Bonjour/bonsoir!
Mon dieu, j'ai tellement faim que je n'arrive plus à penser.
(Au fil des jours, mes phrases d'introduction se chargent un peu plus de charisme et de profondeur.)
Disclaimer : Masami Kurumada et la Toeï.
Titre : Et il se souvint alors...
Personnages : Tous! [insérer ici applaudissements respectueux et admiratifs]
Infos particulières : mention d'un personnage de "The lost Canvas". Ce n'est pas fondammental si vous ne connaissez pas, c'est Rodrigue El Cid, le chevalier du Capricorne. Si vous êtes Kurumada-puriste, vous pouvez le remplacer par sa version "The Next Dimension".
Mais encore? : j'ai eu une review Guest de Leila 26 la dernière fois, merci à toi! Je suis très heureuse que ce chapitre 6 (auquel il manque le titre dans la barre de droite! ho no! Il faut changer ça!) t'aie plus, parce que moi aussi je l'aime bien, ha ha! Cette fois-ci la publication fut plus rapide.
Bonne lecture!
L'étage central de la tour de Jamir se constituait d'une pièce des plus agréables. Le dur sol de pierre s'effaçait sous un véritable dallage de tapis chatoyants, de couleurs aussi diverses que les formes géométriques qui en ornaient la surface à la façon des mandalas. Des heures entières le petit Kiki, et Mû avant lui, en avait suivi les lignes complexes, crapahutant dans tous les sens sous un regard ainé bienveillant. Un canapé, un coffre recouvert de cuir, une table basse, d'autres petits meubles en bois finement sculptés et de multiples coussins, du plus simple au plus brodé, agrémentaient le lieu à l'atmosphère aussi chaleureuse que les lourdes tentures en tissus qui isolaient les murs.
Sur l'un des petits meubles siégeait humblement une modeste horloge de bois, sculptée autrefois par Rodrigue, puis emportée par Shion et peinte de sa main avant de s'établir définitivement dans la pagode jamirienne, voyageant de temps en temps entre les pièces, au gré des habitants et des besoins. Petite horloge toute simple chargée de souvenirs. Petite horloge que par inadvertance, Kiki avait cassée dans la matinée dans un débordement d'énergie peu conciliable avec un lieu clos. Petite horloge cassée qui provoqua un vent de panique chez Mû lorsqu'il se rendit compte, non seulement que ce cher objet qu'il avait connu toute sa vie ne fonctionnait plus, mais également qu'il était très en retard pour une réunion à laquelle il devait impérativement assister au Sanctuaire.
Il ne prit pas le temps de se changer, se téléportant en une fraction de seconde aux pieds du Sanctuaire, au plus près que le lui permettait le cosmos d'Athéna. Immédiatement, il se mit à courir, les pans de sa robe de style atlante claquant au vent chaud de Grèce et au rythme de sa course, révélant par instants fugitifs des éclats de peau blanche et glabre. Le bandeau de tissu qui lui ceignait avantageusement la taille voletant anarchiquement derrière lui, tel les ailes d'un insecte étrange, ajoutait à l'aspect décalé de sa silhouette colorée et mouvante au milieu de la monochromie austère des lieux. Dans sa course, Mû tentait tant bien que mal d'attacher ses cheveux avec son habituel cordon de cuir rouge afin de se donner un air moins négligé et d'éviter les nœuds que les fortes bourrasques ne manqueraient pas d'assembler dans ses cheveux. Cependant, le facétieux Aquilon ne put s'empêcher de venir jouer entre ses doigts pour leurs en soustraire le dit cordon. Mais d'autres doigts puissants sortis de derrière des rochers s'en emparèrent de nouveau. Mû se retourna, vent, cheveux et larges pans de tissus amplifiant ce simple mouvement. Il croisa alors un regard étrangement pétillant, puis, un son tout à fait inapproprié et lourd de sous-entendus résonna à ses blanches oreilles.
Essoufflé, le chevalier du Bélier franchit les lourdes portes en bois qui ouvraient sur l'une des salles du treizième temple. Le léger brouhaha de conversation qui animait l'air, encore maintenu relativement frais par les épaisses pierres des murs, se centra alors dans une exclamation pour marquer l'arrivée du dernier Or attendu.
