Bonjour,
Voici le chapitre 7. Et Sam est là pour pointer des évidences à son frère.
Comme toujours, mille merci pour votre soutien, votre fidélité et vos messages !
Et mille merci à Elyrine qui continue de corriger mes erreurs ...
Bonne lecture et à lundi
Sydney8201
Musique du chapitre :
Sleep de My Chemical Romance
Chapitre 7 : Rêve
« Je sais que quand je ne serai plus là, mon absence sera un lourd poids à supporter pour toi. L'inverse aurait été vraie, d'ailleurs. Mais puisque je serai le premier à partir, ce sera à toi de connaître cette épreuve. Et je m'en veux quand j'y pense, bien sûr. Je m'en veux et je me déteste parce que j'ai la sensation de t'abandonner. Mais n'oublie pas que je continuerai à veiller sur toi, Dean. Tu ne crois pas à la vie après la mort, mais nos avis ont toujours différés sur ce point. Je garderai un œil sur toi et je serai toujours à tes côtés quand tu en auras besoin. On se retrouvera de l'autre côté, grand frère. Et en attendant ce jour, tu pourras toujours me rendre visite dans tes rêves. Je t'attendrai là à chaque fois que tu fermeras les yeux. »
Journal de Sam Winchester. 16 septembre 2016.
Dean avait conscience de dormir. Il avait conscience que l'endroit où il se trouvait était le fruit de son imagination. Il en avait toujours été conscient. Il le reconnaissait. Et il savait bien que sa présence ici était temporaire. C'était le cas à chaque fois qu'il en rêvait.
C'était une bénédiction autant qu'une malédiction. Cela lui permettait d'avoir conscience qu'il devait en profiter au maximum. Qu'il n'avait que peu de temps avant d'être confronté à la réalité et au monde post-apocalyptique dans lequel il vivait à présent. En cela, c'était sans doute une bonne chose.
Mais cela lui rappelait également l'horreur de ce qu'il traversait éveillé. Même dans ses rêves, il savait que ce n'était que factice. Que l'espace de quelques heures. Qu'ensuite, il rouvrirait les yeux et que tout recommencerait à nouveau. Qu'il serait seul à nouveau. Que Sam serait mort.
Il ne faisait pas ce rêve très souvent. Sans doute parce qu'il n'avait jamais réellement le luxe de se laisser aller pour de bon au sommeil. Il ne s'accordait que quelques heures par-ci par-là. Il ne pouvait pas être aussi vulnérable durant de trop longues périodes. Pas maintenant qu'il n'avait plus Sam pour monter la garde à sa place.
Quand il le faisait, c'était qu'il était réellement épuisé et qu'il n'avait plus la force de lutter. C'était presque comme si son cerveau sentait qu'il était temps de lui accorder un peu de répit. Quelques minutes de calme avant que la tempête ne reprenne. Même s'il était difficile de se réveiller ensuite, Dean se sentait généralement un peu mieux en ouvrant les yeux.
Le rêve était presque toujours le même. Du moins au début. Il se trouvait dans un immense champ vide. Il y avait sa voiture derrière lui. Propre et en parfaite état comme elle l'avait été avant que tout ne dégénère. Il était seul. Il avait une bière à la main et regardait le ciel. Le soleil brillait au dessus de sa tête mais il ne faisait pas trop chaud. C'était agréable et paisible. Comme le monde l'avait été avant si on prenait le temps de savourer ces moments. Dean savait combien il était essentiel pour lui de le réaliser maintenant. Car le chaos régnait en permanence dans la réalité de son quotidien et il était devenu impossible de trouver un tel endroit. Tout était infesté par les contaminés et les survivants. Se laisser aller à regarder le ciel pendant des heures juste pour sentir le soleil sur son visage n'était plus envisageable. Il savait donc que c'était précieux.
Dean ferma les yeux une seconde et sourit malgré lui en sentant le vent souffler doucement sur son visage. Il n'était pas habillé chaudement. Ne portait qu'un T-shirt et un jean. Son pendentif reposait au centre de son torse. Il n'était pas un poids qui l'écrasait comme dans la réalité. Mais un souvenir précieux d'une époque où la personne qui le lui avait offert était à ses côtés. Ou Sam surgirait d'ici peu pour venir lui parler.
Dean savait qu'il était monnaie courante de rêver des proches qu'on avait perdus. Il était content que son frère soit présent dans ses rêves. Les premiers temps, après sa mort, Dean ne le voyait que blessé. Il le voyait malade et agonisant. Il le voyait mourant ou mort. Il croyait se souvenir qu'il s'agissait là d'une étape classique du deuil. Les professionnels du sujet disaient qu'on pouvait affirmer avoir terminé son deuil quand on rêvait enfin de la personne en bonne santé. Qu'on la voyait comme on l'avait connu avant qu'elle ne meurt ou qu'elle ne tombe malade. Dean pouvait assurer qu'ils se trompaient tous. Il avait beau avoir franchi ce cap, il n'avait pas pour autant fait son deuil. Il ne le ferait jamais. Il ne pourrait jamais surmonter ou accepter la mort de son frère. Mais il était tout de même content et soulagé de ne plus le voir uniquement comme il l'avait été dans les derniers jours.
