Au moment où des mains avaient libéré ses poignets des fers qui les emprisonnaient, Link s'était souvenu des mots de Ruto : « Tiens-toi prêt à suivre ceux qui viendront te délivrer à la tombée de la nuit». Persuadé d'avoir affaire aux envoyés de la princesse Zora, il s'était laissé emmener sans résistance. Ses bras et ses épaules étaient douloureux d'avoir dû supporter tout le poids de son corps, et ce, plusieurs heures durant, mais le jeune n'émettait aucune protestation. Il était conscient que la moindre plainte de sa part pouvait donner l'alerte et faire échouer cette tentative d'évasion.

Trois personnes l'accompagnaient : deux qui le soutenaient et une qui marchait devant. Les paroles qu'ils échangèrent interpellèrent le Héros du Temps, mais sans l'alarmer. Visiblement, leur mission devait se faire avec célérité, ce qui n'avait rien d'inquiétant et n'était pas dénué d'une certaine logique. Pourtant, la dernière phrase prononcée avait attiré son attention : « Les autres ne devraient pas tarder à arriver ». De qui parlaient-ils ? La seconde caractéristique d'une telle action n'était-elle pas la discrétion ? Un groupe important risquait tout de même d'être remarqué.

Le jeune homme laissa cette question en suspens. Après tout, il devait avoir confiance en ses amis qui tentaient de l'aider. Link se concentra sur sa marche afin d'accélérer la cadence pour leur faciliter la tâche. Mais, très vite, des doutes se présentèrent de nouveau à son esprit, il ne reconnaissait pas le chemin emprunté. Pour atteindre la citadelle, les habitants du palais devaient passer par un sentier qui se trouvait au sud des jardins. Le Héros du Temps ne comprenait pas pourquoi ses accompagnateurs l'avaient fait entrer par une petite porte percée dans la grande muraille qui protégeait le château et ses dépendances.

Il se retrouva alors dans un cimetière qui semblait inutilisé depuis de nombreuses années. Link n'en connaissait d'ailleurs pas l'existence. Une peur l'envahit soudain : et si ceux qui étaient en train de l'escorter n'étaient pas des amis. À ce moment précis, il se décida à observer les personnes qui l'entouraient. Il mit un certain temps pour remarquer ce qui aurait dû lui avoir sauté aux yeux dès le début : des silhouettes féminines, des cheveux roux… Des Gerudos ! Comment avait-il pu passer à côté de ces éléments importants ?

Maintenant, le doute n'était plus possible. Les trois guerrières n'étaient pas là pour l'aider, mais pour l'amener vers un autre lieu de détention. Il commença à se débattre, mais les mains qui le tenaient se resserrèrent, l'empêchant ainsi de s'échapper. La femme qui se trouvait devant se retourna alors et lui sourit. Il la reconnut immédiatement : Nabooru.

« Toi !

— Ça m'étonnait aussi que tu te laisses faire sans protester.

— Où m'emmènes-tu ?

— Vers ton destin, mais auparavant, je voudrais te montrer quelque chose. »

Elle reprit sa marche et s'arrêta un instant devant un trou qui venait visiblement d'être creusé. Les deux autres Gerudos forcèrent Link à avancer et le lâchèrent juste à côté de leur chef. Il s'écroula sur le sol après avoir perdu le soutien qui le maintenait debout. Le jeune homme put alors voir la profondeur de la cavité et sa longueur. Elle était assez grande pour contenir un cercueil. Le Héros du Temps se releva et recula en gardant les yeux fixés sur ce qui ressemblait à une tombe, mais des mains le rattrapèrent. Malgré sa résistance, il fut emmené par les guerrières qui avaient été rejointes par d'autres. Elles étaient maintenant trop nombreuses pour tenter la moindre évasion…

Non loin de là, Mido et ses deux compagnons étaient toujours sous le choc de leur découverte. Ils n'avaient pas pu mener leur mission à bien. Le prisonnier avait été emmené ailleurs avant leur intervention. Leur ennemi avait-il deviné leur plan ? Où était-ce les membres de la délégation qui s'étaient retrouvés contraints d'avouer leurs intentions ? Ces questions n'avaient guère d'importance, après tout. Le résultat restait le même : ils avaient échoué dans leur tentative de sauver le Héros du Temps. À présent, ce dernier semblait vraiment condamner, à moins d'une aide extérieure.