« - Whoa, Mû ! Quelle tenue ! Souligna admirativement Aphrodite.
- Hé bien, fit Aldébaran après un bref rire qui fit trembler les meubles, que t'est-il donc arrivé ? Ce n'est pas dans tes habitudes d'être en retard. Et puis, tu fais une de ces têtes !
- C'est…heu… hé bien…
- Allons gamin, qu'est-ce qui t'as mis dans cet état ? Demanda Dohko d'une voix puissante et posée, croisant les bras sur sa poitrine en signe d'écoute.
- Je… Je courais en montant les escaliers pour atteindre le sommet du Sanctuaire quand j'ai perdu ma lanière de cuir. Je me retourne pour la ramasser et là, je croise un garde qui me regarde bizarrement… Je pense que c'est un nouveau, je ne l'avais jamais vu avant, enfin cela dit, je ne connais pas tous les gardes qui… Enfin bref, je croise ce garde et… J'ai vraiment du mal à le croire mais… Il me siffle ! Il me regarde avec un sourire en coin et commence à déblatérer des choses étranges sur mon « imposante crinière », sur mes « hanche mulassières », sur le fait que c'est très cavalier de ma part de ne pas porter mon masque… Il me semble même qu'il a fait un jeu de mot obscène en me disant que, si moi j'étais pressé de monter les escaliers, lui il monterait bien autre chose… »
Il y eut un silence peuplé des visages des onze Ors, de Kanon et du Pope, chacun crispés dans des expressions aussi indéfinissables que ridicules, preuve d'une éminente tentative de contrôler leurs muscles zygomatiques face à la mine dévastée de leur collègue. Shion, à ce moment-là, regretta de ne pas avoir déjà mis son masque.
« - Je…crois que je me suis fait draguer. »
Sans que personne ne sache qui l'avait amorcé, la fine fleur de la chevalerie éclata d'un rire moqueur et joyeux. Même Mû, malgré le choc et la position gênante dans laquelle il se trouvait, ne put s'empêcher d'afficher un petit sourire. Au moins, son retard était oublié.
Après avoir repris sa respiration, Shion coupa court à cet instant de frivolité afin d'éviter un débordement irréversible et invita avec fermeté à commencer la réunion. Il fit également une note dans un coin de son esprit : dès qu'il saurait qui avait osé poser un regard lubrique sur son enfant, ce quelqu'un allait devoir s'attendre à faire de nombreux, très nombreux tours de garde. Chacun s'installa sans véritablement être dans un état d'esprit propice, Mû jetant même un coup d'œil discret à sa démarche pour vérifier s'il avait vraiment des « hanches mulassières ».
Tandis que le Pope semblait présenter avec sérieux les points cruciaux de la vie du Sanctuaire qui allaient être abordés, aucun des pseudo-participants ne put empêcher les réminiscences de situations honteuses de s'imposer à leur esprit.
Aphrodite se souvint du matin où, après des mois de dur labeur, il avait découvert sa plantation entière de rosiers complètement dévastée par une maladie foudroyante, et cela deux jours avant l'évaluation prévue par son maître. Il fut alors victime de la pire crise d'angoisse que le médecin en poste à cette époque (qui n'était autre que Shion) aie jamais vu. Son maître, pris de pitié, lui accorda une semaine de repos pour qu'il se remette. N'ayant jamais pu identifier la cause de cette hécatombe, aujourd'hui encore Aphrodite allait vérifier tous les matins le cœur serré si ses roses étaient toujours en vie.
Shaka se souvint de la fois où, lorsqu'il avait cinq ans, il était tombé la tête la première dans les eaux du Gange. Il n'avait jamais surmonté ce traumatisme de l'enfance et évitait avec soin les trop grandes étendues d'eaux. Il avait par ailleurs récemment commencé une sorte de thérapie avec Kanon qui avait lui aussi une relation complexe et paradoxale avec l'élément liquide.
Camus se souvint du jour où, après avoir rangé un livre à la hâte, il l'avait ensuite retrouvé avec la couverture et quelques pages cornées. Il vit, il rougit, il pâlit à cette vue.