Dean rouvrit les yeux au moment où un bruit attira son attention à sa droite. Il savait parfaitement de quoi il s'agissait. Sam. C'était généralement le moment où il faisait son apparition dans son rêve. Ils discutaient alors pendant un long moment. Parlaient de tout et de rien. Pas uniquement de sa mort ou de son absence. Et Sam semblait tout savoir de ce que Dean vivait de son côté quand il était réveillé. Dean savait que c'était uniquement parce qu'il était le fruit de son imagination. Qu'il ne s'agissait pas réellement de son frère mais d'une image que son subconscient lui offrait en guise de récompense pour les souffrances endurées jusque-là. Sam, lui, aurait probablement dit que c'était uniquement parce qu'il gardait un œil sur lui depuis l'endroit où il se trouvait à présent. C'était même ce qu'il avait écrit dans son fichu journal.
- Dean ?
Comme à chaque fois, entendre la voix de Sam le fit sourire. C'était douloureux bien sûr. Ça le serait sans doute toujours. Mais c'était également agréable. C'était le son qui lui manquait le plus au monde. Juste après le rire de son frère. Mais il ne l'avait plus entendu rire depuis des mois maintenant. Plus depuis l'apocalypse et certainement plus dans ses rêves ou dans ses cauchemars.
Le jeune homme tourna le visage en direction de son frère et prit quelques secondes pour l'observer. Il n'avait rien oublié des traits de son image. Doutait de ne plus se souvenir du moindre détail un jour. Mais cela restait une crainte sous-jacente. Il était terrifié à l'idée de ne plus pouvoir un jour décrire l'exacte couleur de ses yeux ou le dessin de son menton.
- Salut Sammy, lança-t-il ensuite.
Son frère s'avança dans sa direction en grimaçant légèrement.
- Tu n'arrêteras jamais de m'appeler ainsi, hein ? Je suppose qu'il est inutile que je te dise à nouveau que je n'aime pas particulièrement ce surnom.
Dean sourit de plus belle. C'était un échange qu'ils avaient eu un nombre incalculable de fois. Il soupçonnait Sam d'aimer ce surnom mais de protester uniquement par principe. Et parce que cela l'amusait.
- C'est inutile en effet, assura Dean.
Il regarda ensuite son frère s'approcher et prendre place à côté de lui contre le capot de la voiture. Elle avait appartenu à leur père avant qu'il ne la lègue à Dean pour son seizième anniversaire. Il avait toujours aimé l'Impala. Elle était une seconde maison pour lui. C'était plus vrai encore depuis le début de l'apocalypse. Elle était également devenu un autre moyen de se souvenir d'une époque meilleure. Elle avait été là durant leur enfance et les avait vus grandir. Sam n'avait pas le même attachement que lui au véhicule. Mais il la regardait tout de même avec affection. Elle portait les traces de leurs jeux et des nombreuses heures passées sur le siège arrière à prétendre qu'ils étaient deux personnes différentes.
- Ça fait un moment que tu n'es pas venu me voir, souffla alors Sam en tournant le visage vers le ciel à son tour.
Dean avait envie de lui dire que ce n'était pas lui qui lui rendait visite mais l'inverse. Il trouvait toutefois ce débat inutile. Il ne voulait pas perdre de temps sur des détails quand il avait l'occasion unique de passer un moment avec son petit frère.
- Je n'ai pas eu beaucoup de temps, ces derniers jours. Disons que les choses ont été compliquées pour moi et je ne pouvais pas me permettre de me reposer trop souvent, se justifia-t-il.
C'était sans doute idiot mais il avait la sensation d'avoir manqué à son devoir quand bien même il n'avait aucun pouvoir sur le contenu de ses rêves. Quand bien même il ne s'agissait pas réellement de son frère avec lui.
- J'ai vu que tu t'étais fait de nouveaux amis.
Une nouvelle fois, Sam savait parfaitement ce que Dean vivait et une nouvelle fois, cela n'aurait pas dû le surprendre. Mais comme à chaque fois, il était étonné. Il l'était plus encore par le choix du mot employé par son frère. Car il n'estimait pas que Castiel et Gabriel étaient ses amis. Tout juste des compagnons temporaires. C'était mieux ainsi.
- Tu sais que ce n'est pas vrai. On se séparera dès que je serais réveillé. Ils feront leur vie de leur côté et je reprendrai mon chemin. Ce ne sont pas mes amis.
- Mais ils pourraient l'être, non ?
Dean supposait qu'il aurait pu apprécier les deux frères si les circonstances avaient été différentes. Il aurait même envisagé de les emmener avec lui si Sam avait encore été en vie. Ils auraient pu être amis, avant.
Quand les survivants prononçaient ce dernier mot, ils pensaient tous à la vie d'avant l'apocalypse. Pour Dean, il s'agissait de son existence avant la mort du seul être qu'il avait jamais aimé plus que la vie elle-même.
- Plus maintenant, se contenta-t-il finalement de répondre.
Il lut la déception sur le visage de son frère. Elle était probablement révélatrice de sa propre envie – cachée et ignorée quand il était conscient – de ne plus voyager seul. Mais cela ne suffisait pas à le convaincre de changer d'avis.
