis déjà tombée sous son charme. Ils ne pourraient pas plus se tromper.
Je veux simplement me battre contre lui. Et l'alchimie que je ressens n'est que le résultat d'une colère mutuelle. Nous sommes deux ennemis en cohabitation, tous deux drapés derrière un voile d'hypocrisie. Il me souhaite presque la bienvenue dans son monde de tromperies, d'artifices, de faux-semblants.
Il veut la même chose que moi. Ses yeux ne mentent pas. S'il n'est pas enchanté par la situation, il apprécie le jeu. Même s'il peut lui porter préjudice. Il est heureux d'avoir trouvé un adversaire à sa taille, même un opposant minime. Je lui plais. Je le sais.
Pas comme une future Reine, ni comme une future épouse, non. Je lui plais comme seule une Renégate peut plaire à un Prince. Parce-que je ne laisserai jamais gagner contre moi. Car je suis entêtée, différente. Qu'il ne sait pas comment me manipuler. Lui aussi va chercher à tout savoir de moi. Car le savoir, c'est le pouvoir.
Maxon veut le contrôle total. Il aime ça. Il a grandi pour devenir Roi un jour. Toute sa vie, il a été formé à prendre un jour la tête du pays qui lui ait dû de par son rang. De par son sang. Et son désir de tout maitriser devrait me brûler. Au lieu de cela, il fait ressortir de moi mon côté frénétique, mon entêtement. Je ne veux pas perdre contre lui. Je ne me le permettrais pas.
Nous sommes l'union parfaite d'une haine-proportionnée, d'une éviction-naturelle. Ce que la lune est au soleil. Et c'est mieux que tout ce que je n'ai jamais faits de ma vie. C'est grisant. Electrique. J'ai l'impression d'être déjà accro à quelque chose que j'avais toujours méprisé.
D'un petit geste de la main, je salut poliment les caméramans. Certains en font de même. Dommage, les spectateurs ne pourront pas le voir. A côté de moi, la prise de Maxon se resserre et je me laisse m'appuyer le plus possible sur son bras pour l'ennuyer. Il reste de marbre et offre un magnifique sourire aux auditeurs sans pour autant détourner son regard du mien.
-Bonjour, ma chère, me dit-il finalement tandis que nous nous détournons des caméras.
Celles-ci nous suivent, évidemment. Les yeux dans les yeux, nous devons ressembler à un jeune couple. Ou un futur couple, cela dépend. Ce qui fait que les sondages seront encore plus en ma faveur après ça.
-Votre Altesse, dis-je.
Il n'y aura aucune révérence, encore une fois. Son bras autour de moi m'en empêche. Si on me laisse le choix, il n'y en aura jamais. Nous nous dirigeons vers les jardins. Je n'ai pas le droit d'y aller seule. Aller à l'extérieur est une merveilleuse idée. Je n'aime pas être confinée.
Il fait un soleil resplendissant. Les oiseaux chantent. J'ai l'impression d'être dans un film pour adolescente. Ou un conte de fée. Mais la réalité est bien différente : tout n'est que tromperie. Tout comme l'intérêt que m'accorde l'héritier du trône quand il me demande :
-Comment trouvez-vous le château ?
C'est exactement la même question qu'il a posé à Elise lors de notre premier repas. Depuis, il ne m'a pas adressé la parole à table. Il semble par contre s'entendre à merveille avec d'autres filles, comme Kriss à qui il parle régulièrement. Marlee est un peu délaissée. Je crois qu'il a pitié d'elle, mais j'ignore pourquoi.
-C'est très différent de chez moi. J'ai l'impression de vivre dans une autre dimension, je réponds.
Sens caché : je n'ai jamais eu à jouer tout le temps la comédie. Je ne sais pas s'il a saisi la subtilité de mon langage, cependant. Il y a trop de caméras qui nous suivent pour parler librement. Pour ménager les apparences, il garde la main sur ma taille.
-Je peux comprendre. Votre famille vous manque ? s'enquiert-il.
