« Qu'importe que tu aimes ou pas ton époux. Tu aimeras ses enfants car il seront aussi les tiens.»


JAMAIS ILS NE DEVRONT SAVOIR

CHAPITRE 6


L'incident avait fini par s'estomper comme une trainée de poussière emportée par le vent, ne laissant plus que des souvenirs insignifiants dans l'esprit de ceux qui avaient jugé bon de s'en intéresser. Le temps suffirait à en effacer les restants une bonne fois pour toute il fallait simplement se montrer patient et tolérant. Ne plus y penser était pourtant pour moi le plus difficile, alors qu'il ne s'agissait là que d'une épreuve de plus à surmonter. Encore une.

Une semaine est passée. Une, puis deux, et trois… Le temps paraissait s'écouler avec une telle lenteur que je croyais le voir s'écouler à reculons. Si d'ordinaire j'aurais jugé cela stupide, ces derniers temps, cela me paraissait presque normal. Habituel, en quelque sorte. J'avais fini par m'y faire.

La vie avait repris lentement mais sûrement son cours normal aucun changement notable n'avait pu être constaté toutefois, la Montagne avait recouvert sa quiétude et son silence habituelle. La journée, les couloirs étaient de nouveau fréquentés par des visages souriants et respectueux, mais pas outrance. Un fin étirement de lèvres, guère plus guère moins, le strict minimum.
Mais dans chacun des sourires que je croisais, j'y voyais également les relents de ce que j'avais causé. Je voyais dans le regard de ces nains qui n'en pensaient pas moins le reflet de ma culpabilité, la même que celle qui me faisait pleurer la nuit quand la force venait à me manquer. Peut-être qu'au final je ne simulais pas aussi bien que je le croyais.

Le soir, la vie paraissait s'être réinsufflée dans les corps, les rires et les chants fusaient de part et d'autre à en faire trembler les murs, résonnant jusqu'au plus profond sous-sol. On entendait des récits jamais entendus auparavant, des mythes inconnus des plus jeunes et narrés à la perfection par les plus anciens. Les dîners étaient joyeux, animés à souhait, et j'en venais à attendre avec impatience le moment où tout le monde se mettrait à table car je m'y sentais bien. Je retrouvais alors moi aussi la joie de vivre et je me plaisais à rire avec les autres à n'en plus finir. Certains soirs, je me couchais même avec des crampes horribles au ventre tellement j'avais ri.

Depuis notre dispute, Thorin avait tenu à se montrer plus disponible et plus ouvert envers moi. Le soir, ou dès qu'il en avait la possibilité, il passait de longs moments à m'expliquer ce que la Montagne attendait de moi. J'avais l'air perdu au fur et à mesure qu'il m'énumérait les différents points, la confusion devait sans doute transparaître sur mon visage, mais il y croyait tellement que je m'efforçais d'hocher la tête pour faire bonne figure, bonne mesure, avec un sourire.

Dans ses yeux se lisaient la confiance alors que dans les miens se lisaient le doute. A l'écouter parler ainsi avec autant de facilité du devoir, des responsabilités de la royauté, des affaires du royaume, des alliances probables, tout semblait réellement facile. Peut-être même trop. J'étais pourtant certaine qu'il n'en était rien mais je m'efforçais de cacher cette pensée. Mais j'en avais assez du pessimisme, j'étais prête à changer pour la neutralité et le bénéfice du doute pour une fois.

Contre toute attente, Thorin m'avait également appris des choses dont je ne soupçonnais pas l'existence : j'étais par exemple bien loin de penser que mon peuple pouvait avoir autant confiance en moi et en mes capacités à diriger Erebor alors que je doutais moi-même de moi. Le fait que Thorin ait repris la Montagne avec presque rien, qu'il ait sacrifié tout ce qu'il lui était possible de donner en échange de son foyer jouait sans doute pour beaucoup. Mais enfin c'était d'après ses dires à lui. Et question pression, j'avais atteint là le summum et il était difficile de viser plus haut…

Or si chacun semblait avoir digéré l'affaire, une personne toutefois en gardait de fâcheux souvenirs encore bien noirs.
Fili.
Depuis notre dispute, il était impossible de mettre la main sur lui. Il demeurait invisible aux yeux de tous et insensible à tout appel. Selon les dires de son frère, il ne passait plus ses journées à Erebor et il n'était pas rare de constater qu'il séjournait parfois ailleurs qu'à la maison. Personne n'était capable de m'en apprendre plus sur la nouvelle vie qu'il avait décidé de mener, son quotidien était aussi flou qu'un épais brouillard blanchâtre. Même Dis nageait dans la plus grande ignorance. Je prétextais toujours m'enquérir de son état pour mon époux, lorsque je croisais quelqu'un susceptible de m'en apprendre plus.

