Ce qui choque
« Cette femme revient toujours dans chacune de tes photos de famille à l'extérieur ? »
Kagami était effrayé, alerte, comme rarement il ne l'avait été. Un frisson, épouvantable sensation de chair de poule, ondulait dans son dos, envoyant des pics sournois le long de sa colonne vertébrale. La page de l'album qu'ils feuilletaient emprisonnée entre son pouce et son index, Kuroko fixa un point invisible sur le mur, songeur.
« On aime bien en plaisanter, dans la famille. Surtout qu'elles ne datent pas toutes de la même année. C'est notre inconnue. »
En plaisanter ? Les Kuroko étaient-ils des malades ? Non mais, sérieusement, qui n'aurait pas un tant soit peu paniqué en s'apercevant de… ça ! Inconcevable, Kagami jugeait cela inconcevable.
« Tu trouves pas flippant que la même femme soit là, partout ? Habillée pareille, même coiffure ? Ça me filerait les jetons, moi !
-Tu es comme un enfant, Kagami-kun. »
Sur un regard assassin, le rouge scruta l'image avec l'attention minutieuse d'un enquêteur. Quand on regardait comme ça, la photo était banale. Une rue et ses magasins, un petit Kuroko de trois ans diablement trop mi—petit, ses parents ainsi que deux autres personnes, son oncle et sa tante. Kuroko ressemblait beaucoup à sa mère, il avait pu le constater, mais il avait le flegme et le sérieux à toute épreuve de son père. Enfin, en arrière-plan, cette femme qui détonnait parmi les passants. Svelte, longs cheveux noirs, vêtue de blanc. Elle semblait sortie du casting d'un film d'angoisse en ayant oublié de retirer sa tenue. Sur toutes les photos que lui avait montrées Kuroko, son visage n'apparaissait jamais. Quelque chose clochait, il le flairait.
Avant qu'il ne puisse détailler davantage, Kuroko lui prit l'album des mains avec douceur, leurs peaux se frôlant au passage, avant de le poser sur le lit.
« Ne sois pas si obsédé, c'est une galerie marchande. On a partagé la même initiative, plusieurs fois. C'est curieux mais possible. La vie est parfois amusante. »
Blasé par le point de vue de son coéquipier, Kagami soupira, résigné.
« Mouais, si tu le dis.
-Tu as vu les bizarreries de mon album, je veux voir celles du tien. »
Avant qu'il ne puisse en placer une, Kuroko se penchait déjà pour agripper son sac. Pour une fois, il avait été rapide. Une sueur froide courant dans son dos, Kagami se figea, oubliant sa frayeur. Il se sentait bloqué. Avait-il enlevé cette photo compromettante ? Il ne s'en souvenait pas.
« Kuroko, attends ! »
Il s'élança, mais trop tard. Fatalité, la page que le bleu venait de tourner était celle qu'il redoutait.
Apparut le rire franc, retentissant, alors que la honte voûtait ses épaules, un sentiment de trahison chauffant l'intérieur de ses veines.
« Jolie robe, Kagami-kun. »
S'emparant brutalement du portfolio, Kagami tenta une excuse. Il fallait restaurer l'honneur, ce qui n'était pas chose aisée dans sa situation.
« Pour information, j'avais six ans !
- Je ne me travestissais pas en princesse à six ans. »
La rage exhalant par tous les pores de sa peau, Kagami comprit qu'il en entendrait parler longtemps.
Fin
Takkaori (user n° 4719647)
En scène, Kagamicchi !
C'était un matin d'hiver. Ou peut-être de début de printemps, je ne sais plus exactement. Toujours est-il que j'étais sur le chemin qui menait au gymnase, mon sac de sport sur l'épaule, prêt à reprendre du service après plusieurs semaines d'inactivité à cause de mon pied. Enfin passons, car c'est à ce moment-là que mon agent m'a appelé. Je me souviens avoir fait un bond à cause du soudain changement de musique qui avait pris place dans mes écouteurs mais, heureusement, personne dans les alentours pour en attester. Bref, toujours est-il que l'on m'avait demandé si je ne pouvais pas ramener en urgence, pour le shoot du soir, un 'ami basketteur seyant à l'objectif pour l'édition d'été du catalogue sportif [X]'. Et j'avais répondu que j'allais y réfléchir, mais que je ne promettais rien.
Bien sûr, au début, j'ai pensé à un gars de Kaijô. Moriyama, pour ne citer personne, puisqu'il tenait tant à rencontrer de jolies filles. Et c'est peut-être ce qui m'a finalement fait changer d'avis, allez savoir. Je me suis donc rendu bredouille au studio après l'entraînement, douché et frais comme à mon habitude, quand je suis tombé sur le candidat parfait. Enfin quasiment, mais c'était déjà faire la fine bouche, et je n'ai pas hésité plus d'une seule seconde avant d'aller poser une main ferme sur l'épaule de ce cher Kagamicchi.