« Je vous conseille de lâcher vos armes », articula une voix derrière eux.

D'un même mouvement, ils se retournèrent. Une dizaine de guerrières munies d'arcs, avec des flèches pointées dans leur direction, leur faisaient face. Sans se démonter, Mido s'adresse à celle qui avait parlé et qui se comportait comme leur chef :

« Qu'avez-vous fait de lui ?

— Tu n'es pas en position pour m'interroger. Considérez-vous comme étant en état d'arrestation pour complot en vue de libérer un malfaiteur extrêmement dangereux. »

Le silence s'installa un instant. Dans sa grotte, la Grande Fée qui avait entendu le début de la conversation s'approcha de la pierre qui en obstruait l'entrée.

« Vous avez tout intérêt à obéir.

— Et si nous refusons ?

— Tu ne voudrais pas que la dernière image que verra ton Sauveur soit celle de vos corps criblés de flèches… »

La Gerudo leva la main et toutes les guerrières tendirent leurs arcs, prêtes à lâcher leurs projectiles. Les membres du groupe laissèrent aussitôt tomber leurs armes, ne souhaitant pas aggraver la situation de Link.

« Je vois que vous devenez raisonnables. C'est bien ! Suivez-nous ! Notre roi souhaite que vous assistiez au départ de votre ami avant de subir votre propre châtiment. »

Trois des gardes s'avancèrent et récupérèrent les armes laissées sur le sol, après avoir fouillé leurs nouveaux captifs. Ces derniers furent sommés de suivre leurs ennemis qui les emmenèrent directement vers la citadelle. Pendant le trajet, les pensées se bousculaient dans la tête de Mido. Il se reprochait de ne pas avoir pu soustraire celui qui avait été considéré comme un Kokiri du sort funeste qui l'attendait. Saria allait-elle lui pardonner d'avoir échoué ? Restait-il une chance de le sauver ?

Link avait été emmené dans un bâtiment qui avait une ouverture sur le cimetière désaffecté. La peur qui l'avait envahi au moment où il avait compris à quoi servirait le trou qui avait fraichement été creusé avait provoqué un éclat de rire parmi les femmes présentes. Il était encore sous le choc lorsque ses gardes l'avaient obligé à s'asseoir sur le seul élément qui meublait la pièce : un banc en pierre polie. Ses poignets furent de nouveau emprisonnés dans des menottes qui furent accrochées à un anneau intégré au siège. De cette façon, le captif ne pouvait ni se lever ni se coucher, les fers empêchant tout mouvement.

« Maintenant, faites sortir tous les habitants de leur lit afin qu'il vienne assister au spectacle, ordonna Nabooru à ses guerrières. Employez la violence si nécessaire.

— Bien, Madame, répondirent-elles en chœur, avant de quitter l'endroit.

— Quant à toi, dit-elle, en se retournant vers Link, je te conseille de te reposer. Tu vas avoir besoin de forces pour ce qui t'attend. Mais, rassure-toi, tout sera bientôt fini ! »

Elle sortit, en éclatant de rire. Le Héros du Temps se retrouva seul. Il tira aussitôt sur ses poignets pour tenter de se libérer, mais se rendit rapidement compte que les fers étaient étroitement serrés. Les visages de certains de ses amis défilèrent dans sa tête : Zelda qui semblait désemparée, Darunia et Saria, venus pour parlementer. Celui de Ruto resta un peu plus longtemps. La princesse Zora avait voulu l'aider, mais son plan avait visiblement échoué. À moins que l'intervention ne soit prévue pour plus tard. Pouvait-il encore échapper à la mort ?