''Vous comprenez, il est de sa famille, c'est important pour lui de savoir où il est et ce qu'il fait…'' ''Thorin a besoin de savoir s'il va bien…''. C'était le genre de discours neutre d'aspect que je débitais dès que j'en avais la possibilité, mais les réponses n'étaient guère concluantes. Chaque fois, je me heurtais à un visage hochant négativement la tête, bafouillant ou exprimant clairement ses excuses. Parler dans le vide était peut-être plus sensé. J'avais beau m'inquiéter pour Fili, je ne pouvais rien faire de plus pour lui. Et peut-être qu'au fond il était préférable d'ignorer ce qu'il faisait…

OoO

Je trouvais ce matin-là en compagnie de Dis, assise sur un banc sur l'unique versant de la Montagne s'ouvrant sur le monde. Au-devant de nous, la lande s'étendait de tout son long, grande et majestueuse, paisible et colorée, à nos pieds. Et à cette heure matinale où le soleil perçait tout juste les nuages, d'autant plus magnifique et plus vaste encore. L'impression de me trouver seule au monde m'a gagnée et j'ai accueilli ce sentiment avec une sorte orgueil que je n'ai pas cherché à dissimuler. Durant deux brèves secondes, je me suis sentie invincible, puissante. J'ai soupiré de plaisir, le calme de la délivrance était une chose bien trop méconnue pour nous.

« -As-tu eu ce paysage pour tableau depuis ton enfance ? » ai-je demandé à Dis sans quitter la lande des yeux.

« -Oui et non. » m'a-t-elle répondu avec un petit sourire et un soupir de lassitude. « Je l'ai contemplé pendant dix ans, après quoi Smaug nous a attaqués. Dix ans, c'est...presque rien. Pour un homme, un nain, un elfe, un hobbit, dix ans ce n'est qu'un instant fugace, un revers de la main dont on ne se soucie pas, ou trop peu. On espère qu'il passe vite, ou au contraire, qu'il dure une éternité. Mais une fois ces dix ans passées, on les oublie…On en garde des souvenirs qui finissent eux-aussi par disparaître, par se fausser, nous fourvoyer…Je pensais que je n'aurais jamais à quitter ce paysage, aussi ne l'ai-je que trop peu observé. Je n'ai rien gravé dans ma mémoire d'enfant sinon des contours gris et mornes, imprécis. Je n'ai plus souvenir de la lande du temps où j'avais besoin de me jucher sur une caisse pour la regarder. Pour moi, tout ce que je vois ici est nouveau...Autant qu'il m'est familier. » a-t-elle ensuite expliqué.

Elle a continué un peu, une pointe de nostalgie dans la voix, de me conter ce qu'il lui restait de souvenirs de la lande et d'Erebor du temps où elle y avait vécu. J'ai écouté Dis parlé sans un mot, osant à peine respirer de peur de l'interrompre. Ses mots me sont parvenus avec davantage de facilité grâce au vent, un vent frais venus de l'Ouest qui soulevait au passage nos cheveux. Dis avait une opulente chevelure noire, lisse et brillante, de la même couleur que celle de Thorin et, accessoirement, que celle de Kili. Malgré qu'elle ait été tressée avec soin ses cheveux, certaines mèches volaient négligemment au vent quand celui-ci soufflait plus fort et lui barraient le visage.

J'avouais avoir quelques difficultés à comprendre ce qu'elle me racontait, mais je savais que si je retournais un jour chez moi, même pour un bref instant, je comprendrais tout ce qu'elle ressentait. Et en cet instant où elle me racontait ce monde qu'elle avait été contrainte de quitter à cause de la fatalité, j'ai partagé sa tristesse, ressenti sa nostalgie, admiré son courage et loué sa maturité. Dis n'était qu'une enfant quand tout ceci lui est tombée dessus...

Est-ce que je reconnaitrais ma maison, la Rocheneuve, si j'y retournais ?

« - Nous ferions mieux de rentrer Lana. » a suggéré Dis. « Il risque de pleuvoir bientôt. »

J'ai lentement levé la tête vers le ciel. Celui-ci avait en effet des aspects menaçants, inquiétants, presque cauchemardesques. On avait beau voir les rayons du soleil percer à travers l'amas opaque de nuages grisâtres, ces derniers paraissaient bien trop gris pour être passagers. Ils avançaient avec lenteur et paraissaient se foncer davantage à chaque seconde. D'ici quelques temps, il pleuvrait, conformément aux dires de Dis. J'avais déjà l'impression de pouvoir entendre le tonnerre gronder au-dessus de nos têtes, comme un père cherchant à réprimander son enfant à cause d'une bêtise.

Je me suis levée à sa suite mais, prise d'un vertige aussi soudain que violent, j'ai dû me retenir aux remparts pour ne pas tomber. J'avais du mal à déglutir, ma bouche me paraissant pâteuse et prise dans une sorte de voile collant. L'air paraissait se raréfier autour de moi mes tympans vrillaient à mes oreilles et j'ai dû me tenir les tempes avec force de peur de voir ma tête exploser. J'ai eu envie de vomir, une envie que je n'ai su réprimer…Avec rapidité, j'ai passé ma tête de l'autre côté des remparts et ai rendu tout ce que mon corps avait été capable de contenir jusque-là.

Une fois que j'eus été certaine de ne avoir d'autre envie soudaine, je me suis laissée glisser au sol avec lenteur et précaution, adossée aux remparts, la tête lâchement abandonnée sur la pierre froide dont le contact glacé revigorant m'a fait tout de suite me sentir mieux. Je recouvrais peu à peu mes facultés de respirations, encore que l'âpre goût qui sévissait au fond de ma gorge m'empêchait d'en profiter à souhait. Dis a accouru près de moi, toute affolée :

« -Alana ! Alana tu m'entends ? Par Mahal, tu es si pâle ! Répond-moi, est-ce que ça va ? Est-ce que tout va bien ? » s'est-elle empressée de demander en me tapotant doucement le visage.

