Il devait être dix-neuf heure lorsqu'il eut enfin fini son service, se dirigeant vers la salle des serveurs pour récupérer ses affaires, il soupira de fatigue une fois installée sur le banc, son t-shirt lui collait à la peau, ses cheveux étaient humides. Profitant que l'endroit soit désert, il retira le haut pour s'en servir comme serviette. Il était rare qu'il se change ici mais là, il tomberait vraiment malade s'il sortait en étant autant mouillé. Enfilant son sweat-shirt, il fourra son t-shirt dans son sac et ramassa ses dernières bricoles, s'apprêtant à sortir par la porte de service.

- Johnson ? Je peux entrer ?

Reconnaissant la voix de son patron, Castiel soupira et donna l'accord à cet homme qui savait se faire respecter. Castiel retira la clope encore éteinte qu'il avait aux creux des lèvres et croisa le regard noisette de son chef.

- Une femme veut te voir, elle est assise dans le fond. Si tu dois hausser le ton, fais-le dehors, fit l'homme en fronçant les sourcils de menace, avec la grande gueule que tu as …
- Une femme ? soupira Castiel

Il fixa un instant sa clope, soupira, la rangea avant de se diriger vers le fond de la salle. Il fronça rapidement les sourcils en voyant la femme qui fixait l'extérieur du café d'un air monotone, elle avait son visage fin posé sur sa grande main. Des cernes sous les yeux contrastant avec son teint de cadavre. Ses cheveux d'or tombaient en cascade bouclés sur ses épaules, gracieusement. Son regard de glace imposait toujours le respect. Elle était belle mais n'était plus que l'ombre d'elle-même, elle était devenue maigre, fatiguée, comme usée par la vie.

Castiel serra le poing, jugeant un instant la porte d'entrée de la boutique mais c'était trop tard, la femme et son avocat l'avaient vu. Il lâcha un « tss » de mécontentement et se dirigea vers la table, le visage toujours aussi fermé alors que cette pauvre femme avait un sourire, augmentant les rides sur son visage creusé. Elle baissa le regard, reprenant sa place après que Castiel ait serré la main de l'avocat, mal à l'aise par la tension qui se dégageait.

- Monsieur Johnson, ma cliente, avec l'appui du Juge en charge de l'affaire, aimerait revoir ses enfants, elle est consciente de tout le mal qu'elle a pu causer par le passé mais aimerait se racheter en commençant par s'occuper de ses enfants une journée.

Castiel retint sa surprise, serrant le poing et les mâchoires pour contenir l'envie de lui en mettre deux. Il n'avait aucune envie de laisser ses nains à leur mère dégénérée. Comme pour lui prouver qu'il n'avait pas spécialement le choix, l'avocat sorti une feuille soigneusement pliée qu'il présenta à Castiel, un petit sourire mesquin aux lèvres.

Elle stipulait que la mère avait le droit de voir ses enfants une journée, les enfants n'étaient en aucun cas obliger d'accepter de voir leur mère, le choix leur appartiendrait. Le juge voulait être sur des capacités d'une ex-junkie à gérer des mômes. Bien entendu, si cette journée se passait mal, il était évident que l'avis du juge se retrouverait rapidement défavorable. Et bien sûr, le tuteur actuel ne devra pas être présent afin de s'assurer des capacités de la mère sans que le tuteur n'intervienne. Aussi, si les enfants refusaient, il devait faire une lettre écrite qui attesterait leur refus.

Il haussa un sourcil, c'était quitte ou double, soit elle se plantait et il pouvait être sur d'avoir la garde, soit elle y arrivait et il perdait la garde de ses gnomes. Pour lui qui ne voulait prendre aucun risque, c'était raté. Il se passa une main dans ses cheveux, le teint assez livide. Il pouvait être sûr que Zeck n'irait pas mais à l'inverse, Caël sauterait de joie, Amaël ne comprendrait pas mais suivrait l'un de ses ainés, pour ne pas être seul.