Le jeune homme repensa alors à ceux qu'il laisserait derrière lui : deux enfants en bas âge et une femme. Link ignorait si elle avait survécu aux complications de l'accouchement et ce qui était arrivé à sa fille, abandonnée sur le sol froid de sa maison. Il avait été incapable de les protéger. Des larmes coulèrent sur ses joues. Que pouvait-il faire pour empêcher son adversaire d'atteindre son objectif ? Les menottes en fer rendaient le moindre mouvement difficile.

Le héros du Temps ferma les yeux. Sa seule possibilité était d'attendre la première ouverture et de tenter une évasion, mais il était convaincu que ses chances étaient minces. Pour l'instant, le mieux était de se reposer afin de reprendre des forces. Il se sentait au bout du rouleau, vaincu par le plan si minutieusement préparé par son ennemi. Celui-ci n'avait apparemment rien laissé au hasard.

Les minutes passèrent lentement. À l'extérieur, des voix se faisaient entendre, probablement celles des habitants de la citadelle, amenés de force sur la place principale. Link releva la tête et essaya de regarder par la fenêtre qui se trouvait à sa droite, mais il ne put rien distinguer à part des lumières qui illuminaient une partie de la cité. Alors, le jeune homme observa autour de lui. L'endroit ne comportait que trois ouvertures. La vitre et deux portes : celle par laquelle il était entré et celle qui donnait accès à la ville. L'étroitesse du lieu n'avait pas permis d'en mettre plus. Le banc sur lequel il était assis avait été posé contre un mur.

Lorsque Nabooru pénétra dans la pièce, le Héros du Temps avait retrouvé son calme. Il posa sur elle ses yeux bleus et attendit qu'elle se rapproche de lui.

« Tu m'épates ! Jamais tu n'abandonnes, tu sembles prêt à sauter sur la moindre occasion de t'échapper. Ce sont de faux espoirs, tu ne te sauveras pas, pas cette fois !

— Tu es encore sous son influence, j'imagine.

— À cause de toi, mon peuple a été rejeté par les Hyliens.

— Je n'ai fait que protéger le Royaume d'un dictateur… Ces agissements actuels prouvent que j'avais raison, non ?

— Il ne fait ça pour que nous puissions jouir des mêmes privilèges que les autres…

— Ne rêve pas ! Vous serez ses esclaves une fois qu'il aura obtenu l'objet de ses désirs.

— Tu mens ! »

Nabooru avait élevé la voix et sa main était prête à gifler Link, mais ce dernier n'avait pas baissé les yeux.

« C'est la vérité et, quelque part au fond de toi, tu ne l'ignores pas. »

Juste à ce moment, Ganondorf fit son apparition et observa la scène. Il avait visiblement entendu la dernière phrase du jeune homme.

« Je t'avais demandé de m'amener le prisonnier, pas de lui faire la conversation ! Qui préfères-tu croire : un condamné ou ton roi ? »

La Gerudo s'agenouilla aussitôt devant le chef de son peuple, en signe de soumission.

« Amène-le dehors et veille à ce qu'il ne s'échappe pas ! »

Ganondorf sorti, elle se releva et s'approcha de Link, tenant entre ses doigts un nouvel objet. Nabooru s'en servit pour emprisonner ses chevilles, puis détacha la chaine qui l'empêchait de se mouvoir, mais sans libérer ses mains. Puis, elle le força à se lever et à la suivre. Les fers limitaient l'ampleur de ses pas et il dut faire un effort pour avancer derrière sa geôlière. Une fois de plus, tout cela prouvait le degré de préparation de son ennemi. Après tout, il avait eu dix ans pour échafauder son plan.

En quittant le bâtiment, le Héros du Temps remarqua immédiatement l'estrade qui avait été installée au dessus de la fontaine centrale. Tout autour, une foule silencieuse patientait, contrainte d'assister à un spectacle macabre. Des guerrières leur coupaient toute possibilité de fuite. Link reconnut les membres de la délégation qu'il avait aperçus quelques heures auparavant. Parmi eux se trouvaient Saria, Ruto et Darunia, tous trois au premier rang. Les visages étaient tendus, certains avaient les larmes aux yeux. Ils savaient exactement ce qui était en train de se dérouler.

