La petite review à la fin du chapitre ! Merci à ceux qui continuent de lire ma fanfiction ou ceux qui viennent de me rejoindre dans cette aventure ! Bonne année 2017 !


CHAPITRE VII

La tornade Ron Weasley était passé, laissant derrière elle les vestiges d'une relation passée, et une Hermione estomaquée et accablée. Elle ne pensait clairement pas que leur discussion allait être aussi mouvementée. Lorsqu'elle avait abordé le sujet de ses sentiments, Ron qui avait feint l'écouter, sursauta brusquement sur le mot « fini. » Et comme une guêpe qu'on aurait taquiné, Ron avait pointé son dard directement vers le cœur d'Hermione. Il n'avait même pas cherché à comprendre, s'était plaint d'avoir fait énormément d'effort, notamment depuis qu'ils voyaient une conseillère conjugale, et cerise sur le gâteau, l'accusa à tort de l'avoir trompé. Hermione qui jusqu'ici était restée calme, s'offusqua de cette accusation non-fondée, basée uniquement sur le délire du rouquin. Ce dernier ne voulut pas admettre qu'il se méprenait sans doute, et au fur et à mesure, le ton montait, les mots s'envenimaient, la porte claqua. Ron avait pris la décision de partir le soir-même, sans même prendre le temps d'empaqueter quelques affaires. Après son départ, la colère d'Hermione était retombée, et elle regretta amèrement leur dispute. Dans l'idéal qu'elle s'était imaginée de cette conversation, Ron et elle hochaient raisonnablement la tête, dormaient séparément jusqu'à ce que Hermione trouve un appartement afin de déménager dans la semaine ou le mois. Or maintenant, elle vivait un vrai cauchemar.

Plus affectée qu'elle ne l'avait pensé, des dizaines de mouchoirs froissés jonchaient le sol de la maison, dans toutes les pièces, et Hermione n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit avant de recevoir des nouvelles de Ron. Ou du moins, des nouvelles de lui par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre. C'était impensable qu'il lui envoie bien gentiment un hibou. Hermione s'était alors postée à la fenêtre de sa chambre et avait contemplé le ciel avec envie. Ce dernier, bien que dénué de nuages et de toutes étoiles, faisait resplendir par sa noirceur l'éclat de la lune. L'astre était éclairé de moitié, pas tout à fait ronde ni en croissant, et semblait si proche qu'Hermione n'aurait qu'à tendre la main pour l'effleurer. La sorcière rêva un instant de s'installer là-haut pour toujours. Elle se loverait dans un cratère, se familiariseraient avec les éventuels atomes vivants de la galaxie, et regarderait d'un air railleur la Terre bleue au loin. Elle se moquerait grassement des problèmes d'autrui qui ne la concernaient plus et qu'elle n'aurait plus jamais, bien esseulée sur sa Lune où elle règnerait en maître. Cette perspective était aussi tentante que vicieuse, jusqu'à ce qu'elle retrouve ses esprits par un petit mot griffonné de George. Ron s'était installé chez lui pour quelques jours.

Malgré avoir été rassurée par George, Hermione ne trouva le sommeil que très tard, et se réveilla le lendemain matin à l'aube. Au total, elle avait dût dormir quatre heures, ce qui n'était pas suffisant pour tenir tout une journée de boulot à défendre correctement les elfes de maisons. Pourtant d'habitude, elle ne ratait le travail pour rien au monde, même l'état grippal ne l'arrêtait pas, quitte à mourir dans son bureau. Aujourd'hui, ses forces physiques et morales l'avaient lâchement abandonnées, ce qui l'obligea à se faire porter malade au Ministère. Une fois chose faite, elle déambula comme un fantôme à travers sa maison étrangement vide. Chaque pièce lui rappelait un souvenir passé avec Ron, ou bien Ron et Rose, et se dire que ce genre d'événement heureux n'arriverait plus jamais par sa faute lui était insupportable. Elle avait beau se persuader qu'il avait été préférable de dire la vérité à Ron plutôt que de le faire vivre dans le mensonge, Hermione n'arrivait pas à se consoler. Dans ces moments de crise, une seule et unique chose pouvait la réconforter.