- Il veille sur toi, pourtant, commenta Sam en tournant le visage vers son frère.
Dean observa à nouveau son visage. Il avait envie de le toucher du bout des doigts. Pour se souvenir de la texture de sa peau. De toutes ces petites choses pour lesquelles les souvenirs n'étaient pas suffisants. Mais il avait peur d'être déçu de ce que son cerveau lui fournirait comme sensation. Il s'abstint.
- Comment ça ? Souffla-t-il parce qu'il avait perdu le fil de la conversation et qu'il n'était pas sûr de savoir où son frère voulait en venir.
Sam sourit une seconde avant de détourner les yeux à nouveau. Il paraissait totalement calme et parfaitement à l'aise dans ce champ perdu au milieu de nulle part. Un peu comme s'il avait enfin trouvé sa place dans ce monde après l'avoir cherché pendant des mois entiers. Après avoir perdu la place qu'il s'était forgée dans la vie auprès de Jess.
- Castiel... il est en train de veiller sur toi pendant que tu dors. Il est inquiet, je pense. Il veut s'assurer que tu ne fais pas de cauchemar.
Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde. Il se doutait bien que le jeune homme devait garder un œil sur lui dans son sommeil. Il n'aimait pas forcément l'idée qu'il soit en train de le regarder dormir. Qu'il soit là à ses côtés à un moment où il était totalement vulnérable. Mais après avoir assisté à sa crise d'angoisse, il supposait que ce n'était pas grand-chose. De toute façon, il l'oublierait vite une fois qu'ils seraient séparés. Et il avait confiance en Castiel. Il était convaincu qu'il ne tenterait rien.
- Et il a raison, tu sais, ajouta Sam, le tirant de ses songes.
Dean fronça les sourcils, surpris. Son frère ne le regardait toujours pas et semblait fasciné par ce qu'il voyait à l'horizon. Dean, quant à lui, ne pouvait pas détacher ses yeux de lui. Il en avait trop besoin.
- À quel sujet ?
- Tu ne vas pas bien, Dean. Tu ne dors pas assez et tu vas finir par le payer. Je sais que tu es fort et je sais que tu es capable de survivre seul mais tu as besoin de te reposer un peu plus souvent. Et tu as besoin de reprendre des forces. Tu finiras par le regretter si tu continues à ce rythme.
Dean savait bien que c'était entièrement vrai. Il était constamment fatigué et son corps montrait des signes clairs d'épuisement. Mais il ne pouvait pas s'en soucier. Et il ne pouvait rien faire pour y remédier. Pas quand il avait constamment besoin d'être sur ses gardes. Il avait promis à son frère de faire en sorte de continuer à se battre. Pour cela, il avait besoin d'être toujours en mouvement. D'être toujours vigilant.
- Je ne vais pas bien parce que tu n'es plus là, Sam. Parce que tu me manques à tel point que j'ai la sensation d'étouffer constamment. Et je n'irai pas mieux même en dormant plus souvent ou en me posant quelque part pour reprendre des forces. Je n'irais pas mieux parce qu'en me réveillant tu seras toujours mort et... rien ne pourra jamais guérir cette blessure-là.
- Peut-être que la présence de quelqu'un pourrait au moins en atténuer la douleur.
Dean secoua la tête. Personne ne pourrait jamais remplacer son frère. Même avant sa mort, quand ils vivaient loin l'un de l'autre, Dean vivait cette distance comme une blessure physique qui l'handicapait au quotidien. Lisa n'avait rien pu faire pour l'aider. Le travail, les autres femmes et ses quelques amis non plus. Ça ne changerait pas maintenant qu'il était mort.
- Non, Sammy. Rien ni personne ne peut m'aider sur ce point et on le sait tous les deux. Et puis à quoi bon s'attacher à quelqu'un que je finirais par perdre, de toute façon ? Je ne pourrais pas surmonter une épreuve similaire une seconde fois. Je préfère rester seul. Jusqu'à la fin.
- Je veux juste que tu ailles mieux, Dean. Je ne te demande pas de m'oublier ou de me faire la promesse d'être heureux parce que je sais ce que tu vas me répondre mais... de considérer l'hypothèse que ton salut pourrait venir de quelqu'un d'autre que toi... ou que moi.
Ce que Sam disait avait du sens. C'était logique et probablement vrai. C'était également quelque chose qu'il aurait pu dire de son vivant. Quelque chose qu'il avait plus ou moins écrit clairement dans son journal. Mais ce n'était pas quelque chose que Dean pouvait envisager. Il avait promis à son frère de se battre mais il ne pouvait pas lui promettre de faire en sorte de trouver un intérêt à son existence. Il vivrait et mourrait seul. Il n'y avait rien de plus à dire sur ce point.
- Comment c'est, alors ? Demanda-t-il pour changer de sujet.
