Chapitre VII
Winry sentit des larmes de joie emplir ses yeux. Elle poussa au loin son pessimisme, elle voulait croire au bonheur qui se présentait à eux, qu'il soit sinueux ou non, cela n'avait pas d'importance. Un timide sourire étira ses lèvres. Elle fut aussitôt imitée par Envy.
- Je me sens stupide, déclara-t-il soudain sans cesser de sourire.
- Moi aussi, avoua la jeune fille. C'est fou, j'adore ça!
Elle le gratifia d'un clin d'œil. Il ne résista pas plus longtemps et l'attira dans une tendre étreinte.
C'était fou, irréel, dangereux, mais tout cela n'était rien comparé à la douce chaleur qui les enveloppait. L'un et l'autre venaient enfin de trouver une épaule sur laquelle se reposer.
- Ca ne peut malheureusement pas durer, souffla-t-il à contre-cœur.
Winry hocha la tête. La réalité ne pouvait être ignorée, elle ne pouvait pas rester son otage, et lui son kidnappeur, pour toujours.
- Je vais leur donner des indices sur l'endroit où tu es. Il leur suffira de venir, on fera comme si je m'étais absenté, ainsi il n'y aura pas d'affrontement.
- Dans combien de temps?
Il resserra son étreinte.
- Le plus tôt sera le mieux.
La jeune fille soupira. Se séparer était la meilleure solution, la plus saine, la plus... contrariante. Elle fronça les sourcils lorsque l'idée qu'ils puissent ne jamais se revoir lui traversa l'esprit. Une vive douleur s'éveilla entre ses deux yeux la faisant gémir.
- Ne commence pas à penser au pire. Je ne veux pas te voir pleurer pour rien.
- Je ne pleure pas, se défendit-elle en le fixant intensément.
Non, elle ne pleurait pas, pas encore. Cependant, elle savait que les larmes n'étaient pas loin, attentives au moindre moment de faiblesse, elles n'hésiteraient pas à couler, ces traitresses, comme lorsque Edward et Alphonse s'éloignaient d'elle. Quelles certitudes avait-elle? Comment pouvait-elle être sûre qu'il ne lui arriverait rien, qu'ils ne leur arriveraient rien? Et s'ils étaient amenés à se battre? De telles pensées suffisaient à l'angoisser, mais les larmes ne triompherait pas. Winry ne voulait pas paraître faible devant Envy, elle ne voulait pas qu'il s'inquiète de la laisser seule, parce que oui, une fois Envy parti, une fois Edward et Alphonse repartis on-ne-sait-où, elle se retrouverait seule, encore.
- Fais-moi confiance. Tout se passera bien.
- Je te fais confiance. Mais croire que tout se passera bien, c'est comme me demander de croire au père Noël, murmura-t-elle.
Envy leva les yeux au ciel et dans la seconde qui suivit, un vieux monsieur à la barbe blanche et aux vêtements principalement rouges se tenait à sa place.
Winry fut stupéfaite par le changement si soudain. Elle resta bouche bée quelques secondes avant de succomber à un énorme fou rire. Elle savait qu'Envy était capable de choses surprenantes, seulement elle n'aurait jamais imaginé qu'il puisse faire ce genre de chose. Son hilarité était si forte qu'elle fut obligée de se plier en deux, tenant ses côtes douloureuses par réflexe.
Le jeune homme – ou plutôt le vieux monsieur – ne put s'empêcher de sourire et de souhaiter, en la voyant ainsi, d'être toujours en mesure de la faire rire. Il reprit éventuellement sa forme initiale lorsqu'il la perçut sur le point de s'asphyxier.
- Ne t'inquiète pas tant que ça. Je nous laisse encore aujourd'hui, dit-il avec tendresse. Pour le reste, fais-moi confiance et j'en ferai de-même.
Winry acquiesça avant de se blottir dans les bras de celui que son cœur désirait. Envy l'encercla de ses bras protecteurs. Tous deux enlacés, les yeux fermés, ils décidèrent d'un accord muet de ne pas se quitter de la journée, leur journée. Il y en aurait d'autres, mais pour le moment, ils désiraient simplement profiter de l'instant présent.