Hermione revint sur ses pas jusque dans sa chambre, et s'approcha de sa bibliothèque. Elle était bien petite, comparée à celle du salon qui regorgeait de bouquins, mais ceux présents dans sa chambre, au plus près d'elle, étaient ceux qui possédaient une signification particulière pour elle. La jeune femme saisit un livre dont la reliure l'avait immédiatement attirée. Par Gryffondor, elle n'avait pas touché à ce livre depuis des années, et se demanda si ses pages n'allaient pas tomber en poussière sous ses doigts. La couverture présentait deux personnes effondrées sur un lit, tandis que leurs visages exprimaient tout l'effroi de leur tragédie. Une pièce de théâtre que tout bon anglais moldu se devait d'avoir lu. Il n'avait pas échappé aux yeux expert d'Hermione alors qu'elle n'avait que quatorze ans, l'âge de l'héroïne, et avait été profondément bouleversée à la fin de sa lecture. Elle s'était alors rendue compte qu'avoir une baguette n'était pas nécessaire pour être un génie, et était par conséquent d'autant plus fière de ses origines moldues.

De la pulpe de son index, Hermione suivit le tracé des courbes des lettres, formant le nom de l'auteur, comme pour le rendre familier avec elle-même. William Shakespeare. Elle débuta l'ouvrage à la première page, et ne s'arrêta de lire qu'au bout d'une demi-heure. Les deux protagonistes de la tragédie venaient de se rencontrer lors d'un bal ; à la fin de celui-ci, la jeune fille découvre qu'elle est tombée amoureuse de l'héritier de la famille ennemie à la sienne. Commence alors le tragique destin de Roméo et Juliette. Fronçant les sourcils, Hermione relit plusieurs fois quatre vers. Elle en comprenait très bien le sens dans la tragédie, mais quelque chose de plus enfouie en elle lui soufflait de relire attentivement, encore et encore.

My only love sprung from my only hate!

Too early seen unknown, and known too late!

Prodigious birth of love it is to me,

That I must love a loathed enemy.*

Son cerveau tourna a plein régime, mais par l'ironie tragique qu'insufflait en elle cette pièce de théâtre, elle ne vit pas ce qui était pourtant évident. Hermione était encore aveuglée, encore tourmentée et laissa le livre à ses pieds. Elle ne pouvait décemment pas restée ainsi prostrée toute la journée, il fallait qu'elle bouge, qu'elle fasse quelque chose. Elle arrangea rapidement ses cheveux, s'habilla en deux temps trois mouvements et utilisa la poudre de cheminette dans le but de se rendre au Chemin de Traverse. Sa raison ? Elle devait se rendre chez Fleury & Bott acheter de nouveaux livres.. D'un autre côté, elle espérait aussi croiser Ron, qui travaillait aujourd'hui à la boutique, afin de pouvoir s'expliquer.

La sorcière fit tinter la petite clochette de la boutique signalant un nouvel arrivant, et salua poliment le propriétaire. Elle le connaissait bien, puisqu'elle venait faire ses emplettes tous les ans chez lui, lorsqu'elle étudiant encore à Poudlard. Et depuis, dès qu'elle avait besoin d'un livre venant tout juste de sortir de chez l'éditeur, Hermione allait directement le voir. Ne sachant pas vraiment ce qu'elle cherchait, la brunette parcourut les étalages, puis se trouva un petit coin tranquille pour lire, c'est-à-dire sur l'espèce de balcon du premier étage, donnant sur l'entrée du libraire. Elle feuilleta distraitement un manuel sur les animaux fantastiques, puis fut interrompue dans sa lecture par une voix nasillarde. Deux femmes discutaient -ou plutôt piaillait- juste en dessous du balcon où elle s'était installée, et ne semblaient visiblement pas vouloir partir. Hermione retint un soupir d'exaspération et leva les yeux au ciel. Si elle avait été plus en colère, elle aurait certainement laissé tomber son manuel sur la tête des deux pauvres femmes. Elle n'entendait pas exactement ce qu'elle disait, et s'en fichait éperdument, jusqu'à ce que plusieurs mots retinrent son attention. Elle écouta alors les commérages des deux sorcières, à défaut de pouvoir lire en paix.

