La fatigue avait pris le dessus sur le reste de mes émotions pour le reste de la journée. C'est à moitié endormie que j'arrivais enfin dans la demeure principale des Hyuga au milieu de la nuit. La voiture venait enfin de se garer dans la grande cour. J'avais du mal à garder les yeux ouverts et mes jambes douloureuses me portaient à peine. Aidée du chauffeur, je regagnais la demeure d'un pas claudiquant totalement morte de fatigue.
" Bienvenue chez vous Mlle Hyuga !" s'exclamèrent les bonnes en s'inclinant devant moi alors que je franchis la porte d'entrée. Je leur souris. C'était étrangement réconfortant de recevoir autant de chaleurs humaines d'un coup.
" Je suis rentrée" répondis-je d'une petite voix. Le chauffeur m'aida à m'asseoir sur une chaise et elles m'apportèrent un bol de soupe. Je mangeais en silence avant de les remercier et de monter à l'étage.
Alors que je me dirigeais vers ma chambre, je vis que la lumière dans celle d'Hanabi était toujours allumée. Il devait bien être 1h du matin et le fait qu'elle soit toujours debout m'inquiéta.
D'un pas faible, je me glissais jusqu'au bout du couloir et entrai dans sa chambre. Elle était assise sur son lit, dormant à point fermé, la tête reposant contre le mur, la couverture au pied et un livre sur les genoux, un léger filet de bave coulait le long de son menton.
Je riais doucement en voyant la scène. Cette image ne lui rendait pas du tout justice. Elle se voulait de toujours garder cette image dure et stricte en public. Inatteignable, imperturbable. Quelqu'un qui se voulait sans faiblesse ni point faible. Elle voulait être comme notre père. Ça avait toujours été une grande battante, plus que moi, avec une volonté de fer. Tous les moyens étaient bons pour qu'elle arrive à atteindre son but. Elle ne pouvait échouer. Jamais. Et elle se donnait tant de mal pour réussir. L'échec n'était jamais une option. Elle était vraiment dans cette mentalité Hyuga. Elle représentait dignement les valeurs du clan.
Elle n'avait pas toujours été comme ça mais l'influence de ce dernier l'avait changée. Pendant un temps j'avais eu peur qu'elle ne devienne une réplique conforme de mon père. Toujours à travailler d'arrache-pied sans aucunes pauses. Allant jusqu'au bout de ses forces. Mais ce côté borné se résorbait petit à petit avec l'âge et ainsi elle redevenait une enfant joyeuse et enthousiaste.
Ramassant la couverture, j'enlevais le lire de ces genoux pour le poser sur la table de chevet et la couchai sur le dos pour remonter la couverture sur elle en essuyant la bave qui coulait de sa bouche avec un mouchoir.
Elle semblait si paisible comme ça. C'était un de ces rares moments où elle paraissait vraiment avoir 14 ans. Jolie comme un cœur elle semblait avoir hérité de notre père tous ces traits autant moraux que physiques. Les mêmes cheveux, la même peau, la même ride frontale qui apparaissait lorsqu'ils fronçaient les sourcils, le même caractère intransigeant. Elle était un peu comme l'enfant à l'image parfaite qu'il aurait voulu que je sois. Elle était en beaucoup de points très différente de moi. J'avais même parfois du mal à croire que nous étions sœur.
Caressant lascivement son visage, je sentis une boule se former dans ma gorge. Pourquoi a-t-il fallu que je sois l'ainé ? Hana aurait été parfaite à ma place. Elle aurait été à la hauteur comme elle l'avait toujours été contrairement à moi qui ne cessais de décevoir mon père et le clan.
" Hinata ?"
" Désolée si je t'ai réveillée." m'excusais-je en lui souriant alors qu'elle essayait tant bien que mal d'ouvrir les yeux mais la fatigue l'emporta l'obligeant à rester allonger les yeux fermés.
" Bienvenue à la maison." gémit-elle la bouche pâteuse.
" Je suis rentrée" répondis-je en caressant des cheveux.
" Tu t'es amusée ?"
