Freedom and not Peace

Auteur : Lightning on the wave.

Anciennes traductrices : Paradise of readers.

Etat de la fic : anglais 86 / 86 ; français 7 / 86.

Etat de la traduction : Chap 1 à 9, 11, 12, 13 et 20 traduits.

Chapitre traduit par : Flemmardise et corrigé par : chapitre non corrigé.

Un immense pardon pour ce retard, qui est entièrement de ma faute (pluche). J'en profite aussi pour annoncer une prochaine pause de deux mois, lors des vacances d'été.

Merci à tous ceux qui ont laissé un commentaire et à qui nous n'avons pas répondu :)

Libre, mais sans répit

Chapitre 5 : Ne faites jamais confiance à un Rosier

Harry s'étira avec prudence, tant sa magie que son corps. Il savait ce qu'il allait rencontrer, vu qu'il l'avait déjà rencontré plusieurs fois déjà dans cette chambre, mais il voulait le ressentir à nouveau.

Le silence et la paix vinrent à la rencontre de sa magie. Personne d'autre n'était dans la pièce. Il n'avait pas à se soucier de rendre service à quelqu'un, ou de le protéger, ou quoique ce soit d'autre. Il était installé sur un confortable divan et lisait un grand livre sur les Potions calmantes— il n'arrivait toujours pas à croire qu'on ne pouvait pas les améliorer— qui reposait sur le haut de sa poitrine. La pièce était calme.

Il n'avait jamais obtenu cette sensation de silence à Lux Aeterna. Il était toujours conscient de quelque chose. Cela aurait pu être Connor, ou James, ou Remus, ou un des nombreux artefacts magiques de la maison. Quoiqu'il percevait, il n'avait jamais réussi à se détendre.

Dans cet endroit, il le pouvait.

Harry tourna la tête sur son oreiller et ferma les yeux. Il savait que Snape était dans son laboratoire de potions juste à côté, s'efforçant de perfectionner un de ses projets secrets qu'il avait refusé de partager avec Harry. Il savait que Draco lui rendrait visite dans quelques heures. Il savait que le lendemain, ils iraient à la Coupe du Monde de Quidditch, et qu'il verrait à nouveau sa famille.

Mais pour le moment, il pouvait se détendre.

Si personne n'était à côté de lui, alors il n'y avait personne dont il devait se soucier de protéger.

Harry laissa échapper un faible soupir. Ce n'était pas dans son intention de le faire, vu qu'il portait encore ses lunettes et qu'il avait un lourd livre sur la poitrine, mais il le fit quand même. Sa respiration ralentit, et il glissa dans les bras de Morphée, une de ses mains se rappelant de justesse de positionner le livre de sorte à ce qu'il ne tombe pas par terre dans un paf en le réveillant.


Snape entra dans la bibliothèque d'Harry, comptant lui demander s'il voulait s'entraîner à préparer la potion de Désillusion— au moins savait-il désormais qu'il ne fallait pas mélanger des écailles de Boutefeu Chinois et des cheveux de Demiguise— mais s'arrêta à la vue du garçon assoupi. Son visage ne présentait aucun ride, et sa cicatrice, révélée à cause de sa frange qui avait glissé, n'était ni d'un rouge vif ni sanglante, ce qui s'était déjà produit de nombreuses fois depuis qu'Harry était venu vivre avec lui.

Snape savait qu'il devait probablement réveiller Harry et le convaincre que dormir sur un lit était plus confortable que sur le divan. Rien que la position de sa tête, qui se balançait à moitié sur le coussin, lui donnerait un semblant de torticolis lorsqu'il se réveillerait.

Mais il n'eut pas le cœur à le faire.

Silencieusement, avant que la simple présence de sa magie ne puisse réveiller Harry, il sortit doucement hors de la bibliothèque et ferma la porte. Puis il se dirigea vers la cheminée. Il passerait un appel par Cheminette au Manoir des Malfoy pour dire à Draco de retarder sa visite d'au moins une heure.

Il était satisfait de savoir que cet été était véritablement le meilleur qu'Harry ait passé jusqu'à présent. Il avait observé le visage de son protégé devenir de plus en plus calme au cours de son séjour au château, et la danse étrange de la tutelle était devenue de plus en plus simple au fur à et mesure qu'il la pratiquait. Harry se faisait vraiment aux restrictions, du moment que Snape les lui expliquait, et si Snape devait parfois user d'un chantage affectif pour le forcer à se reposer ou à ralentir son rythme, il avait de moins en moins besoin de le faire. Harry avait ri de l'instinct de protection de Draco et avait froncé les sourcils devant des potions et avait discuté de théories magiques avec une passion académique tout en gardant un œil sur les sorts qui pourraient lui être utiles.

Snape souhaitait pouvoir oublier le sort à cause duquel Harry devait passer son été au château, et que tout cela se finirait le lendemain, et qu'Harry aurait dû pouvoir passer des étés comme celui-là chaque année, si c'était ce qu'il voulait, et qu'Harry n'avait que quatorze ans et qu'il était déjà un soldat.

Il secoua la tête et fit son appel par Cheminette. Il devait vraiment faire face à la réalité, et les instants tels que cette heure de sommeil qu'il préservait pour Harry n'étaient rien que cela, des instants de douceur éparpillés dans ce monde compliqué qui était tout sauf indulgent.

Mais pour le moment, il pouvait au moins préserver ces moments-là.


Harry cligna les yeux et émit un hoquet lorsque le Portoloin, une petite pièce qui était passée de mains en mains aux Trois Balais, lui tira le nombril. Il se déplaça aussitôt qu'il eût atterri, évitant le reste des sorcières et sorciers qui arrivaient ; une grande majorité de la population de Pré-au-Lard assistait à la Coupe de Monde de Quidditch, et la plupart d'entre eux avaient choisi de se rendre au pub de Madame Rosmerta pour prendre leur Portoloin.

Snape le stabilisa d'une main sur son épaule, et jeta un coup d'œil aux alentours, un faible sourire sarcastique sur le visage auquel Harry s'était attendu. « Scandaleux, » grommela-t-il. « Aucune mesure de sécurité, bien sûr. »

Harry leva les yeux au ciel. Le jour était plutôt éblouissant de tous les sorts de sécurité qui avaient été jetés, plus que ce à quoi on pouvait s'attendre, étant donné que le lieu était un immense terrain en plein-air et que les gens devaient pouvoir aller et venir autour du terrain comme bon leur semblait.

L'herbe était épaisse, assez pour qu'Harry ait l'impression de marcher sur des coussins, et les voix des sorcières et sorciers étaient continues et fortes, mélangées aux cris des enfants. Harry vit des familles qu'il reconnaissait, et d'autres qu'il ne reconnaissait pas, certains parents hissant leurs enfants sur leurs épaules, comme si cela les aiderait à mieux voir le match, qui ne se déroulait pas encore. Il observa une jeune sorcière jeter patiemment des sorts sur les dents d'une minuscule petite fille, pour que leur couleur bleue redevienne blanche, pendant que son frère, légèrement plus âgé, se tenait innocemment à côté. Harry, reconnaissant toutes les émotions des adultes, secoua la tête lorsqu'il vit le visage de la sorcière se serrer. Elle punirait le garçon dans quelques instants, bien qu'il nierait tout.

Harry se retourna, passant en revue les rangées de tentes, certaines d'entre elles décorées de drapeaux absurdes qui volaient au vent. Ils arboraient les blasons de la famille, les symboles du Ministère ou des boutiques du Chemin de Traverse, parfois l'image d'une récompense si le sorcier ou la sorcière qui était à l'intérieur de la tente en avait reçu.

Harry cligna des yeux et tendit la tête, son regard scrutant à nouveau tous les drapeaux. Il y a plus de blasons qu'il devrait y en avoir, pensa-t-il, lentement. Je ne reconnais même pas certains d'entre eux. Les gens ont remonté à la surface des vieux emblèmes obscurs dont ils n'ont plus aucune raison d'être fiers.

Pourquoi ?

