Je sais, je sais, je saaaaaais, je suis terriblement en retard ! A ce stade, c'est même plus du retard d'ailleurs, c'est de l'abus (et encore…). Bref, j'espère quand même que vous continuerez de me lire… Please (mode chibi ). Enfin bref, le truc c'est que j'étais bien partie et je me suis dit que la ligne chronologique ne collait pas, l'ellipse était trop longue donc il a fallu que je colle un passage intermédiaire et le propre des passages intermédiaires, c'est qu'on ne sait pas quoi mettre dedans. La preuve, ce chapitre fait 15 pages… Mais vous vous en foutez n'est-ce pas, je vous ennuie donc… Ben je vous laisse lire.
Une petite précision toutefois et même deux (qui a dit « roooh » ?)
d'abord, sachez qu'il ne se passe pratiquement rien. Eh oui, c'est une pure exploration de la relation Sirius/Lily
ensuite, vous trouverez sans doute le style… différent. C'est normal. Je viens de découvrir Virginia Woolf et j'ai été tellement impressionnée que ben, j'ai voulu tester son approche des personnages. Pour ceux qui connaissent, il y a peut-être une image que vous reconnaîtrez. Voilà, je ne sais pas si ça vous plaira, je l'espère mais en tous les cas, il se passera beaucoup plus de choses au prochain chapitre, c'est promis.
Et maintenant, je vous laisse lire !
Un grand merci à : nanou01, samy (tiens, une boîte de kleenex lol. Merci, ça m'a fait très plaisir), aurélie (euh non, je ne pense pas que ce soit la fic à laquelle tu penses. Pour preuve, quand j'ai reçu ta review me suis dit "si elle connait la suite, ça m'arrangerait qu'elle m'en parle pasque je rame un peu là XD". Merci à toi !), kalyna (t'as lu les 5 premiers ? J'espère que t'as lu le 6ème aussi lol. merci miss), kalea-chan, Maiionette, Miss Bloody, Melhope et bounette.
Chapitre VII
Besoin d'elle
Lily posa le biberon vide sur la table basse en bois du salon et essuya avec de petits gestes précautionneux les lèvres mouchetées de blanc de son fils. Le bébé gloussa et agita ses mains pour tenter d'attraper les doigts de sa mère. La jeune femme se mit à rire et lui tendit son index avec un sourire attendri. Il avait bien grandi au cours des derniers mois, c'était un bel enfant. Ses cheveux étaient aussi noirs et ébouriffés que ceux de son père et chaque jour qui passait semblait accentuer cette ressemblance, ce qui n'était pas sans provoquer des pincements de cœur à Lily quand, au détour d'une pensée, cette similitude s'abattait sur elle avec la violence d'une vague de pluie. Il n'était pas très grand pour son âge mais il restait largement dans la moyenne, ainsi que sa courbe de poids. Lily ne s'inquiétait pas outre mesure à ce sujet, les garçons grandissaient souvent très vite et d'un seul coup. Quant aux yeux… Elle se pencha vers Harry jusqu'à ce que leurs nez se touchent et lui fit un grand sourire avant de l'embrasser sur le front. Ses yeux, qui avaient été plutôt bleu clair jusqu'à récemment étaient à présent du même vert éclatant que les siens. Sans être vaniteuse de nature, Lily trouvait les yeux de Harry absolument magnifiques, tant pour la pureté de leur couleur que pour l'étrange sentiment qui s'emparait d'elle quand elle se plongeait dans le regard de son fils. Comme si… comme si par le seul pouvoir de ses yeux, le bébé dissuadait les gens de lui cacher quoi que ce fût. C'était une sensation à la fois amusante et effrayante.
- Maintenant tu sais ce que les gens ressentent quand tu les regardes dans les yeux, lui avait dit Sirius quand elle lui avait fait part de son impression.
Elle avait ri.
Lily sourit à ce souvenir tout en tapotant doucement le dos de Harry pour lui faire faire son rot. Oui, les choses allaient définitivement mieux. Elle pouvait à présent penser à Sirius sans se sentir mal à l'aise ou triste. Le jeune homme avait tenu sa promesse. Chaque jour, il venait les voir, elle et Harry, prenait le temps de prendre un thé avec elle le matin si elle le lui proposait et de jouer avec Harry le soir. Il ne restait jamais très longtemps cependant, jamais plus d'une heure. Lily savait qu'il n'osait pas, qu'il ne voulait pas leur imposer sa présence et elle ne savait pas trop comment interpréter la chose, ni comment elle devait se sentir par rapport à cela. Ils évitaient d'ailleurs le sujet de manière générale quand ils se voyaient. Tous les deux étaient trop conscients du besoin qu'ils avaient l'un de l'autre pour risquer de briser cette fragile harmonie retrouvée par des sujets qui les faisaient toujours souffrir, lui comme elle. C'était étrange et d'un autre côté, pas tant que ça. Quelque part, ils n'avaient pas besoin d'en parler entre eux, savoir leur suffisait. Lily n'était pas certaine de savoir ce que cela signifiait, encore moins de vouloir le comprendre.
Elle n'en avait pas besoin. Sa situation actuelle la satisfaisait. Voir Sirius près d'elle, le voir sourire, se transformer en chien pour jouer avec Harry, l'entendre lui raconter ses journées lui apportait plus de réconfort qu'elle n'aurait su le dire. Ses petites attentions, sa bonne humeur, sa simple présence suffisaient à apporter à sa vie de petits rais de lumière et Merlin soit loué, elle était en mesure de pleinement mesurer sa chance. Sirius avait réintégré sa vie avec un tel naturel... C'était comme s'il n'était jamais parti. Elle avait craint que le voir s'occuper de Harry et assumer son rôle de parrain ne fût trop douloureux mais ses peurs s'étaient vite révélées infondées et si Sirius ne comblait pas l'absence de James – ne le pourrait jamais, il la rendait un peu moins douloureuse.
Une odeur désagréable parvint alors à ses narines et elle comprit avec un soupir qu'il était temps de changer la couche de Harry. Elle le prit dans ses bras et l'emmena jusqu'à la salle de bain. Là, elle le coucha sur la table à linger et lui ôta sa couche qu'elle jeta dans la poubelle. Elle nettoya ensuite ses petites fesses avec des lingettes fraîches, les sécha et les adoucit avec du talc. Quand elle eût fini de lui mettre une nouvelle couche, elle alla mettre Harry au lit et resta près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Elle jeta ensuite quelques enchantements de protection autour du berceau ainsi qu'un sort d'alarme, puis elle sortit de la chambre et se rendit dans la salle de bain pour se faire couler un bain. Il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était pas accordée un tel plaisir et l'eau chaude la détendrait.
Tandis que l'eau coulait, elle se détourna et regarda par la fenêtre de la salle de bain. La nuit était tombée rapidement mais il n'y avait pas d'étoile. Sans doute ne ferait-il pas beau demain… Elle soupira légèrement. Elle n'aimait pas ce genre de nuits, pleines de nuages qui formaient comme un épais tapis de poussière sur le monde. Ça lui rappelait… tout. Tout le danger qui régnait autour d'eux et auquel ils n'avaient échappé que par miracle jusqu'à présent. Echappé était un bien grand mot cela dit. Non en fait, il ne convenait pas. Ils n'avaient pas échappé au danger et à la mort, ce n'était pas vrai. Son soleil était mort et maintenant, elle ne pouvait même pas rechercher du réconfort dans l'éclat pâle de la lune et des étoiles. Dommage. Elle aimait contempler ces petits diamants qui scintillaient dans le ciel comme des milliers de perles blanches, rechercher et trouver leurs formes. Ce soir pourtant, elle devrait s'en passer.
