Note de l'auteur:Et voici la suite! J'espère de tout coeur qu'elle vous plaira! Je ne pourrai poster le prochain chapitre que dans une semaine alors je vous ai fait un looong chapitre 7 pour patienter XD Gros bisous et bonnes vacances à tous! Merci d'avance pour vos review!
Chapitre 7 : La dernière tentative de l'éminent docteur Jacques Bronchain
La situation semblait se compliquer à en juger par ce que Tommy entendait dans son oreillette. Dimitrov ici ? Il ne manquait plus que lui ! Ses équipiers auraient plus que jamais besoin de son soutient aérien si les choses devaient mal tourner. Mais il avait lui aussi un problème sérieux à régler sur ce toit exposé au vent et ce problème n'était autre que son petit frère Collin.
- Bordel Collin mais qu'est-ce que tu fous ici à lécher les bottes de cet enfoiré de Russe ?
- Et c'est le gas qui a trahi sa famille qui me parle de léchage de botte ?! Répliqua son frangin. Rappelle moi lequel de nous deux a abandonné son pays pour se ranger du coté des poulets ?
Tommy s'avança d'un air menaçant l'arme pointée sur lui mais Collin se contenta de le défier du regard sans esquisser un geste pour se relever.
- Combien de fois je vais devoir te dire que je n'ai trahi personne ! Gronda t-il entre ses dents. Putain mais regarde toi avant de parler ! Tu sais pour qui tu travailles ?
- Je m'en fous du moment qu'il paye, répliqua le benjamin d'un ton acide. Et viens pas me sortir ta rengaine de grand frère Tom ! Tu as perdu le droit de le faire quand tu t'es cassé de la maison ! Alors tu compte faire quoi ? Gaspiller ta salive ou me laisser faire mon boulot ?
- C'est pas un boulot ça.
- Peut-être mais c'est ce qui me permet de vivre alors décide toi ! Tu disais la dernière fois que tu me louperai pas à notre prochaine rencontre. Qu'est ce qu'il y a frangin, t'as le doigt trop gelé pour presser la détente ?
Le regard cendré de l'irlandais s'assombrit pour prendre la même teinte que les nuages d'orages qui s'amoncelaient au dessus de leurs têtes. Sienna n'avait peut être pas tord après tout. La vie de famille d'un enfant unique avait l'avantage d'être moins compliquée...
- Qu'est-ce que dirait maman si elle te voyait ? lâcha t-il finalement dans un soupir de dégoût.
Cette fois ce fut à Collin de s'énerver.
- Viens pas mêler notre mère à tout ça, c'est toi le principal fautif dans cette histoire !
- Très bien alors si tu ne veux pas parler de maman parlons de Abby !
- Qu'est ce que la petite sœur a à voir avec toi ? S'étonna Collin qui commençait à perdre patience.
- Pas avec moi Collin. Avec nous !
Tommy désigna les bureaux d'entreprise qui leurs faisaient face de l'autre coté de l'avenue avec leurs larges baies vitrées qui semblaient les narguer dans le noir. Le vent qui soufflait à leur hauteur masquait les bruits en contre bas mais même s'il était retombé, Tommy devinait que le temps devait s'être suspendu pour les cinq autres aux prises avec les russes. Toute l'opération ne tenait qu'à un fil fragile et distendu, le même qui les unissaient encore à leur insu son frère et lui.
- Tu veux savoir ce que te demande Dimitrov en réalité Collin ? Ton rôle ne se résume pas à tirer avec précision sur les cibles qu'il te désignera !
Tommy connaissait assez bien son frère pour savoir qu'aucune menace ne le ferait changer d'avis tout comme aucune parole d'excuse n'aurait pu racheter les années qu'il avait passé loin de lui. Collin n'avait pas peur de la prison et avait la tête aussi dur que son aîné, en bon irlandais qu'il était. Mais cependant, une notion trouvait encore de l'importance à ses yeux : la famille.
- Il veut accomplir une vengeance et pour ça il est prêt à n'importe quoi, même à sacrifier la vie de sa fille qui est à l'intérieur de ce bâtiment !
- Tait toi ! Pesta Collin le regard noir.
S'il n'y avait pas eu le canon d'une arme entre eux, nul doute qu'il lui aurait sauté à la gorge.
- C'est pas comme ça que ça marche Collin, répliqua Tommy du même ton. Tu ne peux pas faire ce genre de travail sans en connaître les conséquences ! Admettons que je m'en aille et que tu finisses ton contrat.