Cette nuit là, ils dormirent tous les deux sur le canapé, blottis l'un contre l'autre, jusqu'à ce que les rayons du soleil viennent les tirer de leur agréable torpeur.
Malgré tous ses efforts, toute la mauvaise volonté, toutes les mines boudeuses qu'elle put faire, Winry ne parvint pas à détourner Envy de ses projets. Tant mieux d'ailleurs, il fallait que cela soit fait avant que leur situation ne soit découverte et que le tout ne tourne au drame. La bibliothèque, seule source de distraction dans cette maison, lui procura de quoi occuper sa journée, lui évitant de trop se ronger les sangs.
Envy hésita longuement avant de mettre son plan à exécution. Accepter Winry dans sa vie la mettait en danger. Méritait-il qu'elle prenne de tels risques? Il faillit tout abandonner, donner l'indice et partir sans intentions de retour, mais il ne put s'y résoudre. Après tout, il ne l'avait pas forcée à s'attacher à lui. Il se doutait également qu'elle lui en voudrait plus de l'abandonner que de la faire vivre dans cette insécurité qui deviendrait, dans peu de temps, leur compagne.
Il prit une profonde inspiration et se métamorphosa. Un physique quelconque pour un voyageur anonyme destiné à rencontrer les frères Elric. Selon ses informations, ils cherchaient ouvertement toutes les informations qui pourraient les renseigner sur la location de leur amie. Cela rendait sa tâche aisée. Il lui suffisait d'aller les trouver, de leur raconter qu'il avait aperçu une jeune fille ressemblant à celle de leur description, de leur donner l'endroit et l'affaire était réglée.
Égoïstement, il espérait que les deux frères mettraient du temps à s'organiser, lui accordant de cette manière plus de temps en compagnie de Winry. Mais il n'était pas naïf à ce point, connaissant l'impulsivité d'Edward, il aurait tout juste le temps de lui dire au revoir avant qu'ils ne la retrouvent.
- Et merde, jura-t-il, j'aurais dû nous laisser un jour de plus.
Winry ne put résister à l'envie de lui sauter au cou lorsqu'il passa la pas de la porte. Envy accueillit cette étreinte à bras ouverts. Ils restèrent immobiles plusieurs minutes, craignant que l'instant de leur séparation ne soit plus dur qu'ils ne l'avaient imaginé.
Envy se résigna le premier à s'éloigner, sans pour autant la lâcher.
- Ils seront là dans une heure, chuchota-t-il la gorge serrée par l'appréhension.
- Ils n'ont pas perdu de temps. C'est eux tout craché. Ils ne se sont doutés de rien je suppose?
Winry posa la question sans vraiment attendre de réponse. Elle ne doutait pas des capacités d'acteurs d'Envy. Ils avaient beaucoup parlé le jour d'avant, de leurs vies, de leur futur, de son passé à lui. Winry n'avait montré aucune répugnance envers lui même une fois son récit terminé. La jeune fille lui avait assuré qu'elle croyait en la nature des êtres, elle le pensait capable de changer, elle savait qu'il avait déjà changé. Le cœur d'Envy s'était serré en entendant ce témoignage de confiance et, pour la première fois, avait cédé au désir d'embrasser la jeune fille. Leurs lèvres s'étaient scellées pour un baiser empli d'une tendre passion. Pour la première fois ce jour là, ils s'étaient mutuellement avoués leurs sentiments, leur désir d'être ensemble, de se lier l'un à l'autre. Pour la première fois cette nuit-là, ils s'étaient aimés, enlacés dans une maison vide, telle une page blanche, le signe d'un nouveau départ, d'un futur dont ils écriraient eux même les lignes.
La séparation serait dure, mais pas insurmontable. Ils s'aimaient et rien ne pourraient les faire douter de cette vérité qui saurait, en toutes circonstances, tenir tête à l'insécurité, à la solitude.
Winry enfouit sa tête dans le cou de son amant et s'imprégna de son odeur.