La réponse lui vint quasi-instantanément. Les emblèmes étaient ceux de familles de Sang-Pur, si plongées dans l'obscurité que la seule chose qui les séparait vraiment de n'importe quel autre sorcier était leur statut d'héritage. Ils avaient le même rang social et la même quantité d'argent que n'importe quel Né-de-Moldus, et aucun sorcier assez puissant pour devenir un Seigneur ou un inventeur de sorts merveilleux n'était né parmi eux. Les familles de Sang-Pur comme les Malfoy et les Black, qui avaient réussi à conserver leur prestige, leur argent, leurs demeures et leur réputation étaient assez rare.

Et pourtant ses familles mineures avaient choisi de ressortir leur blason, dont peut-être seulement la Folle Tante Mildred s'était souciée, afin de les afficher sur leur drapeau.

C'était une déclaration d'allégeance, pensa Harry, son esprit tourné vers une danse tout à fait différente de l'impatience d'une jeune sorcière. C'étaient les personnes qui voulaient rappeler aux autres sorciers et sorcières que, en effet, oui, leur famille était de sang pur, merci beaucoup. Elles n'avaient pas beaucoup de choses à montrer, mais fichtre, elles allaient le proclamer.

Pourquoi voudraient-elles qu'on sache qu'elles sont de sang pur ?

Une réponse possible : à cause de ce qui pourrait leur arriver si quelqu'un pensait qu'elles ne l'étaient pas.

Harry respira soigneusement. Il leva la tête pour voir que Snape le regarda, son gardien comprenant déjà que quelque chose n'allait pas. Snape posa la question avec ses yeux, et Harry fit un signe de tête vers les drapeaux. Le regard de Snape suivit le sien, et cela lui prit un peu plus de temps qu'Harry pour en parvenir aux mêmes conclusions. Bien sûr, pensa Harry. Snape n'avait pas été élevé au milieu des emblèmes des Sang-Pur, il n'aurait su dire immédiatement lesquels étaient reconnaissables.

Puis Snape surprit Harry en pensant à quelque chose à laquelle lui n'avait pas pensé.

« Reste près de moi, » chuchota Snape, tandis qu'ils commençaient à marcher à travers les rangées de tentes jusqu'au pavillon où ils étaient censés rejoindre les Malfoy. « Absolument près, Harry, est-ce que tu comprends ? Au premier signe du moindre problème, nous transplanerons à Pré-au-Lard. Je ne veux rien savoir à propos de Portoloin. Je te prendrai simplement en transplanage d'escorte. Et garde les barrières qui sont autour de ta magie. »

Harry cligna des yeux vers Snape, puis acquiesça. Oui, il comprenait. La Gazette du Sorcier avait l'année précédente, grâce à Rita Skeeter, parlé de son explosion de magie au match de Quidditch, et avait circulé des rumeurs sur lui, comme quoi il était un Fourchelang et avait quelque chose à voir avec les attaques sur les autres élèves, pendant sa deuxième année. Beaucoup de personnes savaient quelque chose à propos de lui, même si ce n'étaient que des rumeurs et un vague sentiment qu'il était puissant. Cela serait mieux s'il gardait la tête baissée et sa magie dissimulée autant que possible.

Cela ne marcha pas complètement, constata-t-il tout au long de sa marche. Quelques personnes levèrent la tête pour les regarder, et une traînée de murmures s'éveilla derrière Snape et Harry. Harry ne croisa pas leurs regards, cependant, et respira profondément pour se calmer lorsqu'il faillit se mettre à paniquer à la penser que des sorciers et sorcières l'observaient. Il pouvait supporter cela. Vraiment. Ce n'était pas si difficile.

Pas du tout.

« Harry ! Tu es venu ! »

Harry fut capable de lever la tête et de sourire, lorsqu'ils arrivèrent enfin devant le pavillon d'un bleu couleur de glace que les Malfoy avaient installé. Draco bondit jusqu'à lui et l'enveloppa dans une étreinte. Harry l'enlaça en retour, amusé. Ils venaient de se voir la veille, mais Draco agissait comme si chacune de ses absences était une nouvelle opportunité pour Harry de s'esquiver.

« Monsieur Potter. »

Harry lâcha Draco et recula d'un pas, faisant craquer sa magie tout autour de lui. Il n'avait pas remarqué que le père de Draco se tenait derrière lui.

Négligent, se réprimanda-t-il, rencontrant le regard de Lucius. Combien de fois doit-on te dire que tu dois faire attention à ce qui t'entoure, Harry ? C'est la deuxième fois en quelques mois que tu t'es fait surprendre comme ça.

Lucius Malfoy n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'Harry l'avait vu, au Noël dernier, si on exceptait la marque d'une main sur son visage qui avait à présent disparue. Il s'appuyait sur une canne dont le pommeau représentait une tête de serpent argentée, ses robes bleu ciel, traditionnelles pour une célébration. Elles n'étaient pas beaucoup plus claires que le tissu du pavillon, ne put s'empêcher de remarquer Harry. Les yeux de Lucius étaient calmes, son visage aussi froid que d'habitude.

« Monsieur Potter, » répéta Lucius. « Puisque je devais vous voir aujourd'hui, j'ai pensé que je vous donnerai votre présent de solstice d'été en personne. Pardonnez-moi pour mon retard, étant donné qu'il ne reste qu'un mois avant notre prochain échange, mais je voulais réfléchir à ma réponse avec beaucoup de précaution. » Il fit un sourire qui tordait sa bouche de manière étrange, et fouilla dans sa robe.

Brusquement, ses yeux se plissèrent, et il regarda derrière l'épaule d'Harry. « Je promets que je ne vais pas lui jeter de sort, Severus, » dit-il.

Harry leva la tête. Snape avait sa baguette pointée sur Lucius. Il ne bougea ni n'abaissa sa baguette, même lorsqu'Harry siffla en sa direction.

« L'avant-dernière fois que tu t'es trouvé près de mon pupille, Lucius, » murmura-t-il, « tu as réussi à abîmer son esprit de telle manière que cela a pris des mois à guérir. Excuse-moi si je trouve cela difficile de te pardonner. »

Exaspéré, Harry se demanda si Snape gardait rancune à chaque personne de l'univers. Il leva la main et tira fermement sur le bras de son mentor jusqu'à ce que Snape le regarde. Harry le regarda en retour. « La dernière fois que je l'ai vu, » dit-il, « et pas l'avant-dernière fois, il m'a donné un présent de trêve qui m'exposait son cou. De plus, monsieur, Monsieur Malfoy a été la cause indirecte de mon détachement avec ma mère. Je ne serais jamais rentré à la maison pour Noël s'il n'avait pas été là, et cela signifie que je n'aurais jamais fait appel au rituel de justice. »

Snape ne sembla pas penser que c'était un argument convaincant.

Harry secoua la tête. « C'est une danse de trêve, monsieur. Vous ne pouvez pas interférer dans une danse de trêve. » Il se tourna vers Lucius, remarquant avec approbation que Draco avait reculé de quelques pas et se tenait silencieux depuis le début. Il avait bien appris l'étiquette et les rituels des Sang-Pur. C'était considéré comme impoli, vraiment très impoli, de se mêler d'un échange de présents, surtout lorsque la danse de trêve était si avancée. En fait, c'était un immense honneur pour Snape et Draco de pouvoir être des témoins de cet échange. Harry décida de ne pas le faire remarquer à Snape, cependant, vu qu'il ne serait pas sensible à l'honneur d'une telle offre. Harry leva le menton. « Vous avez dit que vous aviez un présent pour moi, monsieur, » rappela-t-il à Lucius, ne le quittant pas des yeux.

Lucius lui adressa un faible et froid sourire. Harry sourit en retour. Il appréciait cette danse avec Lucius. Ils étaient comme des alliés, et cela prendrait beaucoup de temps, si jamais cela arrivait, avant qu'ils ne deviennent amis. Cela voulait dire qu'ils devaient opérer leur danse dans le contexte que leur imposait le rituel et les traditions, et cela signifiait que Lucius ne devait pas porter d'attention inutile sur Harry, ni ne devait brusquement changer leur degré de relations. C'était compliqué, oui, mais c'était de la complication qui avait très peu de chance de changer.