Tommy baissa son arme et la colère sur ses traits s'effaça pour laisser place à une expression plus grave qui le fit ressembler à leur père pendant un court instant.
- Elle s'appelle Alice et elle a le même age qu'Abby ! Tu serais vraiment près à devenir un meurtrier pour te venger de moi ?
OooO
- Dimitrov...
- Et bien, on ne peux pas dire que ta voix trahisse ta joie de m'avoir retrouvé, railla le Russe dans leurs oreillettes à tous.
Ni Hickman, ni Louis, ni Anne Marie ni Eva n'avaient baissé leurs armes face aux quatre hommes équipés de noir de pied en cape et qui braquaient sur eux la lumière aveuglante de leurs torches. Ils étaient tous les huit sur le pas de la porte qui donnait dans les bureaux Gildart, l'entrée principale déverrouillée par les soins de Sebastian. D'un instant à l'autre, un passant qui aurait décidé de faire une balade nocturne le long du grand boulevard de Rotterdam aurait pu les apercevoir et donner l'alerte, mettant en péril leur vie à tous. Mais aucun d'eux ne pouvait se permettre d'esquisser un geste au risque de déclencher une rixe meurtrière, surtout face à quatre mafieux russes sous les ordres de Dimitrov.
- Pourtant tu en as fait, des efforts, pour me mettre la main dessus, reprit ce dernier. Combien de fois j'ai été obligé de changer mes plans à la dernière minute parce que j'avais ce bon vieux Dorn collé aux basques ?! Si tu ne l'avais pas prévenu la dernière fois, mes hommes auraient eu raison de lui dans cet hôtel à Moscou...
- Que fait-tu là ? Demanda froidement Louis qui faisait un effort formidable pour garder son légendaire sang froid. Pourquoi ne pas venir discuter face à face ?
- Mmm tu as raison d'en venir droit au fait, il ne s'agit pas de nous cette fois-ci bien que j'aurai apprécié te faire la conversation, nous avons beaucoup de chose à nous dire. Mais ce soir le problème est tout autre mon cher Louis. Disons que j'ai un petit soucis d'ordre familial à régler alors j'apprécierai que tu ne viennes pas traîner entre mes pattes avec ton équipe...
- Je t'en pris, ne viens pas me parler de famille, les mots sonnent faux lorsqu'ils sortent de ta bouche ! A en juger par l'allure de tes hommes de main tu es venu pour liquider les responsables du meurtre de ta femme et de ton fils, rétorqua Louis qui ne quittait pas des yeux la cible qu'il avait en face de lui.
Quatre contre quatre, chacun avait son adversaire. Si les choses tournaient mal, ils ne pourraient compter que sur eux même. Il fallait espérer que Tommy les couvre depuis le toit de l'immeuble d'en face. L'épine du problème était la situation critique de Sebastian qui se trouvait dans le camion avec Dimitrov et sans doute un ou deux hommes armés supplémentaires. Non, ils ne pouvaient rien tenter sans le feu vert de leur expert en informatique sans quoi l'allemand risquait sérieusement d'y laisser la peau.
- Je dois avouer que tu m'offense là, fit mine de se rembrunir Dimitrov dans l'oreillette. Je t'aurai cru plus compréhensif. L'amour paternel, tu connais toi, non ?
Les articulations de Louis blanchirent autour de la cross de son arme mais il ne releva pas, bien qu'un lecteur innocent qui aurait pu lire tous les projets affreux et les idées meurtrières qui se bousculaient dans l'esprit du commissaire aurait sans doute pris ses jambes à son cou.
- Je ne te laisserai pas tuer ces hommes », déclara t-il. « Ils seront traînés devant la justice suivant les lois européennes et incarcérés comme il se doit. »
- C'est là, la principale différence entre toi et moi : aussi hargneux que tu puisse paraître, tu es incapable de faire autre chose que de montrer les dents. Mais je n'ai plus le temps de m'amuser avec toi. Dit à ton équipe d'abandonner la partie ou ils viendront s'ajouter aux cadavres des deux autres !
- Cette fois, ce fut à Louis de sourire ce qui décontenança le malfrat qu'il était entrain de braquer.
- Mais mon cher Dimitrov, » répondit-il en pesant ses mots et d'un ton faussement mielleux. « Du devrait savoir que mon équipe n'abandonne jamais une partie en cours !
