Chapitre 7

Cloud céda. Lorsque le quatrième jour au château arriva, il accepta la proposition de Sephiroth, à savoir de rester encore quelques jours de plus à ses côtés. Peu à peu, Cloud craignait son retour en France. Genesis. Zack. Ils appartenaient à une sorte de rêverie qui n'existait plus. Pourtant, Cloud les aimait. Il les aimait tant. Mais il n'arrivait plus à envisager une vie ailleurs qu'à Black Wing. Son cœur s'emballait pour le Comte, et il était très facilement déstabilisé. Son inspiration était telle qu'il passait parfois plusieurs heures à écrire, sans jamais éprouver de fatigue.

-Puis-je savoir, my Lord, de quel mal souffrez-vous ?

Sephiroth serra son verre de vin.

-Un mal… Eternel.

-Vous êtes né avec ?

-Non.

Sephiroth se caressa l'épaule.

-Cette nuit, quelque chose s'est envolée devant ma fenêtre. Peut-être était-ce un aigle… Un aigle si grand qu'il couvrait le ciel tout entier…Avez-vous des rapaces, my Lord, qui puissent atteindre une telle taille ?

-Je ne pense pas.

Il termina son verre, et le posa.

-Il est des créatures, en ce monde Cloud qui peuvent voler et qui ne sont pas des oiseaux.

Zack se rendit à la fumerie à opium que fréquentait Genesis après avoir reçu la lettre de Cloud, qu'il avait relu dix-neuf fois. Lire son écriture l'avait épanoui. Et, surtout il avait pu poster sa lettre qu'il croyait bonne à jeter. Il arriva à l'entrée et toqua. Une petite ouverture. Une voix.

-Qui est-ce ?

Une voix virile et agressive.

-Monsieur Fair.

-Connais pas.

« Je suis un ami de Genesis. »

Silence. Enfin, on lui ouvrit. Il pénétra les lieux. Il tourna la tête, et aperçut l'homme qui lui avait ouvert. Il entra. Les senteurs d'opium exaltaient, tout autour. Ses yeux scrutèrent l'endroit. Des femmes nues ondulaient. De véritables serpents, mortels et attirants. Zack continua de marcher, l'endroit était si vaste qu'il aurait pu en avoir le tournis. Il le cherchait.

-Oh, mais c'est bien Zack Fair que je vois là ?

Une voix rebelle et jeune résonna. Zack tourna les yeux. Il fut soulagé de constater qu'il était bien là, comme prévu. Il poussa un bref soupir.

-Reno.

-On dirait que tu es venu pour moi, c'est incroyable ça ! Ou pour Rufus…

Il jeta un regard en direction de l'homme blond, à moitié déshabillé, la tête reposée contre le bas du ventre de l'homme appelé Reno.

-Rufus a pris trop d'opium aujourd'hui. Je crois que ça se voit…

Reno poussa un rire léger avant de reporter toute son attention sur Zack.

-Bon, allez viens.

Il lui fit signe de s'approcher.

-Reno, j'ai besoin de toi.

-Oh, chéri tu vas me faire rougir.

-Je suis sérieux. C'est au sujet de Genesis.

Reno quitta son sourire. Il caressa les cheveux de Rufus Shinra et baissa le regard.

-Je t'écoute.

Une légère mélodie s'échappait du gramophone dans la salle.

-Il avait des ennemis, hein ? Dis-moi que tu sais quelque chose, la police est contre moi… Ils pensent que c'est moi…

Reno haussa les sourcils.

-Grotesque. Il est plus probable que je sois le criminel que toi.

L'homme contempla le blond endormi, et son visage semblait emprunt au questionnement.

« Mais, non. Genesis n'avait aucun ennemi. Aucun ennemi vivant. »

-Comment ça ?

-Genesis était un type vraiment étrange, n'est-ce pas ?

Zack hocha la tête positivement.

-Très avenant, serviable. Inspiré des Dieux… Ecoute. Le seul gars qui pourrait en vouloir à Genesis, c'est lui-même.

-Tu penses qu'il s'est suicidé ?

Un silence s'installa.

-C'est pas un secret. Genesis n'était pas de notre monde, tu vois.

-C'est impossible. Selon l'inspecteur… Ses blessures ne pourraient pas… Il avait les omoplates déchirées. S'il voulait mourir, pourquoi ne s'est-il pas pendu, ou jeté du haut d'un pont ?

Reno ferma les yeux. Il se laissa aller, défoncé par l'opium.

-Genesis … Etait un homme très étrange comme je te l'ai dit. Je ne t'apprends rien. Mais, à ta place, je tenterai de ne pas voir sa mort comme un assassinat. Ce gars là n'était pas du genre à se faire tuer. Mais plutôt à se tuer.

-Genesis vivait pour la poésie.

-Genesis est peut-être mort pour la poésie.