« -Je…Tout va bien. Ca va mieux, ce n'est rien. Une simple nausée et un vertige rien de plus, je t'assure. » ai-je assuré en souriant.

J'ai tenté de me relever sans son aide et j'y suis parvenue, à ma plus grande surprise. Je me sentais encore faible et complètement vide, mais ma tête avait l'air de fonctionner à la perfection, toute trace de douleur ayant subitement déserté mon corps. Néanmoins, je refusais de lâcher les remparts que je serrais comme s'il s'agissait de l'objet de mon salut, des restants de ma propre vie.
Je sentais la pierre s'enfoncer dans mes paumes, dans mes phalanges blanchies à l'extrême mais pour rien au monde je n'aurais lâché prise. L'air frais et pur m'a cinglé le visage sans douceur et je me suis sentie renaître d'un seul coup. Une caresse agréable, engendrée par des doigts doux qui ne me touchaient pourtant pas. Je me suis risquée à lâcher prise et je suis restée debout, sans même vaciller.

Voyant que j'allais mieux, Dis a paru se calmer et s'est plongée dans une réflexion soudaine qui m'a surprise. L'inquiétude avait totalement quitté ses traits. Après une longue minute de réflexion profonde, Dis s'est tournée vers moi avec un sérieux inébranlable pareil à celui qu'avait son frère :

« - A quand remonte la dernière fois où tu as saigné ? » m'a-t-elle demandé subitement.

J'étais si surprise qu'il m'a fallu du temps avant de pouvoir lui répondre. Dis venait de me prendre au dépourvu.

« -J-Je l'ignore. Une lune voir deux…Ou peut-être davantage. » ai-je finalement répondu, hésitante.

J'ai soudainement compris où elle voulait en venir. Inconsciemment, ma main est venue se poser sur mon ventre puis j'ai croisé le regard de Dis. Celle-ci a hoché la tête, un sourire se dessinant progressivement sur son visage. Avait-elle raison ? Etais-je réellement enceinte ?

« -Allons voir un guérisseur. Mieux vaut en être sûre. »

J'ai acquiescé à défaut de pouvoir faire autre chose et j'ai suivi Dis d'un pas rapide quoique hésitant. L'idée d'être tante avait l'air de lui plaire énormément, son sourire ne quittait pas ses lèvres et c'était avec empressement qu'elle me conduisait chez le guérisseur. Mes propres lèvres demeuraient closes, figées. Je restais dubitative…

Et alors que nous allions voir le guérisseur, je me suis posée une centaine de questions. La plupart n'ayant aucun lien entre elles, d'autres étant complètement liées mais sans aucun sens. J'étais perdue, déboussolée, désorientée et tous les synonymes qu'il était possible d'attribuer à mon état de perdition total. Il fallait confirmer que j'étais enceinte, mais au fond de moi, je savais qu'il n'y aurait rien à confirmer. Que tout était déjà en marche, lancé à la vitesse qu'avait programmée la nature. Tout n'était plus qu'une question de temps.

Mais es-tu sûre qu'il ne s'agit que d'une question de temps ? N'y a-t-il pas autre chose de plus important sur laquelle s'interroger ? Réfléchis bien cervelle de moineau ! a ordonné la petite voix dans ma tête que je commençais à détester. Je me suis mordue la lèvre en songeant à ce à quoi elle faisait allusion.
Qui était le père de l'enfant que j'attendais ?

Une vague de frissons m'a parcouru l'échine. Quelque chose me laissait entendre au fond de moi que l'histoire était bien loin d'être terminée…

OoO

J'ignorais comment les elfes étaient en mesure de survivre à l'éternité cela relevait à mes yeux du miracle. J'avais l'impression que des siècles s'étaient écoulés depuis que j'étais allongée sur le dos, et cela me paressait insurmontable de survivre à quelques minutes de plus. Le guérisseur allait çà et là avec toute la rapidité que lui conférait son âge avancé et sa démarche chaloupée, sous le regard observateur de Dis qui analysait tout ce qui passait à sa portée avec minutie, ne négligeant aucun détail.

Elle paraissait avoir plus de mal que moi à contenir son impatience certaines fois elle se mettait à frétiller comme un poisson dans l'eau l'espace d'une seconde, puis, comme si elle rappelait soudainement que ce n'était pas digne de son rang, elle se calmait presque aussitôt. Je me retenais de dire chaque fois que mes yeux se posaient sur elle.

Le nain guérisseur était plus petit que la normale, il possédait une barbe auburn très fournie qu'il avait agrémenté de bijoux sur les parties tressées. Il avait la fâcheuse tendance à marmonner dans sa barbe et, bien entendu, je n'entendais ni ne comprenais rien. J'étais bien incapable de déterminer son âge avec exactitude, la physionomie n'étant pas ce que j'arrivais à décrypter le plus facilement. Je lui trouvais cependant des faux-airs de Balin, pas autant que pouvait en avoir Dwalin, mais presque. Il avait les mêmes rides au coin des yeux, la même intonation de voix. Mon guérisseur avait cependant un caractère assez fort quoiqu'il fût gentil, et j'avais cru comprendre lors de ses nombreux échanges avec ma belle-sœur qu'il se nommait Rafrin.