Comme pour venir ponctuer sa réplique, un unique coup de feu transperça la nuit.
La balle frappa l'adversaire d'Eva derrière l'oreille gauche pour ressortir sous la mâchoire du russe qui écarquilla les yeux de surprise. Un silence pesant accompagna la chute lente de son corps sur le bitume qui s'acheva dans un bruit mat. Puis, ce fut la fusillade.
Hickman et Louis pressèrent la détente en même temps mais, alors que le premier faisait tomber sa cible d'une seule balle, l'autre dû s'y prendre à trois reprises. Anne Marie plongea sur le coté pour esquiver les coups de feu répétitifs de son adversaire qui, voyant ses camarades tomber aussi facilement qu'on démonte une poupée russe, s'animait d'une rage folle. Eva profita de la diversion de la française pour envoyer un coup de pied retourné dans la nuque de l'homme qui lâcha son arme, sonné, après avoir tout de même réussi à briser trois vitres. Le commissaire finit par le menotter à une barrière de stationnement sur le trottoir avant de porter précipitamment une main à son oreillette.
- Sebastian ? Appela t-il, essoufflé.
Mais ni l'allemand, ni le Russe ne lui répondirent.
- Je retourne au camion ! Hickman, tu prends la direction des opérations ici ! Ordonna t-il en retournant sur ses pas.
- Je viens avec vous commissaire ! Se proposa naturellement Anne Marie qui reprenait sa respiration elle aussi tandis que derrière elle, sa coéquipière italienne vérifiait son arme avec des gestes rapides et sûrs.
- Non, nous ne savons pas combien ils sont à l'intérieur et s'ils ont entendu les détonations, ils seront près à votre arrivée. Il vaut mieux que vous y alliez à trois !
Sans laisser le temps à l'un de ses enquêteurs d'émettre une autre objection, le commissaire s'élança seul en direction du véhicule banalisé de la CPI garé sur l'avenue quelques mètres en contre bas.
Dès qu'il fut hors de vue, Hickman pris la situation en main.
- Prenez les lampes torche on risque d'en avoir besoin, conseilla t-il avant d'ouvrir la marche dans les locaux silencieux.
L'américain redoutait ce qu'ils allaient trouver à l'intérieur car, quel que soit le déroulement de l'opération, il n'existait que trois issues possibles : soit tout se passait sans bavures et ils récupéraient Alice vivante, soit elle n'était pas là et ils repartaient bredouilles avec une chance infime de la retrouver avant qu'elle ne soit enlevée en Russie, soit, et il ne voulait même pas y songer, la jeune femme était morte.
Plongé dans le silence oppressant des couloirs obscurs, Hickman se faisait l'effet d'un chien dont tous les sens étaient aux aguets. Son souffle rauque se mêlait à celui des deux enquêtrices derrière lui qui balayaient chacune de sa torche un coté opposé. Il avançait de biais, l'arme braquée devant lui dans son poing gauche, l'autre main gantée soigneusement laissée en arrière sans jamais cesser de froncer ses sourcils gris broussailleux comme si cela allait l'aider à mieux percer l'obscurité qui lui faisait face. A chaque angle, il tournait brusquement son arme comme pour débusquer un éventuel ennemi dans l'ombre et le soulagement éphémère se succédait à l'inquiétude grandissante sur le masque habituellement impassible qu'il s'était accoutumer à porter. Combien étaient-ils ? Avaient-ils entendu les coups de feu ? Alice était-elle toujours en vie ? Trop de questions demeuraient sans réponse dans son esprit malmené par l'angoisse et la fatigue et il devait sans arrêt résister à l'impression de manque qui le tourmentait depuis qu'il avait décidé de tirer un trait sur son traitement à base de morphine.
- Rien au rez de chaussé, conclue-t-il lorsqu'ils furent tous les trois revenus à leur point de départ.
Le hall d'entrée, avec sa réception vide, était baigné par la lumière de la lune qui s'infiltrait par le trou béant de la baie vitré brisée. Sur le sol, des minuscules éclats de verre scintillaient, constituant les seuls témoins de la fusillade qui avait eu lieu quelques minutes plus tôt tandis que, menotté sur le trottoir, le seul sbire de Dimitrov à avoir survécu se tortillait en vain dans tous les sens pour se libérer.
- On ne pourra jamais vérifier tous les étages, fit remarquer Eva avec inquiétude. Il y en a trop.