Une heure après, je le regardais froncer le nez et observer le pinceau de fond de teint de la maquilleuse avec la méfiance d'un tigre à qui on ne la fait pas. Deux heures plus tard, je le retrouvais devant la scène du studio, vêtu comme moi d'une tenue de sport -totalement improbable sur un vrai terrain-, et affublé d'un ballon de basket. Quant à moi, j'héritais d'un autre fameux ballon rond, noir et blanc celui-là. Bah voyons. Quitte à se la jouer, autant que ce soit à la Tsubasa.
Kagamicchi avait subi tout le processus sans broncher, bien qu'on lui avait souvent demandé de faire preuve de plus de naturel, et ci, et ça. J'admets avoir eu de la peine pour lui, qui s'était retrouvé parachuté là un peu (complètement) par hasard. Cela étant, il ne m'en avait pas semblé mécontent une fois les prises terminées, et je m'en étais étonné lors de l'en-cas que nous avions partagé au Magi Burger. Il m'avait confié avoir trouvé cela « intéressant », et j'en avais été assez flatté. Suffisamment pour ne faire aucune remarque sur l'album photo qui dépassait légèrement de son sac entrouvert, et que je reconnaîtrais entre mille. Un assistant, avec lequel je travaille souvent, adore constituer ces petits recueils de clichés inutilisables pour le client, afin de les remettre au modèle.
Nous nous étions donc ainsi séparés, sur quelques banalités basketball-esques supplémentaires et des sourires amicaux. Bien différents de celui embarrassé qu'affichait Kurokocchi deux jours plus tard, lorsque je lui rendis visite sur un coup de tête et lui fit remarquer un certain album photo, reconnaissable entre mille, qui dépassait du dessous de son oreiller.
Fin
Cinnamyl
L'Objet
« Mais tu vas le rendre, oui ?! »
Une heure.
Cela faisait une heure qu'il s'évertuait à récupérer l'Objet.
L'Objet de la Honte.
L'Objet qui n'aurait jamais dû voir le jour.
Et pourtant, depuis une longue, pénible, heure, il voulait le récupérer. Des mains de son infâme, sadique, ignoble amant. Kuroko Tetsuya. Ce dernier avait emmené la pièce à conviction dans la salle principale, qui allait bientôt être rebaptisée scène de crime, après l'avoir dérobé du paquet en carton nommé colis. Parce que après un temps infiniment long, il était arrivé à acculer la victime dans le salon, avec dans ses mains ce qui pouvait devenir une arme.
Dans un angle de la pièce, l'homme aux cheveux cyans était coincé par la large silhouette de celui aux cheveux rouges, impossible pour lui d'user de ses talents de disparition, il était un peu à court de jus depuis que la course poursuite avait commencé. Il ne lui restait plus qu'une carte à jouer. Tout ou rien.
« Non, Taiga, je ne le te donnerais pas. Pas avant d'avoir vu ce qu'il y avait à l'intérieur. »
Et voilà, ce que redoutait le plus Kagami était en train d'arriver. Autant il était soulagé parce que le plus frêle n'avait pas encore regardé ce qu'il y avait dans l'album, autant il était tendu au possible. Parce que le fantôme était tout à fait capable de mettre sa menace à exécution.
« Si tu fais ça… »
Il n'avait pas dû être si persuasif que ça dans sa menace, parce qu'il ne tira qu'un haussement de sourcil assez dédaigneux de la part de son homologue.
Et il ouvrit l'album photo, sous le visage horrifié de Taiga.
Silence absolu.
« Taiga…
- Ouais… »
Le visage couvert par sa main, sous peine de montrer la marque de son embarras, l'américain tentait de se faire tout petit.
« Tu étais adorable avec ton pouce dans la bouche. »
Le bleuté avait ce regard dénué d'expression qui le caractérisait, mais cela n'empêcha pas Kagami de rougir plus qu'il n'était possible. Il devinait la suite.
« Tetsuya, s'il te plait, rends-moi cet album…
- Pourquoi ? Elles sont super ces photos… »
Profitant d'une faiblesse dans la défense de l'adversaire, le plus petit s'y engouffra, au grand damne dudit défenseur.
Il partit se réfugier sur le canapé, installé rapidement et confortablement au milieu des coussins, le nez encore plongé dans le livre.
« Et là, c'est mignon comment tu posais avec ce bâton de sucre d'orge et tes dents en moins… »
Il était dans la mélasse jusqu'au cou. Parce qu'il savait que son petit-ami n'allait pas lâcher le « livre des plus embarrassant » que lui avait envoyé son père depuis les States. Comme souvenir du bon vieux temps.
Plutôt comme moyen de pression qui serait utilisé sans vergogne par Kuroko pour lui faire accepter plusieurs choses.
Comme son chien dans la chambre.
Impression confirmée par les yeux tournés dans sa direction.
Et le fin sourire.
Il allait bien sûr en baver, mais pour l'instant il profitait des impressions pour le découvrir enfant.
Fin
Merry Moca (user n° 5416010)
Le Mystère
- Non, Kagami-kun.
