Chapitre 7 : La troisième façon de courtiser un Winchester (1)
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« D'accord… » dit Gabriel en s'agitant un peu pour se redresser et pouvoir regarder Cas, allongé avec raideur sur le hamac. « … jusque-là, on a : sauvé leur vie… » compta Gabriel sur ses doigts pour étayer ses propos.
« Et ça s'est tellement bien passé, dit Cas avec sarcasme, les yeux plissés.
— Hé ! Ils étaient reconnaissants, non ? » répliqua immédiatement Gabriel en haussant les épaules. « Et vivants ! Moi, je dirais qu'on a fait un job exemplaire. » Castiel lui donna un coup de pied qui parvint à toucher l'épaule de Gabriel. Gabriel glapit et lui fit la moue. « Méchant. Juste parce que c'est moi qui ai mis ton Prince Charmant en lieu sûr. Et puis… » continua Gabriel en soupirant devant le regard glacial de Castiel, « … nous avons cette promesse très virile », dit Gabriel en levant un autre doigt. Castiel hocha la tête. Le sarcasme de Gabriel ne l'atteignit pas.
Gabriel leva un troisième doigt et se pencha pour l'agiter sous le nez de Castiel. « Nous avons besoin d'une troisième étape, parvint à déduire Castiel.
— Exactement. Le plus dur est passé, frangin. On a réussi à aider ces sublimes crétins à se sortir d'une situation si incroyablement improbable que je ne pige toujours pas ce qui s'est passé ; je pense qu'on mérite plus qu'une récompense », dit Gabriel. Castiel s'assit, le regard soudainement inquiet.
« Que veux-tu dire par 'une récompense' ? » demanda Castiel, hésitant. Le hamac commença à se balancer dans une rafale de vent qui n'était pas là un instant plus tôt.
Les yeux de Gabriel s'assombrirent et un sourire envahit son visage. « Es-tu familier avec les 'lieux de perdition' terrestres ? »
Castiel déglutit. Pas encore…
La troisième façon de courtiser un Winchester : le faire boire
Dean entend un cri à l'étage et il saute immédiatement sur ses pieds en sachant, instinctivement, que c'est la voix de Sam. Il ne fait que deux pas avant d'entendre une autre voix familière, derrière lui.
« Bonjour, Dean. »
Dean s'immobilise et se tourne pour faire face à Castiel, qui se tient non loin de lui, le regard troublé. Un sentiment familier de sécurité, de réconfort et de complétude submerge Dean et il oublie momentanément son frère à l'étage, qui est peut-être en train de se faire attaquer par des créatures menaçantes. Il ouvre la bouche pour répondre lorsqu'il entend le son distinctif du rire de Sam.
C'est encore plus troublant que le cri de terreur que Dean a entendu un instant plus tôt, et il lui faut une brève seconde pour réaliser à quel point c'est anormal. Ils devraient vraiment s'amuser un peu plus.
« Ton frère va bien, je crois que l'intention de Gabriel était de 'lui foutre la trouille comme jamais' », dit Castiel. Dean ne peut s'empêcher de sourire. Il ne sait pas si c'est parce que Castiel semble terriblement fatigué de la personnalité 'merveilleuse' de Gabriel, ou parce que c'est amusant d'imaginer Sam qui hurle comme une fillette tandis que Gabriel sort en trombe d'un placard devant lui
« Bien », répond Dean. Pour une raison étrange, il se rend compte qu'il est difficile de regarder Cas droit dans les yeux. « Tu, euh… tu veux quelque chose ? » demande Dean en se frottant la nuque. Si seulement Bobby était là ; lui sait toujours comment gérer les invités, et c'est sa maison après tout. Mais Bobby est sorti avec Rufus pour fêter la non-fin du monde – et c'était hier. Il s'est apparemment tellement amusé qu'il n'est pas rentré de la nuit.
« Comme quoi ? » demande Castiel. Sa tête se penche aussitôt, de cette manière adorable qui est la sienne. Non pas que Dean le trouve adorable. Certainement pas.
« Je ne sais pas », dit Dean en s'aventurant près du bureau pour prendre sa bouteille de bière vide, sans que Castiel ne le quitte du regard, « tu veux une bière ?