— … famille… était en danger… ce pauvre Lucius Malfoy !

Pauvre ?! J'espère que tu plaisantes ! hurla presque l'une des mégères.

— … même pas pour dix gallions ! ricana bêtement l'autre. Mais… son fils… avec Greengrass… doivent pas être dans la misère non plus.

Là, Hermione se surprit à tendre l'oreille, tandis qu'elle entendait son sang pulser contre ses tympans. Elle se pencha très légèrement au dessus de la rambarde, ne voulant plus louper une miette de ce qui se racontait en bas. L'autre femme avait prit un air grave, et la main sur le cœur, haussa les sourcils dans une imitation de la surprise à en couper le souffle.

— Tu ne sais pas ce que j'ai appris ce matin… Une bien triste nouvelle.

— Oh, je t'en prie, mets-moi dans la confidence Adeline !

— C'est mon mari qui me l'a annoncé.. Il était très proche de la famille Greengrass. Fut un temps où il travaillait encore avec le père du père de famille. Tu sais ce qu'il en est du côté de la mère.. Malédiction, murmura craintivement la dénommée Adeline.

L'autre sorcière mima un frisson d'horreur.

— Eh bien, ça n'a pas loupé, continua Adeline. Astoria Greengrass est morte cette nuit.


Astoria avait passé une bonne journée, une rare bonne journée. La meilleure depuis longtemps. Son teint était moins pâle, et elle avait trouvé les forces nécessaire pour se lever, s'habiller et rester debout une majeure partie de la journée -sans sortir du manoir bien entendu. Draco était aussi rester à ses côtés, au cas où elle se sentirait mal. Il demeurait toujours dans la même pièce qu'elle, mais lui laissait ses libertés en ne se mêlant pas de ses affaires. De même, Astoria avait retrouver l'appétit : leur elfe de maison leur prépara alors un énorme petit-déjeuner, qui ferait aussi office de déjeuner. Tant mieux si Astoria mangeait bien, mais elle ne devait pas manger trop. La petite taille de son estomac depuis des mois ne le supporterait pas, et cela serait pire que tout si elle en devenait malade. Astoria l'avait traité de rabat-joie au moment où il lui conseilla d'être raisonnable sur sa ration de nourriture, cependant plus amusée qu'ennuyée. Elle savait bien qu'elle devait faire attention, et Draco n'était que le gardien de sa santé. Elle lui en était reconnaissante de ne pas l'avoir laissé tomber. Tandis que de son côté, il trouvait cela normal. Comment pourrait-il encore se regarder dans une glace s'il abandonnait la femme qu'il aimait ? Dans tous les cas, cela ne lui était jamais venu à l'esprit.

Si Astoria était de bonne humeur ce jour-là, Draco était comblé. Son sentiment d'allégresse ne se voyait évidemment pas sous son expression de marbre, comme à son habitude, mais il était réellement joyeux. Astoria avait dû le remarquer, et même si ça n'avait pas été le cas, rien n'aurait pu ébranler sa bonne volonté. Elle allait mieux, et c'était tout ce qui comptait à ses yeux et à ceux de Draco. Cependant, une ombre se profilait sur le tableau, et le jeune Malfoy le pressentait. Ce jour était trop beau pour être vrai : le matin-même, il avait espéré que ce jour de rémission signifie la disparition de la malédiction. Mais ça ne se pouvait. Un médicomage lui avait déjà expliqué quelques effets d'une maladie, semblable à une malédiction. Souvent, les patients passent une bonne journée, avant que le pire ne se produise le lendemain. Draco redoutait donc le moment de recrudescence, où il risquait de perdre Astoria à jamais. Au lieu de se morfondre, il profita de chaque instant passé en compagnie de sa femme, aussi dans le but de ne pas l'inquiéter. Puis, ce qui devait arriver arriva.

