Chapitre 7

Un bruit net cassa le silence qui s'était imposé dans l'appartement des deux amis. Ai se leva du canapé et se dirigea vers la cuisine, pour enlever l'eau de la bouilloire. Elle s'attrapa une tasse et versa l'eau chaude. La buée la brûla un peu, mais elle ne bougea pas : si elle le faisait, la bouilloire allait tomber, lui écrasant le pied gauche, l'eau chaude se répandrait partout au sol, et comme elle était pieds nus, elle lui brûlerait la peau, peut-être même la chair si elle ne réagissait pas assez vite. Alors il valait mieux qu'elle se brûle un peu les doigts, non ?

Dès qu'elle reposa la bouilloire, elle passa ses phalanges terminales sous de l'eau froide. La douleur s'en alla au bout de quelques secondes. Elle n'aurait pas de marques immuables.

-Je n'aurais pas cette chance à chaque fois que je prends ou subit des risques.

Elle posa ses mains sur le plan de travail et serra les poings.

-Nous n'aurons pas cette chance. Je dois agir en amont. Empêcher les risques d'arriver.

Elle sursauta légèrement quand quelqu'un toqua à la porte. Elle regarda par l'œillet, et se détendit en voyant une jeune fille se dandinant en attendant qu'elle lui ouvre.

-Ai ! Comment tu vas ? Tu avais l'air toute bizarre au téléphone ! Et, pour l'amour de dieu, tu as l'air épuisée ! Que se passe-t-il ?

Ai ne put s'empêcher de sourire. Elle qui avait besoin de voir une chose vivante, la tornade qu'était devenue Ayumi Yoshida lui convenait parfaitement.

-Alors dans l'ordre, je vais bien, j'ai eu une frayeur en voiture …

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda la jeune brune avant de faire une grimace désolée à son amie qui fronçait les sourcils. Je t'en prie, continue…

-… et j'ai mal dormi et bossé comme une dingue, c'est pour ça que je suis fatiguée.

Ayumi fit la moue, pas vraiment convaincue.

-Et mon chauffeur de taxi a grillé un feu rouge ce qui l'a conduit à devoir éviter quelques voitures. Tu veux un thé ?

-Je veux bien, baragouina t-elle. Je sèche des cours pour venir te voir, je te signale.

-Tu deviendrais presque dissidente, ma foi, ironisa Ai en servant deux tasses de thé.

-Tu sais très bien que je suis très rebelle, pouffa Ayumi. Plus sérieusement, c'est Conan qui m'a appelé pour me dire de venir te voir, qu'est ce qui se passe ? T'es pas au boulot ? Et lui, il est où ?

-On a eu un … ennui au travail. J'ai été obligée de rentrer vite en taxi, et lui il est resté pour régler cet incident.

-D'accord mais pourquoi je suis venue te garder ?

-Il est possible que l'incident en question me concerne de près.

-Je sais bien que votre travail est confidentiel mais vous devriez faire plus attention. Surtout si ça devient personnel. Je préfèrerais ne pas assister à ton enterrement, du moins, pas avant soixante ans.

-Ha-ha. Ne t'inquiète pas, je fais quand même un minimum attention à moi. Je travaille dans des bureaux je te rappelle. C'est plutôt mon colocataire qui devrait faire attention à sa peau.

-De toutes manières, s'il ne se fait pas tuer, je le ferais ! rigola la jeune femme.

-Ne t'inquiète pas que je l'aurais étrangler avant s'il continue. Alors, comment ça va les cours de médecine ? Pas trop dur avec Kotaro ?

-Ça va, ça me prend beaucoup de temps, mais je prends le temps de le voir.

-C'est bien. Il faudra que tu me le présentes un de ces quatre.

-Je suis sure que tu vas l'adorer ! claironna Ayumi. Un bruit attira son attention. « Ah, tiens, c'est lui, il est sorti de cours. » dit-elle en sortant son téléphone de sa poche.

-Invite-le à venir ici, proposa Ai.

-Tu es sûre ?

-Et toi ?

-Je lui envoie l'adresse, abdiqua Ayumi.

Des heures plus tard

Ai s'était endormie sur le sofa dans le salon, comme à son habitude. Son amie Anne était passée après le départ d'Ayumi et de son copain, pour s'assurer qu'Ai et le bébé allaient bien. C'était une des premières fois qu'elle invitait quelqu'un extérieur à son cercle proche dans son cocon. Sa collègue avait trouvé drôle le fait qu'Ai ait acheté un échographe et n'en voyait pas vraiment l'utilité mais « Tu vois que c'est utile pour ce genre de situation », ce à quoi elle avait répondu « Ce genre de situation ne devrait pas arriver ».