Il n'avait jamais cru en Dieu ni à la vie après la mort. Il avait toujours répété que quand on mourrait, c'était la fin. Qu'on cessait simplement d'exister. Sam, quant à lui, avait été croyant. Peut-être pas en Dieu. Mais en une force supérieure. Et en la vie après la mort. Maintenant qu'il n'était plus là, Dean espérait sincèrement qu'il avait vu juste. Qu'il se trouvait bien quelque part dans une forme de Paradis où il avait enfin trouvé la paix. Et retrouvé Jess. Où ils pourraient à nouveau être ensemble quand il mourrait à son tour. Ils n'abordaient jamais le sujet dans ses rêves. Et il ne savait pas vraiment pourquoi il posait la question maintenant.
- De quoi ? La mort ?
Dean se contenta de hocher la tête. Sam haussa les épaules et prit une grande inspiration avant de répondre.
- Un peu comme la vie, mais en mieux. C'est difficile à décrire. C'est comme basculer dans une autre dimension où la souffrance n'existe plus mais où on garde tous nos souvenirs et... où on ressent le manque des gens qu'on aime. Mais... le temps semble se suspendre ici. Il n'a plus vraiment d'importance. C'est calme. Je suis en paix, si c'est la question que tu te poses.
- Tu n'es pas seul, au moins ?
Sam sourit en secouant la tête.
- Non, tout le monde est là. Jess, Jo, Bobby, Maman et Papa. Ils sont tous là avec moi. On a tous un œil sur toi puisque tu es le dernier. On t'attend.
- Si ça ne tenait qu'à moi, Sammy, tu sais que je serais déjà là, répliqua Dean dont la gorge s'était nouée.
Son frère hocha la tête. Il posa ensuite sa main sur la sienne et la serra une seconde avant de la relâcher. Le contact fut trop bref pour que Dean puisse réellement le sentir. Mais il lui réchauffa tout de même considérablement le cœur. Et réussit à chasser le nœud dans sa gorge.
- Ce n'est pas ce qu'on veut. On est tellement fiers de toi, Dean. J'espère que tu le sais.
Dean ne répondit rien parce qu'il ne voyait pas quoi dire sans décevoir son frère. Il ne voyait pas en quoi il pouvait rendre ses proches fiers simplement en continuant à survivre. Il ne faisait rien de bien. N'aidait pas réellement les gens qu'il croisait. Il se contentait de laisser le temps se passer en attendant que tout se termine enfin pour lui. Mais ce n'était pas ce que Sam aurait voulu entendre s'il était réellement là. Dean choisit donc de se taire.
- Tu te souviens du jour où on est venu dans un champ comme celui-là pour allumer des feux d'artifice ? Tu avais tout juste seize ans et Papa venait de te donner la voiture. C'est la première fois où tu la conduisais sans lui... et tu m'as emmené ici pour fêter l'événement. Je me souviens t'avoir dit qu'on faisait ça le 4 juillet, normalement, et tu m'as dit qu'on s'en fichait. Que la date n'avait pas d'importance du moment qu'on était tous les deux ensemble.
Dean s'en souvenait parfaitement. C'était même un des meilleurs souvenirs de son existence d'avant. Ils avaient passé des heures à regarder les lumières dans le ciel en riant comme des idiots. Ils avaient eu la sensation d'être seuls au monde. Et peut être qu'à ce moment là, ils l'étaient un peu à leur façon.
- Je ne sais pas si je te l'ai dit à l'époque mais ça a été un des plus beaux jours de ma vie... avec mon mariage, sans doute.
Dean aurait aimé dire à son frère qu'il le voyait également comme un des meilleurs moments de sa vie aussi. Mais il était incapable de parler. Il était sûr que s'il ouvrait la bouche, il se mettrait à pleurer. Il ne voulait pas gâcher ce moment. Pas quand il avait la chance de le passer avec Sam. Il voulait en garder un bon souvenir. Un qui lui permettrait de tenir le coup jusqu'à son prochain rêve. Ou jusqu'au jour où il mourrait enfin à son tour.
- Il y a des tas de choses que je ne t'ai pas dites de mon vivant, Dean. C'est souvent comme ça, je suppose. On se dit qu'on aura le temps. Qu'on le fera après et ensuite, on... c'est quand on ne peut plus faire quelque chose qu'on réalise combien il aurait été important de le faire.
Il n'avait jamais douté de l'amour que son frère lui portait. Il n'avait pas besoin de le lui dire. Il n'avait pas eu besoin d'entendre ces mots pour savoir que Sam les pensait.
- C'est pour ça que je t'ai laissé ce journal. J'avais besoin que tu comprennes combien je t'aime et combien je te suis reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour moi depuis que je suis né. J'espère qu'il t'a aidé à comprendre toutes ces choses.
Les premiers temps, Dean avait été en colère contre son frère quand il avait lu son journal. Il lui en a avait voulu de lui avoir laissé une preuve de la promesse silencieuse qu'il avait exigé de lui même après sa mort. Mais à présent, il savait combien c'était important. Et combien il avait dû être difficile à son frère de l'écrire. Surtout dans ses derniers moments. C'était une lettre d'adieu de plusieurs dizaines de pages. Presque comme si son frère avait su dès le début qu'il ne lui survivrait pas.
- Je le sais, murmura-t-il finalement parce qu'il était important que son frère le sache.