Avec un nouveau soupir, elle coupa le robinet et se glissa avec délice dans l'eau chaude. Une sensation de bien-être l'envahit aussitôt. Que c'était agréable… Cette chaleur qui nimbait le corps avec une infinie douceur, comme pour ne pas la brusquer, cette impression de protection, d'isolement… Elle prendrait des bains plus souvent désormais, elle en était certaine. Elle tendit le bras en grognant d'effort pour attraper la bouteille de bain moussant et en versa une quantité non négligeable dans la baignoire. Une délicieuse odeur d'agrumes s'éleva en même temps qu'une épaisse couche de mousse. Lily soupira de bonheur. C'était tout simplement parfait. Il y avait toujours du danger dehors mais là, en cet instant, elle abaissait sa garde et se laissait aller à une joie simple. Elle prit de la mousse entre ses mains et souffla dessus par jeu. Ce ne fut pas concluant du tout car aucune bulle ne s'envola mais ça n'avait pas d'importance. Ça n'avait pas d'importance. Elle s'allongea complètement dans la baignoire, étira ses jambes et dénoua ses cheveux. Puis elle ferma les yeux et un sourire serein se dessina sur ses lèvres. C'était parfait.
Elle sortit environ une heure plus tard, un peu engourdie mais satisfaite. Elle s'enveloppa dans son peignoir, sécha rapidement ses cheveux avec une serviette et alla enfiler son pyjama dans sa chambre. Elle ne s'y attarda pas cependant. Sirius avait réussi à l'y faire entrer de nouveau à force de patience et de gentillesse et aujourd'hui, elle parvenait à venir y prendre des affaires ou y faire le ménage mais y dormir restait au-dessus de ses forces. Elle continuait de dormir dans la chambre de Harry et avait convaincu Sirius de la laisser faire en lui disant qu'elle préférait être directement sur place en cas de problème. Tout en enfilant son haut de pyjama, elle réalisa que son ami n'était pas venu aujourd'hui, ni hier. Il n'avait pas envoyé de message non plus. Lily n'était pas particulièrement inquiète mais dire qu'elle s'en moquait aurait été un mensonge. La plénitude qu'elle avait ressentie dans son bain s'évanouit, remplacée par une vague de malaise. Elle ne put s'empêcher de se demander pourquoi Sirius ne l'avait pas prévenue qu'il ne viendrait pas. Il avait certainement beaucoup de travail mais… tout de même. Juste un message par hibou, ça ne prenait pas beaucoup de temps.
- Raaah, mais pourquoi je pense à ça ? grogna-t-elle en secouant la tête. C'est stupide, il a certainement un millier de raisons valables.
Elle jeta la serviette humide sur son lit, enfila ses chaussons et s'apprêta à aller rejoindre Harry quand elle se rappela qu'elle n'avait pas vérifié les enchantements de sécurité pour la nuit. Elle prit donc sa baguette et descendit donc les escaliers à petits pas rapides, frissonnant un peu quand un courant d'air frais passa sur ses épaules nues.
Arrivée en bas, elle se figea, les yeux écarquillés. Quelqu'un était assis dans un des fauteuils, dos à l'escalier et donc à elle. Elle voyait sa tête brune dépasser, légèrement penchée sur le côté. Un frisson la secoua de la tête aux pieds en même temps que son esprit se mettait à réfléchir à toute vitesse. Qui était-ce ? Comment était-il entré sans déclancher les alarmes ? Etait-ce… Son souffle qu'elle avait provisoirement bloqué se relâcha et ses muscles se détendirent sensiblement. Oui bien sûr, ça ne pouvait qu'être lui. Elle assura cependant sa baguette dans sa main, s'approcha à pas lents et mesurés et contourna le fauteuil. Et là, elle ferma les yeux de soulagement. C'était bien Sirius. Il était assis, les jambes croisées et sa tête appuyée sur sa main droite. Il dormait. Lily secoua la tête avec agacement et posa sa baguette sur la table basse. Vraiment… il aurait pu prévenir, ou au moins l'avertir de sa présence ! Elle aurait pu lui jeter un sort par erreur ou pire. Vraiment, il ne pensait à rien.
Ah les hommes…
Soyons toutefois honnête, elle était soulagée de voir qu'il n'était pas blessé.
Elle eut un geste pour le réveiller puis se ravisa et à la place s'assit en face de lui sur le canapé et l'observa. Il semblait fatigué : ses traits étaient tirés et il avait des cernes sous les yeux. Sans doute n'avait-il pas dormi depuis plusieurs jours. Les yeux de Lily errèrent dans ses cheveux, le long de sa mâchoire carrée puis de sa main crispée sur sa propre baguette. Elle soupira. C'était dans ce genre de moments qu'elle se rappelait combien ils étaient jeunes, tous. Vingt ans. Vingt ans… Elle eut un presque envie de rire. Elle ne se sentait pas comme si elle avait vingt ans, elle avait plutôt l'impression d'en avoir trente. La mort vieillissait sans doute… C'était d'autant plus vrai pour Sirius. Il arrivait à Lily de penser que ce n'était pas par hasard s'il avait été aussi immature à Poudlard : en tant que Black, en tant qu'aîné et en tant que mouton noir rejeté de sa famille, il avait dû grandir beaucoup plus vite que Peter ou James et ne l'avait certainement pas désiré. Faire l'imbécile en classe avait dû être un moyen pour lui de rattraper le temps perdu. De même pour Rémus…
Soudain, Sirius se crispa et s'agita, visiblement aux prises avec un cauchemar. Ses sourcils se froncèrent et une expression d'angoisse apparut sur ses traits lisses. Il serrait sa baguette si fort que les phalanges de sa main en devenaient blanches. Peu désireuse d'assister à un jet de sort involontaire ou aux peurs profondes de son ami, Lily se leva et posa une main sur son épaule.
- Sirius… murmura-t-elle. Sirius.
Le jeune homme sursauta violemment et ouvrit brusquement les yeux. Sa baguette fendit l'air comme une flèche et à une vitesse telle que Lily n'eut pas le temps de reculer. L'extrémité de l'instrument de bois se matérialisa entre ses deux yeux, à deux millimètres de son front. Un coup d'œil au visage de son ami suffit à lui apprendre que son esprit était toujours en état d'alerte et qu'au moindre geste brusque de sa part, il attaquerait. Elle ne bougea pas.
- C'est moi, Sirius, dit-elle lentement. C'est moi.
Et elle leva les mains pour qu'il constate qu'elle n'était pas armée. Sirius cligna des yeux au son de sa voix comme s'il venait seulement d'émerger complètement de son cauchemar et Lily vit ses pupilles aller de son visage à ses mains puis embrasser la pièce d'un regard rapide. La reconnaissance puis la détente et le soulagement traversèrent son visage. Lily sut alors qu'il n'y avait plus de danger et fit un pas en arrière, sans toutefois rompre le contact visuel. Sirius garda sa baguette tendue encore un instant puis il laissa tomber son bras et ferma les yeux, une main sur son front. Lily pensait qu'il allait s'excuser ou lui dire bonsoir mais rien ne vint et cela la mit mal à l'aise. Que lui était-il arrivé ?
- Sirius… commença-t-elle. Est-ce que ça va ?
Il ne répondit pas et garda sa main devant ses yeux. Lily remarqua qu'elle tremblait légèrement. Elle fronça les sourcils et se leva du canapé avant de s'agenouiller devant son ami. Elle posa avec douceur une main sur son genou.