Il s'est déroulée une énième discussion dont j'étais une fois de plus exclue, -Rafrin m'ayant formellement interdit de quitter mon lit sans son consentement- et, bien que je fusse la Reine, j'avais été dans l'incapacité de lutter contre lui et Dis en même temps… Contrainte de rester couchée, j'étais réduite à attendre que l'on daigne bien venir me parler. Rafrin s'est soudainement tourné vers moi, s'approchant de sa démarche chaloupée avant de cueillir au fond d'un de ses multiples tiroirs un petit sac de toile qu'il a agité sous mon nez. L'odeur m'a donné envie de vomir…

« -Récemment, vous avez pu dormir sur le ventre ? » m'a demandé Rafrin en continuant d'ajouter son sac de toile au contenu inconnu.

« -Euh, je…Je n'en sais rien, je ne dors jamais sur le ventre, je me sens mal dans cette position. » ai-je répondu, le cœur au bord des lèvres. « Et arrêtez avec votre sac s'il vous plaît, cette odeur me donne la nausée. »

Rafrin s'est écarté –surtout son sac-, et a hoché fermement la tête. Il a ensuite soigneusement rangé son sac dans un tiroir, bien décidé à ne plus l'en sortir. J'étais à deux doigts de me remettre à vomir à cause de ce que j'avais senti et l'idée de demander ce que cela avait été me répugnait plus qu'autre chose. En jetant un coup d'œil discret à ma belle-sœur, j'ai remarqué que celle-ci souriait plus sincèrement. Le guérisseur est revenu avec une serviette d'eau froide puis il m'a doucement tapoté le front avec.
Il a longtemps baragouiné dans sa barbe et j'ai eu l'impression qu'il récitait des incantations. Puis, d'un coup d'un seul, sans crier garde, il s'est subitement arrêté, jetant au loin le torchon humide. J'ai sursauté quand ce dernier a heurté quelque chose en le brisant. Rafrin m'a jeté un dernier regard avant de m'ignorer une fois de plus au profit de ma belle-sœur.

Puis tous deux m'ont posé d'autres questions, une foule de questions, dont je n'ai pu fournir qu'une approximation à cause des derniers événements. Sitôt que je fournissais une réponse une autre question fusait presque aussitôt. J'en ai eu la migraine assez rapidement…

OoO

L'heure du verdict a enfin sonné, toutes les hypothèses que j'avais pu concevoir durant mon examen aboutissaient toutes à la même –inévitable- conclusion : j'étais belle et bien enceinte. Nous avions juste depuis le début, Dis et moi. Rafrin m'a annoncé la nouvelle avec un sourire au moins aussi large que celui de Dis. La confirmation de la nouvelle m'a coupé le souffle d'un seul coup, et durant quelques secondes, j'ai eu l'impression que mon cerveau n'envoyait plus de signaux. La perplexité avait réduit à néant tous mes sens et toute impression de réalité. J'ai ouvert la bouche pour parler mais aucun son n'en est sorti.

J'ai tenté de me relever et Dis et Rafrin se sont aussitôt précipités pour m'aider comme si, d'un coup d'un seul, je risquais quelque chose. Je me suis retenue de justesse de les repousser, leur contact provoquant sur ma peau une nuée de frissons désagréables, -sans réelle raison. J'ai battu des paupières durant plusieurs secondes afin de me convaincre que tout ceci n'était pas réel, que c'était beaucoup trop tôt, mais force m'était de constater, en voyant que rien ne changeait autour de moi, que la réalité m'avait belle et bien rattrapée au collet.

« -Vous êtes sûr que je suis enceinte ? » ai-je trouvé la force de demander.

Le mot a sonné étrangement dans ma bouche, comme un arrière-goût âpre me raclant la gorge comme une méchante grippe. Je n'aurais jamais pensé que la nouvelle de ma grossesse me rende si…J'ignorais quel pouvait être le mot capable de décrire l'état dans lequel j'étais, ça n'avait pas de mot. C'était un ensemble de plusieurs sentiments, de ressentis et…d'autres choses toutes aussi aléatoires que contradictoires… Peut-être que tout ceci était dû au choc de l'annonce et que, par la suite, tout deviendrait plus clair…Ou plus flou.

« -Je suis guérisseur non ? Je connais mon métier au moins aussi bien que le vôtre ! » s'est éclamé Rafrin les sourcils froncés, visiblement vexé par ma remarque.

C'est bien le problème mon cher. Si vous êtes aussi doué que moi, nous allons avoir des problèmes…

« -Je parie que ce sera une fille ! » s'est à son tour exclamée Dis.

« -Puis m'en aller à présent ? » me suis-je enquise auprès du guérisseur, ignorant la remarque de Dis.

Je me sentais soudainement lasse, comme si j'avais marché sur des lieues et des lieues sans jamais m'arrêter pour reprendre mon souffle. Rafrin a hoché la tête à ma requête et j'ai quitté la pièce sans me retourner. J'ai vu au passage que Dis tenait à rester auprès du guérisseur, sans doute pour parler de la tournure que prendrait les événements -car les grossesses n'étaient jamais les mêmes. Elle devait vouloir s'enquérir des plantes à utiliser en cas de malaise, de vomissements…En somme, elle voulait accomplir ce que j'aurais dû faire.
Mais Dis n'est pas restée longtemps, elle m'a suivie après quelques minutes seulement.

