De retour ... Pas de blabla ! Je vous laisse avec John. Action !

Yellow


Chapitre 7

Londres, 17h00 heure locale (midi à New York)

John retourna dans le bâtiment. Le temps de l'action était venu.

Après avoir retiré son blouson qui allait le gêner dans l'action, il ouvrit son sac et choisit ses armes avec soin. Son Sig Sauer au bout duquel il ajusta son silencieux, des chargeurs de rechange, il prit deux fumigènes qu'il glissa dans les poches de son pantalon. S'il avait besoin de temps, il pourrait s'en servir pour protéger quelques minutes Sara en empêchant ses geôliers de la voir. Il glissa enfin son couteau dans l'étui prévu à cet effet, accroché à sa ceinture, avant d'enfiler ses gants pour ne pas laisser de traces de son passage.

Il jeta un dernier coup d'œil pour s'assurer que les hommes étaient toujours à leur place. Il était temps…

Il longea la mezzanine en silence en direction de l'escalier. Il marqua un temps d'arrêt, examinant une dernière fois la scène, avant d'entamer sa descente.

Il se glissa entre les cartons et rejoignit en quelques secondes le premier homme. Celui-ci ne vit rien venir. John l'approcha par derrière, lui bloqua le cou d'une prise assurée et lui rompit les cervicales d'un vif mouvement de torsion.

Il cacha le corps derrière les cartons, non sans l'avoir fouillé. Il ne possédait aucun appareil de communication rapprochée ; il avait seulement un téléphone satellite sur lui, peut être un moyen pour Keller de les joindre. Il s'en empara.

Il se dirigea ensuite vers la pièce d'où avait émergé l'homme tout à l'heure. Il ouvrit la porte en silence mais fut surpris de se retrouver face à son adversaire qui s'apprêtait visiblement sortir. Il poussa l'homme de l'épaule pour pouvoir refermer la porte, et ainsi étouffer les bruits de lutte.

L'homme avait réagi vite, s'emparant d'un couteau. Le combat s'engagea. John fut atteint par un coup de couteau au bras, sans trop de gravité toutefois. Il réussit à le désarmer un combat à mains nues s'engagea alors. Les coups s'enchaînaient. Après un dernier coup plus violent que les autres, l'homme avait pris l'avantage sur John et tentait maintenant de l'étrangler. Les mains placées autour de son cou l'étouffaient progressivement.

John lui fit croire qu'il abandonnait la lutte en relâchant ses muscles ; son adversaire crut qu'il le tenait et relâcha sa pression une fraction de seconde. John en profita pour prendre une bonne respiration et répliqua d'un énorme coup de coude dans les côtes. Son adversaire grogna, ses poumons se vidant de leur air sous la pression du coup.

Reese s'empara de son couteau et avant que l'homme ne se reprenne, le lui planta dans l'abdomen, le tournant en un mouvement ascendant pour atteindre le cœur. L'homme s'effondra sur le sol et John récupéra son couteau.

Il prit quelques instants pour reprendre son souffle. Il en restait encore deux à éliminer.

Il était furieux contre lui lui-même. Le bruit du combat avait dû alerter les deux derniers hommes. Il venait de perdre son seul avantage, l'effet de surprise.

Il avait fait abstraction de ce qui l'entourait pendant le combat, se concentrant exclusivement sur son adversaire. Son cerveau se reconnectait maintenant de nouveau au monde autour de lui et les bruits de marteaux-piqueurs assourdissants qu'il entendit lui redonnèrent un peu d'espoir. S'ils étaient de la même intensité depuis quelques minutes, peut-être que le combat était passé inaperçu.

Il ouvrit la porte et avança prudemment dans l'entrepôt. Les piles de carton lui permirent d'approcher au plus près les deux derniers hommes de main, toujours absorbés par leur partie de cartes. Il les entendait respirer.

La partie de cache-cache était terminée. Il lui faudrait malheureusement s'exposer en pleine lumière pour affronter ses derniers adversaires. Il était proche d'eux, mais un coin de mur rétrécissait son angle de tir. Il n'en avait qu'un dans sa ligne de tir.

Sa décision fut prise en un éclair, il sortit de sa cachette, son arme prête à tirer.

Les deux hommes n'eurent pas le temps de réagir et s'effondrèrent, touchés mortellement par ses tirs.