Hickman n'avait pas eu besoin du lieutenant Vittoria pour se rendre à l'évidence. Non seulement les kidnappeurs avaient dû entendre les détonations dans la rue mais surtout, ils ne pouvaient se permettre de gaspiller plus de temps à cause de l'état de santé critique d'Alice.
L'américain balaya du regard l'espace autour de lui, cherchant un moyen logique de palier à leur problème mais ce fut finalement Tommy qui leur apporta la solution.
- On a vu une lumière au 15ème étage, signala t-il l'œil dans le viseur. On dirai une lampe de poche.
- On ? Tiqua Eva une main sur son oreillette alors qu'à coté d'elle, Anne Marie et Hickman surveillaient les alentours.
- C'est compliqué...Mais grouillez vous parce qu'apparemment, ils sont plusieurs là haut...
Pendant qu'il finissait sa phrase, les deux femmes avaient emboîté le pas à Hickman qui s'était engouffré dans la cage d'escalier. L'ascension fut longue et particulièrement éprouvante car il fallait sans cesse braquer l'arme au dessus d'eux tout en grimpant quatre à quatre les marches en colimaçon.
Plongé lui aussi dans le noir complet depuis que Sebastian avait désactivé tous les systèmes électroniques de la structure, le 15ème étage était semblable à tous les autres. Un couloir principal reliait les différents bureaux, séparés chacun par de larges vitres opaques.
- Les hommes d'affaires ne changeront jamais, toujours à vouloir garder leurs collègues à l'œil, chuchota Anne Marie.
Bien que Hickman se soit appliqué à ouvrir doucement la porte de la cage d'escalier, il n'avait pu empêcher cette dernière de grincer sur ses gongs. La partie qui se jouait à présent dans le décor sinistre des locaux désert était un véritable jeu du chat et de la souris, chacun traquant tout en ayant conscience d'être traqué. Afin de balayer un territoire plus large et de pallier à tout effet de surprise, Hickman fit signe aux deux femmes de se disperser et d'opérer un silence radio sauf en cas d'extrême urgence. Tandis qu'elles partaient en direction de l'aile Ouest de l'étage éclairé par les grandes baies vitrées qui donnaient sur le boulevard, il s'occuperait de l'aile Est en empruntant le couloir principal vers les chambres froides où étaient stockés les médicaments en cours de test.
OooO
Le coeur de Louis Daniel battait la chamade en arrivant à l'arrière du camion banalisé de la CPI. Aussi silencieux qu'une ombre parmi les ombres, le commissaire avait du mal à mettre ses pensées au clair et à raisonner correctement. Et pourtant, ce n'était pas les opérations de sauvetage qui manquaient dans son dossier irréprochable. Avant de monter une équipe au sein de la CPI pour enquêter sur les crimes inter-frontaliers en Europe, son statut de commissaire à Paris l'avait confronté à nombre de cas similaires. La méthode était toujours la même, rares étaient les cas où il fallait en venir à bout par la force. La prise d'otage n'était jamais une opération facile à traiter et il fallait bien avoir des nerfs aussi solide que Louis pour les gérer comme elle se devaient de l'être.
Mais à présent le cas était différent. Un détail infime faisait pencher la balance en sa défaveur. L'individu qui se trouvait à l'intérieur du véhicule et qui menaçait la vie d'un membre de son équipe n'était autre que l'assassin de son fils qu'il s'était évertué à traquer pendant un an à travers tout le continent. L'homme ne comptait plus le nombre de fois où la vengeance l'avait démangée et où il s'était contraint, avec force débats contre lui même, à ne pas exiger de Dorn qu'il lui remette cette fameuse enveloppe contenant toutes les informations dont il avait besoin pour le retrouver et lui faire payer la mort horrible de son propre fils. Et à présent qu'il avait commencé à se faire une raison en laissant le haut juge faire son travail, Alice, la fille de son pire ennemi était apparu dans son quotidien, faisant resurgir des souvenirs qu'il aurait préféré garder de coté quelques temps. La tentation avait fait son grand retour, il avait même été plusieurs fois obligé de s'éloigner d'elle, comme si le sang qui coulait dans ses veines était porteur d'un gène infecte, celui de l'infanticide. Mais encore une fois, Louis y avait fait face et s'était donner de nouveaux impératifs. Ce n'était pas à sa fille qu'il devait faire payer les actions abominables de Dimitrov mais à l'homme lui même.