- Alors, repris l'avocat, nous avions pensé à ce samedi, ma cliente est disponible et les enfants n'ont pas école.
- Vous allez devoir attendre que je prévienne mon avocat et les enfants, le choix leur revient avant tout.
- Mais enfin, il est évident que tous les enfants doivent être présents, c'est leur mère tout de même
, reprit l'avocat
- Sauf que là, on parle d'Alwena, Castiel avait un petit sourire mauvais, c'est pas la mère rêvée.

L'avocat serra les dents et la femme baissa la tête. Elle offrit un maigre sourire amer à Castiel, les yeux humides. Elle déposa sa grande main froide sur le poing de Castiel qui la fusillait du regard.

- Ne t'en fais pas Castiel, je comprends que les plus jeunes ne veulent pas me voir, j'aimerais juste que tu fasses le nécessaire pour qu'ils soient présent …
- Ne compte pas sur moi pour les supplier de venir te voir. J'en ai plus rien à faire de ta gueule.

Il retira rapidement ses mains, l'air contrarié, les frottant frénétiquement sur son jean. Ce touché lui était tellement désagréable, il ne pouvait pas supporter ces mains froides. La femme, blessée dans son cœur, baissa la tête, laissant les larmes coulaient le long de ses joues. Elle avait fait tellement de mal.

- Comme si t'en avais pas fait assez, faut que tu reviennes et que tu casses tout. Si ton objectif, c'est de me briser, sache que c'est très réussit. Tu l'as déjà fait par le passé.

Le rouquin se redressa rapidement, fixant un instant la femme d'un air satisfait. Il n'était plus le même qu'avant, il n'était plus ce pauvre gamin qui se lassait faire, cherchant constamment à éviter les embrouilles avec ses parents. A présent, il était assez grand et libre pour la briser à son tour, mais lui, il ne le ferait que par la parole. Il ne s'abaisserait pas à devenir ces monstres qu'ils étaient.

Il fut rapidement dans son immeuble, après avoir couru pour ne pas être trempé, il devait annoncer la nouvelle aux autres, aussi. Il grogna, retirant rapidement ses converses imbibées d'eau, sa veste en cuir ne l'avait pas protégé totalement, puisqu'il ne l'avait pas fermé. Il retira aussi son sweat-shirt, jetant un regard à l'horloge murale et fut surpris de trouver la pièce si silencieuse, habituellement, elle était emplis de cris, de rires, de pleurs et de chamailleries. Il se retrouva torse-nu, traversant rapidement la grande pièce vide, les sourcils froncés, il ouvrit doucement la porte des garçons pour voir les trois plus jeunes faire un puzzle pendant que Zeck était sur son lit, un livre entre les mains.

Un petit sourire aux lèvres, il se dirigea vers la salle de bain, songeant qu'il profiterait du fait qu'ils soient tous réunis dans la même pièce pour en parler. Profitant de sa douche pour se mettre les idées en places, il inspira en enfilant son pyjama, essayant de réunir le peu de courage qu'il avait encore. La serviette encore autour de son cou ses cheveux toujours humides, il toqua à la chambre des bonhommes, leur demandant d'écouter attentivement.

- Bon, Maman est de retour, elle souhaite vous voir une journée. C'est le juge qui le demande mais vous n'êtes pas obligés, et si vous ne souhaitez pas y aller, vous devez écrire une lettre qui prouve que je ne vous ai pas guidé vers votre choix.

Comme il s'y attendait, Ezekiel quitta la pièce en claquant la porte, faisant sursauté le plus jeune qui ne savait pas quoi faire et regarder partout. Caël essayait de cacher sa joie et Mickey lui fixait le vide, perdu. Il offrit un sourire au blond, déposant sa main sur sa tête.

- Ne t'en fais pas, tu as le temps de prendre une décision.
- Mais …
- Ne pense qu'à ce que toi tu veux, ne t'inquiète de rien d'autre, pareil pour toi Maël, si tu veux voir maman, tu as le droit
, il se redressa, je vais voir Zeck.

Cherchant dans tout l'appartement, il dû se faire une raison, le noiraud l'avait quitté. Il ouvrit la porte donnant sur le palier crade, toujours pied nu, vêtu de son débardeur moulant et de son jogging trop grand, il descendit les marches pour se retrouver dans le hall. S'apprêtant à faire demi-tour, il remarqua des personnes sous le porche de l'immeuble. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que c'était Ezekiel et qu'il n'était pas seul. Une jeune fille plus vieille que lui le tenait dans ses bras, caressant ses cheveux d'un geste si tendre. Et puis finalement, ils s'embrassèrent longuement. Castiel se passa une main dans les cheveux, peu sûr de ce qu'il devait faire.