Alors que John s'avançait en direction de Sara, il fut brutalement poussé contre la vitre. Son arme lui échappa, un peu sonné par la violence du choc et la surprise de cette apparition qu'il n'avait absolument pas anticipée.

Il eut à peine le temps de se retourner que cet homme, sorti de nulle part, lui assena un violent coup dans le ventre.

Un deuxième corps à corps s'engagea et quelque chose dans la façon de bouger de son opposant lui laissa penser que celui-ci allait être beaucoup plus compliqué à neutraliser. L'homme le dépassait en taille et sa forme physique semblait étincelante. Lui-même venait déjà de livrer un premier combat qui avait laissé quelques traces sur son corps. La partie s'annonçait inégale.

Instinctivement, le premier geste de John fut de se placer entre Sara et cet homme. Les coups pleuvaient avec force et précision. Malgré sa résistance, il sentait qu'il perdait l'avantage. L'homme avait probablement suivi le même genre d'entraînement que lui, mais il était plus fort et plus jeune.

Soudain, d'une prise assurée, l'homme réussit à le soulever de terre et le précipita de nouveau contre la vitre derrière eux.

La vitre explosa sous l'impact, et après l'avoir traversée, John atterrit violemment sur le sol. Il sentit les débris de verre s'incruster dans son dos. L'homme ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits et se précipita vers lui, lui assenant des coups de botte répétés, tandis que John essayait de protéger ses côtes. Abandonnant les coups de pied, l'homme se pencha mains écartées, en direction de son cou.

John cherchait une solution. Vite. Un bout de verre plus gros que les autres se matérialisa sous sa main. Il s'en saisit. Dès que son adversaire fut assez proche, sa main jaillit et il lui planta le morceau de verre dans la carotide.

L'homme poussa un cri rauque en se redressant et enleva le bout de verre, mais il était déjà trop tard. Le flot de sang était trop important pour être stoppé. Quelques instants plus tard, il s'effondra agonisant.

John se redressa péniblement. Il avait l'impression que son corps était passé dans un broyeur. Son dos le faisait atrocement souffrir. Mais sa mission n'était pas terminée. Il rassembla le peu de forces qu'il lui restait et se dirigea vers la jeune femme qu'il était venu chercher.

Au fond de la pièce Sara était tendue. Elle avait assisté à toute la scène et se demandait sans doute si l'inconnu qui venait de tuer les cinq hommes n'était finalement pas plus dangereux que ses geôliers.

John sortit son couteau et coupa les liens qui retenaient Sara à sa chaise, puis détacha le bâillon. Sara se frotta immédiatement les poignets en grimaçant. Les liens plastiques avaient entaillé la peau jusqu'au sang.

"Qui êtes-vous ?" demanda-t-elle à son mystérieux sauveur.

"Un… ami de Neal," répondit Reese, hésitant sur le terme. Ami était sans doute précipité mais pour l'instant, il devait rassurer la jeune femme.

Sara le regarda attentivement, parcourant la grande silhouette du regard. Cet homme n'avait pas grand-chose à voir avec les relations habituelles de Neal. Il était dangereux, un tueur de toute évidence, tout l'opposé de Neal qui détestait la moindre violence.

"Il a bien changé en quelques jours," murmura-t-elle.

"Je vous expliquerai tout ça plus tard, pour l'instant nous devons partir. Un avion nous attend pour rentrer à New York."

"New York ?" s'exclama Sara. "Mais…"

Elle vivait à Londres, pourquoi cet homme voulait-il la ramener à New York ? Elle se leva précipitamment pour s'écarter. Et s'il n'était pas vraiment là pour la sauver ? Mais les longues heures passées assise et attachée se firent sentir et elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Reese la retint immédiatement.

"Doucement."

Un instant il crut qu'elle allait s'évanouir, puis au prix d'un effort visible, elle se redressa. John eut un regard admiratif. Caffrey n'avait pas menti en disant qu'elle était une battante.

"Mademoiselle Ellis, je m'appelle John. Un dénommé Keller a organisé votre enlèvement pour faire chanter votre ami Neal..."

"Keller ?" répéta Sara. "Je croyais qu'il était en prison."

"Il semblerait qu'il soit aussi doué que votre ami pour en sortir." Il lui lâcha le bras. "Pouvez-vous marcher ou dois-je vous porter ?"

Sara s'écarta d'un pas en le foudroyant du regard.