Je n'ai pas besoin de lui mentir.
-Bien sûr que ma famille me manque. Surtout mon petit-frère et ma petite-sœur ? Gerard n'a que sept ans et il n'avait jamais été loin de moi pendant plus de deux jours. Il n'était pas très heureux que m'en aille.
Le souvenir de mon départ de Caroline et la réaction de mon petit frère me fait de la peine. J'aimerai faire comprendre à Maxon que c'est de sa faute si Gerard croit que je l'ai abandonné. Qu'il ne devrait pas participer à « La Sélection ». Peu importe les traditions.
-Vous aimez beaucoup votre famille, constate-t-il.
Pour la première fois de la journée, je souris franchement en pensant à mes proches. Je me demande même si papa regarde en ce moment la télévision. Peut-être alors peut-il m'entendre.
-Personne n'ayant rencontré mon père peut ne pas l'aimer. C'est le Cinq le plus brillant de toute la Caroline ! Ses connaissances sont inépuisables, tout comme sa gentillesse. Quand ma mère est morte, il s'est occupé de cinq enfants sans jamais faiblir. Son courage est un exemple.
Nous remontons un petit passage dans le parc, je peux entendre les bruits de pas pressés des caméramans.
-Cela n'a pas dû être facile de grandir sans mère, dit-il avant de s'arrêter devant un banc en marbre.
Nous nous y assaillons, toujours aussi proches. Toujours aussi fourbes.
-Je n'ai pas à me plaindre, je rétorque.
C'est tout à fait vrai. Je n'ai pas à me plaindre. Mais ce n'est pas grâce à lui. Si je suis encore en vie aujourd'hui pour lui parler, c'est parce que l'Etoile Polaire a donné à mon père de quoi survivre après la mort de maman. Normalement, je devrais être morte. Si seulement je pouvais lui dire ça en face !
Le souvenir de ma mère m'apporte beaucoup de souffrance et je sais que si je me penche trop dessus, je risque de pleurer. C'est hors de question. Je ne vais pas verser une larme devant cet idiot. Cela me discréditerait à ses yeux autant, si ce n'est plus, que si j'arrivais en retard. A défaut de pouvoir exprimer mes émotions, j'essaye d'attendrir le public.
-Vous savez, mes parents se sont rencontrés grâce à la Sélection de votre père. Ma mère était trop jeune pour y participer et avait organisé un spectacle pour obtenir une dérogation. Mon père en est tombé tout de suite amoureux et a demandé sa main à mon grand-père. C'est drôle, non ?
Maxon a l'air d'être quelque peu surpris par ma déclaration.
-Peut-être étiez-vous destinée à être Sélectionnée ?
Ses beaux yeux brillent et il est éblouissant sous la lumière du soleil. Son air angélique lui donne quelque chose de supérieur. Il est beau, franchement. Surement le plus bel homme que je n'ai jamais vu de ma vie. A sa façon, il est même plus attirant qu'Aspen.
Ces pensées parasitaires n'ont rien à faire dans mon esprit.
-Arrêtez de faire ça ! je lui ordonne avant d'avoir pu m'en empêcher.
Comme toujours, mon tempérament fougueux risque d'être ma perte. Je sais que j'aurais mieux fait de ne rien dire, mais c'est trop tard.
-Faire quoi ?
Il a l'air surprit, je me sens ridicule.
-D'essayer de m'éblouir, je lui explique.
Totalement ridicule. Et bien entendu, Maxon ne laisse pas passer l'occasion de m'humilier. Je ne peux même pas lui en vouloir : je viens de lui donner le baton pour me faire battre. Si j'avais été à sa place, j'en aurais fait de même.
-Ce n'est pas intentionnel, je vous assure.
Je lève les yeux au ciel, exaspérée. Bravo, America. La seule chose que j'ai réussi à faire, c'est de caresser son égo déjà démesuré. Comme s'il en avait besoin.
-Oui, je sais, c'est un don que vous avez. Mais méfiez-vous, certaines filles de la compétition sont prêtes à tout pour vous éblouir à leur tour. J'en ai même vue certaines avec les poupées vaudou.