En pleine nuit, Astoria s'agita dans son sommeil, jusqu'à se réveiller complètement. Draco, qui ne dormait plus que d'une oreille ces derniers temps, se réveilla immédiatement. Il alla chercher un peu d'eau fraîche pour sa compagne, qui se plaignait d'avoir trop chaud. Puis, sans raison apparente, la jeune femme commença à pousser des gémissements. Ceux-ci étaient tout d'abord infimes, jusqu'à ce qu'ils montent en sonorité. Finalement, Astoria poussa des gémissements à en fendre l'âme, comme si elle souffrait atrocement physiquement. Pourtant, elle n'avait mal nul part. Non, son mal venait d'ailleurs, de l'esprit, de son sang, de son âme. Tout ce qui relevait du métaphysique était contaminé et brûlait à la manière d'un puissant poison. Draco était totalement vulnérable face à se mal, tandis qu'Astoria continuait à se démener contre une entité invisible aux yeux du blond. A chaque fois qu'elle essayait de se lever, des spasmes la saisissait, la clouant au lit. Un râle infâme s'échappa des lèvres gercées de la sorcière, suivi d'un sanglot débile. Draco lui-même se sentait faiblir, incapable de trouver de quoi calmer la crise de sa bien aimée. Ces tortures étaient pire que tout, puisque totalement psychologique. Encore, s'il avait pu faire quelque chose pour l'aider, lui apporter une bassine, de l'eau, ouvrir les fenêtres.. Mais rien, rien ne serait efficace. Son coeur battait à cent à l'heure tout en ratant plusieurs battements -par chance, il n'était pas cardiaque.

Quelques temps plus tard, après avoir oeuvré comme un fou pour sauver Astoria, celle-ci s'affaissa lentement sur ses oreillers, elle ne lança plus de paroles incompréhensibles, et elle devint silencieuse. Draco resta là, immobile, le souffle coupé. Il n'arrivait pas à réaliser l'ampleur de la situation, et son cerveau, comme pour lui éviter une vérité trop intolérable, s'était déconnecté de la réalité. Mais le temps, lui, ne s'arrêta pas. Astoria était morte sous ses yeux. Le jour fatidique était arrivé, mais Draco ne pouvait pas y croire.. Un corps, si longtemps animé par la vie, ne pouvait pas simplement s'arrêter, tel un automate cassé ?! Le désormais veuf était révolté. Il en voulait à la terre entière, et aurait été prêt à détruire tout ce qui se trouvait sur son passage si la vue du corps d'Astoria ne l'avait pas arrêté. Elle avait encore les yeux ouvert, mais ils fixaient dans le vide. Un voile légèrement trouble s'était déposé sur ses iris, et une larme avait perlé au coin de son œil. Sa bouche était déformé, d'une couleur étrangement foncée. Mais ce qui frappa le plus Draco fut sa rigidité cadavérique. Ce phénomène avait rendu les traits de son visage plus durs que d'accoutumée, tant et si bien que Draco avait du mal à reconnaître ce visage qu'il avait pourtant si souvent côtoyé.

Sans s'en rendre compte, Draco resta une heure durant à observer un corps inerte et froid. Il ne voulait pas qu'elle s'en aille, bien que ce fût déjà le cas. Il appela, dans des gestes mécaniques et contrit, Sainte-Mangouste, et en dépit de ses plaintes, on lui retira l'enveloppe charnelle d'Astoria. Juste avant, il prit soin de lui fermer les paupières, et la laissa aux mains des infirmiers. Pas d'adieu. Il ne l'acceptait pas. Au petit matin, Draco, dont les cernes violettes barraient le visage, envoya une missive de la plus haute importance à Poudlard. Dans l'heure suivante, on lui renvoya son fils. Draco était resté assis à son bureau, la tête entre les mains, et n'entendit même pas que Scorpius s'approcha, l'air grave. Le garçon secoua maladroitement le bras de son père, ne sachant comment le sortir de sa léthargie. Draco sursauta, et posa ses grands yeux acier sur le visage de Scorpius. Il y a quelques années à peine, il n'était qu'un bébé, apprenant à marcher, où qu'Astoria berçait dans ses bras pour l'endormir.. Cette pensée lui serra la gorge, alors que tout son esprit lui hurlait d'annoncer à Scorpius que… Il s'éclaircit la gorge, plongea son regard dans celui de son fils et prit une petite inspiration, comme pour se donner le courage qu'il n'avait jamais eu.