"Monsieur… John, je suis tout à fait capable de prendre soin de moi."

"Je n'en doute pas un instant. J'ai vu le visage de vos agresseurs… Allons-y."

Avant de quitter l'entrepôt, John prit quelques instants pour fouiller les quatre derniers hommes qu'il venait d'abattre. Il s'empara de tous les téléphones, puis grimpa sur la mezzanine pour récupérer ses affaires et remettre son blouson. Enfin, il sortit Sara de l'entrepôt par la porte de devant, non sans avoir coupé toutes les caméras de surveillance.

Dirk les attendait comme prévu au point d'extraction.

En route pour l'aéroport, John appela Finch sur la ligne sécurisée.

"Finch, Mlle Ellis est saine et sauve."

"Dieu merci," souffla Finch.

"Nous repartons tout de suite pour New York. Prévenez Caffrey."


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New York, bureau du FBI, 13h00 (18h00 à Londres)

Neal essayait vainement de se concentrer sur son dossier. Il ne comptait plus le nombre de tasses de café insipide qu'il avait avalées pour rester éveillé.

Il sentait le regard de Diana sur lui depuis son arrivée tardive, et celui de Jones dès qu'elle s'absentait. Visiblement son excuse concernant son retard n'avait pas convaincu Diana qui semblait penser qu'il préparait quelque chose dans son coin. Comme si de sentir la méfiance de Calloway ne suffisait pas, c'était maintenant les deux agents qui le surveillaient.

Il relut une nouvelle fois le document sous ses yeux sans que les mots n'aient davantage de sens. Malgré lui, son esprit s'égarait et il revoyait à Sara, attachée sur une chaise, et John en tenue noire, le visage sombre, lui promettant qu'il la ramènerait. Mais Londres semblait bien loin et le temps ne passait pas assez vite.

Le téléphone que lui avait donné John vibra sur son bureau et il sursauta. Il tendit une main tremblante pour répondre, devant s'y reprendre à deux fois avant de réussir à accepter l'appel.

"Allo."

"M. Caffrey, ici Harold Finch. Je viens d'avoir M. Reese, Mlle Ellis est saine et sauve."

Neal sentit tout son sang quitter son corps, content d'être assis sans quoi il serait tombé. "Dieu merci."

"Je n'ai malheureusement pas beaucoup plus d'informations pour vous pour le moment. M. Reese m'a appelé sur le chemin de l'aéroport. J'espère avoir de ses nouvelles après leur décollage. Je ne manquerai pas de vous tenir informé."

"Merci Finch. Merci," répéta Neal trop soulagé pour être capable de dire autre chose.

Son interlocuteur coupa la communication sans d'autre commentaire, mais Neal ne s'en formalisa pas. Il posa le téléphone sur la table et s'aperçut que Diana le regardait d'un air méfiant. Il lui adressa un petit sourire et se leva pour aller aux toilettes.

Il s'aspergea le visage d'eau froide et se regarda dans le miroir. Il avait une mine affreuse, pas étonnant que Diana ne le lâche pas des yeux.

Sara était vivante, saine et sauve. Il ne pourrait jamais assez remercier John.

Quant à Keller…

Son visage s'assombrit. Il avait déjà tiré une fois sur Keller. La seule difficulté était venue du mal de crâne qu'il avait après avoir été assommé par un tableau de Raphaël. Encore aujourd'hui il avait du mal à savoir si la douleur avait été plus physique que morale. Même si les contusions sur son visage avaient témoigné de la violence de l'impact.

Il pourrait très bien recommencer…

La dernière fois qu'il avait pointé une arme sur quelqu'un, Peter l'avait arrêté. Cette fois il ne serait pas là, et il doutait que John l'empêche de tirer.

Ce matin, en quittant le loft, il avait cherché son escorte des yeux. Il avait eu du mal à la repérer. Elle était aussi douée que John pour suivre quelqu'un sans se faire remarquer. Mais lui-même était fort à ce jeu, il avait fini par l'identifier. Il avait besoin d'une arme et il était convaincu que Shaw serait en mesure de lui en fournir une.

Sa décision était prise. Il ne laisserait pas Keller continuer à faire de sa vie un enfer.

Il s'essuya le visage et retourna à son bureau, plus calme, maintenant qu'il savait ce qui allait suivre.

Un mail était arrivé sur sa boîte personnelle. Il avait le mérite d'être concis.

