Lorsque Adrien et Marinette poussèrent la porte pour retourner au cœur de la visite, l'ensemble de la classe les attendait, le regard lourd. Au vu de leurs têtes, il semblait évident que la plupart des élèves s'étaient fait un sang d'encre après leur petite "disparition". Les deux jeunes adolescents, terriblement gênés, baissèrent la tête en fuyant le regard de leurs camarades.
Il n'y avait que Nino qui continuait à pouffer dans son coin, tentant vainement de rester discret. Alya, qui avait fini de pourchasser le jeune DJ, se rua sur Marinette en lui saisissant les épaules, la secouant d'une manière assez brutale.
- Nan mais je peux savoir ce qui t'est passé par la tête ?! dit-elle, affolée.
La tête de la bleutée hochait tellement d'avant en arrière qu'elle formait quasiment un angle à cent quatre vingt degrés.
- Mais-voyons-Alya-je-n'allais-pas-mourir, parvint-elle à articuler entre plusieurs hochements.
- Mais enfin, tu as bien vu que tu ne pouvais pas aller là. Hein ? Tu l'avais vu non ? dit-elle sans s'arrêter de parler.
Elle avait arrêté de la secouer mais le regard qu'elle lançait maintenant à Marinette faisait froid dans le dos. Un mélange d'inquiétude et d'anxiété avec une pointe de colère. C'était un de ces regards réprobateurs que Marinette détestait plus que tout voir sur le visage de la rousse. Elle attrapa doucement les bras qui étaient sur ses épaules et la regarda en souriant.
- Tu penses qu'un sourire va me stopper ! Tu... Tu... commença Alya dont le visage devenait de plus en plus crispé.
C'est à ce moment qu'Adrien se décida à intervenir, voyant que cette dernière n'arrivait manifestement pas à se calmer.
- Allons, ne t'en fais pas, j'étais avec elle. Il n'y avait aucun risque, dit-il en posant sa main sur l'épaule de Marinette.
Ce simple contact électrisa cette dernière qui resta malgré tout maître de son corps. Elle ne savait pas si cela était intentionnel ou non, mais le geste lui fit chaud au cœur. Elle tourna la tête vers Adrien, qui continuait de fixer Alya de ses yeux verts. Néanmoins, lorsqu'il vit le regard de la rousse se poser sur lui, il comprit que la partie était loin d'être gagnée. Elle lâcha alors Marinette et se planta devant lui.
- Je me le demande, dit-elle en pointant un doigt devant le visage du jeune homme qui se mit à loucher. Comment se fait-il que tu ne l'aies pas ramenée dès que tu l'as retrouvée ?
Adrien resta muet face à cette répartie. Son regard soutint difficilement celui de la jeune reporter, qui se fit particulièrement perçant et réprobateur. Marinette les regarda tour à tour, attendant que l'échange se poursuive.
- On a entendu un drôle de bruit. Une espèce de cri, dit alors Adrien en choisissant soigneusement ses mots.
Alya arqua un sourcil, montrant clairement son scepticisme. Elle avait beaucoup de mal à croire à cette explication.
- Un "cri" ? dit-elle en croisant les bras. Vous allez pas me faire croire que vous croyez à cette histoire de crocodiles dans les égouts ?
- Je n'y croyais pas non plus, pourtant il faut bien avouer que...
Mais avant qu'il ne puisse finir sa phrase, Mlle Bustier déboula en trombe devant les deux fautifs, le guide sur ses pas. Ces derniers étaient partis prévenir la sécurité pour les retrouver mais cela ne fut pas nécessaire lorsqu'ils les aperçurent sur les caméras de surveillance. Ils avaient ensuite foncé vers la salle en question.
Au lieu de les réprimander, Mlle Bustier s'agenouilla devant eux en les prenant dans ses bras. On pouvait lire sur son visage toute l'inquiétude qu'elle avait éprouvée lorsqu'ils avaient disparu de son champ de vision.