Peu importait qu'il ne s'agisse pas réellement de Sam. Peu importait qu'il ne soit que le fruit de son imagination. C'était ce qu'il avait de mieux sous la main et il devait faire avec. Il avait lui aussi des regrets. Il s'en voulait lui aussi de ne pas avoir dit toutes ces choses à son frère quand il en avait encore l'occasion. Il s'était promis de le faire quand ils se reverraient de l'autre côté.
- Même si... honnêtement, Sammy, ça n'a pas été simple au début de passer outre la colère que je ressentais... j'avais la sensation... je ne vais pas te mentir... j'avais la sensation que tu avais prévu ton coup depuis le début. Que tu voulais mourir et que tu attendais ce moment avec impatience parce que tu ne pouvais pas vivre sans elle... que je ne suffisais pas et que tu attendais simplement d'avoir terminé ce journal avant de me quitter... et... peut-être que c'est en partie vrai mais je ne t'en veux plus. Je te comprends, même. Je sais qu'elle était tout pour toi.
Une nouvelle fois, il fut surpris de se montrer aussi honnête avec son frère. Il n'avait jamais réellement eu de secrets pour lui. Pas quand cela concernait les choses qu'il vivait ou dont il rêvait. Mais il n'avait pas l'habitude de parler ouvertement de ses sentiments avec qui que ce soit. Pas même avec Sammy. Il ne craignait pas son jugement. Il avait juste été élevé par un père qui considérait que les sentiments étaient une faiblesse. Qu'un homme, un vrai, devait absolument les enfermer dans un coin de son esprit pour ne jamais leur laisser libre court. Sam avait refusé de le croire et avait toujours été plus à l'aise avec ses propres sentiments. Pour Dean, toutefois, c'était resté compliqué.
- Je n'avais pas envie de mourir, Dean. Bien sûr, la mort de Jess a été... elle a été incroyablement difficile et je n'aurais jamais pu m'en remettre, mais tu ne dois surtout pas croire que tu ne suffisais pas. Jess était la femme de ma vie et je l'aimais plus que tout, mais toi, tu... tu as toujours été mon point de repère... mon modèle... mon héros. Mais ce monde... ce monde n'était pas fait pour moi. Je n'étais juste pas de taille à relever ce challenge.
Dean n'était pas de son avis. Il considérait que son frère était plus fort qu'il ne le pensait. Qu'il était plus courageux qu'il ne le croyait. Il était bien plus fort que lui. Bien plus solide. C'était lui qui aurait dû survivre. Il aurait sans doute adopté un comportement différent. Aurait tendu la main aux autres sans hésiter une seconde. Il aurait accepté d'aider Castiel et Gabriel. Il ne les aurait pas laissé sur le bord de la route sans se retourner. Ce que Dean s'apprêtait à faire dès qu'il serait conscient à nouveau.
- Je donnerais tout ce que j'ai pour être à nouveau avec toi, tu sais. Je continue de croire que je n'aurais jamais pu être réellement heureux dans un monde comme celui-là, mais j'aimerais pouvoir être là pour toi. Je ferais sans doute les choses différemment si j'avais une seconde chance. Mais je ne peux pas revenir en arrière. Nous devons tous les deux accepter le fait que je suis mort et que, même si je continue à veiller sur toi, je ne peux pas être là en permanence pour te soutenir.
Dean soupira alors longuement. Il aurait lui aussi tout donné pour pouvoir être à nouveau avec son frère. Il était même prêt à mourir pour y parvenir. Il savait que Sam en était conscient aussi. Et que c'était parce qu'il l'avait toujours su qu'il avait pris le temps d'écrire ce journal. Dean était visiblement un vrai livre ouvert pour son frère. L'avait sans doute toujours été sans même le savoir.
- Tu ne vas pas tarder à te réveiller, constata finalement Sam après de longues secondes de silence.
Dean n'avait pas réellement conscience du temps écoulé depuis le début de son rêve. La perception du temps était différente quand il dormait. Il pouvait être inconscient depuis déjà plusieurs heures alors même qu'il avait l'impression de n'être avec son frère que depuis quelques minutes.
- Je n'en ai pas envie, admit-il sans honte.
Ça aussi, Sam le savait. Il était inutile de lui mentir.
- Tu n'as pas le choix, malheureusement. Il y a des gens qui comptent sur toi, là-bas.
« Là-bas », dans la réalité où Sam était mort et Dean devait vivre sans lui. « Là-bas » où les contaminés envahissaient les rues et où les survivants étaient prêts à tout pour de la nourriture ou un endroit où se poser. « Là-bas » où Dean enchaînait les crises de panique et était incapable de se montrer aussi fort que son frère l'aurait souhaité. Ce « là-bas », Dean le détestait de tout son cœur. Mais il ne pouvait pas y échapper.
- Je te l'ai dit, Sammy... Castiel et Gabriel sont... ils sont sans doute des gens biens, mais je ne vais pas... je ne peux pas m'attacher à eux. Pas après t'avoir perdu.
Sam sourit tristement et Dean s'en voulut d'être responsable de son chagrin. Il aurait voulu pouvoir rassurer son frère. Le convaincre qu'il allait bien malgré tout. Il aurait voulu pouvoir le croire, lui aussi. Ça aurait sans doute rendu les choses plus simples pour lui.