— Ta mère est…

Son dernier mot se bloqua dans sa gorge, mais Draco n'eut pas besoin de continuer pour que le jeune sorcier comprenne. Il hocha la tête sans un mot, puis s'éclipsa dans sa chambre. Lorsqu'il redescendit dîner -manger un morceau de pain- il avait les yeux rouges, et des lignes horizontales brillaient sur ses joues, sillage tracé par le sel de ses larmes. Draco ne lui en voulait pas d'avoir pleuré. Seulement, il se sentait honteux de ne pas pouvoir le soutenir. Scorpius avait ressenti le besoin de se retirer, peut-être par peur de réprimande face à un père en apparence stoïque.


L'après-midi, Draco avait dût préparé l'enterrement, finissant par choisir la robe qu'Astoria porterait dans son cercueil. Cela n'avait pas posé de problème de choisir un cercueil, une pierre tombale et sa gravure, mais la robe… Il n'avait jamais été un expert avec les domaines féminins, mais il avait tenu à ce qu'il choisisse une robe. Une robe qui aurait plu à sa femme. Mais laquelle ? En ouvrant sa penderie, une vingtaine de robe se dévoila sous ses yeux fatigués. Il élimina d'abord celles qu'il considérait comme trop décontracté, et celles trop raffinées. Il n'en restait plus que sept, ce qui était encore énorme pour un homme désemparé. Il plaça les tenues sur le lit, en saisissait une, puis une autre. Au bout de quelques minutes, où il n'arrivait toujours pas à choisir, il fronça les sourcils et en prit une au hasard. Si Astoria les avait acheté, c'est qu'elle les aimait toutes, non ?

— Celle-ci est bien trop démodée, déclara une voix à la fois ferme et douce.

Draco leva les yeux sur Narcissa Malfoy qui venait de pénétrer dans la pièce, et qui s'approchait du lit pour considérer les robes. Sans la lâcher du regard, de peur qu'elle ne se volatilise si jamais il osait détourner son attention, il laissa sa mère se charger de cette tâche. Appliquée, elle contempla toutes les robes une à une avant de jeter son dévolu sur l'une d'elle. Narcissa la leva pour la montrer à son fils, qui ne cessait de la regarder elle.

— Qu'en penses-tu ? demanda-t-elle afin qu'il approuve son choix.

Draco secoua imperceptiblement la tête, et regarda la robe. Elle était d'une simplicité étonnante, d'un vert d'eau tirant sur le bleu, où de petits strass noirs scintillaient semblables à un ciel étoilé en négatif. Elle correspondait parfaitement au tempérament d'Astoria. A sa plus grande surprise, il donna sa bénédiction au premier choix de sa mère. Sa mère… Il ne savait pas comment elle était parvenue jusqu'ici, bien que ce soit son ancienne demeure, et il ignorait aussi comment elle avait été au courant pour Astoria, puisqu'il n'avait pas prévenu ses parents. Quoi qu'il en soit, voir la figure de Narcissa aujourd'hui l'apaisait. Il n'avait pas besoin de porter son masque d'indifférence avec elle ; il pouvait laisser exprimer à son visage toute la peine qui lui dévorait la poitrine. Narcissa passa une main dans les cheveux blonds de sa progéniture, aplatissant une mèche de cheveux folle grâce à un geste purement maternel. Enfin, elle scruta son regard et fut frappée de plein fouet par tout ce qu'il laissait transparaître. Il y avait longtemps que Draco n'avait pas été aussi désespéré. Alors, brusquement, elle serra son enfant tremblant dans ses bras, prenant un peu de sa souffrance sur ses épaules pour le libérer. Ça n'était rien si elle souffrait, tant que son fils pouvait être soulagé l'espace d'un instant.