Marinette et Adrien, trop surpris par cette réaction, se contentèrent de regarder droit devant eux, les yeux grands ouverts. C'est au bout de plusieurs dizaines de secondes qu'elle les relâcha.
- Ne me refaites jamais ça, d'accord ? dit-elle en les regardant tour à tour, le visage fermé.
- Oui mademoiselle, lâchèrent les deux adolescents.
Elle se releva et, tout en croisant les mains devant elle, se mit à soupirer doucement.
- Je suis désolée mais je vais devoir vous attribuer une punition à vous deux. Je ne peux décemment pas laisser passer votre petite escapade, prononça-t-elle avec un regard interdit.
Les deux protagonistes se liquéfièrent sur place. L'un comme l'autre ne pouvait se permettre d'avoir une nouvelle punition, particulièrement pour Adrien qui pourrait dire adieu à sa vie de collégien normal. Il devait trouver quelque chose à dire, mais quoi ? Quelle excuse pourraient-ils sortir pour se tirer de ce mauvais pas ?
Chacun d'eux se mit à réfléchir à toute vitesse sans trouver l'ombre d'une solution. Alors que Mlle Bustier s'apprêtait à prononcer sa sentence devant le regard horrifié des deux adolescents, le destin leur accorda un sursis.
Le guide arriva à la hauteur de la professeure, complètement affolé.
- Madame, je vous prie, ne les punissez pas ! C'est entièrement de ma faute ! J'aurais dû faire plus attention à eux ! Vous comprenez ? C'est moi qui suis à blâmer ! Ce que j'ai fait est intolérable ! Est-ce que je mérite de continuer à exercer ce métier ? Je ne crois pas. Je ne crois vraiment pas ! Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !
Ce manège dura cinq bonnes minutes pendant lesquelles l'institutrice tenta de stopper le guide, visiblement dans tous ses états.
- Très bien, très bien, monsieur ! C'est d'accord. Mais s'il vous plaît, calmez-vous, dit-elle en levant les bras devant lui.
Elle se retourna vers les deux collégiens qui n'avaient pas bougé de leur place.
- Bon, c'est d'accord. J'accepte de passer l'éponge, mais juste pour cette fois vu qu'il n'y a pas eu de vrai problème, leur dit-elle en souriant. On va dire que vous avez eu une visite "complète" de l'endroit.
Marinette et Adrien levèrent vers elle des yeux pleins de reconnaissance. Le jeune mannequin posa ses yeux sur la bleutée qui fit la même chose. Avec un regard entendu, ils savaient qu'ils avaient échappé au pire. Alors qu'ils s'apprêtèrent à partir, Alya réapparut devant eux.
- Pas bouger vous deux, on en a pas encore fini !
Un pas, c'est tout ce que les deux collégiens avaient pu faire depuis qu'ils étaient revenus. Cela commençait doucement à les fatiguer même s'ils savaient parfaitement que ce n'était que de l'inquiétude. Pourtant, avant même que l'un d'eux n'ait pu dire quoi que ce soit, une personne s'interposa en leur faveur.
- Hey Alya ! dit alors Nino en surgissant à côté d'elle avec un grand sourire, tu crois pas que ça suffit ?
- Mais, enfin... commença-t-elle.
- Laissons-les un peu respirer. Ils en ont besoin, ça se voit, finit-il en passant son bras autour de son épaule.
- Je.. bon très bien, lâcha-t-elle, les bras ballants.
Nino resserra son emprise, manifestant sa joie. Après un court moment, elle se dégagea doucement de son étreinte en lui lançant un petit sourire. Elle s'approcha lentement de Marinette tandis qu'Adrien rejoignait Nino tout en lui donnant une petite tape sur le bras en guise de remerciement. Lorsqu'elle fut à côté d'elle, elle rapprocha sa bouche de l'oreille de la bleutée.