Nabooru entraîna le prisonnier et l'obligea à monter sur la construction en bois où Ganondorf l'attendait. Mais quelque chose avait changé dans son apparence. À présent, il portait un paquet de la taille d'un nourrisson. Le jeune homme blêmit. Un enfant, son ennemi tenait un enfant dans ses bras. Allait-il le mettre à mort devant son propre fils, alors que celui-ci n'avait que quelques jours ?

Link voulut se précipiter vers le bébé, en oubliant les chaines qui l'empêchaient de se mouvoir correctement. Son geste provoqua sa chute. Nabooru l'avait lâché pour ne pas tomber avec lui. Ganondorf avait souri, en fixant le captif.

« Tu devrais faire moins de bruit, tu risques de réveiller le petit. Les petits devrais-je dire ! »

Il se décala pour laisser voir au Héros du Temps les personnes qui se tenaient derrière lui : Zelda et Impa, sa nourrice, chacune d'elle avaient également un bébé dans les bras. Elles étaient étroitement surveillées par des guerrières.

« Comme tu peux le constater, ta jolie princesse a donné naissance à des jumeaux : un garçon et une fille, tout comme ta femme. Vous seriez-vous concertés ?

— Ce ne sont que des enfants, avait hurlé Link, en essayant de se relever, ils ne doivent en aucun cas assister à ça !

— Tu es mal placé pour donner des ordres ! »

Ganondorf plaça le bébé dans les bras de Nabooru et s'approcha du captif. Il le releva sans ménagement et l'obligea à s'agenouiller devant la foule. Le prisonnier ne put rien faire pour se dégager. Il tenta bien de se défaire de l'étreinte de son adversaire, mais celui-ci l'avait attrapé par les cheveux pour montrer son visage au peuple.

« Peuple d'Hyrule, vous êtes ici pour assister au châtiment de ce personnage, connu de tous. C'est à cause de ses actions que vous êtes présents, cette nuit. Il doit payer pour ses fautes, payer de sa vie ! Moi, nouveau monarque de ce royaume et unique détenteur des pouvoirs exécutif, législatif et judicaire, je…

— Dis plutôt que tu es le nouveau « dictateur » ! »

Furieux d'avoir été interrompu, Ganondorf asséna à Link une gifle magistrale qui lui coupa la respiration. Ce dernier était tombé sur le côté et tentait par tous les moyens de reprendre son souffle. Il avait l'impression que quelque chose s'était coincé dans sa gorge. Un coup de pied dans le ventre le débloqua et le jeune homme aspira l'air à grandes bouffées directement par la bouche, asséchant celle-ci. Cette action lui rappela qu'il n'avait rien bu depuis plusieurs heures.

« Ne m'interromps pas ! »

Il le releva et reprit son discours, comme si rien ne l'avait dérangé.

« Je déclare que tout homme qui a tenté, tente ou tentera de se dresser contre moi sera condamné à mort et subira le même châtiment que ce traitre. Il en sera de même pour ceux qui essayeront de venir en aide à un prisonnier. Ce qui est le cas pour ces trois individus. »

En disant ces mots, il avait désigné plusieurs Gerudos qui tiraient trois captifs avec eux : un Goron, un Zora et un Kokiri. Link reconnut immédiatement celui qui lui avait mené la vie dure durant son enfance : Mido. Que faisait-il si loin de sa forêt ?

« Regarde, voici tes trois sauveurs, murmura-t-il à l'oreille de Link. Il semblerait que leur mission soit un échec.

— Laisse-les partir, tu n'as pas besoin de faire un exemple avec eux. »

Une quinte de toux secoua le Héros du Temps. Sa bouche s'asséchait de plus en plus et les mots commençaient à avoir du mal à sortir.