Mes paroles n'ont aucun sens, et aucun intérêt. Il le sait. Je dois ressembler à une petite fille inquiète. Cela ne l'empêche pas de maintenir la conversation :
-Devrais-je faire fouiller leurs appartements pour sauver mon libre-arbitre ?
J'imagine la tête de Celeste si quelqu'un venait fouiller ses affaires. Elle serait surement terriblement en colère. Ou horrifiée. L'idée me fait rire. A moins, je dois paraitre agréable pour les téléspectateurs. Une gentille petite idiote éblouie par le beau et gentil prince.
Pourquoi moi ?
-Ce serait un peu excessif, je crois.
Mon constat n'est pas très intéressant. Mais il n'y a rien de pertinent qui peut ressortir de notre conversation. J'aimerai, à tout du moins, pouvoir parler de l'Etoile Polaire. Mais je ne vois pas comment aborder le sujet sans que tout le monde comprennes que je suis une Renégate.
-Que pensez-vous des autres filles ? me demande-t-il.
Je hausse les épaules.
-Je ne les connais pas vraiment. Marlee est une personne géniale ! La plus géniale de toutes, puisque vous demandez. Elle aime le cinéma, les animaux et les romans d'amour. J'aimais aussi beaucoup Ashley mais elle est… partie. Anna est assez drôle, Elise parle beaucoup de ses voyages et Celeste est magnifique. Et elles sont toutes persuadées que le meilleur moyen de vous faire tomber dans le filet est de mettre des chaussures à talons pour avoir l'air d'un funambule. C'est ridicule, d'ailleurs.
Un petit vent froid me fait frissonner. Maxon me serre un peu plus contre lui. Je ne sais pas si c'est car il l'a remarqué ou juste par esprit possessif, mais je ne recule pas. Cela doit ravir les ménagères.
-Vous n'êtes pas d'accord ? me demande-t-il.
Je cligne des yeux.
-Si ce que vous aimez le plus chez une femme c'est ses chaussures, alors j'ai largement surestimé vos capacités.
Il ricane.
-Dites-moi, que recherchez-vous ici ?
Je reste silencieuse pendant un moment, méditant une potentielle réponse. Je ne sais pas trop quoi dire à cette étrange question. Je ne peux pas avouer la vérité, bien entendu. D'ailleurs, il la connait. Je ne suis ici que pour l'Etoile Polaire, et car je n'ai pas le choix. Ni plus, ni moins.
Et je ne vais certainement pas dire que je suis là pour l'épouser ! Il ne faut pas exagérer, non plus.
-Je ne sais pas vraiment. Des livres peut-être ? je réponds finalement.
Encore une fois, ma réponse est idiote. Son sourire est condescendant. Il doit bien se moquer de moi, le salop. Il cherche à me discréditer aux yeux de tous, à me faire passer pour une idiote qui n'a pas sa place dans la compétition. Je ne vais pas le laisser faire.
-Des livres ? s'intéresse-t-il.
J'acquiesce.
-Je n'en ai pas beaucoup chez moi, mais je suis certaine qu'il y en a des tonnes dans le château !
-Sans aucun doute. Je ne peux pas vous laisser aller dans la bibliothèque royale, mais dans la mienne, certainement.
Surprise, je me demande quelques instants s'il est possible que je puisse avoir accès aux livres de Gregory Illéa. Si c'était le cas, cela changerait tout. Maxon ne sait pas que l'Etoile Polaire recherche désespérément les mémoires de son ancêtre. Et il vient de me permettre de fouiller une bibliothèque entière à sa recherche.
-Merci ! je m'exclame, reconnaissante.
Il a l'air enchanté par mon enthousiasme.
-Vous vous souvenez que vous me devez une chanson, America ?
Ah ! Il aborde enfin le sujet ! Je me penche vers lui, essayant d'avoir l'air surprise. Je ne sais pas si cela fonctionne, mais la conversation en est encore plus intéressante.