- Ne crois pas que j'en ai fini avec toi, dit-elle avec un sourire espiègle. Tu ne perds rien pour attendre. Je saurai ce qu'il s'est passé quand tu étais là-bas.
- Oh, ça je veux bien le croire, lança-t-elle avec appréhension.
Le reste de la visite se passa sans encombre. Tous les élèves avaient fini par trouver cette sortie très intéressante sauf une certaine fille qui se trouvait être celle du maire. Elle consacrait son temps à faire des réflexions sur l'endroit et les personnes qui y travaillaient.
Elle avait néanmoins voulu voir ce que ça faisait de descendre dans une bouche d'égout. Lorsqu'elle aperçut celle en exposition, elle ne put s'empêcher de la tester. Elle simula une descente après avoir vérifié qu'il n'y avait personne pour la voir. Du moins, c'est ce qu'elle crut.
Habilement cachée, Alya prit une photo de la scène et l'envoya à Marinette. La photo était soulignée des mots "un environnement sain pour elle", ce qui lui déclencha une crise de rire qui dura plusieurs minutes.
Après ce petit interlude, le groupe se rendit à l'entrée pour se préparer à partir. Le guide les remercia du fond du cœur de leur venue, semblant particulièrement sincère, trop même. Il avait quand même réussi l'exploit d'agacer sérieusement Mlle Bustier qui était pourtant connue pour son calme olympien.
La classe remonta tranquillement dans le bus, reprenant les mêmes places qu'à l'aller. L'ambiance était chaleureuse, chacun discutant de ce qu'il venait de voir. Le groupe de Marinette était de loin le plus bavard, partageant entre eux tous ce qui les avait marqués. La bleutée leur présenta même les croquis qu'elles avaient pu faire. L'institutrice leur demanda tout de même de se rasseoir et de se rattacher.
Lorsqu'ils furent arrivés, les élèves commencèrent à sortir. La jeune héroïne continua à discuter même à l'extérieur, attendant que tout le monde soit descendu.
Les éclats de rire, les remarques, les réflexions... Tout se mélangea. Même ce terrible bruit qui résonna jusqu'au plus profond de l'être de Marinette.
BOUM !
Un énorme objet rond de la taille d'un boulet de chantier frappa le car, le renversant sur le côté. Une partie du véhicule se retrouva à moitié écrabouillé sous le choc provoqué.
La bleutée, qui avait vu le projectile passer juste à côté de son groupe, observait avec horreur le désastre qui venait d'avoir lieu. Ses yeux ne quittaient plus l'endroit où gisaient à présent tôle et ferraille. Devant ce spectacle tragique, elle serra les poings, furieuse.
Sa tête pivota lentement jusqu'à ce que son regard rentre en contact avec la source du problème. Un akumatisé se tenait loin d'eux, marchant lentement dans leur direction. Même à cette distance, il semblait grand et très corpulent, un homme, probablement.
La jeune héroïne n'avait pas le temps de s'éterniser. Elle regarda en direction de ses amis. Alya et Nino semblaient encore choqués par ce qu'ils venaient de voir. Ils restaient inertes, les yeux exorbités. En revanche, le jeune mannequin avait passé le stade de la surprise. Il regardait lui aussi la victime du Papillon de ses yeux verts perçants, une aura de colère émanant du plus profond de son cœur.
- Adrien ! Il ne faut pas rester ici ! Il faut que l'on prévienne les gens aux alentours de se mettre à l'abri !
Lorsqu'il croisa le regard de Marinette, il comprit l'urgence de la situation. Il ne se fit pas prier et attrapa le bras de ses deux amis restés stupéfaits.
- Je me charge d'eux. Tu peux y aller ! dit-il en les tirant vers un endroit sûr.
Marinette était heureuse de l'initiative que le jeune venait de prendre. Rassurée, elle courut droit vers une ruelle déserte et laissa sortir Tikki.
