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Carson Beckett n'en croyait pas ses oreilles. C'était le monde à l'envers. Rodney McKay refusait de quitter l'infirmerie. Incroyable, c'était tout bonnement incroyable!
-Ecoutez, Rodney, pour la centième fois je vous dis que vous allez bien, tous vos examens sont revenus normaux, vous n'avez aucun problème.
-Mais Carson, j'ai mal au ventre, geignit le scientifique, vous êtes certain que je ne devrai pas rester là un jour de plus, juste au cas où?
L'écossais soupira et fit appel à toutes ses réserves de patience.
-Rodney, nous vous avons fait tous les examens possibles. Vous n'avez rien. Vous n'êtes pas malade, vous êtes en pleine forme.
-Et si je sors et qu'il m'arrive quelque chose de grave, hein? Ce sera votre faute!
-Alors je porterai ce poids sur ma conscience toute ma vie, répondit Carson d'un ton tragique.
-Allez-y, moquez vous de moi ! Et comment fonctionnerait la cité sans moi ? Je donne pas trois jours à Zelenka et la bande de babouins pour tout faire sauter!
-Oui, oui, Rodney, nous savons tous à quel point vous êtes indispensable ici et nous vous en sommes infiniment reconnaissant, ajouta Carson avec un bon sourire. Atlantis a besoin de vous au laboratoire et pas à l'infirmerie. Ou bien peut-être avez-vous une bonne raison de ne pas vouloir partir d'ici ?
-Bien sûr que non, Carson, qu'allez-vous chercher là ? Je prends seulement grand soin de ma santé. J'en ai le devoir, il y va de la sécurité de toute la base que je sois au top physiquement. Si je tombe gravement malade...
-Oui, je sais, le coupa le médecin avec une pointe d' impatience, les conséquences seraient...catastrophiques pour la cité. C'est quand même bizarre. Il y a quelques heures de cela vous faisiez tout un foin pour quitter l'infirmerie et maintenant vous ne voulez plus vous en aller. Carson fronça les sourcils. Ça n'aurait pas un rapport avec la visite du colonel Shep...
Rodney fit un bond hors de son lit et se saisit de la petite pile de vêtements posés sur la table de nuit.
-C'est bon, vous avez gagné, je m'en vais, Carson. Drôle d'infirmerie où on met les malades à la porte ! Enfin je reconnais bien là l'ingratitude dont je suis la victime coutumière de la part de tous les habitants de la cité et...
-Dites, Rodney, vous êtes sûr que vous ne voulez pas que j'appelle Heighmeyer ? Questionna le médecin, son regard bleu pétillant d'humour, si vous avez un problème vous pourriez en discuter avec elle peut-être...
-Pfff! Lâcha le scientifique dédaigneux. Mon seul problème est d'avoir affaire à un médecin qui met son patient qui a été victime d'une grave intoxication alimentaire dehors.
Le médecin ouvrit de grands yeux.
-Mais qui a parlé d'intoxication alimentaire ? Rodney, vous avez seulement eu une indigestion. Peut-être avez-vous fait un peu trop honneur au repas des habitants de AX817. Un peu de modération aurait été une bonne chose.
-Mais j'avais faim, moi! brailla le scientifique. Je suis hypoglycémique et je dois manger régulièrement des repas équilibrés, c'est vous qui l'avez dit !
-Oui, mais en quantité raisonnable, Rodney.
Le scientifique prit un air boudeur.
-Rien à voir, j'ai mangé raisonnablement, mais c'était drôlement gras quand même. Et maintenant je me sens encore...nauséeux.
-Mangez légèrement pendant un jour ou deux, Rodney et si ça ne va pas revenez me voir.
Le scientifique lui jeta un regard plein d'espoir en portant la main à son estomac.
-Seulement si c'est nécessaire, l'avertit le médecin d'un ton sévère. Allez, à bientôt Rodney, je vous laisse vous rhabiller, j'ai d'autres patients qui m'attendent.
Rodney McKay sortit de l'infirmerie et regarda à droite et à gauche. Ouf, le couloir était désert. Qu'allait-il faire maintenant ? Il pouvait se rendre dans ses quartiers mais là il serait tout seul, acculé si le colonel prenait idée de le confronter à cet endroit. Il n'aurait aucune peine à entrer chez lui à cause de ce maudit gène ATA qui lui ouvrait toutes les portes.