Le même homme qui se trouvait dans ce camion noir.
Louis fit halte devant les portes entrebâillées du véhicule. De l'intérieur, il ne distinguait que la faible lumière des écrans d'ordinateurs de Sebastian mais aucun son ne lui parvenait. L'attendaient-ils? Il n'y avait qu'une seule manière de le savoir et Louis avait assez souffert psychologiquement pour se soucier, à cette heure, de ce qu'on lui réservait à l'intérieur. S'il devait mourir ce soir, il emporterai Dimitrov avec lui.
Louis se força à respirer calmement et compta jusqu'à trois avant d'ouvrir la porte, l'arme braquée devant lui. La scène qu'il découvrit le décontenança tout en le plongeant dans une étrange frustration. Sebastian était solidement ligoté au fond de l'habitacle un scotch sur la bouche mais il respirait toujours, dieu soit loué. En revanche, il n'y avait plus une trace de Dimitrov. Encore une fois, le Russe venait de lui filer entre les doigts.
Louis se retint de donner un coup de pied dans l'unité centrale dont le voyant clignotait furieusement, signe de surchauffe. A la place, il entreprit de libérer son expert en informatique qui arborait un bosse violacée sur le front.
- Rien de cassé? s'enquit-il.
- Non ça va, répondit l'allemand en se massant la nuque. Ils vous ont précédés de peu. Ils avaient une voiture à disposition.
- Dimitrov n'a rien laissé derrière lui?
- Rien, répondit Sebastian en fronçant les sourcils pour se remémorer ce qui avait suivi la fuite précipitée des russes.
Il faut dire que le coup qu'on lui avait porté à la tête n'était pas pour arranger les choses. Soudain, un détail sembla lui revenir à l'esprit et il se redressa pour rejoindre la table où étaient disposées ses machines, sous le regard interrogateur du commissaire, tendant la main vers un objet qui avait été disposé en évidence.
- Rien à part un carton rempli de ces seringues!
OooO
Eva marchait en tête, les deux mains devant elle, tenant habilement sa lampe sous la cross de son arme imitée par sa coéquipière. Soudain, alors qu'elles arrivaient à la moitié du parcours, un froissement se fit entendre dans un des locaux sur leur gauche, comme si un dossier venait de tomber et de s'éparpiller sur le sol. Les deux enquêtrices firent volte face à l'unisson et eurent tout juste le temps de se jeter par terre pour éviter de se faire tirer dessus par les deux hommes de mains qui les attendaient là.
- A ta droite ! Hurla Anne Marie à Eva.
Deux autres hommes armés accouraient dans leur direction à l'autre bout du couloir et seraient sur elles dans quelques secondes à peine. Anne Marie tira sur le premier sans prendre le temps de se relever afin de permettre à Eva de se concentrer sur les deux adversaires les plus proches. Équipés d'armes de poing améliorées, les salves qu'ils étaient capables de tirer se révélaient particulièrement meurtrières et des débris de verre pleuvaient sur les deux équipières encerclées.
- Hickman ! Appela la française qui se protégeait le visage de ses mains.
Lorsque toutes les vitres eurent disparues et que les détonations s'essoufflèrent enfin, les deux femmes étaient encore miraculeusement indem bien que légèrement dépassées par la situation. Planquée derrière un bureau renversé qui leur servait de cache provisoire, Anne Marie démonta son arme pour la recharger d'un geste fébrile tandis que les deux hommes jetaient la leur à terre et s'emparaient d'une deuxième.
- On a un petit soucis là...acheva Eva dans son oreillette alors qu'elle venait de recharger la sienne en un clin d'œil et qu'elle s'occupait de tenir les deux autres à distance.
Ni l'une, ni l'autre ne s'attendaient à ce que des chaises leur tombent dessus, lancées par un des hommes venu en renfort.
- Attention !
Mais trop tard, trop occupée à éviter les projectiles, Eva ne vit pas l'agresseur arrivé sur son flan droit et qui levait déjà le canon de son pistolet sur sa poitrine. Le visage de l'italienne se décomposa en une seconde mais le coup ne vint pas. A la place, les faisant sursauter tous les deux, une balle traversa la grande baie vitrée qui donnait sur l'avenue pour se ficher dans la main du truand, faisant sauter l'arme dans les airs. Alors qu'il faisait volte face à la lumière de la lune pour repérer d'où le coup était parti, une seconde surgit de nulle part pour lui porter le coup fatal, suivant exactement le même trajet que la première dans le trou de la vitre. Essoufflée et le cœur battant, Eva regarda l'homme s'effondrer à ses pieds.