- Marinette, il faut qu'on se dépêche ! s'exclama Tikki.
- Il va me le payer... dit alors la bleutée en fronçant les sourcils de rage.
- Quoi ?! s'écria Tikki, abasourdie par le ton de sa protégée.
- Tikki, transforme-moi ! hurla Marinette.
Les mots du kwami moururent en même temps qu'il se faisait absorber par les boucles d'oreilles. Une fois transformée, Ladybug ressortit de sa cachette de fortune et se posa sur un immeuble surplombant la scène. L'akumatisé, quasiment au pied du car, semblait chercher quelqu'un. Il tournait la tête dans tous les sens, un sourire sur le visage. Il se mit à marcher sur la place, levant les bras sur les côtés.
- Voyons, Ladybug, Chat Noir, sortez de votre cachette. Je suis Legumania et je crois que l'on a des choses à se dire.
Ladybug, qui était hors de portée du champ de vision de son ennemi, attendait patiemment que ce dernier lui tourne le dos. Lorsque cela fut le cas, elle lança son yoyo sur un lampadaire et se propulsa de toutes ses forces, le pied dirigé droit sur l'arrière de l'akumatisé.
Elle se mit à sourire, le super-vilain ne l'ayant manifestement pas repérée. Elle fondit sur lui et son membre vint durement heurter la colonne vertébrale de ce dernier, lui arrachant un rictus, mais qui s'éteignit bien vite.
L'akumatisé tourna doucement la tête sans bouger, un sourire monstrueux sur le visage.
- Je t'ai trouvée, dit-il d'un ton glacial.
Danger !
Son instinct lui hurla ce mot en boucle sans discontinuer. Lorsqu'elle vit Legumania tenter de lui attraper la jambe, elle bondit immédiatement en arrière, se mettant ainsi hors d'atteinte.
Elle en profita alors pour analyser les caractéristiques de son ennemi. Ses deux poings, qui avaient failli l'attraper, étaient aussi gros que des pastèques. Sa peau était recouverte d'une peau duveteuse ressemblant à s'y méprendre à celle du kiwi.
C'est surement ça qui a bloqué mon coup, pensa Ladybug.
Sa tête, quant à elle, était métamorphosée en artichaut. Si cela pouvait paraître comique, la carrure imposante de cet homme l'en dissuada. Il faisait bien 2 mètres de hauteur et son habit était un tablier.
Avant qu'elle ne puisse continuer à l'étudier, l'akumatisé fonça sur elle, joignant les deux poings pour l'écraser. Mais, au même moment, un bâton de vingt mètres vint lui décrocher la mâchoire, l'envoyant valdinguer contre un mur, que le choc détruisit.
- HOMERUN ! hurla Chat Noir, prenant la pose d'un joueur de baseball ayant frappé la balle.
L'alter ego de Marinette, apercevant Chat Noir, le gratifia d'un léger remerciement. Il combla rapidement la distance qui les séparait et se positionna à ses côtés, replaçant son bâton sur ses épaules.
- Encore un fou furieux qui veut un autographe, ma Lady ? ironisa le héros noir.
- Je n'ai pas de temps à perdre Chat Noir, lâcha-t-elle avec froideur.
Le jeune homme fut particulièrement surpris par la réponse de sa coéquipière. Les pupilles de cette dernière ne reflétaient plus qu'une haine farouche envers la victime du Papillon. Sur le point de se jeter sur lui, Chat Noir lui attrapa le bras ce qui eut pour effet d'accentuer l'énervement de la coccinelle.
- Lâche-moi ! dit-elle en élevant la voix.
- Mais enfin, qu'est-ce qui t'arrive ? s'enquit-il.
- Je veux juste en finir le plus vite possible et je ne serai pas tranquille avant ça, lança-t-elle avec froideur.
Alors qu'elle allait se dégager une nouvelle fois, son coéquipier la ramena à lui et lui tint fermement les deux bras. Elle ne pouvait plus s'échapper et planta son regard dans celui qui la maintenait en place. Ce qu'elle y vit lui glaça le sang.