« En effet, Monsieur Potter, » répondit Lucius, et il sortit son présent de ses robes cette fois, lentement, par égards pour le grognement de Snape. Harry s'attendait à voir un rouleau de parchemin, en retour de la liste de ses ambitions et de ses espoirs qu'il avait envoyée à Lucius en juin, et cligna des yeux lorsque Lucius lui tendit à la place une fine chaîne en argent avec quelque chose de bleu au bout. Harry accepta l'objet et l'examina.

La pierre était claire, avec des teintes de bleue partant en flèche sous la surface des facettes, plutôt que concentrées au cœur, telles un diamant, et presque de la même couleur que les robes de Lucius—

Bien sûr, pensa Harry.

—et de la forme d'un œuf. Il émit un faible bruit de bourdonnement, et Harry pouvait sentir qu'il contenant de la magie, malgré le fait que la magie fût faible et ancienne. Il leva la tête vers Lucius et attendit patiemment une explication.

« Il provient des trésors de la famille Malfoy, » dit nonchalamment Lucius. « Un présent de défense et de protection, jadis hérité de père en fils. La plupart de sa magie fut utilisée pour défendre mon père d'un sortilège de Doloris lorsqu'il avait quatorze ans. Depuis, nous l'avons gardé, en tant que souvenir affectif plus qu'autre chose. » Il haussa un sourcil. « Mais, bien sûr, en tant que souvenir de la manière dont les Malfoy peuvent férocement se défendre seuls, également. »

Harry comprit immédiatement. Lucius avait choisi de compléter son propre présent de solstice d'été, plutôt que de l'égaler. Comme le présent d'Harry faisait référence au futur, Lucius en avait choisi un qui faisait référence au passé.

Et un qui liait Harry encore plus étroitement, non seulement à Lucius, mais à Lucius Malfoy.

Harry se demanda à quel genre de réaction l'homme s'attendait. En tout cas, Harry ne pensa pas qu'il s'attendait à ce qu'il mette la chaîne autour de son cou, de manière décontractée, reposant le pendentif contre sa poitrine.

« Vous acceptez, dans ce cas, Monsieur Potter ? » demanda Lucius.

« Bien sûr, Monsieur Malfoy, » dit Harry. « Ce serait dommage si je n'acceptais pas, après toute la danse que nous avons déjà effectuée. »

« Harry. »

Harry se tourna avec soulagement lorsque Narcissa sortit du pavillon, reconnaissant qu'elle fût là et qu'il n'eût plus à prétendre qu'il était à l'aise avec la situation dans laquelle il se trouvait. Il lui faisait confiance pour servir d'intermédiaire entre son mari et lui. Elle aussi portait une robe bleu-ciel, mais son visage était beaucoup plus calme que celui de Lucius, ses yeux vigilants mais doux.

« Madame Malfoy, » dit Harry, et il baisa la main qu'elle lui tendait. « Je crois savoir que vous vous portez bien ? Je sais que nous avons correspondu, mais je ne vous ai pas vu depuis bientôt un mois, et il y a certaines choses qu'il serait imprudents de mettre dans des lettres. »

Les lèvres de Narcissa se courbèrent, et elle acquiesça. « En effet, Harry. Il me suffit de constater que je dois bien me porter, étant donné que je n'ai jamais fourni autant d'exercice auparavant. Mes jambes sont bientôt épuisées de toutes ces danses. »

Harry sentit le bras de Draco autour de ses épaules, et son ami murmura dans son oreille, « Dois-tu vraiment discuter de cela ? Ne peut-on pas aller acheter des Multiplettes pour le match ? »

Harry tapota son bras, et se tourna vers Narcissa. « J'espère que vous n'êtes pas trop fatiguée pour continuer à danser ? »

« Je ne pense pas, » répondit-elle avec considération. « Quand bien même serais-je lassée de la valse, après tout, il y a toujours la pavane. »

Harry acquiesça. « Lorsque vous serez prête à arrêter de danser, Madame Malfoy, si vous l'êtes un jour, faites-le moi savoir. »

Narcissa cligna des yeux une fois, puis deux. Puis elle dit, « Je pense que je trouverai la force de porter mes jambes tant que je serai encore vivante. »

Harry la scruta avec des yeux plissés. Elle était en effet en train de dire qu'elle continuerait à essayer de convaincre des sorciers et sorcières de s'allier à son côté, quand bien même Harry lui avait proposé d'achever la dette qu'elle lui devait à cause de ses erreurs. Bien sûr, elle était motivée à protéger Draco, également, et cela pouvait être une des raisons pour lesquelles elle ne voulait pas arrêter de se mettre en danger. Mais Harry pensait qu'il y avait des moyens bien moins risqués de protéger son fils.

Bien. Si elle veut s'y risquer, et le choisit librement, je n'ai pas à m'en mêler. Harry inclina la tête. « Si vous le dites, Madame Malfoy. »

« Oui, » dit Narcissa, et elle sourit en direction de Draco. « Va chercher des Multiplettes, Harry, avant que mon fils ne te traîne derrière lui à leur recherche. Severus, toujours un plaisir. » Elle tendit sa main pour que Severus la baise, puis retourna à l'intérieur du pavillon. Lucius resta dehors, les observant alors qu'ils s'éloignaient—Draco marchait, tirant Harry derrière lui, et Snape les suivait derrière.

« Enfin ! » dit Draco. « Ils ont parlé de toi et de ce foutu présent pendant des siècles, Harry. Je sais que ta danse de trêve est importante, mais ils ont l'air d'oublier que tu n'as que quatorze ans, parfois, et que tu devrais être autorisé à t'amuser. »

Harry se contenta de hausser les épaules et de rester silencieux. Il était là pour s'amuser, ainsi que pour voir Connor et James, si jamais il pouvait les trouver dans cet immense océan de personnes. Ce n'était pas le moment de gentiment sermonner Draco sur le fait qu'il avait du mal à s'amuser, et qu'il ne voulait pas que Draco se fatigue à essayer de le convaincre.

« Bon, où sont les Multiplettes ? » Draco tendit son cou. « Ils auraient pu mettre une banderole identifiable, mais nooooon... »

« Harry ! »

Harry se tourna, souriant, du moins autant qu'il le put avec la prise solide que Draco exerçait sur ses épaules. Après ne pas l'avoir entendue pendant presque un mois, la voix de son frère était la bienvenue. Connor courrait vers lui, sa frange se relevant de temps en temps, dévoilant sa cicatrice, et derrière lui se tenait une masse de cheveux roux qui ne pouvait appartenir qu'aux Weasley. Harry chercha James, mais ne le vit pas immédiatement.

Harry essaya de se détacher de Draco pour pouvoir attraper Connor à la fin de sa course dans la sorte d'étreinte que son frère voulait apparemment, mais Draco ne voulait pas bouger son bras, et le resserra au contraire, émettant un son de protestation lorsqu'Harry essaya encore de se départir. Harry leva les yeux au ciel et tendit sa main libre. Connor cligna des yeux mais lui prit la main et l'agita avec enthousiasme.

« Harry ! » s'exclama-t-il à nouveau. « Comment vas-tu ? As-tu déjà acheté des Multiplettes ? Qui penses-tu va gagner, la Bulgarie ou l'Irlande ? Je sais que la Bulgarie a Viktor Krum, mais je pense que les Irlandais ont une meilleure équipe— »

Harry essaya de répondre aux questions, mais les Weasley arrivaient, et il dut les saluer. Il n'avait vu Arthur Weasley qu'une seule fois, et cette rencontre s'était terminée par une bataille entre lui et Lucius. Harry l'examina avec appréhension, mais si Arthur se souvenait encore de l'altercation, vieille d'à présent deux ans, il ne la laissa pas influencer la manière dont il réagit en voyant Harry. Il hocha la tête dans sa direction et dit, « Harry. Ron nous a dit que tu te rétablissais plutôt bien de l'attaque de juillet dernier ? »

« Oui, merci, Monsieur Weasley, » dit Harry, se détendant un peu.