- Sirius… appela-t-elle encore. Sirius, regarde-moi.
Comme il ne régissait pas, elle lui prit la main.
- Regarde-moi, insista-t-elle.
Enfin, il leva les yeux. Lily déglutit. Il semblait à la fois terrifié, épuisé et perdu, le tout voilé par un reste de fatigue et par une contenance qu'il s'efforçait visiblement de rassembler. N'était-ce du qu'au cauchemar ou la fatigue ou bien… ou bien avait-il eu un problème en mission ? Elle avala sa salive et choisit soigneusement ses mots.
- Depuis quand es-tu là ?
Il fronça les sourcils, visiblement perplexe, et regarda sa montre.
- Une demi heure à peu près.
- Pourquoi n'es-tu pas monté ?
Il haussa les épaules.
- Je suis monté mais j'ai entendu le bruit de l'eau donc j'en ai conclu que tu te douchais ou que tu prenais un bain. Un sourire moqueur apparut sur ses lèvres. Quoi, tu aurais voulu que je vienne te dire bonsoir dans la salle de bain ?
Pour toute réponse, Lily lui tapa sur le bras mais elle ne put s'empêcher de sourire. Bon… s'il plaisantait, c'est qu'il n'était pas aussi mal qu'elle l'avait craint. Après réflexion, ce n'était peut-être pas si bon signe que cela mais le fait qu'il ait la présence d'esprit de blaguer prouvait que son cerveau fonctionnait encore. Dans le contexte actuel, mieux valait s'attendre à tout et Sirius était suffisamment inconscient pour rentrer chez lui blessé et essayer de le cacher aux autres. Elle l'examina rapidement pour détecter d'éventuelles blessures mais hormis sa pâleur qui pouvait tout aussi bien être l'œuvre de l'épuisement, elle ne vit rien d'anormal.
- Depuis quand n'as-tu pas dormi ? demanda-t-elle.
Il ne répondit pas tout de suite.
- J'ai juste manqué la nuit dernière.
Elle plissa ses yeux. Mensonge. Un Auror ne se trimballait pas de pareilles valises sous les yeux après seulement une nuit blanche mais elle trouva préférable de ne pas le lui dire.
- Tu n'es pas venu hier, dit-elle.
Il hausse les épaules sans répondre.
- J'aimerais que tu me préviennes quand tu ne viens pas, reprit la jeune femme, sentant l'inquiétude revenir. Ça m'évitera de me faire du souci inutilement.
Nouveau sourire malin.
- Oui, maman.
Mais cette fois, Lily ne lui rendit pas son sourire. Quelque chose clochait, elle en était certaine. Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Ce petit sourire, cette étincelle de malice dans les yeux, tout cela n'était qu'une comédie. Il avait eu ou avait un problème qui le tracassait et il le cachait derrière son masque de comique. C'était tellement gros, tellement lui que pendant un moment, elle le détesta. Comment pouvait-il se comporter ainsi ? Comment osait-il faire semblant devant elle ? Pour la rassurer ? Conneries, il devrait savoir qu'elle ne serait pas dupe. La colère l'envahit et Sirius dut le voir car son sourire s'effaça.
- Je suis désolé, murmura-t-il. Je ne pensais pas que tu…
- Que je quoi ? le coupa Lily, agacée. Que je m'inquiéterais ? Il n'y a que les mères et les petites amies qui ont le droit de s'inquiéter ?
- Bien sûr que non mais…
- Alors la prochaine fois, dis-moi ! Juste un message, c'est pas grand-chose. Bon sang, Sirius, par les temps qui courent et après ce qui s'est passé, c'est normal que je…
- Lily, je t'en prie, implora Sirius, les yeux fermés.
Elle se tut aussitôt. Il avait compris. Elle soupira et se releva.
- Tu veux un thé ? demanda-t-elle plus doucement.
Il lui jeta un regard reconnaissant.
- Oui, merci.
Quelques instants plus tard, elle lui tendait une tasse chaude et fumante. Il la prit avec un hochement de tête et se cala dans le fauteuil avant de renverser sa tête en arrière, la tasse sur ses genoux. Sa propre tasse dans les mains, Lily reprit sa place dans le canapé et croisa ses jambes. Ils restèrent un long moment sans parler. Lily ne savait pas ce qu'elle était censée faire. Jusqu'à présent, lorsqu'il était venu, ça n'avait pas été pour discuter de leurs sentiments respectifs, simplement se montrer qu'ils étaient là l'un pour l'autre. Qu'en cas de problème, ils s'aideraient. Mais à présent que ce moment était venu, Lily réalisait qu'elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont il fallait s'y prendre. Elle avait beau être son amie, elle ne l'avait jamais vraiment réconforté, ç'avait été le rôle de James depuis toujours. Et maintenant… que devait-elle lui dire ? Attaquer directement était de toutes façons hors de question et ne servirait qu'à braquer Sirius. Elle inspira profondément.
- Pourquoi es-tu venu ce soir ? demanda-t-elle en prenant soin de donner à sa voix une intonation amicale.
Il ne fallait surtout pas que sa question ait l'air d'un reproche. Il haussa les sourcils, visiblement étonné.
- Pour être sûr que vous alliez bien, dit-il sur le ton de l'évidence.
Elle ne répondit pas. Il y avait certainement du vrai dans ce qu'il disait mais ce n'était pas tout.
- C'est gentil, dit-elle.
Il haussa les épaules.
- C'est normal, plutôt.
- Harry va bien.
- Tant mieux. Et toi ?
- Aussi.
- Bien.
Le silence à nouveau. Lily changea de position sur le canapé et passa sa main dans ses cheveux. La situation aurait presque pu être risible. Ils étaient là, assis l'un en face de l'autre, à attendre que l'autre parle, fasse un geste, n'importe quoi pourvu que cette ambiance lourde se dissipe, et ils ne faisaient rien. Ils étaient amis pourtant, savaient tout l'un de l'autre ou presque. Lily savait qu'elle pouvait lui parler… avant. Avant, oui, elle aurait pu. Maintenant… maintenant elle ne savait plus très bien comment qualifier leur relation. C'était compliqué. Tout était tellement simple quand ils se contentaient de rire et de parler de choses sans importance… C'était vraiment absurde. Une comédie encore une fois, ils ne jouaient jamais qu'une comédie. Elle pouvait bien accuser Sirius de jouer un rôle, elle n'était pas mieux lotie. Trop lâche. Trop lâche pour accepter de faire face à leurs problèmes. Au fond, c'était peut-être cela ; reconnaître qu'ils avaient le même souci, accepter l'idée qu'ils devaient en parler ensemble pour le résoudre. Ils le désiraient tous les deux mais les mots qu'ils avaient eu flottaient entre eux comme un nuage noir, fantôme de ce qui les avait séparé et de ce qui les séparerait à nouveau si jamais ils échouaient. Lily déglutit avec peine. Parle, supplia-t-elle mentalement. Dis quelque chose, je t'en supplie. Dis quelque chose, n'importe quoi. Qu'il la délivre, elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas.