- Qui es-tu ? demanda-t-il
- Que.. Quoi ? dit-elle perdue.
- QUI ES-TU ? redemanda-t-il plus fort.
- Je... Je suis Ladybug ! s'écria-t-elle.
Il la lâcha alors, mais positionna son visage juste devant le sien.
- Alors conduis-toi comme telle ! Tu n'as pas toute ta raison et j'ignore pourquoi, mais il y a plus important. Il y a encore des gens dans ce car renversé. Il faut les sortir de là ! dit-il en pointant le bus du doigt.
Dans sa haine et sa colère, elle avait complètement oublié ce point crucial. Reprenant enfin ses esprits, elle se gifla, ce qui surprit à nouveau le héros noir.
- Tu as raison, j'ai été stupide. Je vais me charger de les sortir de là ! Tu penses pouvoir t'occuper de lui pendant un petit moment ?
Le sourire de Chat noir s'intensifia jusqu'à devenir carnassier. Elle discerna même une pointe de plaisir derrière.
- Tout à fait. À vrai dire, je suis même heureux que tu me le demandes. J'ai aussi les nerfs contre lui, finit-il par dire.
Parfaitement synchronisé, le super-vilain sortit des décombres, visiblement indemne. Il remit un peu d'ordre en enlevant la poussière qui trainait sur lui. D'un calme parfait, il s'avança vers le jeune héros qui prit une pose combative.
- Voyons, comment je vais pouvoir te faire payer ça ? dit alors l'akumatisé.
- Approche, mon bel artichaut, on va danser toi et moi.
Alors qu'une féroce bataille était sur le point de s'engager, Ladybug fonça vers le car renversé. Elle scruta l'intérieur, cherchant les différents élèves du regard. Ces derniers s'étaient regroupés à l'avant du véhicule, sachant que le moteur se trouvait à l'arrière.
La coccinelle détruisit une des vitres d'un simple coup de yoyo en faisant attention de ne pas toucher ses camarades.
- Donnez-moi votre main un par un, je vais vous sortir de là, dit-elle en leur tendant la sienne
- Il faut d'abord faire sortir le chauffeur, il est inconscient je crois, paniqua Rose.
- Très bien, pouvez-vous le prendre à plusieurs pour que je puisse...
- Prends-moi d'abord, Ladybug ! Je dois être sauvée la première ! lança Chloé en attrapant la main de son héroïne.
Particulièrement agacée, la bleutée tira de toutes ses forces faisant atterrir la blonde sur une fenêtre voisine, les fesses en premier. Elle continua son sauvetage en sortant un à un chaque passager jusqu'à qu'il n'en reste plus un.
- C'est quoi tout ça ? dit alors Mylène en pointant du doigt le lieu du combat.
En se retournant, Ladybug prit alors conscience du pouvoir de ce super-vilain : celui d'invoquer divers fruits et légumes et d'en choisir la taille. Elle remarqua alors que ce n'était pas un boulet qui avait détruit le car, mais un énorme melon.
Legumania envoya une salve de bananes que Chat Noir n'eut aucun mal à parer.
- Allons, tu prendras bien un peu de vitamines ! rugit l'akumatisé.
- J'ai déjà mangé mes 5 fruits et légumes, je te remercie !
Ladybug soupira face à la répartie désastreuse de son partenaire mais elle le reconnaissait bien là. Il virevoltait maintenant autour de son ennemi, le couvrant d'une pluie de coups qui ne semblaient pas faire beaucoup de dégâts. Lors d'une énième attaque, le super-vilain attrapa l'arme du jeune héros et la repoussa. Déstabilisé, Chat Noir se rétablit difficilement sur ses pieds.
- C'est tout ? Je m'attendais à mieux de la part d'un héros.