« Oui, nous avons entendu parler de ça, » dit Madame Weasley, s'affairant derrière son mari. « Pauvre chéri ! » Elle parut être sur le point de l'enlacer, et Harry eut l'impression d'être la corde d'un arc, Draco ne voulant pas l'abandonner, et devenant de plus en plus agité face à tous les Weasley qui les rejoignaient. Madame Weasley décida de lui adresser un sourire dévoilant ses fossettes. « Les Mangemorts sont les personnes les plus cruelles que je connaisse, » ajouta-t-elle.

Harry soutint son regard. Ses yeux étaient doux, mais derrière la compassion qu'ils affichaient se cachait le chagrin qu'elle était en droit de ressentir. Après tout, les Mangemorts avaient tué ses frères, même s'il en avait fallu cinq pour en venir à bout.

Lucius Malfoy avait été l'un d'entre eux.

Harry soupira. Parfois, il avait l'impression qu'il avançait dans un monde de contradictions, dont une allait très bientôt lui sauter à la figure. « Je suis complètement rétabli maintenant, Madame Weasley, merci, » dit-il avant de regarder Snape. Il vit que le professeur se tenait légèrement sur le côté, comme s'il ne voulait pas risquer d'être contaminé. « Le Professeur Snape m'a sauvé la vie. S'il n'y avait pas eu ses potions, le Sort d'Ébullition Interne m'aurait tué. » Snape haussa les sourcils, comme pour dire que c'était un euphémisme de ce qu'il s'était réellement produit.

« Alors Evan Rosier est en vie, » murmura Madame Weasley. « J'espérais que ce n'était qu'une rumeur. Je vois que ça ne l'est pas. »

Harry cligna des yeux vers Snape, et tourna à nouveau la tête. « Oui, il est vivant, » dit-il. « Il a pris la place d'un autre Mangemort, caché derrière un sort qui lui faisait prendre son apparence pendant des années. Je suis désolé que vous ayez eu à apprendre la nouvelle de cette manière. »

Madame Weasley soupira. « Bon, nous ne pouvons qu'espérer que les Aurors trouveront bientôt les Mangemorts, et qu'ils trouveront un quelconque moyen de les enfermer, maintenant que les Détraqueurs sont partis. » Elle secoua la tête, et réussit à se dégager de sa tristesse. « Bien sûr, tu connais Ron, » ajouta-t-elle lorsque Ron rejoignit Connor, « et Ginny. » Elle fit un geste vers sa fille, qui s'était arrêté à côté d'elle et semblait attendre que sa mère ait fini de discuter. Ginny leva les yeux au ciel, comme pour dire que oui, ils se connaissaient, et cela ne faisait pas longtemps depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vu, et cette présentation bis n'était-elle pas ridicule ? Harry lui adressa un large sourire, pendant que Madame Weasley, ne se rendant compte de rien, continuait à parler. « Et voilà— » Elle s'arrêta brusquement, et fronça les sourcils vers Arthur. « Où sont les jumeaux ? »

Le visage d'Arthur adopta une faible expression de panique tandis qu'il se retournait, scrutant les alentours. « Ils étaient juste là la dernière fois que j'ai regardé— »

« Ici, Papa ! Ici, Maman ! »

Fred et George courraient vers eux, arborant les mêmes sourires satisfaits. Leurs poches bombées cliquetaient. Harry se demanda d'un air absent s'il devait leur dire que les pièces étaient probablement fausses. Avec l'Irlande dans le match, il y aurait sûrement des farfadets dans le coin, et donc beaucoup d'or de farfadet.

« Nous venons de faire— » commença l'un des jumeaux, probablement Fred.

« Un pari très rentable, » termina l'autre, probablement George, et il tapota ses poches.

« Vous ne devriez pas faire de paris ! » dit Madame Weasley, haussant légèrement le ton de sa voix. « Qu'étiez-vous en train de penser ? Quel genre d'exemple donnez-vous à Ron et Ginny ? Avez-vous penser à— »

Draco appuya fortement sur les épaules d'Harry, qu'il avait réussi à entièrement nicher sous son bras gauche. « Aller viens, » dit-il, plaintif. « Je veux les Multiplettes. » Vu le regard qu'il lançait aux Weasley, Harry pensa que c'était probablement le bon moment d'aller en chercher.

« Harry, » dit quelqu'un d'autre derrière lui avant qu'il ne puisse bouger.

Harry se retourna lentement. James s'était tenu derrière les Weasley, là où personne ne l'avait remarqué, et l'observait. Il sembla ignorer et la crise de nerfs de Molly Weasley et le long et prudent regard que Snape lui lançait. Il n'avait d'yeux que pour son fils.

Tout ira bien, se rassura fermement Harry. Tu as vu les lettres qu'il a envoyées à Snape. Tu sais qu'il n'était pas prêt à te revoir avant maintenant, et toi non plus. Tu n'as pas définitivement détruit vos relations en partant. C'était pour le mieux ainsi.

Cela ne réprima pas la culpabilité qui lui nouait l'estomac lorsqu'il vit le regard de quasi-désespoir dans les yeux des James.

« Salut, Papa, » dit-il doucement. « Comment s'est déroulé ton été ? »

« Plus calme, et moins excitant que si tu avais été là, » dit James, avec un large sourire qui s'évanouit en quelques secondes. « Mais également plus solitaire. Tu nous as manqué, à Connor et moi, Harry. »

Harry essaya d'avancer, mais constata que les bras de Draco s'étaient baissés jusqu'à ses hanches, et l'agrippaient fermement. Il se tourna et lui lança un regard furieux. Draco cligna des yeux une fois, puis deux, et le laissa partir.

Harry put avancer et étreindre son père, bien que cela lui parût maladroit et gênant, comme d'étreindre un étranger qui aurait pu, ou non, l'enlever et l'emmener quelque part. Harry ferma les yeux et essayer de faire partir son impatience et sa colère en un seul souffle. Tu n'as pas de quoi être fâché contre lui. Il n'a rien fait de mal. C'est vrai, il n'aurait pas dû te laisser hors des barrières avec comme unique protection un Portoloin, comme Snape n'arrête pas de se plaindre, mais aucun de vous deux ne savait. Alors pourquoi es-tu si mal à l'aise et angoissé quand tu es près de lui ?

Harry ne le savait pas, ce qui lui donna l'impression que l'étreinte avec James était d'autant plus maladroite et gênante. Il lâcha son père, puis lui sourit. Il savait que son sourire n'atteignait pas ses yeux. Il ne savait pas quoi faire à ce propos.

Il jeta un œil vers Connor, et vit son frère les observer avec une expression de sympathie sur le visage. Connor prit le bras de Ron et murmura quelque chose dans son oreille, à la suite de quoi eux et Ginny s'approchèrent doucement des parents de Ron et partirent autre part. Madame Weasley, toujours absorbée par les jumeaux qui devenaient de plus en plus renfrognés, ne remarqua rien. Arthur suivit ses plus jeunes enfants, l'air soulagé.

Harry soupira. C'était à la fois une bonne chose, mais pas tant que ça. Cela le laissait seul avec Draco et Snape et James. D'un autre côté, cela laissé James seul avec Harry et Draco et Snape.

Et, comme s'il avait attendu d'avoir un public plus restreint, James commença.

« As-tu vraiment choisi de rester avec Snape, Harry ? » demanda-t-il, ne prenant pas la peine de regarder Snape. « Ou t'a-t-il forcé ? »

Harry le regarda en clignant des yeux, surpris par le ton et le sens de la question, et entendit Snape rire, un son horrible qui provenait du fond de sa gorge. « Comme si je pouvais obliger Harry à faire quelque chose qu'il ne voulait pas faire, Potter. » dit-il.