"22h00, SOUS LE QUEENSBORO BRIDGE. VIENS SEUL."

John allait à peine avoir le temps de rentrer.

Mozzie avait fait le nécessaire pour le trésor, mais ils n'avaient même pas besoin de le charger dans le camion. Il le conduirait jusqu'au lieu du rendez-vous. Il avait un avantage, Keller serait persuadé qu'il n'était pas armé.

Une froide résolution envahit son corps. Il se demanda un instant si c'était ce même calme que ressentait John quand il passait à l'action. Sauf que l'homme semblait être constamment dans cet état d'esprit.

Il transmit l'heure et lieu du rendez-vous à Finch, puis se plongea à nouveau sur son dossier. Maintenant qu'il était rassuré quant au sort de Sara et sur la suite des événements peut-être qu'il parviendrait à trouver l'élément qui lui échappait depuis le début dans cette affaire de faux.


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Londres, 18h00, heure locale (13h00 à NY)

Comme convenu, l'avion était prêt au décollage dès leur arrivée à l'aéroport. Moins de trente minutes plus tard, ils étaient dans les airs.

Reese détacha sa ceinture et se dirigea vers l'arrière de l'appareil. Sara voulut détacher la sienne et s'aperçut qu'elle tremblait de tout son corps. Elle serra les dents essayant d'ouvrir la boucle de la ceinture à deux mains sans y parvenir. Elle lutta contre les larmes qui montaient à ses yeux. Maintenant que le danger était passé, l'adrénaline retombée, l'angoisse qu'elle avait connue l'envahissait dans tous ses pores.

Voyant les tremblements de la jeune femme, John s'accroupit à ses côtés, déboucla la ceinture pour elle et lui posa une main de réconfort sur l'épaule. Avec un léger gémissement, elle se jeta sur lui, l'enlaçant de ses bras, s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage. Réprimant la douleur vive qu'elle venait de déclencher en appuyant ainsi sur les blessures de son dos, Reese lui passa un bras autour des épaules et laissa la jeune femme pleurer sur son blouson, lui tapotant le dos d'un geste maladroit.

Au bout de quelques minutes, elle se redressa et passa une main sur ses yeux pour essuyer ses larmes.

"Désolée," s'excusa-t-elle.

Reese haussa un sourcil. Sa réaction était tout à fait naturelle, qu'elle se soit finalement effondrée était tout ce qu'il y avait de plus normal. Cette jeune femme était étonnante, il comprenait que Caffrey y soit autant attaché.

Il se releva pour aller prendre la trousse de secours à l'arrière de l'appareil.

"Vous êtes blessée, laissez-moi bander vos poignets."

Il désinfecta soigneusement les plaies, admirant une nouvelle fois le courage de la jeune femme qui malgré la douleur ne laissa échapper que quelques gémissements. Il lui nettoya ensuite le visage. Certaines contusions avaient déjà commencé à changer de couleur, la lèvre entaillée semblait encore sensible mais ne nécessitait pas de soins particuliers.

"Je dois faire peur à voir…"

Reese lui sourit, heureux de constater qu'elle soit suffisamment remise pour se sentir femme à nouveau et penser à son apparence.

"Vous êtes très jolie, Mademoiselle Ellis. Neal a bien de la chance."

Il jeta les compresses utilisées pour soigner Sara et se dirigea vers le fond de l'appareil pour s'occuper de ses propres blessures.

Une fois son blouson enlevé, il jeta un œil à son bras. Le couteau qui l'avait atteint était affuté comme une lame de rasoir, il avait traversé son t-shirt comme du beurre. Mais la plaie était nette, une simple entaille, peu profonde. Il la désinfecta et appliqua un pansement serré pour arrêter le saignement. Puis il observa son cou dans le petit miroir au-dessus du lavabo des toilettes. Ça n'était vraiment pas passé loin… Il grimaça un peu en touchant la zone, extrêmement sensible. A la réflexion, il avait eu de la chance. Les hommes de main de Keller étaient de vrais tueurs, seule sa longue expérience lui avait sauvé la mise cette fois.

Par contre, son dos lui faisait un mal de chien. C'était comme si des centaines d'aiguilles le pénétraient en même temps. Il ne pouvait pas demander à Mlle Ellis de jouer les infirmières. Elle avait certainement eu son compte d'émotions. Pourtant, il fallait bien que quelqu'un regarde, il ne pouvait même pas s'appuyer sur le dossier du fauteuil. Son dos devait être incrusté d'éclats de verre.