" En quelque sorte." répondis-je en haussant les épaules. Hanabi me regarda quelques secondes avant de grogner quelques choses et de se retourner s'enroulant dans sa couverture. C'était bien le signe de la fin de conversation bien qu'elle soit un peu brutale.
Soupirant, je me levais et lui souhaitais bonne nuit avant de sortir pour aller dans ma propre chambre.
Fermant la porte derrière moi, je sentis tous mes muscles commencer à se détendre peu à peu. Me déshabillant j'enfilais mon pyjama et me dirigeai vers mon lit quand soudain mon téléphone sonna.
" Allô ?" décrochais-je en baillant à moitié tout en m'allongeant dans mon lit.
" Tu penses vraiment pouvoir t'en sortir qu'avec un simple mot ?" hurla Kiba à l'autre bout de la ligne. Je sursautais de surprise. Sa voix venait de me réveiller. Toute fatigue venait soudainement de se transformer en culpabilité.
" J-je...c'était urgent. Je ne p-pouvais pas rester plus longtemps." Expliquais-je mal à l'aise.
" Vraiment ? " demanda-t-il
" C'est important pour le clan." dis-je en passant une main sur mon front en sentant un grand poids s'abattre sur mes épaules. À ça il ne répondit rien mais je l'entendis soupirer.
" Je comprends" finit-il par dire presque à contre cœur. " Tout de même...je veux dire c'est pour toi que l'on a organisé ce voyage et la principale concernée ne reste même pas le quart du voyage. C'est ridicule."
" oui..." un long silence s'installa.
" Au fait je crois que Sasuke voulait te parler. " finit-il par dire. J'entendis le téléphone passer d'une main à une autre avec quelques bribes de conversation.
" Oui ?" dit la voix du brun à l'autre bout du fil.
" Que fais-tu encore debout ?" riais-je mal à l'aise pour détendre l'atmosphère pesante.
" Ne change pas de sujet." me coupa-t-il d'un ton sec. " Ton père t'a cherché pour le Dîner ?" . Je ne dis rien acquiesçant silencieusement.
" Es-tu prête ?" me demanda-t-il dans un souffle.
" Je ne le serais jamais vraiment." soupirais-je en fermant les yeux. Comment allais-je faire sans lui ou Neji pour affronter autant de personnes sans me mettre dans l'embarras ?
" Je rentrerai plus tôt. " décida-t-il.
"Non ! Je ne veux pas te déranger pour ca." m'exclamais-je.
" Mais je t'assure que je n'attends que ça. Entre Naruto et le reste, je n'ai qu'une envie : rentrer." m'assura-t-il. Je pouvais presque le voir pincer l'arrête de son nez d'exaspération. Il semblait vraiment ne pas vouloir rester plus longtemps. Pourtant...
" Sasuke. Je dois le faire toute seule. Si je ne peux pas prouver demain que je peux le faire toute seule alors jamais mon père ni le clan ne pourra me prendre au sérieux." déclarais-je d'une voix calme et posée. J'en étais convaincue.
J'y avais beaucoup réfléchi lors du chemin du retour. Bien que mon père soit à la tête de l'entreprise, le conseil des anciens avait une part importante dans les décisions importantes de la société telle que la succession à la tête de celle-ci et ils n'avaient aucune confiance en moi. Ils me croyaient irresponsable et pas à la hauteur. Je devais plus que tout leur montrer qu'ils avaient tort, que j'avais le profil et les épaules pour porter ce fardeau, mieux que Hanabi. Et ça commençait par cette soirée. Je devais leur prouver que j'avais ma place dans leur monde, que j'y avais ma part.
" Je vois." soupira Sasuke me retirant de ma réflexion. "Essaye de ne pas trop te ridiculiser en tombant ou en te renversant quelque chose dessus." dit-il avant de raccrocher sans vraiment me laisser le temps de lui répondre. Soupirant à mon tour je m'effondrais sur mon lit et sans tarder m'endormis.