- On en a pas fini, je vais t'éplucher sur place ! fulmina l'alter ego d'Adrien.
Mais les provocations de ce dernier n'ébranlèrent pas le moins du monde celui qui se tenait devant lui. Son sourire refusait de s'effacer et restait là, sans bouger. Le héros noir se mit à tourner doucement autour de son vis-à-vis, guettant une ouverture. C'est alors qu'un énorme melon se matérialisa à côté de Legumania.
- Très bien, voyons si tu peux les sauver, dit-il avec un sourire sadique.
Sur ces mots, il frappa de toutes ses forces l'énorme fruit qui fusa vers le car, la classe toujours sur la trajectoire. Alors que tout le monde se mit à paniquer, une ombre rouge fendit les airs. Le Yoyo de Ladybug décrivit de multiples courbes qui s'emmélèrent pour former une immense toile de protection.
Cet abri de fortune renvoya l'attaque de l'akumatisé à une vitesse folle. Le partenaire de Ladybug, ayant anticipé le retour, s'était réfugié en hauteur, ce qui ne fut pas le cas du super-vilain qui se fit durement écraser.
- Il ne faut pas que vous restiez là, allez-vous-en ! dit-elle d'une voix autoritaire aux élèves.
Il n'en fallut pas plus pour que tous se décident à disparaître, laissant les deux protagonistes seuls face à ce monstre. Bien que ce dernier ait l'air coriace, il ne semblait pas aussi dangereux que Metallika. La bleutée bondit jusqu'à prendre la même hauteur que son coéquipier
- Chaton, j'ai une idée, dit-elle en continuant à fixer du regard la victime du Papillon.
- Je suis tout ouïe, ma Lady, répondit-il en hochant la tête sur le côté.
- Je n'ai rien vu sur lui, hormis cet immonde tablier qu'il porte. Je pense que l'Akuma est dedans. Ceci étant dit, il m'a l'air très puissant mais vraiment lent vu sa stature. Si je l'attaque suffisamment longtemps, tu penses pouvoir détruire son vêtement ? demanda-t-elle en finissant sa longue tirade.
- Aucun problème, dit-il sans hésiter.
- Alors, vous vous décidez à descendre un jour ? leur lança Legumania.
Un simple regard entendu et cela commença. Ladybug s'élança en piqué vers son adversaire. À quelques mètres de lui, elle leva la main et administra un fulgurant coup de poing à l'abdomen de son opposant. Beaucoup trop résistant, ce dernier ne bougea pas d'un centimètre. Il tenta d'attraper l'héroïne qui utilisa son autre main pour prendre appui et passer au-dessus, atterrissant dans son dos. Elle utilisa sa jambe pour tenter de le balayer mais rien n'y fit, il ne bougeait pas. Elle enchaîna encore et encore, sans vraiment de résultat.
C'est alors qu'elle eut l'idée d'attraper le nœud du tablier, ce qui fit finalement réagir le colosse qui envoya un coup de poing phénoménal qu'elle esquiva.
Perdant patience, Legumania prit la décision de se battre sérieusement. Il joignit ses deux énormes mains et les abattit à l'endroit où se trouvait Ladybug, sa seule et unique erreur. Dans un mouvement d'une fluidité hors du commun, l'alter ego de Marinette rassembla toutes ses forces dans ses jambes et frôla l'attaque avec grâce, se posant sur les avant-bras de son ennemi. La ferveur inscrite au fond de son regard vint rencontrer celui du super-vilain qui ne put rien faire d'autre que la regarder, ses mains bloquées au sol.
C'est à ce moment qu'elle en profita pour enrouler son yoyo autour de ses poignets. Passant à nouveau au-dessus de lui, elle tira de toutes ses forces, ce qui fit passer les bras de Legumania derrière sa tête.
- Maintenant Chat Noir ! dit-elle d'une voix tonitruante.