-Vraiment ?
Comme si j'avais pu oublier la façon dont il m'avait humilié devant tout le monde lors du déjeuné ce matin. Mais ce n'est pas grave maintenant. C'est à mon tour de lui rendre l'appareil. Je vais le ridiculiser. Publiquement. Tant pis si je perds des points de pourcentage.
Maxon se doute instantanément que j'ai quelque chose dans mon jeu. Une nouvelle carte qu'il n'avait pas prévu. Il ne peut pas savoir laquelle et je vais me faire un plaisir de la lui dévoiler doucement. Il tente de me rappeler :
-J'ai envoyé une tartelette à votre sœur, j'ai rempli mes engagements. C'est à vous d'en faire de même, désormais.
-Pouvez-vous revoir les enregistrements du Bulletin ? je détourne la conversation.
Il fronce les sourcils.
-Oui, confirme-t-il.
Je suis bien consciente qu'il ne peut m'offrir aucune autre réponse. Il est le prince d'Illéa, il peut avoir accès à n'importe quel document. C'est un privilège qu'il ne peut pas nier publiquement. Il tombe donc, sans même le savoir, dans mon piège.
-Alors regardez-les, votre Altesse, et vous m'entendrez chanter.
Il s'arrête un instant, le regard pensif. Je viens de retourner ma nouvelle carte. Mais il n'en comprend pas tout de suite le sens.
-Ce n'était pas ce qui était convenu.
Je lui offre le sourire le plus innocent que je suis capable de faire. Oh ! Comme ma revanche est délicieuse. Comme j'aime cette guerre entre nous : quand je ne la perd pas, cela va sans dire.
-Vous êtes certain ? Pourtant, il me semble que vous m'aviez demandé de « combler vos lacunes artistiques en chantant », vous n'aviez pas précisé que je devais le faire en direct. Il serait mal venu de changer les conditions d'un contrat a posteriori, n'est-ce pas ?
Ses yeux s'écarquillent et devant moi, le masque tombe. Il me voit enfin telle que je suis, pour la première fois. A cet instant précis, il n'y a plus de faux-semblant. Même si pour l'ensemble des personnes qui regardent leur poste de télévision, rien ne semble avoir changé, en réalité tout est différent.
Ma vie vient de prendre une toute nouvelle tournure. Je ne suis simplement pas encore au courant.
-Je me suis trompé sur vous, America. Vous êtes une très bonne politicienne, je n'aurais jamais dû en douter, avoue-t-il.
Son regard flamboie, animé par le même feu qui me dévore depuis cette matinée où il m'a mise au défi. Les flammes consument tout sur leur passage : l'Etoile Polaire, son statut de Prince, cela n'a plus aucune importance.
Ce qui compte, c'est nous.
Et notre guerre.
-Ne sous-estimez pas votre peuple, Majesté. Il pourrait vous étonner.
Mes paroles ont quelque-chose de redondant. Je lui ai dit la même chose il y a un mois. Mais cette fois-ci, je ne parle pas seulement des autres, mais surtout de moi. C'est moi qu'il ne doit pas sous-estimer, moi qui vais lui montrer que je peux lui tenir tête sur n'importe quel sujet.
Je me penche vers lui et lui souffle à l'oreille :
-Je gagne.
Bonjour à vous,
Et voici un nouveau chapitre. Tout beau, tout chaud. Euh...
Je ne sais pas s'il va vous plaire mais, wow, j'ai adoré l'écrire. C'était vraiment cette scène que j'avais en tête quand j'ai décidé de commencer à écrire cette histoire. J'espère que le rendu final n'est pas trop mal.
On avance dans le scénario, on avance.
Contrairement au livre, il n'y aura aucun coup de pied mal placé ici. Franchement, je crois que si mon America ici fait quelque chose comme ça, le Maxon de l'histoire ne lui pardonnerait jamais.
Je tiens à remercier encore une fois Riza Deumbra pour ses commentaires.
Bises à vous tous,
Kallen
