HeeellloOooO les petits pains d'épices !
On se retrouve après un long moment pour le dernier chapitre de cette histoire (boulot, déménagement à préparer, 3h de transports par jour toussatoussa), intitulé "Ce n'est que partie remise". Merci d'avoir suivi cette histoire jusqu'au bout, n'hésitez pas à nous laisser un petit mot ou à passer voir nos autres histoires.
On vous adore !
Bonne lecture :D
Chapitre 7 : Ce n'est que partie remise
Il était là.
Antoine, accoudé sur le rebord de la fenêtre de son bureau, regardait d'un oeil suspicieux le jeune homme qui allait seconder le professeur Binns pendant cette nouvelle année scolaire.
Gabriel Flores.
Oh, il savait qu'il allait finir par débarquer. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que ce voleur de grimoire venait à Poudlard pour le simple plaisir de le provoquer. Après tout, que pouvait faire un Cracmol face à un sorcier ? Antoine fut secoué d'un rire diabolique. Il avait une solution toute trouvée à ce problème. Les sorciers étaient si naïfs parfois qu'ils en oubliaient un peu facilement que les Moldus étaient très inventifs quand il s'agissait de s'entretuer, en particulier à distance. Antoine caressa l'arme à feu glissée à sa ceinture et dissimulée par un pull ample. Il ne la quitterait plus.
A ceux qui lui auraient dit que cette arme ne risquait pas de fonctionner à Poudlard, il aurait répondu que ce n'était pas n'importe quelle arme. Elle avait été minutieusement modifiée pour que les mécanismes moldus soient déclenchés semi-magiquement une fois la gâchette enclenchée. Un bijou de technologie qui lui avait valu une petite fortune. Celle qu'il avait tirée de la vente de la maison familiale de Skirioù-Druidhean et du maigre contenu du coffre de ses parents disparus chez Gringotts.
Antoine vit le Directeur venir à la rencontre de Gabriel et lui serrer la main avec un grand sourire. Quel nigaud celui-là aussi… Un rictus satisfait tordit la bouche du Concierge. Grâce à sa naïveté, il avait infiltré Poudlard, avait réussi à y faire intégrer les Cracmols qui lui permettraient de découvrir et d'accomplir la prophétie de Myrddin et, cerise imprévue sur le gâteau, Gabriel débarquait. Il allait pouvoir lui reprendre son grimoire ou au moins lui faire cracher le morceau sur son emplacement. Décidément, il avait bien réussi son coup.
Le festin de la rentrée s'annonçait aussi grandiose que d'habitude. Antoine supervisait les opérations de mise en place aux cuisines et des dortoirs des nouveaux élèves, aux côtés de ce gros balourd naïf et trop gentil de Hagrid.
Depuis que Gabriel était arrivé la veille, Antoine n'avait pas eu l'occasion de le croiser mais il avait commencé à être attentif à prendre encore plus de précautions en fermant son bureau et ses appartements. Il avait également ajouté des détecteurs de présence aux abords des portes, les rendant particulièrement sensibles aux émissions magiques du nouvel enseignant d'Histoire de la Magie. Il ne devait prendre aucun risque, surtout maintenant que les quatre petits Cracmols allaient débarquer à Poudlard.
Il allait devoir la jouer fine avec eux. Gagner leur confiance. Les soutenir quand les autres élèves ne manqueraient pas de leur faire sentir qu'ils n'étaient pas à leur place ici. Malgré la fin de la guerre, Antoine savait que les préjugés étaient tenaces, surtout dans les familles qui avaient subi le retour de bâton à la chute de leur Seigneur des Ténèbres. Alors il les protégerait, les inviterait à prendre le thé, leur donnerait moins de retenues qu'aux autres. Pour mieux les piéger dans les mailles de son filet.
Antoine regarda autour de lui. La Grande Salle brillait de mille feux. Les Elfes de Maison connaissaient leur travail et ne laissaient rien au hasard. Après tout, c'était à cela qu'ils servaient, se dit-il.
Erfan Koumba, professeur de Métamorphose et directeur de la maison jaune et noire, entra dans la pièce, paré de ses vêtements colorés et d'un sourire éclatant, qu'Antoine lui rendit.
- Tout se passe bien ?
- Excellemment, comme tu peux le voir.
- Bon, il est temps de mettre en place les banderoles et les bougies alors.