Il n'attendait que ça. Il décrivit un arc de cercle et atterrit à quelques mètres d'eux. Dans une position féline, il lança avec fracas :
- Cataclysme !
Il s'élança alors, son pouvoir brillant dans sa main. Quelques mètres le séparaient d'une victoire assurée. Il tendit alors la main, qu'il vit floue. Ses pupilles se teintèrent de violet et un terrible mal de tête le submergea.
À moi...
Quelle était cette voix qui résonnait à présent dans son esprit ? Si froide et si... cruelle. Il se sentait perdre pied et son corps avait du mal à lui répondre.
Hors de question ! se hurla-t-il
Dans un ultime effort, il repoussa cette chose qui semblait prendre possession de lui petit à petit. Lorsqu'il reprit ses esprits, il ne discernait toujours pas ce qu'il y avait devant lui. Dans un dernier cri, il frappa droit devant lui, mais sa main ne toucha rien. Il était passé à côté de sa chance d'en finir une bonne fois pour toutes.
Profitant de cette bévue, l'akumatisé se libéra de l'emprise du yoyo et repoussa Ladybug. Elle put néanmoins se rétablir non loin de son coéquipier.
- Mais enfin, qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle, inquiète.
- Je... Je n'en sais rien, dit-il, honteux.
Elle posa alors une main compatissante sur son épaule.
- Ce n'est rien chaton, on va y arriver. Il me reste encore un dernier atout et je crois qu'on a pas vraiment le choix. Lucky Charm !
À peine ces mots prononcés qu'une petite boîte de poivre apparut dans ses mains. Elle sourit et comprit tout de suite ce qu'elle avait à faire.
- Chat Noir, on va l'attaquer à deux. Dès que tu pourras, concentre son attention sur toi. Je me chargerai de la suite.
Le hochement de tête de ce dernier ne faisait aucun doute sur son approbation. Ils se relevèrent et, par un simple échange de regard, s'élancèrent. Chacun prit un côté afin de distraire au mieux leur adversaire. Il n'eut en revanche aucun problème à les affronter en deux contre un, rivalisant de fruits et de légumes.
C'est alors que le héros noir bondit pour attraper le tablier, ce qui fit que Légumania se précipita furieux sur lui, oubliant Ladybug. Elle apparut alors au-dessus de Légumania, le Lucky Charm dirigé vers son nez.
- Allez, on met un peu de piquant dans tout ça ! dit-elle en pressant la petite boîte.
Elle déversa le contenu, ce qui fit éternuer fortement le super-vilain qui partit
en arrière. La bleutée sauta en avant et en profita pour arracher l'objet de tous les maux. Elle le déchira et purifia l'akuma qui en sortit.
- Bien joué, dirent les deux héros en se frappant mutuellement le poing.
C'est alors que la bague de Chat Noir se mit à biper. Il ne lui restait que deux minutes avant sa transformation. Il commença à prendre son élan lorsqu'une main vint lui saisir le bras, le forçant à se retourner.
- Chaton, dis-moi ce qu'il s'est passé, s'inquiéta la coccinelle.
Il voyait bien la détresse dans le regard de sa Lady mais il ne voulait surtout pas l'inquiéter davantage.
- Allons, ce n'était rien. Certainement une crise passagère, ça arrive à tout le monde.
- Ce n'est pas... À cause de la blessure que tu as reçue la dernière fois ? finit-elle par demander, le regard lourd de sous-entendus.
La perspicacité de Ladybug le cloua sur place. Cependant, il ne laissa pas son trouble paraître et lui afficha son plus beau sourire.
- Tu te fais des idées, c'est déjà guéri en plus. Ne t'inquiète donc pas. Au revoir, ma Lady ! dit-il en sautant, mettant fin à une conversation qui risquait de rendre les choses trop compliquées.
C'est sur ces paroles qu'il disparut de la vision de l'héroïne qui ne pensait plus qu'à une chose.
Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il n'avait pas été sincère avec elle.