Sara fut surprise de voir John passer devant elle, torse nu, se dirigeant vers le cockpit. Puis, ses yeux se posèrent sur lui et elle découvrit avec effroi que tout son dos était en sang. La paroi en verre, comprit-elle soudain.

Quand Dirk vit John entrer dans la cabine de pilotage il ne put s'empêcher de sursauter. Son passager avait un bandage au bras et de nombreuses marques de coups sur le torse.

"John ?" demanda-t-il surpris.

"Dirk, je vais encore avoir besoin de vos services. Avez-vous eu l'occasion de mettre en pratique votre formation en premiers secours depuis que vous avez quitté l'armée ?"

Le pilote haussa un sourcil interrogateur et John se tourna légèrement en signalant son dos du pouce. Dirk ne put s'empêcher une grimace de douleur compatissante. Il activa une touche sur le tableau de bord et se leva.

"Bill, je te confie le poste de pilotage. N'en profite pas pour faire des loopings," ajouta-t-il d'un air faussement menaçant.

Bill eut un sourire en coin et John se dit que cet échange cachait une histoire.

"Des loopings ?" répéta-t-il à l'attention de Dirk en quittant la cabine.

"Cela fait partie des manœuvres auxquelles on procède quand on teste un avion… généralement sans passagers à bord. Ça permet de tester les limites de résistance de la carlingue."

"Vous êtes pilote d'essai ?"

"Non, je me contente de faire les vols d'essai pour les acheteurs potentiels." Il eut un sourire pensif. "Monsieur Wren avait des demandes… bien précises."

John l'imaginait sans peine, mais il était curieux de savoir quelles pouvaient bien être ces demandes. Les deux hommes se dirigèrent vers le fond de l'appareil sous le regard inquiet de Sara.

Relevant les accoudoirs du fauteuil, John s'assit de côté pour présenter son dos à Dirk, qui s'accroupit pour l'examiner soigneusement. Il alla chercher une tasse qu'il posa à côté de Reese, puis sortit une pince et de la gaze de la trousse de secours.

"Prêt ?" demanda-t-il avant de s'attaquer à la longue opération qui l'attendait.

John se contenta de hocher la tête.

Méthodiquement, morceau par morceau, Dirk enleva les éclats de verre qui s'étaient incrustés dans le dos. Certains étaient minuscules et superficiels, d'autres plus grands s'étaient enfouis plus profondément et nécessitaient d'enfoncer la pince plus loin pour les attraper. Il appuyait systématiquement la gaze pour arrêter le saignement de chaque plaie. John ne bougeait pas, mais Dirk percevait parfois une inhalation plus marquée quand la douleur s'accentuait. Il essaya de détendre l'atmosphère.

"Vous savez, généralement on ouvre les fenêtres avant de passer à travers…"

"Je penserai à le signaler à mon agresseur la prochaine fois qu'on me jette sur une paroi en verre."

"Remarquez, ça aurait pu être pire," commenta Dirk.

John tourna légèrement la tête pour le regarder, l'air sceptique.

"Vu l'état de votre dos j'en conclus que la vitre a explosé quand vous l'avez traversée. Vous n'avez pas d'entaille particulièrement grande. J'imagine que la plupart de ces morceaux se sont juste enfoncés quand vous êtes tombé dessus."

"Je suppose que c'est une façon de voir les choses," rétorqua John.

Dirk signala une marque sur le côté. "Jolie trace de botte."

John jeta un œil sur ses côtes. Les coups de pied répétés sur son abdomen commençaient à changer de couleur. Mais il avait eu de la chance, pas de blessure interne ou de côte cassée.

"Ils étaient combien ?"

"Au final, cinq, un des hommes est sorti de nulle part, je n'en attendais que quatre."

Dirk garda le silence. Vu l'état de son passager, il se doutait que le combat avait été rude. Il aurait dû insister davantage pour lui apporter son soutien. Il ignorait tout de l'opération, mais cela ressemblait beaucoup à une libération d'otage. Il avait vu les bandages sur les poignets de la jeune femme.

"La dame va bien ?" demanda-t-il à voix basse.

"Etonnamment bien étant donné ce qu'elle a traversé."