- Peut-être pas, mais Red attend que tu te réveilles. Je crois qu'il est très inquiet pour toi. Il est resté à tes côtés jusque-là, et je sais qu'il a besoin de toi. Tu as aussi besoin de lui, d'ailleurs. Il est en grande partie la raison pour laquelle tu continues à te battre.
- Je continue à me battre parce que c'est ce que tu as exigé de moi dans ton satané journal ! Protesta aussitôt Dean sans réellement le vouloir.
Il n'était plus en colère contre Sam sur ce point. Il ne lui avait pas menti. Il avait fini par comprendre sa démarche. Et il savait qu'à la place de son frère, il aurait sans nul doute exigé la même chose. Mais il avait besoin de le lui faire comprendre. Oui, il tenait beaucoup à Red. Et oui, il savait combien son chien lui apportait du réconfort quand il en avait presque constamment besoin. Mais ce n'était pas parce qu'il l'avait recueilli qu'il continuait à se battre jour après jour. Il le faisait uniquement pour tenir sa promesse. Il était convaincu que Red pourrait parfaitement s'en sortir sans lui. Il l'avait d'ailleurs fait avant de le rencontrer.
- Dean, je sais que c'est ce que tu penses et je sais que tu n'en as pas encore conscience, mais tu ne te bats plus uniquement pour moi depuis que tu as Red avec toi... et quelque chose me dit que ce n'est que le début.
C'était énigmatique et tellement différent de la façon dont Sam s'exprimait généralement dans ses rêves qu'il ne put s'empêcher d'être totalement déstabilisé pendant de longues secondes. Il avait la sensation que son frère cherchait à lui faire passer un message. Mais pas uniquement un conseil sur le comportement à adopter dans le futur. Non. Plutôt une prémonition. Quelque chose qu'il savait proche d'arriver mais qu'il était le seul à connaître. Quelque chose qu'il avait vu. Et c'était impossible puisqu'il n'était que le fruit de l'imagination de Dean. Qu'il ne pouvait pas savoir quelque chose que lui-même ignorait. Et que la médiumnité n'existait pas.
- Ne sois pas aussi surpris, Dean. Quand on est mort, on n'est plus soumis aux lois du temps. On peut voir bien au-delà du présent et tu dois me faire confiance sur ce point. Les choses changent et tu vas rapidement le comprendre à ton tour.
Dean secoua la tête. C'était impossible. C'était stupide et c'était tiré par les cheveux. Il avait envie de croire son frère. Envie de s'accrocher au mince espoir qu'il était réellement là et qu'il disait vrai. Mais il était suffisamment lucide pour savoir qu'il ne s'agissait là que d'un jeu étrangement cruel que son esprit semblait décidé à lui imposer. De toute évidence, même son propre cerveau était déterminé à se retourner contre lui.
- Sam, je suis peut-être fatigué, mais je n'ai pas encore totalement perdu la tête. Je sais que tu n'es pas réellement là et je sais que tout ceci n'est que le fruit de mon imagination. Inutile de jouer à ce petit jeu là avec moi. Ça me fait plus de mal que de bien.
Son frère sourit à nouveau avant de lui saisir l'avant-bras. Cette fois, il ne le relâcha pas immédiatement et Dean eut tout le temps de sentir la pression de sa main. Il ferma les yeux malgré lui pour l'apprécier à sa juste valeur.
- Il y a une différence entre ce que tu crois savoir et la réalité, Dean. Je sais que tu n'es pas encore prêt à l'admettre, mais ce n'est pas uniquement un rêve. Oui, ça se passe bien dans ta tête mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas vrai pour autant.
Dean s'était toujours défini comme quelqu'un de cartésien. Il ne croyait pas au surnaturel. Et ce que Sam lui disait lui semblait totalement stupide. Mais le contact de sa main sur son bras lui semblait tellement réel qu'il ne put s'empêcher de douter, pendant une seconde. Il avait vraiment la sensation que son frère était à côté de lui. Pas uniquement une image produite par son cerveau fatigué. Mais le Sam qu'il avait perdu des mois auparavant. La sensation n'était pas différente. Elle n'était pas atténué par le fait qu'il dormait toujours.
- Tu ne viendrais pas de citer Dumbledore ? Demanda-t-il finalement quand il réalisa qu'il avait entendu la même chose dans la bouche de ce personnage dans le dernier Harry Potter.
Il avait été le voir au cinéma avec son frère quand ce dernier lui avait rendu visite et qu'il venait tout juste de sortir. Il avait refusé de l'admettre à l'époque mais il avait adoré. Et il s'était empressé de lire les livres ensuite. Bien sûr, c'était une des rares choses qu'il n'avait jamais osé avouer à son frère.
- Peut-être, oui... et ensuite ?
Dean rouvrit les yeux et les posa sur son frère. Il se souvenait parfaitement de la scène. Il avait revu le film plusieurs fois depuis. Harry se trouvait dans une sorte de dimension parallèle après avoir été supposément tué par Voldemort. Et quand il demandait à Dumbledore si tout ceci se passait uniquement dans sa tête, si c'était réel ou non, le vieux professeur lui répondait quelque chose de similaire à ce que Sam venait de dire. « Oui, ça se passe bien dans ta tête mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas vrai pour autant ». Dean ne put s'empêcher de sourire.