« Il est puissant, » dit James d'un ton brusque. « Cela ne veut pas dire qu'il est indomptable. Et je te connais, Snape. Tu manipules les gens. Tu as essayé de le manipuler en lui envoyant ces lettres en juillet. Alors je te remercierai de bien vouloir garder ton nez hors de mes affaires et celles de mon fils— »

« Ce n'est pas juste ton fils, » dit Snape, sa voix aussi vive, bien que pas aussi forte, que s'il avait crié. « Il n'a jamais été ton fils. Tu as choisi de l'ignorer, Potter, alors il est devenu mon pupille. » Son visage arborait une expression qu'Harry ne lui avait jamais vue, une expression étrangement concentrée et attentive. Ce n'était pas la rage meurtrière qu'il avait eue lorsqu'il avait failli tuer Sirius sur le terrain de Quidditch en Novembre dernier, mais quelque chose de plus profond et sombre, quelque chose qui effrayait Harry. « Si tu avais vu la vérité avant d'y être forcé, alors peut-être aurais-tu le droit de réclamer Harry. Mais les seuls droits que tu as sur Harry sont ceux qu'il choisit de te donner. »

« Que Merlin te garde, Snivellus, » cria James, se mettant brusquement en colère. « Tu sais pourquoi je n'ai pas— »

Il ferma brusquement la bouche et regarda avec insistance Harry, clignant des yeux. Harry vit Snape grimacer et toucher sa tête au même instant. Il renifla. Il regrettait de donner à Snape un mal de tête alors qu'il relâchait son contrôle sur sa magie, mais cela n'était pas important. Ils agissaient tous les deux comme des enfants, et il n'allait plus le supporter. Un tuteur et un père se battant pour lui ? C'était ridicule. Il était foutrement chanceux d'avoir les deux, et Harry le savait.

« S'il vous plaît, fermez-la, » dit-il, et il fit une pause lorsqu'ils le regardèrent tous deux en silence. « Bon, ça c'est fait. » Il pouvait sentir les têtes se tourner autour de lui, et était conscient que les Weasley se grattaient les épaules en sentant sa puissance se manifester, mais il devait dire ce qu'il voulait avant d'enfermer à nouveau sa magie. « Je ne veux pas que vous vous insultiez en ma présence. Je sais que je ne peux pas contrôler ce que vous vous écrivez dans les lettres, mais c'est différent. Ceci était supposé être une sortie afin que je puisse voir Connor et James une dernière fois avant la rentrée. »

« Ne le traite pas de tous les noms, » dit-il d'un ton brusque, se tournant pour faire face à son père. « Oui, j'ai choisi de rester avec lui, et oui, j'en suis heureux. Je sais que tu ne comprends pas la connexion que j'ai avec lui, mais c'est parce que nous l'avons construite alors que tu n'étais pas là. Bien sûr que tu ne vas foutrement pas la comprendre. » Il sentit une main toucher son épaule, et Harry se pencha en arrière instinctivement. C'était Draco, et non Snape, et Draco bougea avec lui, se tournant pour rester derrière lui alors qu'il faisait face à Snape, alors Harry autorisa la main à rester là où elle était.

« Et James est mon père, » dit Harry à Snape, croisant ses yeux et ne se dérobant pas devant la colère froide qu'il voyait dans ces profondeurs. Il était également dans une colère froide, si Snape voulait jouer à ça, et l'herbe sous ses pieds était maintenant glacée. Au moins, ce n'était pas une réaction aussi dramatique que ce qui aurait pu se passer l'année précédente, avant qu'il n'apprît à contrôler sa rage. « Je sais que vous ne pensez pas que je devrais avoir la moindre chose à faire avec lui, mais je le veux. Et vous rendez cela plus compliqué que cela devrait l'être. Vous êtes celui qui s'enorgueillit de votre capacité de compréhension. Vous êtes celui qui m'a dit que je vous importais plus qu'une ancienne inimitié. Alors arrêtez ça. » Il ne put empêcher de laisser passer la trahison dans le ton de sa voix sur les derniers mots. La main sur son épaule émit une pression, et Harry se pencha contre Draco, ne quittant pas Snape des yeux.

Snape le regardait avec des yeux insondables, puis regarda James. « Une trêve, alors, Potter ? » demanda-t-il. « Nous reconnaîtrons l'existence de l'autre lorsque cela sera nécessaire pour le bien d'Harry, et nous ignorerons l'un l'autre le reste du temps. »

La respiration de James était rapide, et son visage rougi, mais tandis qu'Harry l'observait, il sembla se maîtriser. Il acquiesça une fois, le mouvement abrupt. « Oui. »

Harry soupira, et enferma sa magie derrière ses barrières. Il sentit Draco inhaler, comme s'il venait d'expirer une grande bouffée d'air, et sourit lorsqu'il murmura dans son oreille.

« Est-ce qu'on peut s'occuper des Multiplettes maintenant ? S'il te plaît ? »

Harry se retourna et marcha avec lui, suivant le chemin que Ron, Ginny et Connor avaient pris. Derrière eux, il entendit Molly Weasley inspirer et s'attaquer à James et Snape.

« A-t-on jamais vu un tel scandaleux spectacle— »

« Si vous voulez bien m'excuser, Madame, » dit Snape, sa voix tendue, « mon pupille ne devrait pas partir sans un adulte pour le superviser. »

« Je serais parfaitement content d'être cet adulte, Severus, » dit Arthur Weasley, se pressant vers eux depuis une tente. « Je peux montrer aux garçons où acheter des banderoles et tout ce dont ils auraient besoin pour le match. »

Draco paraissait écœuré à l'idée de s'associer avec un parent Weasley, mais Harry dit rapidement, « Ce serait génial, Monsieur Weasley, merci. »

Il le suivit, et entendit la voix de Molly monter d'un cran. « Des enfants, vous deux, et lorsque ce charmant et courageux garçon doit agir comme un adulte, je pense qu'il y a quelque chose qui ne va pas— »

Harry ne ressentit cependant aucune sympathie pour Snape, et encore moins pour James. Chacun d'entre eux avait agi comme un enfant, et Molly Weasley était une mère. Elle pouvait réprimander des enfants à un tel point que même les jumeaux semblaient maussades et en colère. Cela voulait dire qu'elle était exactement la femme de la situation.

« Est-ce que ça va ? » chuchota Draco, glissant sa main dans les cheveux d'Harry.

Harry soupira, et réussit cette fois à chasser toute la tension. « Ouais. Viens. »


« C'était une Feinte de Wronski. »

« Ce n'était pas une Feinte de Wronski, » contredit Harry, ajustant ses Multiplettes pour pouvoir suivre Viktor Krum des yeux lorsqu'il prit un virage serré à la poursuite du Vif d'Or. « Il s'est relevé trop tôt. On pouvait voir qu'il voulait tromper son adversaire, et cela veut dire que ce n'était pas une Feinte de Wronski. La Feinte doit marcher. »

« Mais ça a marché » soutint Connor, indiquant la manière dont l'Attrapeur irlandais tournait autour de Krum. « Tu vois ? »

« Pas tant que ça, » dit Harry, et il retira ses Multiplettes pour pouvoir voir son frère plus nettement. « Il a essayé, oui, mais ce n'est pas la même chose que réussir. Tu devrais le savoir, » ajouta-t-il. Connor avait essayé la Feinte de Wronski durant leur première semaine à la maison, et s'était rapidement cassé un bras. Heureusement, James était assez doué en soins pour le guérir.

Connor lui adressa un visage grossier. « Il est le meilleur attrapeur d'Europe, » dit-il.

« Lorsqu'il pourra faire une Feinte de Wronski correcte, alors je serai d'accord avec toi, » renifla Harry, et il remit ses Multiplettes.

Jusqu'à là, le match s'était bien passé. Draco avait voulu s'asseoir dans la loge des Malfoy. Connor avait voulu s'asseoir dans la loge des Weasley. Harry avait trouvé un compromis en leur trouvant des sièges non loin de la loge des Malfoy. Ils pouvaient voir Narcissa et Lucius s'ils regardaient derrière eux, et Draco était assis au bout de la rangée, pour qu'il ne puisse pas se plaindre à Harry à voix basse, « aucun de ces malpropres de belettes ne peut me toucher. » Cette remarque lui avait valu une tape sur l'épaule de la part d'Harry.

Le jeu se déroulait sur un grand terrain de Quidditch, dans la cuvette sous eux, la pelouse remplie de magie et les côtés Métamorphosés en siège. Harry approuvait cette disposition. Ils pouvaient voir toute l'action sans se tordre le cou, et, grâce aux Multiplettes, pouvaient rejouer les événements pour voir plus de détails. Jusque là, Krum avait véritablement remarquablement bien joué, mais le reste de l'équipe de Bulgarie était trop habituée à dépendre de lui, et flottait simplement en l'air. L'équipe irlandaise n'arrêtait pas de prendre le Souaffle et de marquer facilement.