Les yeux du roux s'écarquillèrent d'incompréhension. Etait-il allé trop loin en demandant cela ? Mais... ils sortaient ensemble depuis assez longtemps maintenant... non ?
- Mais... pourquoi ?
Kuroko soupira fortement en réponse, et se passa la main dans les cheveux dans un geste nerveux, trahissant sa gêne. Kagami ne put s'empêcher de trouver cela trop mignon. Comme lorsqu'il sortait du lit le matin, avec ses cheveux ébouriffés et sa petite bouille. Il voulait caresser ses mèches... Mais il digressait.
- Tu ne vas pas m'expliquer, hein ?
Non, il ne se sentait pas trahi par ce manque de raison, non... Ouais, un peu quand même, mais le Kagami est un animal fier. Donc il se tut.
" Idiot" aurait dit Kuroko, le tapant gentiment. Il lui aurait expliqué de manière très " Kurokesque" qu'il pouvait ravaler sa fierté dans leur relation. Si l'horoscope de Kagami était bon, peut-être aurait il eut un baiser.
Mais rien.
- Non. Oublie cette idée, s'il te plait, Kagami-kun.
Net et précis. Il pouvait aller voir ailleurs si il y était...
Mais si le Kagami est un animal fier, il est aussi curieux. Extrêmement curieux. Il passa donc en mode Sherlock Holmes pour enquêter auprès de leurs amis et répondre à cette épineuse question : Pourquoi Kuroko ne voulait pas qu'ils commencent un album photo ?
Pour faire un premier pas dans son investigation, il composa le numéro de Midorima que Takao avait un jour enregistré sur son portable discrètement et qu'il n'avait jamais pris la peine d'effacer.
- Quoi ?
Bon. C'était peut-être pas la meilleure idée. Enfin... Il exposa son problème, mais le lanceur l'interrompit.
-Tu n'as qu'à lui demander.
Et il raccrocha.
Dépité, Kagami se décida à aller contenter son estomac au Magi Burger plutôt que sa curiosité. Sur le chemin, il croisa Kise et Aomine qui semblaient pris dans une discussion enflammée et... c'est lui ou ils se tenaient la main ?
Ces dernières se détachèrent rapidement quand ils le virent. Il leur expliqua son problème, et si Aomine l'envoya sur les roses, lui faisant bien comprendre qu'il dérangeait, le blond eut un petit sourire en disant :
- Je crois savoir pourquoi... mais il faudra que tu le découvres tout seul, Kagamicchi ! Indice, c'est un léger complexe de Kurokocchi...
Le fourbe !
Voyant que le couple allait vers le fast-food, il se dirigea plutôt vers le combini du coin, son moral presque à zéro. Et pam, voilà qu'il se cognait dans quelqu'un en plus... Murasakibara qui mangeait des chips, évidemment... Avec Akashi, tiens. Décidant de tenter le tout pour le tout, il reposa encore sa question, mais quand le géant s'apprêtait à lui répondre, Akashi l'interrompit.
- Tu me déçois, Taiga. Es-tu un couard, finalement ?
Et sur ces charmantes paroles, ils s'éclipsèrent.
Finalement toujours au même point, Kagami rentra pour trouver un Kuroko passablement énervé sur le pas de la porte.
- Kagami-kun...Pourquoi avoir posé la question aux autres ? Ils m'inondent de messages maintenant, annonça-t-il. Si tu veux vraiment savoir... Voilà ! Une photo de moi !
Et il comprit.
Kuroko était juste invisible sur le cliché.
Comme toujours.
Fin
Yukihana17
Et ainsi se clôt une nouvelle battle ! Bien plus palpitante cette fois-ci, et ce ne sont pas les auteures qui vont me contredire, n'est-ce pas ? x)
Nous avons donc accueillit une nouvelle battante dans l'arène : Takkaori ! Merci de ta participation ! (depuis le temps que je *tousse* te suppliais *tousse)
Allez, sans attendre, les résultats de la semaine passée. Nous avons essuyé un vote blanc pour la première fois. Trop de sang peut-être, il était temps d'instaurer un peu de pureté dans cette arène. ;) Et comme j'avais encore oublié de le faire, je votais pour Mustsuki, tout simplement car j'avais bien aimé le fait que, pour eux, Seirin forme déjà une famille :3 Trop meugnon !
Nous retrouvions ainsi Merry Moca en troisième place, puis Mustsuki en seconde place ! Merci pour votre participation et vos efforts ! :D Et merci à celles (oui, 'celles', on s'en doute x) ) qui ont voté pour moi et m'ont fait l'honneur de la première place pour la première fois. J'avoue que c'est un peu étrange d'écrire ça, mais merci ! :3
La bataille aura cette fois-ci été plus divertissante, en raison du nombre de mots surtout ! Et je donne ma voix à Merry Moca parce que, même si je dois avouer que je m'attendais à un moins UN drabble sur ce sujet, j'ai juste fondu tellement c'était mignon ! Et puis le coup du chantage avec le chien... x)
Merci à toutes les participantes et aux lecteurs et votants !
On repart pour un tour ? ;)