Le lendemain, un grand nombre d'invités se présentèrent à l'enterrement d'Astoria. Tout le monde était assis en rang devant un cercueil fermé, tandis qu'un petit homme au front dégarni récitait quelques mots en l'honneur de la défunte. Draco se trouvait au premier rang. A sa droite Scorpius, accompagné d'Albus Potter. Son arrivée d'ailleurs avait provoqué des chuchotements dans l'assistance, mais Draco fut le seul à ne rien dire. Il était d'accord avec sa présence, si seulement il pouvait apporter un certain réconfort à Scorpius, puisque lui-même ne le pouvait pas. A sa gauche se trouvait la famille proche d'Astoria, c'est-à-dire son père, sa mère, et sa sœur Daphne. Celle-ci avait brièvement serré la main de Draco, contrairement à ses beaux parents qui ne lui accordèrent pas un regard. Enfin, derrière le premier rang se trouvaient les parents de Draco, puis des amis d'Astoria, des collègues de longues dates, des connaissances.. Malfoy ne s'était pas attendu à ce qu'il y ait autant de monde. Il aurait mieux préféré faire l'enterrement en petit comité, quelque chose de plus intime. Pourtant, s'il cherchait bien dans le fond des rangs, il pourrait trouver de sales journalistes non invités, qui seraient prêts à tout pour vendre du parchemin.

Hermione transplana une trentaine de mètre plus loin, cachée par un saule pleureur. Mal à l'aise, elle pencha la tête sur le côté et observa ce qui se passait plus loin. Elle n'avait pas été invitée -pourquoi l'aurait-elle été ?- mais ayant appris la mort d'Astoria, sa bonne âme et son côté bonne samaritaine avait pris le dessus. Elle portait une simple robe noire, celle qu'elle avait déjà portée pour d'autres enterrements après la Guerre de Poudlard. Au loin, elle distingua Scorpius, puis sa version plus âgée à côté de lui, Draco. Il portait un costume noir, un pantalon noir, des chaussures noires, une chemise noire et une cravate noir, qui contrastaient largement avec la pâleur de sa peau et la couleur blonde de ses cheveux. Le sorcier fixait sans ciller le cercueil devant lui, les sourcils imperceptiblement froncés. Les cernes sous ses yeux étaient visibles même à trente mètres, et ses mains étaient fermées en deux poings crispés. Et malgré cette posture immobile, Hermione le trouva majestueusement beau. Le chagrin, tragiquement, le rendait beau. Hermione n'eut pas le loisir de l'observer plus, que Draco eut un mouvement de la tête. Il avait senti des yeux inquisiteurs se poser sur lui, et il croisa le regard d'Hermione. L'éclair de haine qu'elle vit passer dans ses yeux lui coupa le souffle. Elle ne s'était certes pas attendue à ce qu'il lui saute dans les bras comme les meilleurs amis du monde, mais leur relation s'étant quelque peu améliorée, elle ne comprenait pas ce regard. Jamais il ne l'avait regardé avec tant de fureur dans ses yeux aciers, et cela lui fit froid dans le dos.

Lorsque la cérémonie fut terminée, tout le monde se leva, et Draco en profita pour se faufiler discrètement jusqu'au saule pleureur. Hermione n'avait pas bougé, et attendait le cœur battant sa sentence. Maintenant qu'elle était là, elle ne pouvait plus se défilée. Campé sur ses deux jambes, le visage fermé, Draco siffla :

— Qu'est-ce que tu fais là ?

Autant d'agressivité laissa la jeune femme bouche bée. Il ne l'avait pas insulté, mais n'avait même pas prononcé son nom pour la désigner. Elle n'était qu'une parmi d'autres, et sa présence-même le dérangeait. Elle papillonna des cils, aussi désorientée que si on lui avait donné un coup de pelle sur le crâne.

— Je suis venue parce que… J'ai appris pour Ast-… Je voulais seulement vous… Te donner mes sincères condoléances, balbutia-t-elle.

Du coin de l'œil, juste derrière la silhouette de Draco, Hermione vit Albus Potter les observer furtivement, puis se détourner pour rejoindre son ami. Bon sang, il l'avait vu, elle en était sûre. Elle qui avait voulu passer inaperçue..

— Je me fiche de tes condoléances Granger. Tu n'as rien à faire ici, alors rentre chez toi. Va t'en.. Va t'en !