Un rugissement fit se reconcentrer Harry sur le jeu, et il enleva ses Multiplettes. Il pouvait voir Krum descendre en flèche, son corps penché sur son balai, sa main tendue devant lui comme s'il essayait de capture un Vif d'Or hors d'atteinte devant lui. L'Attrapeur irlandais le suivait, essayant désespérément de le rattraper, et sachant à l'évidence qu'il n'y arriverait pas.

Harry sentit un sourire jouer sur ses lèvres. Il entendit Connor crier derrière lui, « Ça c'est une Feinte de Wronski ! »

Pas exactement, pensa Harry, et il observa Krum brusquement se relever et voler vers le Vif d'Or, qui se voletait depuis le début juste au-dessus du terrain. Sa main se tendit et le prit facilement.

Cela prit un certain temps à tout le monde, y compris Lynch, l'Attrapeur irlandais, de réaliser ce qu'il venait de se passer, tellement avaient-ils tous été absorbés par le plongeon de Krum. Puis il y eut des rugissements, et les rugissements devinrent encore plus forts lorsque les irlandais furent proclamés gagnants, même si Krum avait attrapé le Vif d'Or, car ils avaient marqué plus de points avec le Souaffle. Harry secoua la tête et posa ses Multiplettes sur ses genoux.

« Tu as besoin d'apprendre à reconnaître une feinte lorsque tu en vois une, » dit-il aimablement à Connor. « Je peux te montrer. »

« Tais-toi, » dit Connor, et il le poussa si fort qu'Harry faillit tomber sur Draco. Harry rit et se rassit, bien que le bras dont Draco avait enveloppé ses épaules l'empêchait d'aller bien loin. Harry sentit Snape gigoter, mal à l'aise, dans le siège derrière lui, mais l'ignora. Son mentor devait être capable de faire la différence entre une simple blague entre frères et une réelle bousculade. « Ce n'est pas comme si tu aurais pu faire ça. »

« Si, j'aurais pu, » insista Harry.

« Montre-moi lorsqu'on sera à l'école, alors, » dit Connor.

« Je le ferai— »

Merde !

La voix dans sa tête n'était pas la sienne, et ce fut le seul avertissement qu'Harry eut avant que le terrain, coloré par les robes de l'équipe irlandaise qui effectuait sa danse de la victoire, ne s'obscurcît brusquement d'une explosion de vert sombre. Il entendit Draco crier, mais ne fut pas sûr de la cause— était-ce à cause de son mouvement brusque, était-ce parce qu'il souffrait, ou autre chose.

Les yeux d'Harry se levèrent vers la source de lumière verte. Il savait déjà ce qu'il allait voir, mais c'était une chose de l'imaginer, et une autre entièrement que de voir l'énorme Marque des Ténèbres planer au-dessus du terrain. Il pouvait entendre les cris autour de lui, allant de la confusion à la panique.

Une voix amplifiée, trop tordue par son fort volume pour qu'Harry pût la reconnaître, retentit tout autour du terrain. « Amusons-nous vraiment, voulez-vous ? Adflo ventum dirum ! »

La pelouse s'obscurcit encore plus. Harry pouvait sentir l'air autour de lui tourbillonner, et la magie qui dansait, attirée par le centre du terrain. Il sentit l'air aspiré par ses poumons, et la forte pression sur sa poitrine alors qu'il essayait d'inspirer, et grandissait en lui tandis que ses oreilles sifflaient.

Puis le sort relâcha le vent dans un bruyant crack, et il vint leur frapper la figure.

Et Harry sentit la peur s'installer.

Elle attaqua l'esprit de toutes les personnes qui l'entouraient, leur arrachant des cris de panique. La panique se transforma rapidement en terreur, et dans quelques cas en rage, ou encore en grognements irréfléchis ressemblants à ceux d'une bête. Harry sentit le sort s'attaquer à son propre esprit, essayant de lui inspirer la peur et la colère.

Il ne se laissa pas faire. Il augmenta ses barrières d'Occlumencie, résistant furieusement, et sentit le vent claquer contre elles et s'en aller, tout comme le don de compulsion de Connor l'avait fait lorsqu'il l'avait repoussé. Snape émettait des grognements féroces derrières lui, et Harry sut qu'il avait résisté de la même manière.

Draco, d'un autre côté, se battait derrière lui, semblant déchiré entre deux décisions— sortir sa baguette et jeter un sort à quelqu'un, ou s'enfuir en courant. Harry agrippa ses poignets et pensa Ventus fermement, le regardant dans les yeux. Il sentit un vent, calme cette fois, partir de ses yeux jusqu'à l'esprit de Draco, délogeant le mauvais sort. Draco poussa un hoquet puis s'affaissa contre lui.

« Que s'est-il passé ? » murmura-t-il.

« Le Sort du Vent Maudit, » dit Harry, jetant un coup d'œil tout autour du terrain. Il pouvait voir les gens se ruer, ou se piétiner les uns les autres pendant qu'ils couraient, ou jeter leur baguette car persuadés par le sort qu'elles étaient des serpents, ou des lianes vivantes, ou quelque chose d'aussi terrifiant. Connor et les Weasley étaient déjà partis. « J'en avais entendu parler, mais je n'avais jamais réalisé que ça ressemblerait à ça. » Il grimaça et jeta un coup d'œil vers Snape. « Pouvez-vous vous protéger ainsi que Draco pendant que je change cela ? »

« Harry, » grinça Snape, ses yeux si furieux qu'ils ne semblaient plus humains, « ma première priorité est ta sécurité, et tu le sais. » Il tendit le bras, comme s'il allait mettre une main sur l'épaule d'Harry pour l'empêcher de bouger. « Il y a des Mangemorts ici. Nous devons te faire partir. »

Juste un, murmura la voix de Regulus. Seulement un. Je peux le sentir. Rosier. Il t'attend. A l'ouest du terrain de Quidditch.

« Regulus dit qu'il n'y en a qu'un, » dit Harry à Snape. Oui, il pouvait voir la silhouette sombre et immobile sur le bord ouest de la cuvette, se démarquant du reste car tout le monde évitait de s'en rapprocher. Harry dut crier pour se faire entendre, mais il ne quitta pas une seule fois la silhouette solitaire des yeux. « Rosier. Je peux m'en occuper. »

Snape secoua la tête, ses yeux parcourant le terrain sans jamais s'arrêter. « Non, » dit-il. « Non, Harry. »

Harry sourit faiblement. « Je suis le seul qui peut arrêter tout cela, et vous le savez, monsieur, » dit-il, puis il fit appel à sa magie pour faire lâcher prise à Draco et à Snape. Il les entendit crier. Il ne s'en souciait pas vraiment. Il appelait déjà sa magie à lui pour transplaner, son regard toujours fixé sur Rosier. Il n'avait aucune chance de parcourir les rangées de sièges parmi la foule en délire s'il ne transplanait pas. Sa seule peur était que le Mangemort ne s'enfuie avant qu'il ne l'atteigne.

Il ne bougera pas, murmura Regulus. Je l'ai déjà vu comme ça. Une fois qu'il s'intéresse à toi, il ne s'enfuit pas à moins que tu le convainques que tu es vraiment plus puissant. Et cela fait si longtemps depuis ce jour sur la plage que je pense qu'il ne le croit plus.

Vraiment ? ne put s'empêcher Harry de demander d'un ton sarcastique, alors même qu'il entendait Snape commencer l'incantation pour un sort de Saucisson. Il se concentra, puis le monde ondula autour de lui et le rejeta, comme s'il était en train de naître une seconde fois, le faisant atterrir avec un crack sur le bord ouest de la cuvette.

L'espace vide autour de la silhouette sombre s'étendit jusqu'à lui. La silhouette baissa sa capuche, et c'était en effet Rosier qui lui souriait.

« Voilà, » dit-il d'un ton joyeux. « Maintenant, nous ne devons pas être interrompus. Accendo— »

Harry formait déjà sa magie devant lui en une pointe se dirigeant droit vers la poitrine de Rosier. C'était quelque chose qu'il pensait pouvoir faire après avoir lu les livres de Snape sur la magie sans baguette. Rosier devrait s'en protéger, ou la pointe percerait son cœur.