Il allait se rendre au laboratoire. Oui, c'était une bonne idée. Là le militaire n'oserait rien y entreprendre, il y avait trop de monde. Et puis ça lui laisserait le temps de réfléchir.
Merde, il avait été démasqué! Et Ronon, ce sale traitre, il lui ferait rendre tous les chocolats qu'il lui avait donné. Il ne savait pas encore comment mais il trouverait bien un moyen. Où bien il dénicherait sa cachette, cela ne devait pas être trop dur.
Rodney déploya des ruses de sioux pour se rendre au labo. À chaque angle de corridor il jetait un regard prudent pour voir si le colonel ne rodait pas dans le coin. Il scrutait chaque renfoncement en marchant, se disant sans cesse que l'homme risquait de lui tomber dessus d'un moment à l'autre. Il l'imagina surgir d'une baie vitrée et bondir sur lui comme un fauve, le plaquant au sol et exigeant des explications, là, au milieu du couloir. Et il serait sans défense...
Rodney se secoua, maudissant son imagination. Il lui suffisait de faire attention, c'est tout. Néanmoins il poussa un soupir de soulagement quand il arriva sans encombres au labo. Radek s'y trouvait déjà ainsi qu'une dizaine de scientifiques. Il était pour l'instant à l'abri, sur son territoire.
-Tiens, vous voilà revenu, l'accueillit Kavanagh d'un ton déçu, je croyais qu'on allait pas vous revoir avant au moins demain.
Le scientifique ne se donna pas la peine de lui répondre et lui tourna le dos.
-Bonjour Rodney ! Le salua le tchèque, j'ai appris que vous aviez eu un petit souci de santé, vous allez mieux ?
-Oui, oui, ça va, répondit Rodney d'un ton bougon, je suis de retour. Alors qu'avez-vous fait comme bêtise pendant mon absence ?
Les heures passèrent rapidement et Rodney, pris par son travail en oublia presque ses soucis. Il jetait certes de temps en temps un petit coup d'œil inquiet à la porte du labo à chaque fois que le système d'ouverture se déclenchait mais aucun colonel furibard n'en émergea pour se jeter sur lui. À midi il décida de ne pas prendre le risque de se rendre au mess et mangea une barre énergétique, puis une seconde deux heures après.
Les heures passèrent et en fin de journée le laboratoire finit par se vider petit à petit sans que Rodney s'en rende compte. Il n'en prit conscience qu'en voyant Radek se lever de son siège en s'étirant.
-Bon, allez, la journée est terminée pour moi, déclara le tchèque en se saisissant de sa veste d'uniforme posée sur le dossier de son siège. Vous devriez en faire autant, Rodney.
-Oui, j'ai encore un truc à finir et j'arrête, répondit l'autre homme en grimaçant.
Mince, il n'avait pas vu le temps passer. Il regarda Radek quitter le labo et se rendit compte qu'il se trouvait seul. Jusqu'à ce soir il n'avait jamais prêté attention au silence qui régnait ici une fois que tout le monde était parti mais là il y était particulièrement sensible. Le calme subit des lieux le rendait nerveux. Et si le colonel débarquait maintenant ? Il frémit et s'efforça de chasser cette idée de ses pensées. Mais ce n'est pas impossible, grinça une petite voix dans sa tête, c'est très probable, même, il va débarquer là et te sauter dessus et se venger de ce que tu lui as fait et on ne retrouvera jamais ton corps et...
Rodney secoua la tête et se morigéna. Foutue imagination! Le colonel n'allait pas le tuer tout de même. Non, mais, il doit pas être content, à l'heure qu'il est, reprit la petite voix, il doit même être très très en colère. En ce moment précis il doit arpenter les couloirs de la cité en direction des laboratoires et il s'approche, il est maintenant tout près et...
Il entendit un bruit de pas. Quelqu'un approchait. Son cœur fit un bond.
-Ahhhhh!
Une ombre noire se profila derrière la porte vitrée du second labo. Elle s'ouvrit lentement. Rodney se réfugia en tremblant derrière les consoles.
-Qu'est ce qui se passe ici ? Demanda une voix étonnée.
Rodney poussa un soupire de soulagement. Ce n'était que cet imbécile de Kavanagh.