Était-il sérieux ? Hermione ouvrit de grands yeux étonnés face à un Draco imperturbable. Oui, il semblait tout à fait sérieux. Il ne voulait pas d'elle. Comment avait-elle pu être aussi bête en se pointant ici comme une fleur ? Elle recula de quelques pas telle une biche blessée, et ne tarda pas à transplaner sans quitter Draco des yeux. Lui non plus n'avait pas détourner le regard, et il regarda encore dans la direction d'Hermione, bien qu'elle n'ait laissé que du vide après son départ. Du vide, c'était exactement ce que ressentait Draco. Du vide, et une culpabilité atroce, qui lui ferait plier les genoux et tomber à terre s'il ne devait pas rejoindre les personnes qui l'attendaient. Il en voulait énormément à Granger d'être venue, bien que ce soit lui le premier fautif dans cette histoire. Il venait de mettre sa femme en terre, cette femme qu'il avait chéri. Et malgré ça, il ressentait encore des sentiments vis à vis de l'ex-Gryffondor. Ainsi, se refusant à ces penchants indignes, c'était elle qu'il avait repoussé et blâmé. Mieux valait qu'elle le haïsse, sans quoi, il n'aurait pas l'espoir qu'elle revienne un jour vers lui. C'était une victoire à la Pyrrhus : une victoire obtenue au prix d'une terrible perte.


Hermione se rendit le lendemain chez Harry, qui l'avait invité à prendre un thé. La brune avait hésité : elle se sentait atrocement fatiguée avec tous les événements qui lui étaient tombés dessus d'un coup. Littéralement, le ciel lui était tombé sur la tête. Et les choc avait été douloureux. Elle dormait peu, elle mangeait peu, et son corps fragile lui faisait comprendre qu'elle fichait sa vie en l'air, surtout si elle continuait sur cette voie. Finalement, elle se décida à accepter la proposition de son meilleur ami, qui ne pouvait lui faire que du bien… N'est-ce pas ?

— Ça va ? s'enquit Harry en la laissant entrer.

L'intéressée esquissa un sourire -tordu certainement, vu tout le mal qu'elle s'était donné pour contracté ses muscles.

— Oui.

Mensonge. Sa vie était un foutoir sans nom. Hermione baissa les yeux de sorte que Harry ne puisse pas voir leur tristesse, et ne releva même pas les yeux quand il lui apporta sa boisson chaude. Là, tout de suite, elle avait une envie irrésistible de se noyer dans les trente centilitres de thé brûlant. Harry et elle discutèrent brièvement de Ron, puis un silence inconfortable s'installa entre les deux amis. Plus le temps passait, et plus elle sentait que Harry allait aborder un sujet déplaisant. Le signal fut la tasse qu'il reposa sur la table de la cuisine.

— Albus m'a dit t'avoir aperçu à l'enterrement d'Astoria Greengrass. Je ne remets pas en doute Albus, mais je voulais attendre d'avoir ta version des choses.

Hermione se mordit la lèvre inférieure. Elle ne savait pas mentir, et cela n'aurait servit à rien. Elle pouvait compter sur Harry, elle le savait. Alors, elle hocha doucement la tête, toutefois bloquée dans son mutisme. Harry se frotta les yeux derrière ses lunettes, comme pour mieux voir. Et en effet, il fut frappé d'un éclair de lucidité.

— Hermione… Tu l'aimes.

Ça n'était pas une question, mais une affirmation. Il avait dit cela calmement, sans une once de reproche. Stupéfaite qu'il énonce clairement quelque chose qui lui avait échappé depuis aussi longtemps, elle releva son visage, l'air interdit. Comment avait-il deviné ? Elle-même ne l'avait pas comprit, jusqu'à aujourd'hui. Elle eut l'impression que ses joues prenaient feu, puis demanda d'une petite voix aiguë :

— Comment…?

Harry eut un petit sourire plein de compassion.

— Je suis ton meilleur ami, répondit-il dans une réplique semblable à ce que Hermione lui avait déjà dit en sixième année, alors qu'il ne sortait pas encore avec Ginny.

Heureusement, il ne semblait pas du tout énervé. Il devait sans doute être un peu choqué sans le montrer, et se poser un tas de question. Il ne devait absolument pas comprendre ce qu'elle lui trouvait, et comme réponse à cette question silencieuse, elle lança :

— Tu sais, il n'est pas aussi méchant qu'il veut le faire croire…


A SUIVRE...