« Leur mort prouvera à tous qu'il est préférable d'éviter de me contrarier, ajouta Ganondorf à voix basse, avant de se retourner vers la foule. Ces individus ont été arrêtés suite à leur tentative de libération d'un prisonnier. Je les condamne donc à subir le même châtiment que celui qu'ils ont cherché à aider ! »

Link ferma les yeux, en proie à un nouveau désespoir. Ceux qui avaient tenté de le sauver allaient périr, et ce, à cause de lui. Il se reprocha encore de ne pas avoir pu éviter cette situation et de ne pas avoir su protéger les siens. Son regard se porta sur Saria qui s'était effondré en larmes dans les bras de Ruto. Elle risquait de perdre ses deux meilleurs amis le même jour…

« Fais de moi ce que tu veux, mais relâche-les, articula-t-il difficilement, en levant la tête vers Ganondorf.

— Le retour du preux chevalier, prêt à donner sa vie pour les autres. Un piètre héros, selon moi. Tu n'es même plus capable de parler. »

Le roi des Gerudos partit d'un éclat de rire et fit un signe aux guerrières qui firent monter les nouveaux prisonniers sur l'estrade. Ils furent également contraints de s'agenouiller, les poignets attachés dans leur dos avec des cordes. L'un d'eux articula quelques mots en direction du jeune homme qui ne les avait pas quittés des yeux pendant leur installation.

« Je suis désolé ! Nous avons manqué de prudence ! »

Link voulut les rassurer par quelques mots réconfortants, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il déglutit à plusieurs reprises pour tenter de réhydrater ses lèvres, mais la soif était devenue d'une telle intensité que son geste ne lui provoqua qu'une nouvelle quinte de toux. Ruto qui avait observé la scène en serrant la Kokiri entre ses bras n'y tint plus, elle hurla à l'adresse de celui qui s'était autoproclamé à la tête du royaume :

« Il n'est pas nécessaire de le torturer de cette manière. Donnez-lui au moins à boire !

— Selon votre discours de cet après-midi, vous sembliez souhaiter le voir souffrir. Était-ce de la comédie ? »

La Zora ne répondit pas, sa réaction ne pouvait plus laisser aucun doute sur les véritables sentiments qu'elle éprouvait pour le Héros du Temps. Ruto confia la Kokiri à Darunia et s'avança vers Link, mais fut rapidement stoppée par les lances des Gerudos qui étaient chargées de tenir la foule en respect. Cependant, sur un signe de Ganondorf, elles lui permirent de rejoindre Link qui toussait toujours, incapable de reprendre son souffle, ce qui accentuait encore son besoin d'eau.

La princesse Zora releva le jeune homme et commença à lui tapoter le dos afin de l'aider à respirer correctement. Quelques secondes plus tard, une guerrière remettait à Ruto un gobelet rempli d'un liquide transparent. Elle l'approcha du visage de Link, en dégageant les quelques cheveux qui collaient à sa peau.

« Bois ! Ça te fera du bien ! »

Sans attendre, il s'était saisi du récipient et en avait aussitôt avalé le contenu. Sa toux se calma et le Héros du Temps put retrouver une respiration plus lente. Ce n'est qu'après avoir bu qu'il remarqua que le breuvage avait un drôle de goût. Il leva les yeux vers son amie et lui demanda :

« Qu'est-ce que c'était ?

— De l'eau, je suppose… »

Devant le sourire de Ganondorf, un doute l'envahit.

« Non, ce n'était pas… Ce n'est pas possible… je n'ai pas… »

Juste à ce moment, le visage de Link pâlit et se crispa, comme s'il était en proie à une forte douleur. Ses bras étaient posés sur son ventre.

« Qu'est-ce que tu as ? »

Mais elle ne put en dire plus, une guerrière l'avait relevée de force pour l'éloigner du Héros du Temps. Ce dernier s'était écroulé sur le sol, en serrant les dents pour ne pas crier. Ganondorf s'approcha, l'attrapa par les cheveux pour le remettre debout et montrer son visage à la foule.