D'un coup de baguette, il fit apparaître le blason de Poudlard au-dessus de la table des Professeurs et des milliers de bougies s'envolèrent d'un coin de la pièce pour emplir d'une magnifique lumière la Grande Salle, dont le plafond reflettait merveilleusement les couleurs roses et bleues du coucher de soleil. Les élèves n'allaient pas tarder.
Antoine, après avoir donné deux ou trois instructions à l'Elfe en charge de la gestion des bagages, se dirigea vers les portes de la Grande Salle pour y laisser entrer les élèves des années supérieures, qui débarquaient les uns après les autres des voitures tirées par les Sombrals, afin qu'ils s'installent dans l'attente de la Cérémonie de Répartition. Les professeurs eux aussi commençaient à s'asseoir à leur table et Antoine le vit entrer, fier comme un hippogriffe. Gabriel lui adressa un coucou provocateur de la main. Rien ne devait transparaître de leur rivalité, au risque de mettre la puce à l'oreille du Directeur.
Le Concierge alla lui-même s'asseoir à sa place, juste à côté du nouvel enseignant, comme par hasard. Il fixa son verre de jus de citrouille tout en tâtant sa poche intérieure pour s'assurer que son arme était toujours là, histoire de se rassurer. C'est à ce moment précis que la file des nouveaux élèves s'avança dans la Grande Salle, guidée par Neville Londubat. Antoine allait enfin voir à quoi ils ressemblaient…
Les petits Cracmols s'avéraient être d'une naïveté encore plus grande qu'Antoine ne l'avait espéré. Ils avaient en lui une confiance aveugle, surtout la petite Erin Shields. C'était majoritairement grâce à elle et à sa maladresse incroyable qu'il avait pu jouer au justicier et se faire bien voir par les quatre enfants. Les trois autres l'adoraient, bien que des conflits n'aient pas tardé à éclater dans le petit groupe. A cause de ces décérébrés de Lily Potter et Hugo Weasley, bien entendu. Il avait fallu qu'ils s'acoquinent avec ces rejetons de sauveurs de l'humanité.
Heureusement pour Antoine, Daralis Kestrel détestait clairement la jeune Potter et cette animosité permettait au Concierge de garder son emprise sur les enfants. Après tout, quand tout va trop bien, on n'a plus besoin d'aide n'est-ce pas ?
Bon an, mal an, tout se passait plutôt bien pour Antoine, même si Gabriel ralentissait sensiblement ses recherches. Il le surveillait tellement qu'il avait l'impression de ne même pas pouvoir aller de son bureau à ses appartements sans le croiser.
Noël arrivait à grand pas. Il fallait songer aux cadeaux à offrir aux Cracmols, histoire de les avoir encore plus dans la poche et si possible de les surveiller d'encore plus près. Antoine sentait qu'ils commençaient à fouiller un peu trop pour leur propre bien. Et pour celui de ses affaires à lui.
Après des semaines de recherches infructueuses, il avait fini par recontacter l'artimage qui lui avait vendu son arme à feu. Il lui avait fait part de son problème et ils avaient trouvé ensemble une solution. Un bracelet magique de protection, qui ressemblait énormément à celui qu'Antoine portait au sein de Kelc'h : un fin bracelet sur lequel était monté un petit fragment de granite rose. Antoine avait fait attention à bien personnaliser le bracelet de chaque petit Cracmol, en fonction des couleurs de leurs Maisons à Poudlard.
Oh bien sûr, ce n'était pas tout. Les bracelets qu'il leur offrirait ne se contenteraient pas de leur procurer une protection contre les sorts mineurs. Ils seraient surtout équipés de traceurs magiques qui permettrait à Antoine de savoir en permanence dans quel secteur du Château se trouvaient les enfants grâce à une connexion avec son propre bracelet. Si seulement il avait pu trouver une astuce dans ce genre pour Gabriel…
Antoine était de moins en moins serein depuis quelques semaines. Il n'était pas passé loin de la catastrophe lorsqu'il avait surpris les petits Cracmols en train d'inspecter le mur de granite rose et en particulier y découvrir là où il avait trouvé la pierre qui permettait probablement de décoder le grimoire de Myrddin. Les enfants l'avaient croisé et, pour ne pas qu'ils se doutent qu'il les espionnait, il leur avait fait croire qu'il était en train de ramasser des champignons. Sans panier. Il n'avait pas été très malin sur ce coup-là et cela l'angoissait terriblement. Pour se rassurer et rassurer Daralis, Erin, Eric et Ispahan, il les avait invité à manger une omelette aux champignons, soi-disant ramassés le jour de leur rencontre inopinée dans le parc. Tous n'étaient pas venus mais Antoine espérait que la supercherie avait fonctionné malgré tout.