Rosier grimaça brusquement, et haleta, et jeta un sort informulé qui arrêta celui d'Harry. Il regarda Harry d'un regard dans lequel il y avait à présent un peu de respect, puis acquiesça légèrement. « Vraiment impressionnant, Harry. 'Entrez dans cette forêt ensorcelée, vous qui osez'. Mais j'avais oublié que je devais moi aussi faire attention à l'obscurité. Tu es un mage noir, n'est-ce pas ? » Il agitait à présent sa baguette d'avant en arrière, projetant des étincelles inoffensives ou préparant un nouveau sort, Harry ne pouvait le savoir.

Harry ne dit rien. Il gardait un œil sur Rosier, mais il faisait également appel à sa propre puissance, la gardant près de sa poitrine. Ce qu'il devait utiliser était un sort simple, mais incroyablement puissant. Il devait s'assurer qu'il le réussirait, tout en se protégeant de ce que Rosier lancerait contre lui.

Rosier haussa un sourcil, et ce fut le seul avertissement qu'eut Harry avant de se tordre de douleur sous l'Endoloris.

« Je dis à Bellatrix qu'elle n'a aucun sens de l'aventure quand elle fait cela, » dit Rosier sur le ton de la conversation, qu'Harry pouvait entendre quelque part au-delà de la douleur. « Mais parfois les anciennes méthodes sont les meilleures, n'es-tu point d'accord ? Et puisqu'elle n'est pas là ce soir, j'ai pensé que je devais faire cela, pour lui rendre hommage. » Sa voix se transforma lorsqu'il recommença, de toute évidence, à citer un poème. « 'De l'affreuse sorcellerie, aucune trace, excepté l'empreinte montrant des orteils hâtifs, et un talon dont le moule reflète la terreur.' Ils se ruent tous, apeurés, et lorsque je vais répéter mon sort, ce sera encore pire. »

Harry serra les dents et contourna la douleur, se roulant dessous, par-dessus, ne laissant pas la panique le gagner lorsqu'il se souvint que le Doloris, lors de sa première année, lui avait cassé une côté, n'ayant pas besoin des murmures rassurants de Regulus, ne se laissant pas penser à autre chose qu'à résister contre la douleur et à lancer son sort sur le terrain—

Finite Incantatem ! cria-t-il en silence, mais avec toute sa volonté.

Il entendit le ténor des cris changer. Le Sort du Vent Maudit était parti. Les gens recommençaient à respirer normalement. Ils se réveilleraient totalement dans quelques minutes, avec un peu de chance.

Pendant ce temps-là, la douleur l'envahissait, puisqu'il n'avait plus de rempart de détermination derrière lequel se cacher.

Harry hurla, encore et encore, essayant d'évacuer l'agonie. Cela ne servait à rien de rester silencieux sous la torture. De toute façon, au final, les cris étaient arrachés, et la vie était bien plus importante que la fierté. Harry se concentra et rassembla sa magie.

« Cela commence à devenir ennuyant, » dit Rosier d'une voix forte et gaie.

Le Doloris cessa avant même qu'Harry puisse s'en occuper lui-même. Il resta là, essoufflé pendant un certain moment.

Puis il leva la tête lorsqu'un sort torride vint vers lui, et bloqua son chemin d'un Protego, puis s'efforça à se lever et à confronter Rosier, qui dansait autour de lui en traçant un cercle, ses yeux grand ouverts et son visage rieur.

« Solide, pour un enfant, » dit-il. « Trop prêt à se sacrifier, pour un Serpentard. Ce côté d'abnégation va certainement entraîner ta mort, Harry, surtout que le Seigneur des Ténèbres est bientôt de retour. » Il regarda la Marque des Ténèbres qu'il avait créée d'un air affectueux. Harry savait que s'il se retournait, il la verrait flottant là, avec sa tête de mort et son serpent.

Harry ne répondit pas. Il pensa Incendio, et la cape de Rosier s'enflamma. Rosier tournoya sur lui-même et enleva sa cape, continuant à tracer un cercle de ses pas. Au moins, pensa Harry, ils avaient maintenant la lumière claire du feu pour combattre l'horreur verdâtre qu'était la Marque des Ténèbres.

« Il y a des gens qui te diront que le côté de la Lumière triomphera forcément, tout comme il l'a toujours fait, mais des Seigneurs des Ténèbres ont vaincu auparavant. Je pense qu'un d'entre eux gagnera même si tu arrives vraiment à tuer mon Seigneur, Harry. Après tout, tu lui ressembles horriblement. »

Petrificus Totalus.

Le sortilège du Saucisson ne réussit pas à attraper Rosier, qui avait déjà élevé un bouclier. Son visage était désinvolte, puis il sourit et fit un geste de sa baguette, murmurant, « Adsulto cordis ! »

Harry bloqua l'attaque avec un bouclier, et répliqua avec un Tarantallegra informulé, qui réussit à faire danser Rosier pendant quelques instants avant qu'il ne réussît à l'annuler. Puis Rosier rit, son visage arborant une jouissance sincère tandis qu'il regardait dans les yeux d'Harry.

« Fais attention à Moody, » dit-il.

Harry le regarda. « Quoi ? » demanda-t-il, malgré sa résolution à ne plus adresse la parole à son ennemi.

Rosier lui adressa un clin d'oeil, et murmura, « Entrez dans cette forêt ensorcelée, vous qui osez, » et se retourna pour lancer un sort sur le terrain. « Cremo ! »

Le feu intense qui s'abattit depuis le ciel jusqu'aux sièges et aux loges avait détruit suffisamment de maisons et de lieux sûrs pendant la Première Guerre qu'Harry se sentit contraint de s'en occuper, et bien qu'il réussît à calmer les flammes en quelques secondes, les dégâts étaient faits. Le temps qu'Harry eût fini, Rosier avait déjà transplané.

Il laissa échapper un lourd soupir, et demanda à Regulus, Fait-il toujours cela ?

Rosier ne fait jamais « toujours » quelque chose, dit Regulus, sa voix blanche. Il est complètement imprévisible lorsqu'il fait ce genre d'actions spécifiques, Harry. Et cet avertissement, si tu peux appeler ça comme ça ? Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Alastor Moody est un Auror respecté. Il ne te trahirait pas pour des Mangemorts, et cela me semble inutile de t'encourager à se méfier de lui.

Harry secoua la tête et ferma les yeux. Sais-tu pourquoi il voulait venir ici ce soir ?

Surtout pour effrayer les gens, je pense. Du moins, c'était le but de la Marque des Ténèbres dans le ciel, et du sort du Vent Maudit. Mais également pour te tester, à ce qu'il me semble. Je ne sais pas pourquoi. Ce n'est pas comme s'il allait abandonner le Seigneur des Ténèbres et te rejoindre, et de toute façon tu ne voudrais pas qu'il soit de ton côté.

Harry renifla. Non. Il baissa les yeux vers ses mains tremblantes et soupira. Zut, il avait encore subi un Endoloris, et bien qu'il n'eût pu durer plus de quelques secondes, peu importe ce qu'il avait ressenti, il savait que Snape serait parfaitement déraisonnable à propos de cette affaire.

Est-ce que tu peux sentir Snape dans la foule ? demanda-t-il à Regulus, pendant qu'il écrasait ses cheveux. Il y avait un insecte dedans, mais il tomba et s'enfuit. Harry ferma les yeux. Il pouvait sentir le tremblement qui le parcourait, effet secondaire de la douleur et du choc, mais il ne voulait pas s'allonger ou s'évanouir. Il aurait le temps de faire cela plus tard, après s'être assuré que toutes les personnes importantes à ses yeux étaient hors de danger.

Juste derrière toi, dit Regulus, ayant l'air un tout petit peu amusé. Il est en train de grimper le faîte. Harry ?

« Ouais ? » Harry clignota des yeux et secoua la tête. Il commençait à voir des taches sombres devant ses yeux. Foutu Rosier.