« Voyez quelles souffrances attendent tous ceux qui oseront se mettre sur ma route ! »

Link tenta de se dégager, cette position ne faisait qu'accentuer les souffrances qu'il éprouvait.

« Tu as mal, n'est-ce pas ? Mais, tu sais, ce n'est que le début. »

Tous ceux qui étaient présents avaient les yeux rivés sur le Héros du Temps qui serrait les dents pour ne pas donner la satisfaction à son ennemi de l'entendre hurler. Zelda, Ruto et Saria étaient en pleurs. Impa et Darunia sentaient la colère les envahir, mais aucun d'eux ne pouvait tenter quoi que ce soit. Ils étaient persuadés que Ganondorf se vengerait sur des innocents. De plus, la nourrice tenait un nouveau-né endormi et Darunia protégeait encore la Kokiri.

Les minutes s'écoulèrent dans un silence total. Link continuait de se démener malgré la douleur croissante, mais il savait que ses forces allaient en diminuant. Le jeune homme serait bientôt à bout de souffle. Son corps commençait doucement à devenir lourd. Ses membres se raidirent et ses gestes devinrent plus lents.

Un quart d'heure se passa ainsi. À ce moment, Link cessa de se débattre et laissa ses bras pendre mollement devant lui. Les chaînes qui emprisonnaient ses poignets lui semblaient de plus en plus lourdes à porter. Ganondorf le lâcha soudain et il s'effondra sur le sol, incapable de se redresser. Les élans de quelques-uns de ses amis pour lui venir en aider furent violemment arrêtés par les guerrières. Même Mido s'était avancé, mais un coup de poing au visage l'avait faire reculer.

Le Héros du Temps ne s'aperçut pas de ces mouvements, la souffrance augmentait et il avait de plus en plus de mal à retenir ses cris. Au bout d'un moment, un hurlement sortit de sa bouche. Il était secoué de tremblements, mais commença à se démener de nouveau. Ganondorf sourit et marcha vers le captif qui se tordait de douleur.

« Là, chaque centimètre carré de ton corps doit te faire souffrir, mais ce n'est pas encore fini… »

Link tenta alors de se relever pour prouver à son ennemi qu'il n'était pas encore vaincu. Malgré la souffrance, il serra les dents et réussit à se redresser légèrement. Le jeune homme leva les yeux et voulut riposter, mais une nouvelle douleur apparut, le pliant en deux. Il poussa un autre hurlement et son corps fut secoué d'un violent tremblement. Un frisson d'horreur parcourut l'assemblée.

Le Héros du Temps s'était raidi. Il semblait ne plus avoir la possibilité de se mouvoir. Une longue plainte s'éleva, mais elle baissa rapidement en intensité pour finir par s'éteindre, laissant derrière elle un silence inquiétant. Il fut brisé par les pleurs des trois bambins que les cris avaient réveillés. Tous les regards étaient fixés vers Link et sur sa poitrine qui se soulevait encore, mais sa respiration se mit aussi à ralentir pour cesser complètement. Ganondorf posa alors ses doigts sur le cou du jeune homme et prit un air satisfait.

« Voilà une bonne chose de faite !

— Nooooooooooooooooooooooon ! »

Ruto avait forcé le barrage des Gerudos et s'était précipité vers son ami qui ne bougeait plus. Elle prit sa main dans les siennes pour chercher le moindre signe de vie. Zelda s'était approchée, serrant l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Elle s'agenouilla et, avec ses doigts libres, caressa le visage blême du Héros du Temps en pleurant.

« Il ne peut plus vous entendre, tout est fini pour lui ! »

Il se tourna alors vers plusieurs guerrières et leur montra le corps étendu sur le sol.

« Emmenez-le ! Il doit rejoindre sa dernière demeure ! »

La princesse Zora passa ses bras autour de Link, comme pour empêcher les Gerudos de l'emmener. Elle en avait profité pour glisser sa main dans celle du jeune homme. Pendant une fraction de seconde, elle ressentit comme une pression…