- Merci Tommy...
- Pas de quoi !
L'avantage de se battre dans un couloir était que l'étroitesse des lieux ne permettait pas à plus de deux hommes larges d'épaules de s'y tenir côte à côte. Le prochain adversaire qui se présenta à l'italienne fut donc gêné par le corps de son collègue ce qui permit à la sergente de le désarmer d'un coup de pied avant de lui briser le poignet avec une prise d'aïkido. Anne Marie se redressa juste à temps pour viser le dernier homme qui arrivait vers eux muni d'un poignard.
OooO
Hickman avait fait volte face dès les premiers coups de feu échangés, avant même l'appel au secours d'Anne Marie. Dépourvu de lampe torche en raison de sa blessure à la main droite, il s'était mis à courir dans le noir vers le lieux où ils s'étaient quittés. Mais l'américain n'eus pas le temps de faire plus de cinq mètres qu'une forme noire se jeta sur lui.
A la fois surpris par cette attaque imprévisible et sonné par la violence du coup, le lieutenant roula sur le sol et son arme lui échappa des mains. L'obscurité qui régnait dans le couloir l'empêcha de repérer son adversaire tandis que l'écho des coups de feu tirés dans l'aile Ouest lui donnait l'impression qu'il se faisait lui même canarder. Ni une, ni deux, Carl fit un mouvement pour se redresser mais une chaussure lui écrasa la main droite, lui arrachant un hurlement de douleur.
- Le message avait pourtant été clair non ? On ne vous rendrait la fille qu'une fois arrivés en Russie!" Persifla une voix aux accents espagnols. "Qu'est ce que vous avez, vous les russes, à vouloir toujours tout avoir sous votre contrôle? Un marché est un marché, comprendo?"
Hickman se recroquevilla sur lui même, la main blessée contre le torse tandis que des étoiles dansaient devant ses yeux. Ne pas s'évanouir, ne pas s'évanouir ! La voix d'Anne Marie retentit dans son oreillette : « Hickman ! » mais impossible de lui venir en aide.
- Un momento...Eres Americano no ?!
Un second coup de talon le fit rouler sur le dos à la lumière aveuglante de la lampe torche.
- Qu'est ce qu'un américain vient faire ici ?
- Il paraît qu'on mange les meilleures pannekoek à Rotterdam, railla le lieutenant le souffle court.
L'homme lui appuya sa botte sur le torse.
- Joue pas à ça avec moi l'americano ! Dit moi plutôt où est la fille et peut être que j'épargnerai ta main gauche !
La fille ? Alice n'était plus entre leurs mains ? A écouter l'espagnol, elle leur avait échappé il y a peu ce qui voulait dire qu'elle devait se terrer quelque part dans l'immeuble. Un nouvel espoir s'alluma dans l'esprit d'Hickman toujours allongé sur le sol.
- Eres sordo ?! Donde esta la chica ?! (tu es sourd?! Où est la fille?!) Insista Rodriguèz en appuyant sur les côtes du lieutenant qui grimaça de douleur.
Une nouvelle salve de coups de feu en provenance de l'aile Ouest l'empêcha de finir sa phrase et servit de diversion à Carl qui lui agrippa fermement la cheville de la main gauche et le fit tomber à terre d'un coup de bassin. Le lieutenant se releva sans attendre, ignorant l'élancement dans son autre main et récupéra l'arme pour la braquer sur Rodriguèz.
Au même instant, Eva et Anne Marie débouchèrent à l'autre bout du couloir au pas de course pour le rejoindre.
- Vous n'avez rien ? S'enquit Carl, essoufflé.
- Seulement quelques égratignures mais ce n'est pas passé loin, répondit Eva qui rangeait son arme dans son étui, les cheveux en bataille.
- Tu ne répondais pas alors on s'inquiétait, rajouta Anne Marie qui l'observait avec attention.
Hickman s'apprêtait à remarquer que c'était lui qui s'était fait du soucis en entendant les échos du combat acharné qui s'était livré dans l'aile Ouest mais l'alerte qui s'alluma dans les yeux de ses deux coéquipières l'en empêcha.
- Derrière!