Le temps était compté à présent et il devait absolument tromper les enfants encore un peu, un tout petit peu. Il avait trouvé dans l'histoire de Myrddin que le solstice d'été revêtait une importance capitale aux yeux de l'enchanteur et en avait déduit que si quelque chose devait se passer sur le mur, ce serait à cette date-là. Il lui fallait donc à tout prix trouver un moyen de les attirer dans son bureau pour l'occasion.
Tout s'accéléra lorsque Daralis déroba le grimoire de Myrddin à Gabriel. Antoine détruisit la moitié de son bureau de rage en apprenant que cette gamine avait réussi là où il avait échoué. Le pire, c'est que malgré les bracelets, il n'arrivait pas à savoir où elle avait pu cacher le fruit de son larcin. C'était comme si elle avait disparu pendant une heure et était réapparue dans son dortoir. Antoine commençait à vouloir sérieusement leur régler leur compte à ces petites fouines, mais il fallait qu'il les garde en vie assez longtemps pour pouvoir s'en servir.
Bien entendu, Gabriel le soupçonna d'être coupable du vol, soupçon vite écarté car Antoine se trouvait à ce moment-là en réunion avec le directeur, le directeur-adjoint et les responsables de chaque Maison, en vue de la rentrée suivante. Antoine se garda bien de lui avouer qui était responsable de la disparition de cet ouvrage si précieux.
Ce solstice serait la clé de tous ses problèmes. Il pourrait menacer les enfants pour qu'ils déclenchent le mur pour lui, mais aussi pour récupérer le grimoire. Il n'aurait plus qu'à tuer Gabriel, voire les enfants s'il lui en venait l'envie, avant de s'enfuir pour continuer son ascension vers le pouvoir.
Rien ne s'était passé comme prévu. Il avait oublié un détail, un tout petit détail. Qui avait pris la forme d'une boule de poils verte. Sans cette bestiole, personne n'aurait volé à la rescousse des jeunes Cracmols et il aurait pu mener sa mission à bien.
Antoine fut réveillé une fois de plus par son compagnon de cellule. Comme d'habitude, celui-ci commençait sa journée en se tapant la tête sur le mur capitonné avec une telle force qu'il rebondissait systématiquement dans son lit, le faisant grincer.
Antoine grogna et se retourna en collant son oreiller sur ses deux oreilles, espérant atténuer le vacarme et se rendormir, mais il savait que c'était peine perdue. Cet homme était fou. Pourquoi avait-il été enfermé avec ce malade alors qu'il était parfaitement sain d'esprit ? C'était incompréhensible.
Il aurait préféré une cellule pour lui tout seul mais apparemment il s'agissait d'une nouvelle politique carcérale d'Azkaban, afin d'assurer un contact social privilégié entre les différents détenus et éviter qu'ils ne dépérissent trop rapidement. Antoine était secrètement persuadé qu'ils ne faisaient ça que dans le but de les pousser à s'entretuer pour baisser la densité des prisonniers dans l'aile réservée aux fous furieux. Il aurait atterri chez les tueurs en série, au bout du couloir, après les deux ou trois grilles en fer imperméable à la magie, si on avait découvert de combien de meurtres il était réellement coupable. Eux au moins avaient une cellule chacun. Mais ils n'avaient pas le droit aux sorties et Antoine préférait partager sa chambre. Cela lui permettait de mettre le nez dehors, de préparer son évasion et puis quand l'Autre était dans un bon jour, ils pouvaient discuter.
Il l'appelait l'Autre parce qu'ils n'avaient jamais été présentés et qu'il ne parlait de lui qu'à la troisième personne du pluriel, comme si une dizaine de personnes au moins cohabitaient dans son esprit. Comme si plusieurs âmes s'étaient réincarnées en même temps dans le même corps sans se concerter. Pas étonnant qu'il essaye de les faire taire tous les matins, elles devaient aussi l'empêcher de dormir.
La crise de son colocataire durant un peu trop longtemps à son goût, Antoine commença à perdre patience. Il allait se retourner pour lui balancer son traversin au visage quand l'Autre se figea, les yeux et les bras levés vers le plafond, se mettant à hurler.
- Myrddin, non !
Antoine se figea. Ce n'était pas possible. L'une des âmes habitant l'esprit de l'Autre serait-elle…
- Je t'en conjure. Moi, Morgane, je m'oppose à tes desseins et refuse de m'y soumettre. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te nuire. Jamais tu ne parviendras à tes fins, tu m'entends ? Jamais !