Mais il ne disait rien, se contentant de boire une gorgée de son thé de temps en temps. Il ne la regardait pas, semblait presque fuir son regard. Lily se sentit à la fois peinée et agacée. Merlin, pourquoi était-il venu si c'était pour lui gâcher ses soirées par des ambiances aussi lugubres ? Pourquoi n'allait-il pas se saouler dans son appartement tout seul ? Une immense honte la submergea avant même qu'elle ait terminé cette pensée. Honte d'être aussi égoïste, honte de savoir qu'au fond, c'était la vérité. Elle se détestait autant qu'elle le détestait, lui. Pourquoi ne parlait-il pas ? Pourquoi ne parlait-elle pas ? Sans prévenir, il leva les yeux et leurs regards se croisèrent. Lily regarda aussitôt ailleurs mais c'était trop tard. Elle avait vu la lueur de désespoir et de détresse, ne pouvait plus faire comme si de rien n'était. Toute sa colère fondit, remplacée par la chaleur réconfortante, incroyablement libératrice de l'affection. Elle allait le faire, elle allait l'aider.
- Tu aimes le thé ? demanda-t-elle. C'est une nouvelle saveur que je viens de tester. Cannelle pamplemousse.
Il releva la tête et elle pensa capter du soulagement dans ses yeux.
- Il est très bon, oui. Où l'as-tu acheté ?
- Un épicier indien qui vient d'ouvrir sur la place. Je te le recommande.
Sourire.
- J'y penserai.
Et encore, le silence. Lily entortilla une boucle autour de son index, un peu plus à l'aise. Le thème du thé était d'une terrifiante banalité mais elle ne pouvait pas réattaquer directement sur sa mission de la veille. Pas encore. Le problème – à court terme du moins – se trouvait là, aucun doute là-dessus. Maintenant, tout allait dépendre de sa capacité à amener le sujet en douceur. Elle lui jeta un coup d'œil furtif. Il s'était un peu détendu, elle le voyait. C'était bon signe, signe qu'il avait compris son initiative et qu'il voulait bien la laisser faire. Cette pensée l'encouragea.
- Tu as dîné ? J'ai un reste de poulet si tu veux. Et des haricots.
Elle n'aurait pu en jurer mais il lui sembla que Sirius avait pâli. Ce fut pourtant avec le sourire qu'il lui répondit :
- J'ai mangé au bureau. Un truc dégueu, comme d'habitude. Tu n'as pas idée de la tête que peuvent avoir des carottes une fois qu'elles sont passées entre les mains des cuistots du ministère. Ça ressemble plus à de la purée d'artichaut qu'autre chose.
Ce n'était pas ça. Ce n'était pas ça qu'il devait répondre. Il ne devait pas prendre ses questions comme une porte de sortie.
- Ils doivent manquer de personnel, répondit-elle en souriant.
- C'est certain, rebondit-il aussitôt. Mais à ce rythme là, ils nous affameront avant même que les Mangemorts ne nous tombent dessus.
Elle secoua mentalement la tête. Il répondait trop vite. Il ne voulait définitivement pas discuter avec elle. Pourquoi ? Pourquoi fuyait-il ? Pourquoi la rejetait-il ? N'avait-il pas compris ? Il ne fallait pas qu'il s'éloigne, il fallait qu'ils arrivent à surmonter tout cela ensemble. Il fallait… Mais il fuyait, se dérobait, il ne la regardait même plus. Elle se sentit à deux doigts de lâcher prise et de le laisser partir mais la panique fut plus forte. Elle ne pouvait pas le perdre encore, elle ne voulait pas. S'il ne s'accrochait pas à elle, alors elle s'accrocherait à lui. Elle chercha son regard et l'accrocha, s'y plongea, fermement décidée à ne plus lâcher. Est-ce que tu sens ça ? pensa-t-elle en le regardant intensément comme si elle avait pu lui communiquer ses pensées par le seul pouvoir de ses yeux. C'est moi, je suis là, près de toi. Fais-moi confiance. Il faut qu'on se fasse confiance, tu le sais, non ? Et c'est pour ça que tu es venu.
Il lui rendit son regard, incertain, hésitant, troublé. Elle pouvait presque voir les mots essayer de se frayer un chemin à travers ses mâchoires contractées. Tout en lui se tendait dans cet ultime effort pour parler. Elle se pencha légèrement en avant. S'il ne se confiait pas maintenant, il ne le ferait plus et alors leur amitié serait définitivement amputée de sa sincérité. Elle perdrait son sens et ils se retrouveraient seuls. Elle avait fait le premier pas, il fallait qu'il réponde, elle ne pouvait pas le faire à sa place. Il ouvrit la bouche.
- Oh merde, il est tard ! l'entendit-elle jurer avec un bref regard vers sa montre. Je suis désolé, il faut que j'y aille, j'ai encore des dossiers sur le feu.
Lily eut la sensation d'avoir reçu un coup de massue sur le crâne.Hébétée, elle resta silencieuse une seconde puis posa sa tasse sur la table.
- D'accord. Comme tu veux.
Il eut l'air surpris qu'elle obtempère si vite puis, comme s'il craignait qu'elle ne change d'avis, il posa sa tasse vide et se leva d'un geste vif. Cela lui fit de la peine. Il brossa sa veste, rajusta son col. Elle se leva à son tour et croisa ses bras sur son ventre. Elle réalisa qu'elle avait froid.
- Merci pour le thé, Lily.
La jeune femme leva les yeux vers son ami. Il souriait mais ce n'était pas le même sourire que tout à l'heure. Il n'était pas faux, il ne cachait pas un malaise, il exprimait une sincère reconnaissance. Il ne la remerciait pas pour le thé, comprit-elle alors et cette prise de conscience allégea un peu son coeur.
Ils se regardèrent. Longtemps. Lui, lui demandant silencieusement si elle lui en voulait, si tout était toujours comme avant et elle lui répondant que non, que ce qu'ils obtenaient n'était rien d'autre qu'un sursis. Désormais, il ne tenait plus qu'à lui de faire en sorte que quelque chose de beau et de neuf en émerge. A cela, il ne répondit rien. Il lui adressa un dernier sourire emprunt de tristesse et disparut dans un Crac sonore. Lily, elle, se dirigea vers les escaliers et alla directement se coucher. Elle mit toutefois du temps à s'endormir.
Elle apprit bien plus tard par Emily Jones, une Auror, que l'équipe de Sirius avait fait un prisonnier deux jours auparavant et que c'était lui qui avait été chargé de l'interrogatoire.
Sirius changea de position sur sa chaise et passa sa main dans ses cheveux tout en pianotant nerveusement sur la large table de bois de châtaignier devant lui. Il était arrivé le premier à la réunion de l'Ordre pour une fois, si l'on exceptait bien évidemment Fumseck qui était toujours là avant tout le monde. Perché sur le dossier d'une des chaises, il fixait Sirius de ses yeux dorés et ronds. Le jeune homme secoua la tête, mal à l'aise. Saleté d'oiseau… Pourquoi le regardait-il comme ça ? Pourquoi ne regardait-il pas ailleurs ? Il ressemblait à un bol de graines ou quoi ? Il se renversa contre le dossier de sa chaise et renversa la tête en arrière, les yeux fermés. Ses paupières lui brûlaient, pesaient comme une chape de plomb sur ses yeux fatigués mais il savait qu'il ne s'endormirait pas. Cela faisait plusieurs jours qu'il ne dormait plus du tout à vrai dire. Combien de temps allait-il encore tenir à ce rythme, il l'ignorait mais ce qu'il savait en revanche, c'est que ça n'allait pas tarder à se voir. Il rouvrit les yeux. Fumseck le fixait toujours, l'air de parfaitement savoir ce qui tourmentait le sorcier et de ne pourtant éprouver qu'une sereine curiosité. Un regard digne de Dumbledore lui-même. La bouche de Sirius se tordit en une grimace amère. Saleté d'oiseau.