— Je n'ai pas besoin… commence Castiel.
— Je sais que t'en a pas besoin », l'interrompt Dean en revenant vers Cas, les yeux levés au ciel. « Mais je t'ai vu t'enfiler des shots plus vite que je ne le pourrais sans risque, mec. Bordel, je n'ai pas besoin de bière mais… c'est sympa, des fois, tu vois ? Te détendre un peu. Perdre tes inhibitions. » Dean réalise soudain qu'il est très près de Cas.
Castiel le regarde et Dean savait qu'il y avait une raison pour qu'il essaie d'éviter son regard. Plonger dans le bleu céruléen profond et tourbillonnant des yeux de Castiel est comme être ivre, et Dean ne l'est pas facilement, mais il ne peut pas le décrire. C'est comme être hypnotisé et se réveiller des heures après, nu et désorienté, sans savoir ce qui s'est passé.
Le rire de Sam résonne à travers le plafond, brisant l'instant.
Dean prend une profonde inspiration et il recule un peu, les joues roses. Castiel sourit légèrement.
« Non, merci, Dean. Je suis bien comme ça. »
Dean hoche la tête et pense en lui-même que c'est sûrement une bonne chose, parce qu'il est un peu éméché à cause des deux ou trois bières qu'il s'est enfilées, et avec un Cas ivre... il est sûr que rien ne pourrait se passer. Pas comme ça. Il en est sûr. Mais quand même, c'est mieux de ne pas tenter le diable.
« Je pourrais… prendre ton manteau ? » plaisante Dean en essayant de changer le sujet. Il donne un coup de coude à Castiel, pour montrer qu'il n'est pas sérieux, mais Castiel penche à nouveau la tête, pensif.
Quelques secondes passent, puis Castiel commence à enlever méthodiquement son trenchcoat ; c'est presque comme s'il enlevait sa peau. C'est vraiment déconcertant.
« Mec, attends, non ! » s'exclame Dean, horrifié, les mains en l'air. « Je ne voulais pas dire… tu ne vas nulle part sans ce truc !
— Ce n'est pas une nécessité, Dean, répond Castiel en faisant passer son bras gauche hors de sa manche. Je n'y avais pas pensé avant, mais tu as raison, c'est étrange de porter un manteau à l'intérieur quand on rend visite à des… amis. »
Les yeux de Castiel vacillent brièvement au mot 'amis', comme s'il confirmait avoir choisi le bon terme pour leur relation. Dean ne fait que cligner des yeux. Castiel lui tend le trenchcoat parfaitement plié, et Dean le prend avec précaution comme s'il était précieux.
« Je vais juste… le mettre de côté alors », dit Dean, gêné, en regardant Castiel d'un air incertain. L'ange hoche la tête, soudainement en charge de la situation. Quelle est cette situation ? se demande Dean en quittant la pièce, le manteau dans les mains.
Lorsque Dean revient, son cerveau n'enregistre pas le fait que l'homme en costume noir, cintré et sur mesure, est Cas. Il a presque le réflexe de prendre la bouteille d'eau bénite sur l'étagère (Bobby est préparé à toutes sortes d'attaques dans toutes les pièces de la maison, même les toilettes) et puis Cas se tourne vers lui, un sourire aux lèvres. L'estomac de Dean se retourne bizarrement, et il n'est pas sûr de savoir pourquoi, mais ça doit être un problème de digestion. Ça n'a rien à voir avec le fait que Cas en train de tirer sur sa cravate en arborant un air adorable.
« Euh… » dit éloquemment Dean, et Cas sourit plus largement. Dean ne fait que rougir et baisser la tête.
À cet instant, Gabriel dévale joyeusement les escaliers, Sam sur ses talons, avec l'expression d'un baby-sitter amusé et indulgent.
« Ouah, qu'est-ce que c'est que ça ? » s'exclame Gabriel dès qu'il entre dans la pièce. Son regard va de Dean à Cas et il pose une main sur son cœur. « Je pars cinq minutes et tu as déjà enlevé les vêtements de mon petit frère ? »
Dean, bouche bée, lance un regard instinctif à Sam, les yeux pleins de déni. Sam ne fait que sourire, prêt à prendre sa revanche pour tous les commentaires sur 'l'Archange qui l'a chevauché'.