Alors que nous arpentions les couloirs en silence, je me demandais s'il fallait que j'avertisse Thorin dès à présent ou si, au contraire, je devais attendre encore un peu. S'il était peu probable que je fasse une fausse couche, le risque n'était pourtant pas absent. Je me devais de faire attention. Mais l'idée de savoir –ou plutôt de ne pas savoir- qui était le père de cet enfant me tracassait plus que tout autre chose. Comment avais-je pu me montrer si négligente ? Comment avais-je pu, depuis tout ce temps, ignoré la possibilité d'être enceinte d'une personne qui n'était pas la bonne ? Allait-on s'en rendre compte dès l'accouchement ou est-ce que les signes de ma trahison se révèleraient bien plus tard ?

Une nouvelle fois, ma main s'est posée sur mon ventre que j'ai doucement caressé en fermant les yeux. J'ai soupiré par saccade, l'anxiété me tenaillant toujours les entrailles dans lesquels sévissaient à présent la vie. Je n'avais jamais été préparée à la grossesse, jamais personne ne m'en avait parlé, informé, j'ignorais totalement en quoi cela consistait réellement.

« -Tout va bien Alana ? Tu sembles…déconcertée. » a remarqué Dis.

« -Oui, c'est bien le mot ! C'est tout à fait ça ! Je…Tu t'en doutes, je n'ai jamais été enceinte, même si je suis en âge de l'être depuis des années, mais je ne sais pas comment m'y prendre, comment réagir ou anticiper l'avenir. L'idée d'avoir un enfant je…Dis au secours, c'est trop tôt pour moi ! » me suis-je exclamée d'une voix suraigüe.

Dis a gentiment ri devant mon attitude. J'étais parfaitement en âge d'avoir des enfants, beaucoup de naines en avaient eu avant moi et peut-être même aurais-je dû en avoir avant, par égard pour Thorin et pour le royaume. En croisant le regard de Dis, j'ai vu que celle-ci ne me jugeait pas. Pour avoir été mère deux fois, elle devait sans doute comprendre ma réaction…ou au contraire la trouver puérile et ridicule. Les années lui avaient octroyé une expérience en matière d'enfants non négligeable et je ne doutais pas d'avoir à la consulter régulièrement dans les mois -voir les années- à venir. J'étais soulagée que Thorin ait eu une sœur en plus de son frère…

« -Tu pourras toujours compter sur moi, tu le sais ! Avec les deux enfants que j'ai eu, Mahal sait qu'ils n'ont pas été les plus sages, je pense sans nul doute pouvoir t'aider et te conseiller. » m'a assuré ma belle-sœur. « Ne t'inquiète pas, tu es très bien entourée : Kili adore les enfants et Thorin a vu ses neveux grandir. Tout le monde sait à peu près comment se comporter et comment agir en cas de problèmes. » a-t-elle ajouté avec un sourire.

J'ai souri. L'idée de voir Thorin père, portant un enfant, notre enfant, me séduisait beaucoup et me rendait heureuse. Je me figurais assez bien mon époux quelques années auparavant, la barbe emmêlée par les petits doigts d'un Kili mécontent ou d'un Fili riant. J'admettais sans mal que je serais quelque peu vexée s'il s'y prenait mieux que moi ! Mais j'avais encore le temps d'apprendre à avoir les bons réflexes, à adopter les bonnes attitudes…

C'est un cycle restreint, un cercle vicieux : on apprend quelque chose, on change quelque chose, on s'y habitue et quand on pense que tout va très bien, il faut recommencer à nouveau…On n'a pas le choix, on doit obéir aux règles de la nature.

« - Tu penses que je devrais le lui dire maintenant ? Attendre une autre lune ne serait pas préférable ? » ai-je demandé.

« -C'est vraiment comme tu veux. Fais comme tu le sens. Tu peux le lui maintenant, à lui, mais pour l'annonce officielle devant le royaume, mieux vaut réellement attendre une lune de plus. Par mesure de sécurité… » m'a-t-elle expliqué. « Tu auras pris un peu de ventre et l'information passera mieux. Mais note qu'à partir de maintenant, je ne te lâche plus, les premiers mois sont toujours les pires et il se peut que tu sois davantage malade dans les jours qui suivent. »

« -Ne parle pas de malheurs s'il te plaît ! Et puis je ne suis qu'au début et… »

« -Fais-moi confiance. » a-t-elle coupée d'une voix si autoritaire que je n'ai pas osé répliquer. « Je sais de quoi je parle. »

Après cela, nous avons regagné la salle commune où Dis avait pour projet fastidieux de m'expliquer en détail ce qui se passerait dans les prochains mois. L'idée de savoir que mon corps allait subit autant de transformations et se métamorphoser à ce point ne m'émouvait pas autant que je l'aurais cru. Selon ma belle-sœur, le plus difficile dans la grossesse était les premiers mois et l'accouchement. Passer le quatrième et cinquième mois, ça allait généralement bien sauf si mon bébé était très actif. Malgré qu'elle ait eu une grossesse sur deux de difficile, Dis ne semblait nullement inquiète pour la mienne. A l'entendre parler, on pourrait croire que sa grossesse avait été un cas sur une centaine. Elle était dotée du même don que celui de Thorin : celui de faire croire que tout était facile.