- Que… qu'est-ce que vous me voulez ? Où on est ?
- Aucune importance. Dis-nous tout ce que tu sais sur Voldemort.
- Q… quoi ? Je… je ne sais rien du tout !
- Mauvaise réponse.
Un frisson tellement violent qu'il aurait pu passer pour un spasme le secoua et manqua de le faire tomber de sa chaise. Il jura intérieurement tout en vérifiant que personne ne l'avait vu puis se laissa retomber contre le dossier. Putain… Cette voix... cette voix le poursuivait nuit et jour, jour et nuit, jusqu'au plus profond de son sommeil - lorsqu'il parvenait à dormir. Il revoyait le visage tendu, appréhensif, effrayé et il se revoyait, debout, droit, la baguette à la main et le cœur vide.
« Qu'est-ce que vous faites ? Vous n'allez quand même pas… Non… non, non, s'il vous plait… S'il vous plait ! Je ne sais rien, je le jure ! Je le jure !! Pitié, ne faites pas ça ! »
Sirius ferma les yeux et appuya son poing contre son front. Quelque part, il ne réalisait toujours pas. Il ne parvenait pas à croire qu'il ait pu faire une chose pareille. Comment avait-il pu ? Comment avait-il osé ? Comment osait-il encore se regarder dans la glace ? Comment osait-il même se présenter ici et maintenant à une réunion de l'Ordre du Phoenix quand ce dernier n'était composé que de personnes honorables ? Il n'était pas honorable, il n'était pas quelqu'un de bien. Il était mauvais, mauvais ! Il porta son poing contre sa bouche, étouffant un début de sanglot.
Qu'avait-il fait ? Merlin, mais qu'avait-il fait ?
« Non, non, non, je vous en supplie, NOOON !! »
Son souffle s'accéléra, il mordit dans sa main pour ne pas crier. Il se sentait noir, sale. Black. L'horreur l'étrangla, l'empêchant de respirer. Il se mit à trembler. Non… Non, non, il n'était pas un Black, il ne l'était pas, ne l'était plus ! Il ne pouvait pas tout gâcher maintenant. Le visage de James se matérialisa dans l'obscurité. Il mordit plus fort. Putain… putain, James… Il avait besoin de lui, désespérément besoin de lui. Pas de Rémus, pas de Peter, pas de Lily, de James. Lui seul avait réussi à le faire se sentir différent, lui seul était parvenu à le faire se sentir en sécurité. Et Merlin, il lui manquait tellement ! Il ne voulait pas devenir mauvais, il voulait rester Sirius, simplement Sirius. Et comment allait-il annoncer cela aux autres ? Il se figea et entrouvrit les yeux. La douloureuse réalité, la seule réalité, la seule option s'imposa à lui, aussi amère que du pus de Bubobulbe. Il ne pouvait pas leur dire. C'était impossible. Jamais il ne supporterait leur regard, jamais ils ne comprendraient, ne lui pardonneraient un tel acte. Jamais, jamais.
Il éleva ses mains devant son visage. Elles étaient pleines de sang.
Des hurlements. Son visage reste impassible.
A cet instant, la porte de la large salle s'ouvrit. Sirius se redressa aussitôt. Des membres de l'Ordre entrèrent. Parmi eux, Franck et Alice Longdubat, Dumbledore, Rémus et, à la grande surprise de Sirius, Lily. C'était la première fois qu'elle participait à une réunion depuis la mort de James. Il fit la moue. Sa présence le mettait mal à l'aise. Il repensait sans cesse à leur dernière rencontre, à la façon dont il l'avait repoussée alors qu'elle avait voulu l'aider. Ce souvenir lui faisait de la peine. Il revoyait chacune de ses tentatives pour le faire se confier comme un match de Quidditch au ralenti et lui se dérobant systématiquement. Il avait désespérément eu envie de lui parler, de se confier mais il n'avait pas réussi. Comment l'aurait-il pu ?
Il se leva et alla à leur rencontre, souriant malgré le nœud de tension qui gigotait au fond de son ventre.
- Salut, Rémus. Salut, Lily. Je ne savais pas que tu réintégrais l'ordre aujourd'hui.
- Surprise, lui répondit-elle en souriant. J'ai laissé Harry avec Molly.
Sirius hocha la tête sans répondre. Ce « surprise » lancé avec nonchalance était tout sauf innocent. Un moyen de lui rappeler qu'elle n'avait pas oublié leur précédente conversation et qu'elle était toujours déterminée à découvrir ce qu'il cachait. Rien de très étonnant venant d'elle, ni de très réjouissant.
- Ça va, Patmol ? lui demanda Rémus. Je te trouve pâle.
« Je te jure que si tu craches pas le morceau très bientôt, je vais vraiment m'énerver et là, tu vas t'en mordre les doigts ! Tu crois qu'il y a que les Mangemorts qui savent torturer les gens ? Eh bien tu te trompes !! »
- Ça va, répondit-il avec un clin d'œil. Je vais bien, pas de souci.
- Moi aussi, je te trouve pâle, lança Lily d'un ton où nonchalance et inquiétude étaient dosés avec une redoutable précision. Fatigué ?
Il ne pouvait pas nier.
- Oui, répondit-il simplement. Je ne dors pas beaucoup en ce moment.
Une lueur étrange palpita dans les yeux verts de Lily comme si elle avait anticipé la réponse et en était cependant étonnée. Il l'ignora et se tourna vers Rémus.
- Où est Peter ?
- Il n'a pas pu se libérer aujourd'hui, répondit le sorcier, les sourcils légèrement froncés.
Une ride creusa le front de Sirius. Cela faisait plusieurs fois que Peter manquait des séances. Curieux. A moins que… Un frisson de terreur le parcourut.
- Tu crois que le Ministère le soupçonne ? demanda-t-il.
- Ce ne serait pas impossible, répondit Rémus. La fuite venait de son département et depuis l'attentat, ils doivent passer le personnel au peigne fin. Je suggère qu'on passe le voir un de ces jours.
Sirius hocha la tête. Peter ne les trahirait jamais, il en était certain, mais il était psychologiquement influençable. Mieux valait prévenir que guérir. Il remarqua alors avec un peu d'étonnement que Lily arborait un air désapprobateur. Il fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour lui demander ce qu'elle avait mais la voix d'Albus Dumbledore retentit au même moment :
- Je vous en prie, asseyez-vous. Nous avons beaucoup à discuter.
Chacun obéit et rejoignit sa chaise. Sirius prit la sienne entre Rémus et Alice. Il parcourut rapidement l'assemblée du regard. La table était ronde, symbole volontairement choisi pour l'égalité et l'union ainsi incarnées, et très large. A sa droite Alice puis Frank, Maugrey, Kingsley Shakelboat, Dumbledore, Arthur Weasley, Camilla Smith, une magistrate haut placée du Département de la Justice, Stephen Ryan, le directeur adjoint des Aurors – Merlin, était-il au courant pour l'interrogatoire ? Les battements de son cœur se firent sensiblement plus rapides – Rémus et Lily. Ils n'étaient pas tous là. Minerva Mac Gonagall manquait à l'appel, ainsi que Augusta Longdubat – mais étant donné que les deux parents étaient là, il fallait bien quelqu'un pour surveiller leur petit – et donc Peter mais aussi Marina Nickname et Jesse et Ted Vill, trois Aurors avec qui Sirius avait déjà fait équipe et qu'il appréciait beaucoup – à vrai dire, il était sorti avec Marina pendant un temps, peut-être une semaine… Cette constatation le mit mal à l'aise. Pourvu qu'ils aillent bien.