Profitant de l'obscurité ainsi que de la diversion involontaire de son collègue espagnol, le docteur corrompu Jacques Bronchain avait décidé de saisir la seule opportunité qui s'offrait à lui après avoir jeté tous ses atouts sur la table et vu s'échapper son unique moyen de pression. Il n'avait plus rien à perdre, il le savait, car après s'être manifestement fait doubler par les russes avec lesquels il voulait traiter, l'enquête serait ré-ouverte et il finirait par être condamné à passer le restant de ses jours en prison pour homicide et enlèvement. Armé d'un scalpel qu'il avait ramassé à la hâte sur une paillasse de laboratoire après avoir entendu les coups de feu dans la rue, il le brandit le plus haut possible au dessus de sa tête pour l'abattre sur l'américain, le visage déformé par la haine. Hickman eu juste le temps de lever instinctivement son bras pour se protéger du coups alors qu'Anne Marie laissait échapper un hoquet de peur et qu' Eva portait précipitamment la main à son ceinturon.
Mais à l'instant fatidique où la lame s'abattait sur le visage de Carl avec violence, un bras vint dévier sa trajectoire. S'interposant entre les deux hommes, Alice avait surgit de l'obscurité comme un chat hors de sa tanière.
- Ne les touche plus ! Hurla-t-elle avant de lui planter une seringue dans le cou.
Jacques Bronchain ouvrit des yeux révulsés en portant les mains à sa gorge. Titubant pour chercher quelque chose à quoi se raccrocher, il finit par se prendre les pieds dans la moquette et s'étala de tout son long un peu plus loin. La surprise fut telle que les trois enquêteurs en restèrent figés. La main d'Eva retomba et Anne Marie mit quelques minutes à recommencer à respirer.
- Hey Kid...souffla Hickman qui ne trouva rien d'autre à dire pour exprimer l'ampleur de son soulagement.
Essoufflée, Alice se retourna vers eux et ses doigts laissèrent échapper la seringue qui tomba sur le sol avec un bruit creux. Elle avait une expression exténuée et des cheveux bruns en bataille retombant sur un visage qui portait des traces de coups par endroit. Ses yeux chocolats s'agrandirent lorsqu'ils passèrent tour à tour sur les trois équipiers qui se trouvaient là, comme si elle avait du mal à croire ce qu'elle voyait. Lorsque son regard s'arrêta sur Hickman, la détresse fit trembler ses lèvres.
- Je...Je croyais qu'ils t'avaient tué, avoua t-elle.
- Comme tu peux le voir ils n'ont pas réussi, lui répondit immédiatement l'américain en esquissant un sourire embarrassé.
- Commissaire, nous avons retrouvé Alice, signala Anne-Marie dans son oreillette.
La voix de Louis leur parvint enfin avec des bruits de sirènes en arrière fond.
«Très bien, le temps de monter et nous arrivons, répondit-il.»
- Alice est-ce que sa va ? S'enquit soudain Eva en s'avançant vers elle.
Les mains de la jeune femme s'étaient mises à trembler et brusquement, ses jambes se dérobèrent sous elle si bien que, si Hickman ne l'avait pas réceptionnée de justesse, elle se serait effondrée sur le sol.
- Alice ! S'alarma-t-il en l'allongeant délicatement par terre.
L'analyste s'accrochait encore à son regard mais elle n'avait même plus assez de force pour bouger les jambes et les bras. Alors qu'Eva s'agenouillait précipitamment à coté d'eux, Anne Marie rappela le commissaire en urgence.
- Commissaire ! Il nous faut un médecin et vite ! Alice est entrain de faire une crise cardiaque !
- Est-ce que...est-ce que je vais mourir ? Bredouilla la jeune femme, secouée de spasmes.
- Non, tu vas t'en sortir ! Répondit Hickman, complètement impuissant devant ce qui était entrain de lui arriver. Tu as confiance en moi ?
Alice ferma la bouche et serra les dents, les yeux rivés dans ceux de l'américain. Elle connaissait ces paroles pour les avoir déjà entendues dans la chambre froide. Juste avant que la porte ne cède et qu'elle ne s'échappe. Elle n'avait pas eu le temps de répondre à la question. Mais cette fois là, il lui restait encore un dernier élan de lucidité pour le faire.
- Oui, répondit-elle en se sentant partir. J'ai confiance en toi.
La seconde qui suivit, son cœur s'arrêta.
A suivre Samedi prochain!