Dirk observa le dos soigneusement. "Je pense que je les tous eus. Faites-vous examiner de près dans un jour ou deux."

Puis il vaporisa largement le dos de spray antiseptique. John se redressa vivement en étouffant une exclamation, il avait l'impression que son dos avait pris feu.

"Désolé," s'excusa machinalement Dirk. Il essuya le dos, satisfait que la plupart des coupures ne saignent plus.

"Merci, Dirk."

"Je vous en prie."

Il se releva et rangea la trousse, jetant au passage le contenu de la tasse et la gaze tachée, puis retourna dans le cockpit en secouant légèrement la tête. Il n'en revenait pas de la résistance à la douleur de son passager. Lui-même, en tant que militaire, avait connu quelques blessures et savait gérer son corps, mais à ce niveau cela le dépassait.

Après avoir enfilé un nouveau tee-shirt, John rejoignit Sara dans la cabine et s'empara du téléphone pour recontacter Finch.

"Finch, pouvez-vous essayer de joindre Caffrey ? Je suis sûr que Mlle Ellis serait heureuse de lui parler."

Quelques secondes plus tard, une nouvelle voix se mêlait à la conversation. Il sourit et tendit le téléphone à Sara.

"Neal ?" fit-elle d'une voix étranglée.

"Sara ?"

Reese se leva et se dirigea vers la cabine de pilotage pour offrir un peu d'intimité à sa passagère. Il espérait que Finch en ferait autant de son côté. Ayant fait le point avec le pilote sur l'heure estimée de leur arrivée et le temps de vol prévu, il retourna dans la pièce principale.

"Neal, je te laisse. J'ai hâte de te voir," elle sourit. "Je t'aime aussi… A bientôt."

Elle leva les yeux vers Reese et lui tendit l'appareil.

"Merci," fit-elle simplement.

John reprit le combiné.

"Finch, où en sommes-nous ?"

"Nous avons formellement établi, preuves à l'appui, toute la chaîne de corruption dans laquelle trempait le Sénateur depuis ses années dans la Police. Il ne s'est jamais arrêté en fait. Si le dossier que nous venons de constituer, avec Mozzie, venait à tomber entre de mauvaises mains, c'est une dizaine d'hommes politiques, de nombreux policiers et d'hommes d'affaires qui seraient éclaboussés. De quoi assurer de nombreux contrats à Melle Morgan", ajouta Finch.

John eut un léger sourire en pensant à la jeune femme.

"Comme d'habitude, elle a été d'une aide précieuse," reprit Finch. "De son côté, elle a trouvé des éléments qui pourraient permettre à l'avocat de la Défense de discréditer le témoignage de l'agent Calloway. Nous avons notamment des transferts d'argent entre l'un des comptes du Sénateur et celui de Melle Calloway. Les sommes sont conséquentes, notamment un virement à l'époque d'une visite confirmée du Sénateur à Atlanta, là où était en poste l'agent Calloway, avant New York. En creusant un peu, Mlle Morgan a déniché, grâce à ses contacts, un incident bizarrement passé sous silence par la presse locale dans un club de la ville. Il semble que M. Pratt ait quelque peu dérapé dans son comportement avec l'une des employées."

"Encore un homme qui se croit tout permis," gronda John.

"Nous pouvons donc prouver que le Sénateur Pratt et l'agent Calloway se connaissaient, qu'elle a touché des pots de vins, un au moins pour étouffer une affaire pour lui donc, pourquoi n'aurait-elle pas écarté volontairement les autres pistes dans cette enquête pour faire payer a postériori son acharnement sur le Sénateur, un bon ami, à l'agent Burke ?"

"Une chance que l'employée du club vienne témoigner ?" s'enquit John.

"Non, aucune, elle vit maintenant en Australie," répliqua Finch.

"Autre chose, Monsieur Reese. Toujours grâce aux contacts de Melle Morgan, nous allons également fournir à l'avocate de la Défense quelques éléments concernant le Procureur Dennis. L'un de ses amis, l'avocat Harvey Specter, nous a envoyé le dossier d'une vieille affaire lors de laquelle le Procureur ne s'était pas intéressé à toutes les pistes possibles, ce qui avait conduit un innocent en prison."