Reno ouvrit les yeux.

-Si Genesis revient d'entre les morts, pose lui la question.

Cloud regarda Sephiroth se saisir de la mallette qu'il avait ramenée de l'auberge. Il frémit en repensant aux propos tenus par les clients et le gérant, qui lui donnait la chair de poule. Il tenta de chasser de son esprit leurs sourires affreux et leurs rires déments.

-Qu'est ce que c'est, my Lord ?

Sephiroth leva les yeux vers Cloud. Il sourit, paisiblement.

-Des soins, frais et multiples.

Cloud lui rendit un sourire éclatant.

-J'espère qu'un jour, ce mal vous quittera my Lord.

« Merci, monsieur Strife. Voulez-vous bien aller me chercher mon manteau, je crois bien l'avoir laissé près des cibles dans le parc.»

Une fois de plus, Cloud s'exécuta, avide de plaire au comte. Il ne lui semblait plus éprouver de l'amour pour lui. Cette fois-ci, Cloud en était certain. Son cœur lui appartenait, et il pouvait jouer avec lui. Son âme, et son corps.

Cloud alla chercher le manteau dans le parc. Le ciel, un brin dégagé était splendide. Le coucher de soleil était extraordinaire, et le peu de neige tombé dans la matinée donnait une dimension encore plus magique, plus belle à l'endroit déjà splendide. Cloud sourit, pris d'une nouvelle envie d'écrire au sujet de cet endroit surprenant. Il n'aperçut pas de manteau. Il s'approcha de la cabane, sans doute Sephiroth l'avait déposé à l'intérieur. Par chance, elle fut ouverte.

Cloud porta une main à sa bouche et recula. Il se teint le torse, et vomit. Il tomba à genoux, et toussa, tremblant.

« … Qu'est…Ce que… »

Une vingtaine de cadavres de biches, éventrées en putréfaction gisaient à l'intérieur. Il se leva, et courut. Il ne se retourna pas.

« Il faut que je parte d'ici… »

« Ne pars pas d'ici. »

Cloud sentit la main de Sephiroth saisir la sienne. Il fut stoppé net. Il se retourna. Il ne voyait pas la main, mais la sentait. Il scruta l'air tout autour de lui. Il était devenu pesant, mais envoûtant. Il ferma les yeux. L'odeur du comte était tout près.

-My Lord, qu'est-ce que ces cadavres d'animaux dans votre cabane ? Pourquoi tuez-vous ces biches ? Ce n'est pas de la chasse, non… Ne me mentez pas.

-Je ne te mens jamais, Cloud.

-Pourquoi est-ce que je vous entends, alors que vous n'êtes pas là ? Alors que je ne vous vois pas ? Je deviens fou ?

Cloud hurla. Il sentit la main de Sephiroth le retenir encore plus fort.

-A moins que…Ces fous aient dit la vérité…

-Quelle vérité ?

Cloud ferma les yeux, serrant les poings. La voix de Sephiroth était plus proche, à son oreille. Il sentait son souffle, et sa chevelure argentée flottait au vent.

-Vous seriez…Le … Diable ?

Quelques larmes s'échappèrent sous ses paupières blanches. Le soleil, plus rouge était magnifique, et Cloud lui tournait le dos.

-Je ne prétends pas être Lui.

-Vous n'êtes pas un être humain, n'est-ce pas ? Le vin… Est-ce…Le sang de ces biches ?

-Je ne suis plus un être humain.

Cloud se redressa brutalement, les yeux grands ouverts.

« Mais, ce n'est pas le sang de ces biches que je déguste. »

Cloud sentit l'étreinte de Sephiroth différente. Il tourna la tête pour l'apercevoir, jaillir de nulle part mais ne le vit pas. Il sentit le vide, et se mit à courir. Il jeta un regard derrière lui, puis cessa sa course contre le torse du comte, qui tenait ses poignets. Cette fois-ci, il fut bien dans le parc, devant lui.

-Je suis amoureux de vous, avoua Cloud en pleurs.

Sephiroth caressa sa joue.

-Le sang dont je m'abreuve est celui d'enfants, car ce sont les âmes les plus pures de ce monde.

Cloud suffoquait, le visage pris entre les mains de « l'homme ».

-Les orphelinats, souffla Cloud, êtes-vous un monstre ?

-Je suis tenté de répondre oui.

Cloud était effrayé. Mais, Cloud était convaincu que le comte ne pouvait le heurter.

-Je ne vous ferai aucun mal, monsieur Strife.

Cloud ferma les yeux.

-Je n'ai pas peur, souffla t-il.

Sephiroth le prit dans ses bras. Cloud sentit le sol se dérober sous ses pieds. Enfin, il sentit le vent battre son visage. Il volait. Il se serra au comte, retenant un cri. Il aperçut une grande aile noire ébène, incroyablement belle. Elle sortait du dos du comte.