-Qu'est-ce que vous faites ici? Questionna t-il d'un ton rogue.
-J'avais oublié un dossier pour le Docteur Weir. C'est vous qui avez crié ? Répondit l'autre homme d'un ton goguenard.
-Laissez tomber, Kavanagh, répondit Rodney vexé. C'était certain que ça allait faire le tour de la cité d'ici moins d'une heure.
-Vous manquez sérieusement de sang froid. Curieux pour quelqu'un a qui on a donné tant de responsabilités, rétorqua l'autre homme en se saisissant d'une pile de documents sur une table. Tiens, au fait, tout à l'heure au mess j'ai entendu le Colonel Sheppard qui demandait à Zelenka où vous étiez, ajouta t-il en sortant avant que Rodney n'ait pu lui renvoyer une de ses répliques cinglantes. Je lui ai dit que vous étiez certainement ici.
Merde ! Rodney sentit son cœur s'emballer. Merde ! Merde ! Merde ! Il devait fuir !
Il existait plusieurs sorties dans les labos, il choisit celle qui était le plus éloignée de l'entrée principale et se retrouva bientôt dans le secteur inhabité de la cité. Il longea les couloirs vides en tentant de s'orienter tant bien que mal. Il songea qu'il avait de la chance d'avoir le sens de l'orientation, pas comme le colonel et si ce dernier essayait de le traquer par ici il avait de grandes chances de se perdre. Il déboucha sur la jetée sud et fit une pause. Il respira un bon coup, laissant se calmer les battements de son cœur. L'autre homme n'avait aucune chance de le trouver ici.
-Ahhhhh!
Une main venait de s'abattre sur son épaule tandis qu'il était pressé sans aucune douceur le dos contre le muret de pierre.
-Alors, Rodney, on se promène ? S'enquit John Sheppard d'une voix suave.
-Oh...tiens...c'est vous colonel ? Quelle surprise ! Euh...en effet, je prenais l'air.
-Ici ? Questionna le militaire en faisant glisser le détecteur de signes de vie dans la poche avant de sa chemise.
-Oui, pourquoi pas ? Répondit le scientifique d'un ton de défi, j'adore me balader là, c'est...c'est mon endroit préféré et j'aime bien prendre l'air après une dure journée de travail. C'est mon droit, non?
Le colonel appuya ses mains sur le mur de chaque coté des épaules du scientifique, emprisonnant ce dernier entre ses deux bras.
-Moi, j'aurai plutôt dit que vous cherchiez à m'éviter, Rodney.
-Pfff, qu'allez-vous chercher là, Colonel. Euh...justement j'allais vous rendre visite afin d'éclaircir ce petit malentendu dans l'infirmerie.
-En passant par la jetée sud ? Ça fait un sacré détour, non ? C'est étonnant ça, j'aurai juré que les quartiers habités se trouvaient justement au nord. Ils auraient bougé pendant la journée ? Bizarre...Remarquez on a vu des choses bien plus étranges dans la galaxie de Pégase. Vous ne croyez pas ?
Le colonel s'était rapproché et les corps des deux hommes étaient maintenant serrés l'un contre l'autre. Rodney eut soudain un coup de chaud. Il avait du mal à respirer. Il sentir une brusque rougeur lui monter au visage.
-Je...je dois y aller, Colonel, heureux de vous avoir rencontré, dit-il en tentant de s'échapper de l'emprise de l'autre homme.
-Vous voulez déjà partir ? Je croyais que vous vouliez discuter, c'est ce que vous venez de dire, il y a une minute de ça ? Demanda le colonel d'un ton faussement innocent.
Rodney se sentait comme une souris piégée entre les pattes d'un chat. Il se mit à trembler légèrement sous le regard ironique de l'autre homme.
-Vous avez froid, McKay?
C'en était trop.
-Colonel, je vous somme de me laisser partir sur le champ, ordonna t-il d'une voix qu'il espéra ferme. Il se rendit compte avec désespoir qu'il avait couiné les derniers mots.
-Vous essayez de m'intimider, Rodney? Demanda le militaire en effleurant des lèvres le lobe de son oreille droite. Le scientifique frémit et ferma les yeux. Parce que c'est raté, continua le militaire. Allons, tout ce que je veux savoir, c'est pourquoi.
-Pourquoi quoi? Gémit l'autre homme.