Trouve-moi et ramène-moi dans mon corps aussi vite que possible, dit Regulus. Je peux te donner des conseils, mais il est absolument évident que tu as besoin du maximum de personnes possible pour te protéger, et je préférerais autant pouvoir me battre avec mon corps.

Harry commença à répondre, mais Snape l'empoigna par les épaules, le retourna et transplana. Harry cligna des yeux et frissonna, puis cligna encore des yeux lorsqu'il se rendit compte qu'ils étaient devant le village de Pré-au-Lard. Il leva les yeux vers Snape dans une expression de lasse incompréhension.

« Mais et Draco et— »

« Monsieur Malfoy va bien, » dit Snape, attrapant son poignet. « Je l'ai vu rejoindre ses parents avant d'aller te chercher. » Ses yeux plongèrent dans ceux d'Harry, intenses et furieux. « Tu m'as promis au début du mois d'août que si tu étais proche de Rosier encore une fois, tu ne le chercherais pas. »

Harry cligna des yeux. Il avait fait cette promesse, et facilement, parce qu'il n'avait pu imaginer une situation dans laquelle il serait proche de Rosier dans les mois à venir. « Je suis désolé— » commença-t-il.

« Je suis très fâché que tu m'aies désobéi, Harry. »

Harry frissonna. La voix était froide et menaçante, et promettait un tas de choses affreuses. « Hum. Désolé ? »

« Tu devrais l'être. » Snape se pencha en avant et regarda droit dans son visage. « Tu resteras à Poudlard jusqu'à ce que les cours ne reprennent, sauf pour des sorties absolument nécessaires, dans lesquelles je serais avec toi à chaque instant. Draco ne sera pas autorisé à te rendre visite jusqu'à la rentrée. Je te demanderai de préparer autant d'antidote contre les furoncles que tu pourras avant le premier septembre. »

« Mais les antidotes contre les furoncles sont ennuyantes, » protesta Harry, avant de tourner la langue sept fois dans sa bouche.

« Exactement, » dit Snape, puis il s'arrêta pour l'examiner. « Quels sorts t'a-t-il jeté ? »

Harry grimaça. « Endoloris. »

« Retenues pendant la première semaine d'école pour ne pas me l'avoir dit tout de suite, » dit Snape d'une voix neutre. « Maintenant, venez, Monsieur Potter. J'ai des potions qui feront partir les effets du Doloris. » Il se dirigea vers Poudlard, ne lâchant pas le poignet d'Harry. Harry baissa la tête et le suivit, soupirant lorsqu'il trébuchait de temps en temps sur des nids-de-poules.

Il savait que la colère de Snape provenait de sa peur. Il savait qu'il avait brisé sa promesse. Mais, qu'aurait-il pu faire d'autre ? Il était le seul qui aurait pu annuler les effets du sort du Vent Maudit.

Mais tu aurais pu faire cela sans aller confronter Rosier, murmura Regulus.

Tu es celui qui m'a dit qu'il m'attendait ! s'exclama Harry, incapable de croire à quel point la situation était injuste. Je devais m'occuper de lui !

Non, tu ne devais pas, l'infirma Regulus. Si j'avais été sûr de ce que tu aurais fait, je ne t'aurais pas dit où il était. À quoi t'a servi ton duel avec lui, Harry ? Absolument rien. Tu aurais pu annuler le sort et rester hors de danger.

Mais il aurait pu blesser quelqu'un d'autre, protesta Harry.

Et au lieu de ça, il t'a blessé toi, gronda Regulus. Oh oui, c'était une solution vraiment géniale, Harry. Arrête de risquer ta vie inutilement. Et Harry sentit le même silence dans sa tête que celui qui indiquait habituellement que Regulus était parti autre part.

Il reflétait le même silence qu'à l'extérieur, tandis qu'ils entraient dans Poudlard, que Snape lui donnait des potions et qu'il allait se coucher. Harry resta éveillé pendant un certain temps, ses bras croisés sous la tête, regardant les flammes, se demandant si Connor allait bien, ainsi que James, et les Weasley.

Il savait qu'il ne pouvait pas le demander à Snape. Son gardien refuserait de répondre, et ses punitions deviendraient pires.

Harry soupira et ferma les yeux. Zut, il avait juste voulu aider, et les gens autour de lui avaient tendance à avoir des réactions excessives, mais il aurait probablement dû être plus prudent.

Il ne savait pas comme l'être, cependant.

Il sombra dans un sommeil agité et troublé.


Après que son troisième verre de vin n'eut toujours d'effet, Snape se tourna et lança son gobelet dans la cheminée. Il se fracassa en un fort et satisfaisant fracas, et il émit un grondement, heureux que des sorts de silence protégeaient la pièce.

Il s'assit dans sa chaise favorite et regarda les flammes.

N'y avait-il pas de fin à cette montagne de troubles qu'Harry s'attirait ? N'y avait-il aucun moyen de le protéger ?

Snape ferma les yeux. M'attaquer à la racine du problème. C'est ce que je dois faire. Les punitions n'auront aucun effet ; je ne pense pas que ce que je peux dire aura un effet de longue durée sur Harry, à moins que je le menace de rejeter sa tutelle, et je ne peux pas faire cela, pas maintenant. Il ne me croirait jamais, de toute façon.

Non, ce que je dois changer sont ses attitudes, notamment celle qui dit qu'il doit être une arme et un sacrifice, et qu'il n'y a donc aucun mal à ce qu'il risque sa vie. Il ne pense jamais aux dangers dans lesquels il se lance avant d'avoir les pieds dedans. Oh, il se soucie de ce que nous pensons, Draco et moi, et il ne veut pas nous voir souffrir, mais dans ce cas-là il a balancé notre bien-être et celui de la foule, et puisque nous étions hors de danger et que nous n'étions pas l'objet de l'attention de Rosier, il n'a vu aucune raison de ne pas aller affronter le danger.

Voici donc un autre projet pour cette année.

Ah, Harry. Tu es la personne la plus compliquée que j'aie jamais connue.

Un battement d'ailles fit cligner des yeux Snape, qui leva la tête. Un hibou avait trouvé son chemin à travers le trou qu'il avait laissé dans ses barrières, réservé au passage des hiboux portant un parchemin vierge d'enchantements. Il se posa sur la table, patientant. Snape soupira et alla lui chercher une gourmandise.

Son coeur manqua brusquement un battement lorsqu'il vit que la lettre portée par le hibou portait le sceau du Ministère. Il déchira l'enveloppe et sortit le parchemin qu'elle contenait.

24 août 1994

Cher Professeur Snape,

Nous avons remarqué que votre pupille, Harry Potter, est un Fourchelang. Nous pouvons excuser votre ignorance, mais sous le nouveau décret 6.7.3. adopté par le Ministère pour le Contrôle des Talents de Magie Noire, M. Potter doit venir au Ministère et se faire inscrire comme étant en possession d'un don de magie noire. Cela est fait dans le but de protéger le monde sorcier, et je suis sûre que vous ne refuserez pas une si raisonnable demande. Veuillez apporter M. Potter au Ministère pour qu'il se fasse enregistrer avant la première semaine de cours à Poudlard. A moins qu'il soit inscrit, M. Potter ne pourra pas assister aux cours de Poudlard avec les autres élèves mages blancs.

Sincèrement,

Dolores Ombrage.
Assistance Spéciale du Ministre de la Magie.

Snape lâcha la lettre et attrapa sa baguette, faisant apparaître plusieurs quintaines en l'espace d'un battement de cœur. Quelques secondes plus tard, un sort avait détruit une des silhouettes de bois, si violemment que des morceaux de bois s'encastrèrent dans le mur.

C'était de toute évidence une nuit faite pour briser des choses, et au final Snape détruisit pas moins de plusieurs douzaines de quintaines avant de récupérer assez de maîtrise pour poser sa baguette et aller se coucher.


Le poème que cite Rosier est « The Woods of Westermain » de George Meredith. Les vers originaux sont « Enter these enchanted woods, / You who dare. / [...] Of dire wizardry no hint, / Save mayhap the print that shows / Hasty outward-tripping toes, / Heels to terror on the mould. » (Flemmardise)

Posté le 18/02/2012