NOTE DE L'AUTEUR : Un nouveau chapitre se termine (long cette fois, rien que pour vos beaux yeux !). Qu'en avez-vous pensé ? A votre avis, comment va se développer la relation de Draco et Hermione ? Avez-vous hâte d'avoir la suite ? (moi oui huhu !). Une petite question supplémentaire : j'essaie de faire en sorte que les personnages soient IC (In Character, soit fidèle au caractère des personnages des livres). Trouvez-vous cela réussi ? Dites-le-moi dans votre review, afin que je puisse m'améliorer si nécessaire. Des bisous, et à la semaine prochaine !

*Mon unique amour a jailli de mon unique haine

Je l'ai connu trop tard et vu trop tôt sans le connaître vraiment

Prodigieux amour auquel je viens de naître

Qui m'impose d'aimer un ennemi détesté

Pour ce chapitre, je vous propose deux musiques. Une sur le point de vue de Draco, et une autre pour Hermione.

Musique de Draco : Daniela Andrade - Crazy (cover)

I remember when, I remember, I remember when I lost my mind

Je me souviens de, je me souviens, je me souviens de quand j'ai perdu la tête

There was something so pleasant about that face

Il y avait quelque chose de si agréable dans ce visage

Even your emotions had an echo in so much space

Même vos émotions ont un écho dans tant d'espace

And when you're out there, without care

Et quand tu sors de là, sans faire attention

Yeah I was out of touch

Ouais j'étais hors de portée

But it wasn't because I didn't know enough

Mais ce n'était pas car je n'en savais pas assez

I just knew too much

C'est juste que j'en savais trop

Does that make me crazy ?

Cela fait-il de moi un fou ?

Possibly

Probablement

Come on now who do you, who do you, who do you, who do you

Allez maintenant, qui pensez-vous, qui pensez-vous, qui pensez-vous, qui pensez-vous

Think you are ? Ha ha ha, bless your soul

Être ? Ha ha ha, que votre âme soit bénite

You really think you're in control

Vous croyez vraiment avoir le contrôle

I think you're crazy

Je pense que vous êtes fou

Just like me

Tout comme moi

Ever since I was little, ever since I was little it looked like fun

Et depuis que je suis tout petit, et depuis que je suis tout petit ça me semblait marrant

And there's no considence I've come

Et ce n'est pas pour rien que je suis venu

And I can die when I'm done

Et je pourrais mourir quand je serai comblé

But maybe I'm crazy

Mais peut-être suis-je fou

Maybe you're crazy

Peut-être êtes-vous fou

Maybe we're crazy

Peut-être sommes-nous fous

Probably

Probablement

Musique de Hermione : Blue Fondation - Eyes On Fire

I'll seek you out,

Je te dénicherai

Flay you alive

T'écorcherai vif

One more word and you won't survive

Un mot de plus et tu ne suirvivras pas

And I'm not scared of your stolen power

Et je n'ai pas peur de ton pouvoir volé

I see right through you any hour

Je vois clair en toi à n'importe quel moment

I won't soothe your pain

Je n'apaiserai pas ta douleur

I won't ease your strain

Je ne dissiperai pas ta pression

You'll be waiting in vain

Tu attendras en vain

I got nothing for you to gain

Je n'ai rien pour toi à obtenir

I'm taking it slow

J'y vais mollo

Feeding my flame

Nourrissant ma flamme

Shuffling the cards of your game

Mélangeant les cartes de ton jeu

And just in time

Et juste à temps

In the right place

Au bon endroit

Suddenly I will play my ace

Soudainement je jouerai mon as

I won't soothe your pain

Je n'apaiserai pas ta douleur

I won't ease your strain

Je ne dissiperai pas ta pression

You'll be waiting in vain

Tu attendras en vain

I got nothing for you to gain

Je n'ai rien pour toi à obtenir

Eyes on fire

Yeux sur le feu

Your spine is ablaze

Ta colonne vertébrale est en feu

Felling any foe with my gaze

Faisant tomber les ennemis avec mon regard

And just in time

Et juste à temps

In the right place

Au bon endroit

Steadily emerging with grace

Emergeant fermement avec grâce

Felling any foe with my gaze

Faisant tomber les ennemis avec mon regard