Dumbledore, Fumseck toujours perché sur le dossier de sa chaise, se leva :
- Bonsoir et merci d'avoir eu le courage et la bonté de répondre à cette convocation. Nous savons tous à quel point il est dangereux de se réunir maintenant qu'il est avéré que le Ministère lui-même n'est plus sûr.
Sirius capta du coin de l'œil plusieurs froncements de sourcils contrariés et sentit les muscles de sa mâchoire se contracter. Un espion au sein du Ministère… Oui, Rémus lui en avait parlé. Cela aussi était une idée qui faisait froid dans le dos. Il n'appréciait pas spécialement le Ministre mais il devait reconnaître que faire appel à la France en secret avait été une idée plutôt judicieuse et à laquelle il aurait, pour sa part, apporté tout son soutien.
- Sachez que je mesure pleinement et salue votre courage, continua Dumbledore. Aujourd'hui plus que tout autre, celui de Lily Potter qui nous rejoint après plusieurs semaines d'absence. Bon retour parmi nous, Lily.
Les autres hochèrent la tête ou adressèrent des sourires à Lily auxquels elle répondit. Elle se tenait droite et son visage semblait comme taillé dans le marbre, pâle, figé dans une expression de détermination glacée mais Sirius ne voyait qu'un chagrin sans fond dans ses yeux. Elle essayait, il le savait, de se faire à l'idée que James n'était pas en retard, qu'il n'allait pas arriver, qu'il n'arriverait plus, essoufflé, les cheveux plus ébouriffés que jamais et une excuse stupide à la bouche. Que désormais toutes les réunions de l'Ordre dans cette pièce qui en avait tant vues se feraient sans lui. Une boule se forma dans sa gorge à cette pensée. Sa main se crispa imperceptiblement sur le bras de sa chaise.
- Vous avez doute remarqué que certains d'entre nous ne sont pas là ce soir…
Le ton était emprunt de tristesse et de regret. Sirius se sentit devenir rigide comme la pierre. Non...
- J'ai hélas l'immense regret de vous annoncer la mort de Marina Nickname et de Ted Vill, tous les deux assassinés à leur domicile. Jesse a disparu, nous ignorons où il se trouve actuellement. Il a peut-être été capturé.
Sirius devint blême.
- Sirius… Peut-être qu'il ne sait vraiment rien…
- Bien sûr qu'il sait des choses ! Comment un Mangemort pourrait-il n'être au courant de rien ? Je vais le faire parler, t'inquiète. J'ai tout mon temps et lui aussi.
Un murmure consterné passa dans les rangs. Ils restèrent silencieux un long moment. Sirius avait la sensation d'étouffer, il ignorait si c'était de chagrin, de panique ou de colère. Son cœur battait si fort et si vite qu'il lui semblait impossible que les autres n'aient rien remarqué. Marina et Ted étaient morts… Jesse peut-être aux mains de l'ennemi. Il eut tout à coup envie de vomir. Merlin, il s'était conduit exactement comme eux. Comme un Mangemort. Il ne valait pas mieux que les Mangemorts !
- On sait qui c'était ? demanda Stephen Ryan.
Dumbledore parut hésiter un instant.
- McNair et Lestrange, répondit-il. Rodolphus, ajouta-t-il en jetant un coup d'œil à Sirius.
Le jeune homme crut qu'il allait s'évanouir. Lestrange… Lestrange avait tué Marina et Ted. Bellatrix était peut-être en train de torturer Jesse en ce moment même. Il avait agi comme elle. Il était comme elle. La panique fit flamboyer ses yeux. Son visage était livide.
- Ça va, Sirius ? lui murmura alors Rémus en lui touchant légèrement le bras.
Le jeune homme sursauta et se tourna vers son ami. Rémus le dévisageait, les sourcils froncés et l'air clairement inquiet. Plus loin, Lily le regardait elle aussi, visiblement effrayée. Il s'efforça de se calmer. Doucement, respire. Relax. Il ne fallait pas les alerter. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne devaient pas savoir.
- Ça va, dit-il en grimaçant un sourire rassurant. Ça va. Je suis juste…
Il fit un geste vague de la main. Il ne convint ni Lily ni Rémus, il le vit bien, mais ils ne pouvaient pas commencer à lui poser des questions maintenant. Ils se détournèrent. De l'autre côté de la table, Maugrey lui lança un regard soupçonneux. Un frisson glacé le secoua.
« Bordel, Sirius !! Arrête ! Arrête ça !! »
Il se pinça les lèvres. Il ne fallait surtout pas que Maugrey l'interroge. Il ne pouvait pas mentir à cet homme pour la bonne et simple raison qu'il lisait en lui comme dans un livre. Sirius inspira. Il devait se ressaisir, il devait absolument se ressaisir, faire illusion. Il déglutit, se recomposa une expression ferme et sereine et renvoya sans ciller son regard à son mentor, bien décidé à ne pas se laisser faire. L'Auror fit une sorte de grimace, sembla le jauger de son œil magique puis, voyant que Sirius ne cédait pas, il finit par détourner les yeux. Le jeune homme se détendit un peu. Il en faudrait plus, c'était évident, mais s'il pouvait maintenir ce semblant de calme jusqu'à la fin de la réunion, peut-être qu'on le laisserait tranquille.
Il se concentra de nouveau sur ce qui était en train d'être dit :
- …rons tous les hommages en temps voulu, disait Dumbledore. L'actualité est malheureusement plus urgente et plus dramatique.
Sirius sentit le sang déserter à nouveau ses joues. Ses mains tremblèrent. Etait-il au courant ? Etait-ce Ryan qui lui en avait parlé et dans ce cas qui parmi les Aurors avait lâché le morceau ? La panique l'envahit. Le vieux sorcier lui jeta un bref regard et à cet instant, Sirius sut que ses pires craintes étaient bel et bien fondées. Dumbledore savait. Il savait qu'il avait torturé un homme jusqu'à pratiquement lui prendre sa vie. Son cœur martela à grands coups sonores dans sa poitrine. Non… Il ne pouvait pas, il n'allait tout de même pas dire ça devant tout le monde !
- Et pour Jesse ? demanda Camilla Smith.
Son cœur battait à tout rompre. Il cognait si fort qu'il n'entendait presque plus ce qui se disait autour de lui.
- …sa propre enquête, répondait Stephen Ryan. Pas de résultat pour l'instant mais je pense que ça mérite vérification.
- Je le crois également, approuva Dumbledore. Y en a-t-il parmi vous qui souhaitent se lancer dans cette opération ?
Sirius se redressa, sa respiration s'apaisant soudainement. Enquêter sur la disparition de Jesse, c'était bien ça ? C'était exactement ce qui lui fallait. Une mission sur du long terme, quelque chose de dangereux où il risquerait sa peau à chaque coin de rue, une occasion d'oublier ce qu'il avait fait. De se faire pardonner. Une pénitence. Oui, c'était la bonne, la seule solution. Il commença à lever la main mais Ryan l'arrêta.
- Tu es déjà repéré par le Ministère et Voldemort, Sirius, expliqua-t-il. Il vaut mieux que tu fasses profil bas. Alice, Frank, vous êtes partants ?