- Non, c'est juste... c'est tellement toi que c'en est perturbant. C'est presque comme si c'était le vrai toi... sauf que ça ne l'est pas... ça ne peut pas l'être.
Dean n'était pas encore prêt à renoncer à tout ce en quoi il avait cru jusque-là. Pas même pour son frère. Il ne lui restait plus ça pour ne pas perdre la tête pour de bon. Il avait besoin de se croire encore sain d'esprit s'il ne voulait pas dérailler complètement.
- Parce que c'est moi, Dean.
- Sammy...
- Tu finiras par comprendre ça aussi. Mais pas maintenant... c'est encore trop tôt, je suppose.
Dean choisit de ne pas poursuivre le débat. Il supposait qu'un psychologue aurait probablement trouvé une explication rationnelle à ce qu'il était en train de vivre. Quelque chose de compliqué en rapport avec la lutte entre son subconscient et le reste de son cerveau. Mais puisqu'il n'avait rien de tel sous la main, il était stupide de s'interroger plus longuement sur ce point.
- Tu me manques tellement, Sammy... c'est trop difficile sans toi. C'est comme devoir fonctionner sans un membre ou sans... sans quelque chose de vital. C'est au-dessus de mes forces, la plupart du temps. C'est... je ne sais pas combien de temps je pourrais continuer.
Il n'avait pas vraiment envie de dire toutes ces choses à son frère. Pas envie de l'admettre, parce que ça ne changeait rien en fin de compte. Mais c'était plus fort que lui. Il se sentait incroyablement vulnérable à cet instant précis. Il avait la sensation d'être privé de toutes les défenses qu'il avait soigneusement mises en place à la mort de son frère. C'était douloureux. C'était comme étouffer, même à l'air libre. Et il avait besoin de se soulager d'une partie de ce poids en mettant des mots sur ce qu'il ressentait. Personne n'était là pour le juger, de toute façon. Il était seul avec lui-même.
- Ça va changer, Dean. Crois-moi... les choses vont commencer à s'arranger d'elles-même. Tu dois juste garder espoir et avoir confiance en moi.
Dean avait toujours eu une confiance aveugle en son frère. Il avait toujours été prêt à le suivre dans tous ses choix et à le soutenir dans toutes ses décisions. Il le savait intelligent et sensé. Il le savait bien plus à même que lui de faire les bons choix. Et jamais il n'avait douté de lui. Il avait vraiment envie de lui faire confiance à nouveau.
- Peut-être que je le pourrais si j'étais capable de croire que tu es vraiment là et... Sam... je ne vois pas comment les choses pourraient s'arranger. Je ne vois pas... sauf si en plus du don de clairvoyance, tu as également retiré un don pour la résurrection de ta mort prématurée. Parce que mis à part ton retour dans ma vie, il n'y a rien qui pourrait la rendre ne serait-ce que supportable.
Sam relâcha alors son bras pour poser sa main sur sa joue. Une nouvelle fois, le contact se prolongea de longues secondes, offrant à Dean la possibilité d'en profiter au maximum.
- Malheureusement, je ne fais pas encore de miracles, souffla-t-il.
Dean n'avait jamais réalisé, avant la mort de Sam, combien il touchait régulièrement son frère. Ils se prenaient dans les bras quand ils se revoyaient après une longue absence. Se tapaient sur l'épaule pour se féliciter. Dean ébouriffait constamment les cheveux de son frère parce qu'il savait combien cela l'énervait. Ces gestes étaient naturels et il avait fini par ne plus faire attention à eux. Mais à présent que Sam n'était plus là, Dean réalisait à quel point ils avaient tenu une part importante dans sa vie, jusque-là. Ces gestes lui manquaient.
- Si tu as réellement ce don de voyance, tu peux peut-être me dire quand on se reverra... me donner une date précise, même... que j'ai quelque chose à quoi me raccrocher en attendant.
Sam secoua la tête. Il semblait réellement embêté de ne pas pouvoir offrir plus à son frère. Mais Dean ne lui en voulait pas. Il n'avait jamais été capable d'être fâché contre... son frère. Du moins pas plus de quelques jours. Il lui pardonnait tout.
- Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça. Je te l'ai dit... le temps n'a plus d'importance, ici, et je n'ai plus vraiment la notion des jours qui s'écoulent. Mais je peux te garantir qu'on se reverra très vite. Je ne vais pas t'abandonner une nouvelle fois quand il est évident que tu as autant besoin de mes conseils.
- Uniquement parce que tu as toujours été le plus intelligent de nous deux.
Sam sourit tristement, visiblement mécontent d'entendre son frère se dévaloriser de la sorte. Mais Dean n'était pas jaloux. Il ne l'avait jamais été. Il était fier de la réussite de son frère. Fier de savoir qu'il avait joué un rôle dans ce qui lui était arrivé ensuite. Il estimait avoir fait son travail de grand frère.