Je devais partir dans moins de quinze minutes et la couturière ajustait encore ma robe. Elle volait autour de moi telle une guêpe avec son aiguille en cousant, décousant, déchirant, assemblant. Je restais immobile les bras écartés comme elle me l'avait dit, retenant ma respiration de peur d'expirer au risque de voir une couture craquer.
La robe m'allait, et j'étais, il faut le dire, remarquablement présentable. Maquillé et coiffé, j'avais du mal moi-même à me reconnaître dans le miroir. Mes cheveux, remontés en chignon laissaient voir des reflets nuits dans lesquels étaient parsemées des perles blanches fixées douloureusement à mon crâne. La couleur sombre dénotait de mon teint incroyablement blanc et qui semblait presque immaculé (miracle de la poudre). La robe en elle-même faisait ressortir le tout. Bleu nuit elle était échancrée dans le dos et les manches ainsi que le col était en dentelle. Le reste de la robe était d'un bleu nuit d'été avec quelques paillettes dessus mais rien de trop vulgaire.
Lorsque je me regardais mon reflet ce n'était plus Hinata que je voyais mais Melle Hyuga et je ne pouvais pas mentir, quelque part ca me plaisait.
"Bien ! J'ai fini !" s'exclama la couturière en essuyant la sueur qui coulait de son front d'un revers de manche.
" Merci, c'est magnifique !" m'émerveillais-je devant son travail.
Elle ne répondit rien se contentant de ramasser ses affaires et de quitter la chambre me laissant seule. À priori on ne félicitait personne pour un bon travail. Tout ca paraissait normal.
Sortant finalement je rejoignis mon père dehors où il m'attendait déjà dans la voiture. Il portait son manteau noir habituel et avait attaché ses cheveux en queue-de-cheval basse. Il lisait tranquillement sur une tablette. Rentrant dans la voiture je le saluais avec respect avant de m'asseoir en face de lui. Il leva le regard, me jugea d regard avant de me répondre par un hochement de tête.
Je sentis mon cœur se mettre à battre à tout rompre dans ma poitrine. Avais-je bien vu ? Il ne m'avait pas ignoré. Au contraire il m'avait gratifié d'un hochement de tête. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas fait plus que juste noté ma présence lorsque j'arrivais sous son influence. Était-ce un changement de comportement dû au titre d'héritière ? Me reconnaissait-il enfin ? Avais-je remonté dans son estime ? Tant de question qui envahirent mon esprit et qui s'animèrent d'un sentiment d'excitation et de joie intense. Au moins cette soirée commençait plutôt bien.
La soirée se déroulait à l'hôtel Hilton dans le centre-ville juste à quelques rues des bureaux de la société Byakugan Corps. C'était le dirigeant de Konoha Inc. qui l'organisait tous les mois. Les grands dirigeants des entreprises ayant un lien quelconque au Conseil Général y étaient conviés. On les appelait les dirigeants du Pays du feu. Dix entreprises qui faisaient marcher l'économie du pays tout entier.
C'était une petite entrée dans un monde inaccessible, privilégié et incertain : celui du pouvoir. Y participer était très important pour qui que ce soit. Si tout se passait bien pour moi ce soir, ce serait une étape décisive quant à mon avenir en tant qu'héritière, cela voudrait dire que j'avais ma place dans ce monde.
Mon père me tendit le bras sans me regarder. Obéissante je l'attrapai, non sans ressentir ce frisson d'effleurer la personnification du Pouvoir bien que 4 couches de vêtements nous séparassent de tout contact physique.
Marchant en silence, nous entrâmes dans le grand hall où deux employés nous débarrassâmes de nos manteaus avant qu'un troisième ne nous escorte jusqu'à la grande salle. Je retins mon souffle jusqu'à ce que la porte s'ouvre en grand et que nous entrâmes. Ma poigne se serra sur la pochette bleue que je tenais dans ma main alors que la pression monta.
Respire Hinata. Respire.
J'allais m'évanouir.
La suite a été très longue à venir je sais et je m'en escuses. Étant donné que j'ai des exams jusqu'au vacances de Noël j'ai bien peur que le prochain chapitre ne sorte avant cette période. Encore désolée.
Merci pour les reviews et aux prochains chapitres.