Sirius plissa ses yeux avec hostilité. Il comprenait les arguments de son supérieur, il les approuvait même mais ça n'allégea en rien la fureur qui se déchaîna sans prévenir dans son cœur. Pourquoi ? Pourquoi Ryan lui refusait-il cette échappatoire ? Pourquoi refusait-il de lui accorder une chance de rédemption ? Ne voyait-il donc pas qu'il avait besoin de se sentir bon, utile ? Il ressentit soudain l'envie de se jeter sur lui et cette violence l'épouvanta presque autant que le souvenir de l'interrogatoire et dissipa sa rancune. Ce n'était pas lui, Merlin, ça ne pouvait pas être lui… Il n'était pas ainsi, il ne détestait pas ses amis !
Il s'agita, de plus en plus mal à l'aise tandis que les discussions se poursuivaient de part et d'autre de la table. Il entendit vaguement Arthur Weasley dire quelque chose à propos des manœuvres des Mangemorts de plus en plus audacieuses et cruelles mais désormais, c'était comme si les sons étaient déformés par une distance immense. Il regarda nerveusement autour de lui. Il lui semblait que même les murs pesaient sur lui, devenaient plus épais, plus sombres et le plafond plus bas. La lumière s'assombrissait et Fumseck le regardait de nouveau de ses yeux dorés scrutateurs. Ces yeux qui paraissaient transpercer son cœur comme au travers d'un voile de pluie. Ces yeux inquisiteurs, désapprobateurs. Accusateurs. Ils emplissaient la salle, étouffaient les sons, noyaient les couleurs et fondaient le tout dans un tourbillon d'ocre et d'orange.
« Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir ! »
Sirius se sentit submergé par les couleurs, les murs, le silence, les battements de son cœur, à tel point que même rester assis sans bouger devint un supplice. Il ferma les yeux, suffocant. Tout tournait, tout se mélangeait, tout le monde le regardait et il n'y avait que du mépris dans leurs yeux.
Il était à nouveau dans la petite pièce sombre. Le Mangemort était allongé par terre, secoué de spasmes et hurlant à s'en déchirer la gorge. Et il se voyait, debout près de lui, la baguette abaissée, le visage complètement impassible et les yeux fous. Avides. Furieux et pourtant presque heureux. Et l'homme hurlait, hurlait, sanglotait, suppliait et lui ne bougeait pas, n'arrêtait pas, ne ressentait pas. Sirius voulut se ruer vers lui et tirer son bras en arrière mais il se traversa lui-même sans rien rencontrer de solide. Et la peur monta, monta, monta. La colère, la panique, le désespoir. Quelqu'un allait venir, quelqu'un allait le voir, ils allaient tous savoir qu'il n'était qu'une erreur de la nature !
- Arrête ! hurla-t-il de toutes ses forces à son double. Arrête ça !! ARRETE !!
Mais il n'arrêtait pas, il n'entendait rien. Des larmes roulèrent sur ses joues, il tomba à genoux. L'homme hurlait toujours plus fort. Sirius secoua la tête, la migraine menaçant de le rendre fou. Tous ces bruits, touts ces bruits dans sa tête ! Qu'ils se taisent, par pitié, qu'ils s'en aillent ! Il ne supportait plus, il n'en pouvait plus !
Il plaqua ses mains sur ses oreilles.
- Arrêtez !!! cria-t-il en se recroquevillant sur lui-même dans le vain espoir d'atténuer les hurlements. ARRETEZ, ARRETEZ, TAISEZ-VOUS !! TAISEZ-VOUS !!!
Il y avait trop de bruit, et il n'y avait plus d'air, il ne pouvait plus respirer, tout était flou, il ne voyait plus rien mais les cris résonnaient encore plus fort à ses oreilles. C'était lui qu'on torturait maintenant et il entendait le rire de Bellatrix et il voyait les visages déçus et choqués de Lily et Rémus. Il entendait leurs insultes. Il aurait voulu s'arracher les tympans. Et ces yeux, toujours ces yeux ! Un vertige l'envahit.
Il tomba de sa chaise.
« Il s'est réveillé ? »
Lily se retourna vers Rémus qui se tenait dans l'encadrement de la porte de la chambre de Sirius. Elle secoua tristement la tête.
« Non. »
Le visage déjà inquiet du lycanthrope se ferma encore davantage. Il fit quelques pas en avant et s'arrêta au bord du lit, à côté d'elle. Ils restèrent silencieux un long moment, scrutant tous les deux le visage livide et luisant de sueur de Sirius à la recherche d'un signe rassurant et chaque seconde qui passait semblait piétiner allégrement leurs espoirs.
Lily se mordilla l'ongle du pouce. Elle ne savait pas quoi penser. Elle aurait sans doute dû éprouver de la colère contre Sirius mais elle n'y parvenait pas. Elle le contemplait, pâle, agité, fragile et elle n'arrivait pas à chasser de son esprit l'image de son ami virant tout à coup au blanc avant de s'effondrer dans un bruit sourd. Elle n'arrivait pas à oublier l'expression de son visage, ne trouvait même pas les mots pour la décrire mais le choc qu'elle avait ressenti était lui bien réel. Elle ferma les yeux et sa main posée sur le drap blanc se crispa.
Sirius…
Elle ressentait une telle impuissance… Elle se sentait si loin de lui. Quand elle avait voulu qu'il lui parle, elle n'avait pas imaginé qu'il souffrait à ce point. Ou peut-être l'avait-elle su et choisi de l'ignorer. Son cœur se pinça à cette idée. Elle n'avait pas été là pour lui. Il l'avait aidée, consolée, soutenue depuis le début, avait mis ses propres chagrins de côté pour lui venir en aide et elle n'était même pas capable de lui rendre la pareille. Elle n'était qu'une ingrate. Elle savait pertinemment que Sirius était fragile au fond, qu'il se débattait avec des peurs et des angoisses plus profondes qu'il ne voulait le montrer ; c'était en toute connaissance de cause qu'elle lui avait tourné le dos dans un sens. Cette pensée lui était insupportable.
A côté d'elle, Rémus bougea.
- Je vais y aller, Lily, murmura-t-il. Je dois retourner à Poudlard.
Elle leva la tête vers lui. Il semblait contrarié, ennuyé par ses propres paroles. Elle ressentit une vague d'affection pour lui et lui sourit :
- C'est bon, Rémus, dit-elle en lui touchant le bras. Je reste avec lui et je te préviens s'il y a du nouveau.
Il lui adressa un sourire reconnaissant, se pencha vers elle et l'embrassa sur la joue puis il se détourna, non sans jeter un dernier regard à Sirius par-dessus son épaule. Lily l'entendit transplaner quelques secondes plus tard. Le silence qui suivit l'effraya un peu. Elle prit la main gauche de Sirius et l'étreignit. Sa peau était brûlante. Pourtant, il n'était pas malade, Rémus en était persuadé. Le problème était ailleurs. Les yeux de Lily contemplèrent longuement le visage du jeune homme et s'attardèrent sur les paupières rougies, les cernes marqués qui tranchaient dans la peau pâle comme des sillons creusés par l'orage, et elle ressentit un intense désir de protection. Sirius lui avait vraiment fait très peur et elle réalisait à présent qu'elle n'avait même plus de place dans son cœur pour lui en vouloir ou même désirer savoir ce qui le tourmentait tant. Tout ce qui comptait, c'était que ça ne se reproduise plus, parce qu'il avait besoin d'elle et qu'elle l'aimait.