- Tu dois te réveiller, maintenant, Castiel commence à être vraiment inquiet et Gabriel ne sait plus quoi dire pour le rassurer. Ils ont besoin de te voir ouvrir les yeux... ils ont besoin que tu leur dises que tu vas mieux.
Dean n'en avait pas envie. Il ne voulait pas les affronter. Il ne voulait pas avoir à parler de ce qu'il avait vécu un peu plus tôt. Il avait juste envie de rester encore un moment avec son frère. Juste pour se faire d'autres souvenirs. Il ne se sentait pas prêt à affronter le monde à nouveau. Il savait bien qu'il ne pouvait pas se cacher dans sa propre tête indéfiniment. Et Sam avait raison – une fois de plus – Castiel et Gabriel méritaient d'être rassurés sur son état après avoir assisté à sa crise d'angoisse. Red devait lui aussi être inquiet. Mais Dean aurait tout donné pour avoir juste quelques minutes de plus avec son petit frère. Il estimait que ce n'était pas trop demander.
- Je ne peux pas rester ? Juste un moment ? Demanda-t-il même s'il connaissait déjà la réponse à cette question, sans savoir comment.
Sam secoua la tête et Dean ne put s'empêcher d'être déçu. Il pouvait déjà sentir le rêve se terminer. Le visage de son frère était plus flou minutes après minutes. Il lui échappait déjà. Et c'était trop tôt. Dans une tentative désespérée de le garder auprès de lui – ou dans l'espoir fou de l'emmener de l'autre côté avec lui – Dean attrapa son frère par son T-shirt et l'attira à lui. Sam ne chercha pas à se débattre.
- Dean, tu dois me laisser partir, se contenta-t-il de dire gentiment.
- Non, pas cette fois... pas à nouveau. Je ne peux pas... je... je ne peux pas, assura son frère en serrant un peu plus fortement le T-shirt dans ses mains.
Il avait la sensation d'être tiré en arrière par une force invisible qui semblait avoir sa source à l'intérieur de sa poitrine. Quelque part au niveau de son cœur. Là où Sam prenait pourtant toute la place, sans doute depuis sa naissance.
- Mais rappelle-toi que même si je ne suis pas là physiquement... si tu ne peux pas me voir ou me toucher, je suis tout de même avec toi... juste là où j'ai toujours été, Dean.
Dans son cœur. C'était ce que Sam voulait dire mais n'avait pas osé prononcer clairement. Parce que c'était un peu trop cliché et qu'ils étaient dans la tête de Dean. Il ne s'autorisait jamais à dire des choses de ce genre.
- Ça ne suffit pas, protesta-t-il inutilement.
- Et c'est pourtant la seule chose que j'ai à t'offrir, à présent.
Dean sentit les larmes couler sur ses joues. Ses rêves ne se finissaient jamais de cette façon. C'était la première fois qu'il ressentait la séparation avec autant de force. La première fois qu'il avait conscience de se réveiller. D'ordinaire, l'absence de Sam ne se faisait sentir à nouveau qu'au moment où il avait les yeux ouverts. Après les quelques cruelles minutes où il était incapable de se souvenir où il se trouvait et pourquoi son frère n'était pas à côté de lui comme il aurait dû l'être. Cette fois, pourtant, il avait la sensation qu'on lui arrachait Sam des bras. Qu'on le tirait en arrière et que tout se déroulait au ralenti. C'était atrocement douloureux. Il avait envie de crier.
- Et souviens-toi de ce que je t'ai dit, Dean... souviens-toi que ton salut peut venir de quelqu'un que tu n'attendais pas... d'un événement que tu croyais sans importance mais qui finira par tout changer pour toi.
Dean sentit le T-shirt de son frère lui échapper des mains. Il serra les doigts pour le retenir mais bientôt, son frère se trouvait trop loin. Et il continuait de s'effacer lentement.
- Fais confiance à Castiel, Dean... et demande-toi qui a pu le mettre en travers de ton chemin au moment où tu en avais le plus besoin. Demande-toi pourquoi il...
Sam n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il disparut avant d'avoir pu tout lui dire. Mais Dean avait saisi le message. Et il savait qu'il s'en souviendrait en ouvrant les yeux. Car Sam venait de laisser sous-entendre que c'était lui qui avait fait rentrer Castiel dans sa vie. Qu'il l'avait choisi parce qu'il savait qu'il finirait par le sauver. C'était ridicule. Et c'était effrayant. Mais à cet instant précis, Dean était incapable de ne pas le croire.
Il ferma les yeux malgré lui alors que la force qui le tirait en arrière redoublait d'intensité. Il sentit la voiture disparaître dans son dos. Puis il eut la sensation de basculer. Son dos ne heurta toutefois pas le sol et sa chute lui sembla durer une éternité. Il ne chercha toutefois pas à lutter contre. Il savait que l'issue était inévitable. Il allait se réveiller. Et il allait devoir affronter Castiel et Gabriel. Il allait devoir affronter à nouveau un monde sans Sam. Il allait devoir recommencer à se battre et espérer continuer à rendre son frère fier de lui. C'était la seule chose qui lui restait à présent et sa seule raison de survivre un jour de plus dans un monde où il jugeait ne plus avoir sa place.