- A quoi vas-tu t'opposer Morgane ? Tu es coincée dans le corps de ce malade, répondit Antoine, qui ne voulait pas risquer de manquer une conversation avec la femme qui avait arrêté le génie qu'était Myrddin dans son ascension vers la gloire et la puissance. Une femme dangereuse.
L'Autre baissa les yeux et fixa Antoine au plus profond de son âme, d'un regard intense qui ne lui appartenait pas. Ses iris avaient viré du marron au bleu profond et ses pupilles s'étaient dilatées à l'extrême, comme pour ne rien rater de la scène.
- Vous, fit l'Autre d'une voix gutturale. Vous n'êtes qu'un pion dont la chute était prévue depuis la nuit des temps. Je vous écraserai. Même si pour cela je devais me ressusciter des milliers de fois pour pouvoir vous atteindre.
- Je voudrais bien vous y voir. Dans ce corps misérable, vous ne pourriez pas vous blesser vous-même.
- Oh, je peux faire beaucoup en attendant. Je peux vous torturer par les mots.
- Ouais, une heure toutes les trois semaines, quand c'est votre tour de garde dans la salle de pilotage de votre corps zinzin.
L'Autre éclata d'un rire d'outre-tombe, qui aurait glacé le sang de n'importe quelle personne un minimum saine d'esprit, et qui laissa Antoine de marbre.
- Détrompez-vous. Je pourrais vous parler des heures durant de votre père. Il vous a rendu malheureux. Cela dit vous savez pertinemment que la mort de votre mère était entièrement de votre faute. Et celle de votre père aussi, de manière encore plus directe. Vous n'avez jamais pu faire autrement que de tuer toutes les personnes qui s'intéressaient à vous de près ou de loin.
- Ne parlez pas de ma mère comme ça, grogna Antoine, comme un chien acculé prêt à mordre.
- Oh, j'en parlerai comme je veux. Peut-être aurait-elle dû faire en sorte de vous éliminer lorsque vous étiez tout petit, comme je le lui ai conseillé lorsque j'ai possédé votre grand-mère, alors que vous étiez encore un petit tas informe dans son ventre. Après ça, j'ai fait en sorte que les parents de Tom déménagent près de chez vous, mais le pauvre petit n'a pas fait long feu. C'est bien dommage. Peut-être que s'il avait vécu plus longtemps, vous ne seriez pas devenu un monstre…
- Laissez Tom en dehors de tout ça, il n'a pas mérité ce qui lui est arrivé !
- Je parle de qui je veux. Vous ne pouvez rien contre moi. J'existe depuis des millénaires, et vous n'êtes à mes yeux qu'un petit grain de sable insignifiant qu'il me suffit d'épousseter pour que le monde puisse retrouver sa marche normale. Vous n'êtes rien, Antoine Wiertz. Et je vais vous écraser.
- Rien ! Je ne suis pas rien !
Antoine se rua sans réfléchir sur le corps rabougri de son compagnon de cellule. Il saisit son cou entre ses mains crispées. Morgane plongea le regard de l'Autre dans celui d'Antoine, un sourire extatique plaqué sur le visage. Antoine le colla contre le mur et serra encore plus fort. Il ne pouvait plus supporter cette provocation. Pas après toutes les épreuves qu'il avait traversées pour en arriver là.
L'Autre étouffait et son visage devenait de plus en plus sombre, légèrement bleuté, mais ce sourire qu'Antoine abhorrait ne quittait pas les lèvres violettes de leur propriétaire. L'Autre se débattit et fut saisi de convulsions mais Antoine tint bon, il ne devait pas lâcher. Il espéra de toute son âme que personne n'ouvrirait la porte de la cellule avant qu'il n'ait terminé son œuvre.
Au bout d'un temps qui lui parut durer une éternité, les convulsions s'espacèrent. Antoine attendit qu'elles cessent tout à fait pour relâcher son étreinte mortelle. Il lâcha le cou décharné de l'Autre. Le corps sans vie s'affala sur le sol comme une poupée de chiffon, au pied du mur.
Les yeux grands ouverts du cadavre virèrent au marron et son sourire s'estompa.
Antoine s'en détourna et s'assit sur son lit, épuisé. Il reprit son souffle. Un mouvement dans le coin de son champ de vision attira son regard vers le mur contre lequel il avait étranglé son codétenu.
Une inscription était en train d'apparaître. Un message de Morgane. Ou plutôt une promesse.
« Ce n'est que partie remise… »