Un sourire prit possession des lèvres du rouquin, ne sachant pas vraiment quoi penser. Son petit frère n'avait plus besoin de lui. Et il se sentait un peu triste, nostalgique. Il était passé où le gamin qui lui raconter son premier baiser avec sa copine, ses coups de cœur et lui demandait des conseils pour attirer les nanas ? Celui qui pleurer pour un genou blessé, qui piquer une colère pour un paquet de bonbon refusé. L'aîné soupira, il était surement loin à présent. Il avait trouvé une autre personne vers qui se tourner.

Finalement, il toqua contre la vitre, faisant sursauter les deux adolescents qui se séparèrent rapidement, gênés d'avoir été pris et se redressèrent. La nana ne semblait pas plus grande que lui malgré l'âge avancé, il fallait dire aussi que le noiraud avait une grande taille pour son âge, pratiquant le basket. Le jeune homme glissa sa main dans ses cheveux, une fois devant le rouquin, plutôt mal à l'aise.

- Cast', je te présente Samuelle.
- Enchantée monsieur
, répliqua timidement la jeune fille
- C'est ma copi-
- J'avais deviné.
- Et elle sait tout.

Castiel fronça les sourcils, dévisageant son petit frère et Samuelle. Sa mâchoire se contracta et il sentait la colère affluée en lui. Pourtant, il se retint d'en coller une à son petit frère. Il ne faisait confiance à personne, certes, mais Zeck lui, ne pouvait pas gérer tout ça seul. C'était évident. Il grogna, enfonça ses mains dans les poches de son jean et remonta quelques marches.

- Pourquoi tu sais pas faire confiance aux gens ?! Ils sont pas tous pareils qu-
- On mange, dépêche-toi.

Il grimpa rapidement les marches restantes, se dirigeant vers la cuisine sans même répondre à la question que Caël venait de lui poser. Il entreprit de faire chauffer le repas qu'il avait prévu, des lasagnes. Il se doutait bien que son petit frère ramènerait sa nana, il espérait juste qu'ils se tiennent à carreaux devant les plus jeunes. Allumant une cigarette pour détendre ses nerfs, il se retourna en entendant des chamailleries. Caël tirait les cheveux de Mickaël qui criait en essayant de donner des coups de coude à la plus jeune. Amaël pleurait sous la table, les mains sur les oreilles.

- Caël Jude Johnson ! Mickaël Asher Johnson ! Dans vos chambres, de suite !
- Mais-
firent les deux enfants en même temps
- Je m'en fous ! Dégagez !

Les deux blonds se dévisagèrent méchamment avant de s'enfuir dans le couloir, rentrant dans leur chambre respective. N'oubliant pas de claquer la porte. Castiel fronça les sourcils, se retenant d'en prendre un pour claquer l'autre. C'était franchement pas le moment de lui prendre la tête pour des conneries de gamin. Il soupira en baissant sa tête, l'enfonçant dans ses bras. Il se redressa, jetant un regard à Zeck qui avait surement entendu les paroles du roux.

- T'étais franchement pas obligé de leur parler comme ça, fit simplement le noiraud
- Lâche-moi.
- C'est quoi ton problème ? Je peux comprendre que cette histoire te mette en rogne mais passe pas tes nerfs sur les plus jeunes !
- Ça va ! Je sais !

Un silence s'installa où Castiel resta un instant à fixer sa clope se consumer, laissant en même temps ses nerfs en pelote. La clope ne lui suffisait pas, il grogna, l'écrasant rageusement et s'occupa de son plat sous le regard suspicieux du second. La fatigue, l'approche de ses partiels et à présent cette histoire de garde d'une journée qu'il n'avait aucune envie d'accorder à cette foutue folle. Contractant la mâchoire, serrant le poing, il grogna. Tout jouait avec ses nerfs. Et ça se ressentait.