« Il… non, ce n'est pas… commence Dean sans vraiment savoir comment expliquer.
— C'est un super costume, Cassy, ne te méprends pas, et tu as l'air délicieux, mais sérieusement, si tu commences à te déshabiller pour attirer son attention, je suggèrerai plutôt… » dit Gabriel en s'avançant vers Cas. Il fait quelques tours autour de lui avant de glisser ses mains sous sa veste, d'une manière qui donne immédiatement à Dean l'envie de le frapper. Gabriel lui enlève sa veste et la jette par-dessus son épaule, où elle atterrit sur une lampe poussiéreuse dans un coin de la pièce. « Ta da ! C'est beaucoup mieux. »
Gabriel tourne autour de Cas, un air approbateur sur le visage. « Gabriel ! souffle Cas d'une voix trop basse pour que Sam ou Dean l'entende. Tu es censé m'aider ! Arrête de rendre notre plan aussi évident !
— Je t'aide ! Tu penses que Dean peut rester indifférent à ton petit strip-tease ? Relax, Max, je sais ce que je fais », réplique calmement Gabriel, avant de se reculer et d'enrouler un bras possessif autour de la taille de Sam.
« Okay ! Moi et Sammy, on a un plan », annonce Gabriel d'une voix sonore en parvenant à obtenir l'attention de Dean pendant deux secondes complètes avant que son regard ne se fixe à nouveau sur Cas.
La fine chemise blanche lui fournit tout un tas de nouvelles choses à mater, pense Sam, amusé, en essayant de déloger les doigts de Gabriel de la boucle de ceinture de son jean.
« En fait, c'est ton idée », le corrige immédiatement Sam. Gabriel lui lance un regard noir.
« En fait, si tu veux être précis, c'est mon idée et celle de Castiel », dit fièrement Gabriel en souriant d'une façon trop flagrante à Cas, qui se demande vaguement si cela mérite qu'il enfouisse son visage dans ses mains. Le regard de Dean remonte du torse de Cas pour le regarder dans les yeux, sidéré. « Voilà le plan : on a sauvé le monde, et les deux délinquants du paradis vont vous emmener fêter ça ! »
Dean semble soudainement extrêmement nerveux et extrêmement sceptique. Cas a trouvé un plan qui consiste à sortir aller boire ? Il fixe du regard l'ange en question, appréciant son nouveau 'look' pour la centième fois. C'est vrai que l'homme est plutôt imprévisible. Dean se raisonne et se dit qu'ils vont sûrement aller dans un bar à vin ou quelque chose d'aussi tragique.
« Très bien… » dit Dean avec précaution, et la tête de Cas se tourne pour lui faire face, apparemment étonné qu'il accepte aussi vite.
« Je pense que je vais peut-être devoir me désigner pour être le chauffeur, dit Sam en regardant avec circonspection Gabriel qui l'encercle comme un vautour.
— Pas question. J'ai l'intention de te faire rouler sous la table tant tu auras bu, Sammy-chéri », répond immédiatement Gabriel en se plaçant devant lui pour le regarder dans les yeux. Sam hausse les sourcils avec un sourire narquois.
« Ouais, sûrement, étant donné que si j'essayais de battre un Archange dans des jeux à boire, je finirais par faire un coma éthylique », répond Sam au grand amusement de Dean, qui réalise soudainement qu'il n'a jamais apprécié avant la différence de taille entre son frère et Gabriel.
« Il ne faut jamais dire jamais, dit Gabriel tandis que son regard méfiant se transforme en son sourire machiavélique caractéristique. Je n'ai pas précisé ce que nous ferions une fois sous la table, après tout… »
Dean rit tellement fort que Castiel doit le rattraper avant qu'il ne tombe.
À suivre...
NdT : Merci beaucoup de lire cette histoire ;) À la semaine prochaine pour la suite, et bonne chance à celles et ceux qui vont passer le bac cette semaine ^^