- Pour une fois, j'aurais souhaité qu'ils ne soient pas aussi pressés, murmura-t-elle.
Envy rit de son ton boudeur. Il la souleva délicatement dans ses bras et la porta jusqu'au canapé.
- Il nous reste une heure, commença-t-il en l'allongeant sur les coussins, et je ne veux pas la perdre.
Il attaqua le cou de la jeune fille avec passion. Winry ne protesta pas bien au contraire. Elle non plus ne voulait pas perdre ce temps si précieux.
Ils s'aimèrent avec passion, tendresse, noyés dans leur amour.
Lorsque le temps de se séparer arriva, ni l'un ni l'autre ne tenta d'y déroger. Ils devaient préparer l'arrivée des frères Elric, chaque seconde était précieuse. Avant de ligoter Winry au sommier de la chambre à coucher, Envy l'embrassa une dernière fois, espérant faire passer dans ce baiser tout ce qu'il ressentait pour elle. Il fut ravi qu'elle lui réponde avec la même ferveur.
- Je t'aime, n'en doute jamais.
Winry lui offrit son plus beau sourire.
- Je t'aime aussi.
Il quitta la pièce sans se retourner. Des adieux en pleurs n'étaient pas nécessaire, en outre ce n'était pas un adieu, juste un au revoir. Ils se reverraient bientôt, ils en étaient certains.
Deux semaines passèrent avant que les frères Elric n'acceptent de la laisser seule en compagnie de Pinako. Deux semaines durant lesquelles Winry ne cessa de penser à lui. Elle ne les trahit devant personne, gardant leur secret avec précaution.
- Tu es sûre que ça va aller? Si tu veux on reste jusqu'à ce que les hommes de Mustang arrivent, cela ne fait que quatre jours, insista Edward pour la énième fois.
- Je vais bien Ed, ne t'en fais pas. Tous les villageois se mobilisent déjà pour surveiller les environs. Je ne suis pas seule, le rassura Winry.
Elle enlaça ses deux amis avant de leur dire au revoir. Elle les observa s'éloigner petit à petit, sa gorge se serra un peu, comme à chaque fois, mais elle ne put s'empêcher de se réjouir, en quelque sorte, de leur départ. Sans leur présence, maison était beaucoup plus accessible à Envy, même si ce n'était qu'une hypothèse. Il aurait certainement pu s'y faufiler pendant ces deux semaines, il devait être occupé. Elle ne lui en voulait pas. Ils devaient agir normalement pour se protéger et tant pis s'ils devaient pas se voir avant des mois.
Ce soir-là, Winry s'occupait de la vaisselle, l'esprit ailleurs, loin de son village natal, dans une maison dénuée de tout sauf du principal, d'amour. Une unique larme roula le long de sa joue. Winry se rendit compte de sa présence lorsqu'il encercla sa taille de ses bras protecteurs. Elle laissa échapper un cri de surprise avant l'étreindre à l'en étouffer.
- Envy!
- Et oui, j'ai toujours pas changé de prénom, rit-il.
Elle lui martela légèrement le torse.
- Tu en as mis du temps, sanglota-t-elle.
Il perdit son sourire au profit d'une expression plus sérieuse et resserra son étreinte autour d'elle.
- Je sais. Je suis désolé.
Winry secoua vivement la tête.
- Tu es là, c'est le principal.
Elle leva la tête pour le regarder dans les yeux.
- Le principal c'est que tu sois en vie, dit-elle en lui caressant la joue.
Il saisit sa main et l'embrassa tendrement.
- Je n'ai pas l'intention de te quitter. Un jour, déclara-t-il, un jour nous pourrons être ensemble, mais pour le moment nous devons profiter de ce que nous avons.
Elle lui sourit.
- Et nous amuser de faire ça sous le nez du morveux, ajouta-t-il d'un ton espiègle.
Il l'embrassa aussitôt, étouffant ainsi les remarques indignées de sa compagne, loin de s'offusquer, elle lui répondit avec passion.
- Un jour, répéta-t-il, nous serons réunis. Je t'en fais la promesse.