"Je suis content d'entendre que vous avez des éléments intéressants, Finch, mais j'ai le sentiment que cela pourrait ne pas suffire, surtout si l'on veut que le nom de l'agent Burke soit totalement blanchi. Les informations que nous avons permettent de discréditer les personnes menant l'enquête mais pas de prouver l'innocence de Burke. Il faut continuer à chercher le père de Neal. Lui seul peut permettre à l'agent Burke de retrouver sa place au sein du FBI."

"Je le sais bien, John," conclut Finch d'une voix inquiète. "En tout cas, tout ce que nous avons va être remis à l'avocate de Burke. Je ne sais pas ce qu'elle en fera. Espérons que cela l'aidera à défendre son client au mieux."

Reese entendit le cliquetis familier des touches du clavier de son employeur. Ce son avait un côté réconfortant. Il avait hâte de retrouver le confort de la bibliothèque.

"Deux informations pour finir, M. Reese. Des hommes de confiance viendront chercher Melle Ellis. Un hélicoptère vous attendra, prêt à vous ramener sur l'héliport déjà utilisé à l'aller c'est le plus proche du lieu de rendez-vous transmis par Keller : sous le Queensboro Bridge."

"C'est noté, Finch. Dites à Shaw de se positionner sur la zone de l'échange. J'ai besoin d'elle pour le repérage et éventuellement en soutien. Je doute que Keller vienne seul.

"Je vais vous laisser pour récupérer un peu avant ce nouvel affrontement."

John coupa la communication et ferma les yeux quelques instants. La fatigue le gagnait mais il devait surveiller Sara. Il s'autorisa toutefois un peu de relâchement, ils étaient en sécurité dans l'avion. Mais il y avait encore tant à faire…


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New York, bureau du FBI, 17h00

En quittant le bureau en fin de journée, Neal chercha Shaw des yeux et ne tarda pas à la trouver. Il se dirigea droit vers elle.

De près, la jeune femme était intimidante. Brune, pas très grande, elle semblait faite d'acier. Son visage, pourtant beau, était surtout marqué par une froide colère. Comme si elle en voulait à la terre entière.

"Bonjour," fit-il en lui tendant la main.

Shaw sembla surprise et hésita un instant avant de lui serrer la main.

"Nous ne sommes pas censés nous parler ?" demanda Neal.

"Non, pas vraiment," répondit Shaw. "Je préfère garder mes distances, c'est plus efficace si l'on ne me voit pas."

"L'heure du rendez-vous est fixée, je doute que Keller m'observe en ce moment."

"Oui, je suis au courant. Nous serons là."

"J'ai besoin d'une arme," expliqua Neal, prêt à plaider sa cause.

"Oui, bien sûr."

Shaw passa la main dans son dos puis sembla prendre conscience que lui tendre une arme en pleine rue attirerait peut-être les regards. Elle lui fit signe de la tête et ils s'éloignèrent en direction d'une ruelle plus discrète.

Elle prit l'arme vérifia le chargeur et la lui tendit.

"Vous avez besoin de chargeurs supplémentaires ?" demanda-t-elle froidement.

"Non, ça ira."

S'il ne parvenait pas à tuer Keller avec un chargeur, l'issue de la rencontre ne laissait aucune place au doute.

"On ne le laissera pas s'en tirer," l'informa Shaw. "Rentrez chez vous."

Neal glissa l'arme dans son dos et se dirigea vers un taxi. Il voulait rentrer chez lui au plus vite, et que Shaw se débrouille comme elle le voulait pour le suivre. Tandis que le taxi s'éloignait, il jeta un œil en arrière pour l'observer. Par certains côtés, elle était encore plus effrayante que John. Une version plus petite mais tout aussi dangereuse. Peut-être même plus. Il avait vu de l'humanité dans les yeux de John, Shaw faisait penser à une machine à tuer, dénuée de tout sentiment ou émotion.

Sara était en sécurité, quelque part au-dessus de l'Atlantique. Il devait appeler Mozzie. Si l'échange avec Keller venait à tourner mal, il devait s'assurer qu'elle ne manquerait de rien. Il était surpris par la netteté avec laquelle il envisageait les choses. Lui qui détestait toute forme de violence s'apprêtait à tuer un homme…

Il ne se reconnaissait pas.


A suivre

N/A : Neal ira-t-il jusqu'au bout de son acte ?

Stay tuned…


Et voilà, Sara est à l'abri mais il reste encore quelques problèmes à régler ... RDV bientôt pour la suite !