Pendant que j'écoutais avec attention ce que Dis m'expliquait avec ferveur, Thorin est venu nous rejoindre sans bruit. Voyant ma mine de plus en plus déconfite, il a foudroyée sa sœur cadette du regard et l'a réprimandée :

« -Qu'est-ce que tu racontes encore à mon épouse pour qu'elle soit dans cet état ?! »

« -Des histoires, des discussions de filles. » a ironisé Dis avec un sourire moqueur, me jetant un regard entendu. « Des faits réels, je fais part de mon expérience elle en aura besoin.»

« -Comment ça ? » a demandé Thorin, prenant place derrière moi.

J'ai tourné la tête vers lui et lui ai lancé un sourire dans le but d'adoucir son humeur en lui montrant que tout allait bien, mais en voyant que son regard était toujours sombre et qu'il était résolu à ne pas lâcher l'affaire sans savoir, j'ai baissé les yeux. Je me suis adossée contre sa poitrine alors qu'il m'enserrait d'un bras. Je me savais agir en lâche en laissant le soin à Dis de se défendre seule -et de me défendre par la même occasion-, alors que le sujet me concernait entièrement. Mais Dis ne semblait pas vouloir prendre la parole non plus.

« -Alana ? Comptes-tu m'expliquer toi-même de quoi il retourne ou dois-je faire parler ma sœur pour être au courant de vos cachoteries ''de filles'' ? » a-t-il demandé d'une voix grave.

«-Thorin, je suis enceinte…De toi. » ai-je finalement lâché en un souffle.

Stupide ! Pourquoi t'es-tu sentie obligée de rajouter ''de toi'' ? a pesté la petite voix, visiblement mécontente de mon initiative. Je pouvais presque la voir froncer les sourcils d'indignation. Je me suis mordue la lèvre. Elle avait raison sur ce point : pourquoi avais-je eu besoin de rajouter ''de toi'' ? C'était pourtant une évidence, du moins à leurs yeux. J'ai prié pour que ce détail passe inaperçu. Dans la surprise, Thorin a cligné des yeux plusieurs fois et l'espace d'un instant, j'ai repensé à moi, quelques heures auparavant, ayant la même réaction.

«-Tu…Tu es sérieuse ? Tu en es sûre, tu es bien enceinte ? »

« -Oui. Je n'ai pas saigné depuis un moment et…nous sommes passées chez le guérisseur, Rafrin, tout à l'heure après que j'ai vomi par-dessus les remparts. Il nous l'a confirmé. » ai-je expliqué avec tout le calme donc je disposais. « Ne me regarde pas comme enfin, je n'ai pas fait exprès ! Réjouis-toi plutôt, d'ici quelques mois nous aurons un garçon…Ou bien une fille. » ai-je dis en souriant.

« -Eh oui mon cher frère adoré, j'ai été la première au courant ! » a ajouté Dis d'un air moqueur, juste pour le plaisir d'agacer son frère. « Tu ne m'en veux pas trop j'espère ? »

« -Quand bien même t'en voudrais-je que cela ne changerait rien, Dis ! » a répliqué Thorin en fronçant les sourcils. Puis il s'est de nouveau intéressé à moi, sa barbe venant frôler le haut de mon oreille alors qu'il m'a susurré d'une voix suave : « Pour ma part j'aimerais une fille une fille qui ressemble à sa mère mais qui soit moins cachotière. »

J'ai souri. Voulait-il réellement s'aventurer sur ce terrain-là ?

« -C'est bien dommage cela amour, car je souhaite un fils ! Un héritier pour la Montagne, un successeur aussi fort que son père mais moins têtu et moins grincheux que lui. Tu imagines ? Un petit Thorin avec les défauts en moins ! Le travail sera dur mais je ne pense pas qu'il soit impossible. »

Dis a ri en face de moi et je n'ai pu réprimer un sourire à mon tour. Thorin n'a pas été vexé par ma remarque, je l'ai senti rire dans mon dos. Il s'est quelque peu penché vers l'arrière et m'a penché la tête avant de me donner un baiser rapide, dans le cou, juste en dessous de la mâchoire. J'ai frissonné et ai passé la main derrière sa tête pour l'attirer davantage contre moi.

« -Ca devient acrobatique entre vous dites-moi ! » s'est gentiment moquée Dis en haussant un sourcil, nullement gênée par nos ébats amoureux.

Je me suis soudainement souvenue de la présence de Dis que j'avais momentanément oublié, et j'ai repoussé Thorin doucement en me redressant, lissant au passage les plis de ma robe tout en rougissant. Gênée, j'ai tout de même trouvé la force de dire :

« -Pas devant ta sœur tout de même ! »

« -Eh, ne rejette pas la faute sur moi Lana ! »

Nous avons ris, et nous avions grand mal à nous calmer quand Kili est venu nous rejoindre, visiblement surpris de nous trouver dans un tel état de relâchement. Les sourcils froncés, il nous a regardé chacun notre tour, essayant d'évaluer si nous avions bu ou autre. Kili devait sans doute nous trouver idiots avec nos larges sourires figés à nos lèvres.