Elle resta assise à le regarder une bonne heure puis s'apercevant qu'il commençait à être tard, elle utilisa la cheminée pour dire à Molly de garder Harry pour la nuit. Elle se fit ensuite un thé et finit par aller fouiner dans la bibliothèque de Sirius. L'érudite en elle jubila en découvrant les grands rayons de livres parfaitement classés sur les étagères de bois de cèdre avec un léger parfum de parchemin ancien. Elle ignorait que Sirius était aussi organisé lorsqu'il s'agissait de livres ! Le sourire aux lèvres, elle parcourut rapidement les ouvrages du regard. Beaucoup étaient plus que dignes d'intérêt, nota-t-elle. La plupart sur les sortilèges, la métamorphose et oh ! les potions. Lily se retint de rire. Les potions avaient vraiment été le cauchemar de Sirius à Poudlard, surtout avec Rogue qui excellait à tel point que même elle ne l'avait jamais surpassé. Cela dit, ça n'avait pas empêché Sirius de toujours avoir d'excellentes notes en potions… Cette pensée lui fit froncer les sourcils puis hausser les épaules. Ils n'étaient plus à Poudlard depuis longtemps.
Ses yeux s'arrêtèrent sur le livre Potions et médicomagie. Le concept était intéressant, elle le prit et refoula avec un soupir triste la vague de regret qui avait soudain surgi des profondeurs. Elle retourna dans la chambre de Sirius, se rassit près de lui et se plongea dans le livre. Trois heures passèrent. De temps en temps, elle jetait des coups d'œil à Sirius mais son état n'évoluait pas. Il dormait toujours et au bout d'un moment, Lily sentit elle-même ses yeux se fermer. Elle s'en voulut et essayer de lutter contre le sommeil mais dut bien vite s'avouer vaincue. Sirius n'était apparemment pas le seul à mal dormir ces derniers temps : Harry était loin de faire ses nuits… Elle s'endormit, le livre encore ouvert sur ses genoux.
Quand elle se réveilla le lendemain matin, il faisait encore très sombre et la pièce était plongée dans l'obscurité. Lily se redressa lentement, la nuque endolorie et raide, et bailla avant de s'étirer. C'est à ce moment là qu'elle réalisa qu'une couverture chaude était posée autour de ses épaules. Elle se figea une seconde, perplexe, puis ses yeux se posèrent sur le lit vide. Que… ! Elle se leva d'un bond, envoyant voler livre et couette, ouvrit la porte et se précipita dehors. Où était-il ? Allait-il bien ? Et s'il avait eu un problème pendant qu'elle dormait ? Et si… et si… Ses pas claquèrent sur le parquet du couloir qui menait de la chambre au salon. Le cœur battant, elle poussa la porte. Et elle le vit.
Il se tenait face au mur où était accrochée la majorité de ses photos, les mains dans les poches, les épaules légèrement affaissées. Il ne se retourna pas à son arrivée. Elle ne l'appela pas non plus. Elle resta immobile un moment, hésitante, puis avança lentement vers lui, tout enthousiasme ou précipitation désormais disparus. Elle était soulagée de le voir debout mais la tristesse qui émanait de lui, même s'il lui tournait le dos, emplissait la pièce à la manière d'un immense voile gris. Ce n'était pas lourd, juste… saisissant parce que ce chagrin semblait jaillir de son propre cœur, comme si ç'avait été le sien. Sirius portait toujours son armure mais c'était sans conviction, comme s'il n'avait plus la force nécessaire de la porter et elle devinait les failles, les blessures non cicatrisées.
Elle s'approcha encore jusqu'à pouvoir poser son menton sur son épaule mais elle ne le toucha pas. Il était trop loin d'elle, trop profondément plongé dans ses souvenirs et elle devait le laisser venir. Elle soupira imperceptiblement. Elle aurait tant voulu, tant désiré pouvoir lui dire combien il comptait pour elle, combien elle réalisait la chance qu'elle avait de l'avoir mais c'était comme si le moment n'était pas venu, qu'elle n'était pas prête à le faire ni lui à l'entendre. Cette complicité perdue était là, à portée de main et en même temps terriblement lointaine. Une immense tristesse l'envahit, si triste, si perdue, si seule. Elle pouvait sentir sa chaleur et ses tremblements.
Elle leva les yeux et croisa le regard rieur de James derrière ses verres ronds. Son cœur se serra. Il était pratiquement sur chacune d'entre elles, réalisa-t-elle, la gorge nouée. Toutes ces photos… Tous ces moments… Ici, c'était les Maraudeurs en première année et là, Sirius et James avec la tenue de l'équipe de Quidditch. Oh et là, la première fois qu'ils étaient partis en vacances tous ensemble à Hastings… Sirius s'était moqué de Peter, aussi blanc qu'un cachet d'aspirine et Rémus avait renversé sa glace sur le bras de James. Lily sourit. C'était un souvenir joyeux, elle entendait encore les rires et les cris d'indignation de son mari. Elle laissa son regard errer de photo en photo, sans vraiment les voir et pourtant, chaque souvenir se matérialisait dans son esprit avec une parfaite précision, se laissant bercer dans la brume de la mémoire et tout à coup, elle s'arrêta, le souffle court. Inconsciemment, elle prit la main de Sirius et à son étreinte, elle comprit qu'il s'était arrêté sur la même. La photo du mariage… James et elle, et lui. Radieux. L'image était comme encadrée de bonheur, la joie de vivre filtrait tant à travers elle qu'un faible halot de lumière l'entourait. Le symbole d'un passé uni, heureux et plein d'espoir vers l'avenir. Un passé à jamais perdu.
Les larmes lui montèrent aux yeux. Ces sourires, ce bonheur… Tout cela lui paraissait tellement lointain aujourd'hui, à des années du présent et ça ne faisait quatre mois. Quatre mois qu'elle souffrait à en hurler, quatre mois qu'elle vivait avec deux souvenirs vivants de son mari disparu. Quatre mois qu'elle s'accrochait désespérément au passé sans voir que quelqu'un d'autre se faisait écarteler par le souvenir et la nécessité de continuer à vivre, et l'aidait cependant à tenir bon sans jamais demander quoi que ce fût en échange. L'émotion déborda de son cœur. Il avait tant souffert pour elle, à cause d'elle. Et là, comme s'il avait lui aussi senti l'intensité de leurs sentiments respectifs, il abaissa son bouclier et le voile se déchira et la lumière rouge du soleil levant les baigna tous les deux et elle le vit – blessé, épuisé, sanglant – tel qu'il était, tel qu'il acceptait de se montrer car faire semblant était devenu trop dur. Et Lily se sentit emportée, emplie, submergée par cette confiance, cette faiblesse, cet ultime appel à l'aide et elle embrassa ce moment de tout son cœur, de toute son âme. Elle ouvrit les bras, les passa autour de la taille de Sirius et le serra contre elle.
Elle le sentit se tendre et appuya sa joue contre son dos et au bout de quelques secondes, il relâcha son souffle. Il relâcha son souffle et elle sut qu'il pleurait. Parce qu'elle pleurait aussi. Parce qu'à cet instant, ils se comprenaient parfaitement et qu'ils n'avaient plus aucune raison de le cacher, plus de raison de feindre, plus personne à tromper, pas même eux. Elle comprit aussi qu'il ne lui dirait rien, ne le ferait jamais. Mais ça n'avait pas d'importance. Elle, ses sentiments n'avaient pas d'importance. Plus que jamais, elle sentait les battements de son cœur se calquer sur les siens, leurs sentiments s'ajuster, et cette sensation n'avait pas de prix. Elle l'aimait, pensa-t-elle. Elle l'aimait énormément. Le soleil pourpre déversa ses froids rayons dans la pièce et fit briller ses longues boucles. Elle sourit à travers ses larmes. Enfin. Enfin, ils se retrouvaient.
En espérant que ça vous a plu malgré le manque d'action. A bientôt !!