Et c'était vrai, c'était d'ailleurs ce que la métisse se disait plus tôt dans la journée. Anne l'avait obligée à trouver une obstétricienne pas loin de chez elle pour les mois à venir, parce que « Je ne vais pas pouvoir être là h24 et tu ne peux définitivement pas faire tout toute seule. »

Ainsi elle avait pris un rendez-vous dans deux semaines, elle serait enceinte d'environ huit. Elle savait d'avance qu'elle allait détester toute cette histoire de médecin, mais elle devait avouer que sa collègue avait raison et qu'il était plus sûr qu'elle y aille. Pour la première fois depuis longtemps, elle devait penser à sa propre sécurité puisque la vie d'un innocent en dépendait. Et même si la vie humaine était -tout à fait objectivement- pas si importante que ça, elle devait bien admettre que la vie de certaines personnes comptait plus.

Pour elle. Au final, chaque personne devait compter pour quelqu'un, et on arrivait à un résultat où personne ne pouvait être tué, ce qui lui donnait mal à la tête. Quand elle était scientifique à la solde des hommes en noir, c'était tout de même bien plus simple : tout pour la science et seulement les résultats.

Maintenant, ce pignouf de détective l'obligeait à prendre à chaque fois le chemin difficile. Cette personne a des doutes sur leur identité ? Le chemin facile égale la tuer. Le chemin difficile égale évaluer à quel point elle y croit, puis lui faire oublier cette théorie qui semble pour le commun des mortels TRES TRES farfelue « hey en vérité vous êtes des adultes rétrécis LOL », personne n'y croirait un seul mot, et en plus « rajeunir ? impossible ! ça se saurait si un produit miracle comme ça existait » -produit qui, de plus, tue ou rajeunit aléatoirement.

Alors qu'elle faisait des allers-retours dans son appartement, Conan passa l'entrée aux alentours de trois heures du matin.

-Oh mon dieu, Kudo, tu vas bien ?

-Oui, je vais bien. Et toi surtout ?

-Ça va, ça va… Anne est passée plus tôt dans la journée. Alien va bien.

-Alien ? demanda le détective, un léger sourire sur les lèvres.

-Oui. Elle a utilisé l'échographe, on dirait un alien.

Kudo rigola doucement. Elle le regarda soudainement avec un air grave sur le visage. Il répondit à sa demande implicite :

-On ne l'a pas eu. Mais maintenant, il sait que nous sommes au courant de sa réapparition. Au moins, il pense toujours que tu es morte.

-Nickel, donc s'il me voit dans la rue, il se dira juste « oh, un sosie de la fille que je hais le plus dans l'univers ».

-Ai… Gin va rester caché, il sait que l'on a mobilisé énormément de monde pour le débusquer. D'ailleurs tu auras des gardes dès que tu voudras sortir maintenant. Et surement un drone qui t'accompagneras à distance.

-Heu… un drone ?

-Oui. Le FBI pense que si Gin est réapparu, il y a des chances qu'il te cherche à un moment donné s'il apprend d'une quelconque façon que tu es encore en vie.

-Il ne peut pas. Je n'existe pas dans le système. Je dois juste éviter de le croiser dans la rue.

-Voilà, affirma Conan en se torturant les mains.

-Quelque chose d'autre du bureau avant que j'aille me coucher ?

-Non, rien, ne t'inquiète pas. Bonne nuit.

-A toi aussi.

Ai alla se coucher dans sa chambre, et éteint la lumière une minute après avoir quitté Conan, qui restait encore debout au milieu du salon. Il laissa les volets ouverts en allant se coucher, la lumière des bâtiments Tokyoïtes éclairant faiblement leur salon.

Dans son lit, il commença à tourner en rond. Quand il était parti tout à l'heure avec Akai derrière Gin, il avait vu de loin une jeune femme en voiture, il lui avait semblé reconnaitre Eva. Si elle se trouvait non loin de Gin et que ce n'était pas une coïncidence, alors elle cachait forcément quelque chose au FBI. Comment allait-il pouvoir enquêter sur elle discrètement ? De toute façon, un moment ou un autre, Akai allait lui demander comment avançait son investigation sur Evangeline Anastasia Smith.

Il se tourna une fois de plus dans son lit. Vu l'heure, il avait intérêt à prendre toutes les heures de sommeil possible. Et avec Gin au japon… Peut-être faudrait-il extraire Ai de ce pays quelques mois ? Mais avec sa grossesse… il faudrait alors prévenir le FBI.

Il avait peut-être une idée. Pour Eva et Ai. Satisfait, il se tourna une dernière fois et trouva le sommeil rapidement.