« -Il y a un problème ? » a-t-il finalement demandé.

« -Non, une bonne nouvelle ! » a répondu sa mère.

« - Ai-je moi aussi le droit d'en avoir connaissance ou… »

« -Alana ? » a demandé Thorin.

« -Seulement les proches ont le droit de savoir pour le moment. Kili, tu dois me promettre de ne rien dire à personne d'autre, me suis-je bien faite comprendre ? » ai-je interrogé.

« -Parfaitement ! Même Fili n'apprendra rien de ma bouche ! » a-t-il juré même si je doutais qu'il puisse réussir à cacher quelque chose à son frère.

« -Je suis enceinte. » ai-je annoncé avec un sourire chaleureux.

« -Non, sérieusement ?! »

« -Non, je mens, ça ne se voit pas ? » ai-je répondu, sarcastique, un sourire aux lèvres.

« -C'est fantastique ! Vous pensez qu'il s'agit d'un petit Thorin ou d'une petite Ana ? » a ensuite demandé Kili.

« -Justement, nous étions en train de prendre les paris là-dessus. » a ajouté Dis, relançant ainsi le débat. « Qu'en penses-tu mon fils ? »

« - Avec un peu de chance, pourquoi pas les deux ? Un petit Thorin et une petite Alana ! Y aurait de quoi faire de belles nuits blanches non ?! »

Il paraissait très amusé de la situation, enchanté serait même le mot exact. L'idée d'avoir des jumeaux était une chose que je n'avais pas envisagée. Chez les nains, avoir des jumeaux, -un garçon et une fille qui plus est-, n'était pas une chose aisée. C'était un événement rarissime même. Un cadeau des dieux. On pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de couples ayant eu la chance d'avoir deux enfants en une fois.
Kili et Dis se sont mis à parler des avantages –mais surtout des inconvénients- à avoir deux jumeaux pareils à leurs parents. Je les ai écoutés un sourire aux lèvres pendant que Thorin jouait avec mes cheveux, regardant sa famille d'un air distrait.

« -Mon oncle… » a fait une voix dans notre dos.

« -Fili ! » lui a répondu Thorin, surpris de le voir ici.

Surprise, je me suis redressée pour permettre à Thorin de se lever et le serrer dans ses bras. Dis et Kili se sont tus et ont regardé leur frère, leur fils, se retrouver auprès d'eux comme après des années d'absence. Comment Fili avait-il pu les dénigrer, eux, sa propre famille? Une vague de chaleur m'a envahie et j'ai su que Fili avait posé son regard sur moi. Regard que, bien entendu, je n'osais pas croiser. Mais je pouvais savoir avec exactitude quand mon amant me regardait. J'ai senti la puissance de son regard, m'enserrer, m'écraser, m'emprisonner… J'ai eu l'impression d'étouffer, de manquer subitement d'air…

« -Vous paraissez tous bien heureux ici… » a fait Fili, impassible.

« -Nous avons de quoi l'être cher neveu. » lui a répondu Thorin, le tenant par les épaules, arborant un large sourire. « Tu n'auras plus besoin d'assurer ma succession si jamais il m'arrive malheur. »

« -Comment ça ? » a rétorqué Fili en fronçant les sourcils, ne saisissant pas le sous-entendu de Thorin. « Alana ne peut pas diriger la Montagne, c'est contraire aux règles. »

Je me suis sentie cruellement blessée. Je me suis mordue la lèvre afin de ne pas répondre quelque chose. Fili avait raison, une femme ne pouvait diriger la Montagne, cependant la façon dont il l'avait dit laissait transparaître plus de haine que de raison.

C'est ça, vas-y. Venge-toi une bonne fois pour toute et n'en parlons plus…

« -Alana est enceinte, Fili. » a finalement lâché mon époux.

« -Q-Quoi ? »

Fili a écarquillé plusieurs fois les yeux, ne s'attendant visiblement pas à cette annonce. A quoi s'attendait-il ? J'ai réprimé un sourire narquois. Il s'est tourné vers moi, toujours surpris, sans rien dire. La nouvelle lui faisait un choc plus que je ne l'aurais cru. Il était ému, oui, mais dans quel sens ? A ce moment-là, on a appelé Thorin qui a été contraint de nous laisser au profit de son interlocuteur et allez savoir pourquoi, Dis lui a emboité le pas. Kili et moi, qui guettions une autre réaction de Fili, l'avons vu choir entre nous deux, encore sous le choc de la nouvelle.

« - Ca fait un choc de savoir que tout ce que tu as appris pour gouverner jusqu'à présent ne te servira à rien, n'est-ce pas ? » a interrogé Kili, un sourire moqueur aux lèvres.

« -Si ce n'est que ça qui t'inquiète Fili, je peux très bien te trouver un poste à haute responsabilité pour te consoler. » ai-je répondu, les yeux emplis d'innocence.

Il m'a foudroyée du regard. Cependant, dès que nos yeux ce sont croisés, j'ai vu toute sa colère s'envoler. Je savais à quoi il pensait. Ca a été d'une voix plus douce qu'il a repris la parole, un sourire chaleureux aux lèvres, un soupir ponctuant sa phrase :

« -M'est d'avis que s'occuper de l'enfant d'Alana sera un poste à haute responsabilité. »

« -Qui te dit qu'elle n'en aura pas deux ? » l'a nargué Kili.