-Pourquoi vous avez fait capoté mes rencarts, Rodney. Vous vous êtes donné un mal de chien et ce n'est pas pour rien. D'ailleurs vous ne faites rien pour rien, ce n'est pas votre genre. Vous aviez bien un but, non?
-Colonel ...Supplia t-il.
-John...je vous ai déjà dit de m'appeler John. Alors, pourquoi?
Le souffle chaud du militaire sur sa joue était une véritable torture. Il sentit ses jambes faiblir et son sexe durcir dans son pantalon. Vu la façon dont ils étaient collés l'un à l'autre dans trois secondes le militaire allait avoir la réponse à sa question.
Rodney respira un bon coup et décida de prendre les devants.
-Parce que ça.
Il saisit le militaire par le col et écrasa ses lèvres sur les siennes.
La seconde suivante il était pressé sur le mur avec deux bras l'encerclant et une bouche qui pillait la sienne. Abasourdi il s'abandonna avec délice au baiser. Les mains du colonel s'aventurèrent sur son dos et ses fesses, frottant et caressant son corps au travers du tissu. Puis les deux hommes se séparèrent pour respirer. Rodney fronça les sourcils et s'écarta.
-Mais pourquoi tu n'as pas fait cela plus tôt, exigea t-il de savoir en croisant les bras sur sa poitrine ? Ça fait deux ans que je t'observe sauter sur tout ce qui bouge, alors pourquoi pas moi ?
-Je croyais que tu étais hétéro, rétorqua le colonel.
-Mais qui t'as mis cette idée idiote dans la tête ?
-T'arrêtais pas de parler de cette Sam Carter et puis tu sortais avec cette botaniste, Katie Brown, alors j'ai pensé...
-Tu as mal pensé, bougonna le scientifique. Quand je songe au mal que je me suis donné pour en arriver là, tout mon temps précieux gaspillé à trouver des idées !
-Allez, nous avons des choses plus intéressantes à faire qu'à parler de tout ça, déclara Sheppard en l'embrassant de nouveau. Rodney gémit sous le baiser enflammé.
Il décida néanmoins que c'était le moment de faire une petite mise au point.
-Justement, John, il n'est pas question que je te regarde sauter sur tout ce qui te passe à portée de main. Je veux être le seul dans ta vie. Je vais être honnête, je suis amoureux de toi et ça depuis un moment et je n'ai pas envie de souffrir en te regardant draguer à droite à gauche. Je veux l'EXCLUSIVITE. Alors si tu penses que ce n'est pas possible, j'aime mieux que tu le dises tout de suite et...
-Mfftt...Le colonel le fit taire d'un baiser. Moi aussi je t'aime, idiot, j'en ai toujours pincé pour toi mais j'ai vraiment réalisé à quel point je tenais à toi à l'infirmerie. Tu étais si craquant à nier l'évidence. Je ne sais pas ce qui m'a retenu de te sauter dessus. Et puis avec tout ce que tu me dois...ajouta t-il en libérant son compagnon.
-Tout ce que je te dois ? Demanda Rodney étonné.
-Mais oui, Rodney, tout ce que j'ai manqué à cause de toi, les rendez-vous, les câlins, les soirées romantiques et les nuits torrides, il va falloir que tu me les rembourses, au centuple, au millième même et avec les intérêts. Tu en as pour longtemps, très très longtemps, déclara le militaire en passant la main sous la chemise du scientifique qui sentit sa peau bruler sous la caresse. Et puis j'ai vu de quoi tu es capable pour arriver à tes fins, ajouta t-il avec un grand sourire et j'ai pas envie de subir le même sort que certains...
-Tu as intérêt, répliqua sévèrement le scientifique, ce que tu as vu ce n'était que des petites mises en bouches pour m'amuser, je ne me suis pas forcé sur ces coups là mais si tu jettes un seul regard sur une de ces bimbos, je te torture trèèèèès lentement, je te découpe en touts petits petits morceaux et personne jamais ne retrouvera ton corps et...
-Brr! Tu es vraiment terrible! C'est pour ça aussi que je t'aime, répliqua John en capturant de nouveau ses lèvres. Tu ne fais pas de quartiers!
-Et oui, en amour comme à la guerre, tout est permis... répliqua Rodney en s'abandonnant au baiser.
FIN