« -Ou peut-être trois ? » ai-je renchéri pour la forme.

« - A ma connaissance, ce n'est arrivé qu'une seule fois qu'un couple ait eu trois enfants…A moins d'avoir la main de Mahal au-dessus de toi Alana, je ne pense pas que cela t'arrivera…Et puis deux c'est bien, c'est un nombre pair, c'est plus facile pour partager : un pour ton couple, un pour mon frère et moi ! » m'a contredis Kili.

« -Ah non ! Je garde mes deux enfants ! » ai-je protesté, choquée.

Fili et Kili ont ri. Nous avons continué à parler un moment tous les trois, moment durant lequel j'ai essayé de persuader Kili qu'il était fort probable que je n'aie qu'un enfant. Fili a approuvé ma remarque mais son frère était plus têtu que nous deux réunis. Un trait des Durin…
Puis Kili, après que nous ayons essayé de lui faire entendre raison durant plusieurs minutes, a fini par en avoir marre de nous et a préféré lever le camp avant d'être convaincu. Fili et moi étions donc seuls, regardant Kili s'éloigner d'un pas rapide. Nous nous sommes ensuite regardé et avons éclaté de rire. Il m'a fallu du temps avoir de pouvoir retrouvé mon souffle tant mon ventre se contractait à chaque nouvelle vague d'assaut.

« -Le pauvre…Il ne mérite pas ce que nous lui faisons ! » ai-je dit en essuyant une larme à la naissance de mon œil, encore secouée par des spasmes de rire.

« -Personne ne mérite ce que nous leur faisons subir Alana. Personne. » a répondu Fili, retrouvant son sérieux comme si rien ne s'était passé.

« - Je le sais Fili, crois-moi. » ai-je avoué. « J'imagine que Thorin aurait voulu te le demander s'il avait pu, mais il n'est plus là donc je vais te le demander moi…Où étais-tu durant tout ce temps ? On était tous inquiets de ne pas te revoir, tu ne donnais pas de nouvelles, aucun signe de vie, de présence… J'étais inquiète, Fili.»

« -Je ne préfère pas te dire où j'étais même si, normalement, cela ne te concerne plus. » a-t-il répondu alors que mon cœur se serrait. « Je t'aime toujours autant Alana, même si j'ai fait des choses qui ont trahi cette amour. Tu te souviens de ce que je t'ai dit dans les couloirs la dernière fois ? (J'ai hoché la tête) Je m'en suis voulu sitôt que les paroles ont franchi ma bouche, et que ta gifle, mûrement méritée, m'a atteinte. Alors j'ai fui pour ne pas avoir à t'affronter de nouveau, à affronter ta souffrance et ta tristesse que j'avais moi-même engendrées même si je ressentais la même chose. Je t'avoue avoir été blessé quand tu m'as repoussé. » a-t-il avoué en gloussant. « Mais je n'aurais plus besoin de partir désormais, plus maintenant que tu attends un…enfin, deux enfants, pour faire plaisir à Kili. »

« -Fili…Je…Je suis très touchée par ce que tu dis là mais…Il se peut que les enfants, mes enfants, qu'ils soient un ou plusieurs, soient de Thorin. »

« -Autant qu'ils peuvent être de moi je te signale. Nous avons fait l'amour un nombre de fois non négligeable Alana. Mais si tu as quand même des doutes… » a-t-il susurré en approchant sa main de ma cuisse.

« -Je n'ai pas de doutes. Seulement des peurs, mais nous n'y pouvons rien, toi comme moi. » ai-je dit avant de soupirer et de repousser sa main délicatement. « S'il s'avère que c'est toi le père de mes enfants je…Je ne sais pas quelles conséquences cela aura. Pour nous, pour ta famille, pour Erebor. »

« -Tu t'inquiètes toujours dis-moi. N'y a-t-il rien que je puisse faire pour te calmer ? »

« -Non je regrette. Tout ce qu'il avait été possible de faire à un moment ne l'est plus aujourd'hui. On ne peut qu'attendre et espérer que… »

« -Que quoi ? Que les enfants soient de Thorin ? » s'est-il écrié fortement. « Permets-moi de souhaiter le contraire dans ce cas ! »

Il était difficile de le blâmer pour cela, aussi n'ai-je rien dit et l'ai regardé en silence. Une part en moi souhaitait également que mes enfants soient ceux de Fili. J'ai soupiré avant de m'en aller. En plus de mentir, il y avait une autre chose que je faisais à la perfection : fuir.


Hey!

Bon cette fois, rien de spécial à dire (enfin, "cette fois"...), juste un petit mot pour manifester ma présence :P
Merci merci de venir me (re)voir, je me sens seule devant mon ordi, le soir, vers 21 heures...N'hésitez pas à mettre des reviews, faites entendre votre avis, vos réactions, vos coups de cœur, votre perso préféré, votre couple préféré, vos caniches roses (XD) etc. Si vous décrochez de l'histoire, vous avez le droit de le dire aussi, c'est normal, je ne vais pas vous crier dessus ou quoique ce soit x)

A la prochaine! :D

Le 18/02/2015, à une heure que mon réveil n'indique plus, dans le salon,
Lhena :)