Milo se souvint du jour où, arachnophobe, il avait appris que le scorpion n'était pas un insecte.
Aldébaran se souvint de cette nuit où il s'était réveillé dans la panique la plus totale après avoir rêvé qu'il n'était plus un taureau mais un bœuf.
Deathmask se souvint du jour où, invité à dîner chez Aphrodite, il vit celui-ci casser les spaghettis en morceaux, arguant qu'ils « ne rentraient pas dans la casserole ». Il fallut longtemps au Poisson pour obtenir le pardon suite à cet acte infâme.
Saga se souvint d'une honte personnelle où, mal réveillé, il avait hurlé en croyant avoir surpris Kanon dans sa salle de bain. Il s'était en fait avéré qu'il s'était confronté un peu trop brutalement à son miroir.
Kanon se souvint de la fois où, après une cuite particulièrement mémorable, il s'était fait surprendre par son frère un matin alors qu'il fouillait dans sa salle de bain à la recherche d'une aspirine. Il lui avait fallu employer la plus fine des rhétoriques pour convaincre par la suite Saga que, plongé encore dans les brumes du sommeil, celui-ci n'avait dû voir en réalité que son propre reflet dans la glace.
Aiolia repensa à la fois où, enfant, il avait entendu Aphrodite parler des joies de la neige qui tombait en abondance en Suède. Frustré de n'en avoir jamais eu au Sanctuaire, il avait pris une planche et s'était élancé depuis les marches du temple du Lion, improvisant ainsi une piste de luge. Il ne se souvenait pas de la chute magistrale qui avait suivi, mais on la lui avait souvent racontée…
Aiolos se souvint de la fois où, encore apprenti chevalier du Sagittaire, il avait fait s'évanouir le Grand Pope. Jouant à Guillaume Tel, arc et flèche d'or en main, il avait pris pour cible le petit dragon qui ornait le casque popale.
Il s'avérait, par une amusante coïncidence, que le pire souvenir du Grand Pope était exactement le même que celui du Sagittaire.
Shura se souvint du jour où, très fier de lui, il avait présenté à Aphrodite un portrait qu'il avait fait de lui. Le jeune suédois en pleine puberté le pris très mal en voyant le résultat, hurlant avec des trémolos dans la voix que le portrait en question était très moche avec ses formes géométriques de partout et pas du tout ressemblant. Shura avait répliqué que c'était normal, que c'était du cubisme et que le cubisme était une manière de remettre en question une certaine vision linéaire du monde issue des idées de la Renaissance, mais il fut coupé par une violente gifle outrée. Amer, il décida de se reconvertir dans la sculpture.
Dokho se souvint d la première fois qu'on l'avait appelé « vieux maître ». Ça lui avait fichu un de ces coups...
Ce jour-là, les petits sourires impromptus et les coups d'œil complices teintèrent la réunion professionnelle d'une toute autre valeur.
« - HAHAHAHAHAHA ! Alors toi le bleu, tu fais fort ! Á peine une semaine de service et tu racoles par méprise un chevalier d'Or !
- Wah ! Tu bas presque le vieux Nicomède qui avait trébuché dans la lanière de sa sandale et s'était étalé par terre en répandant les eaux sales du treizième temple dans tout le jardin du chevalier des Poissons, qui était, en ce temps-là, encore apprenti. Ça avait fait crever toute la roseraie ! T'aurais dû voir la tête du gosse quand il a vu le carnage. En tout cas, je peux te dire que le Nicomède, il avait fait profil bas pendant un moment. Enfin, dans ton malheur, tu es tombé sur le chevalier du Bélier. Un mec sympa. Pas rancunier, à moins de vraiment chercher les problèmes…
- Je… Je crois que j'ai utilisé des métaphores équestres dégradantes pour le désigner…
- WAHAHAHAHAHAHA ! »
Et c'est ainsi qu'à un poste de garde, dans ce lieu de guerre et de souffrance, s'élevèrent des rires dans la chaleur du soir.
Merci d'être arrivé jusque-là!
Et c'est parti, je retourne finir les derniers détails pour les prochains textes. Il faut aussi que je me mettre à jour sur les nombreuses publications que j'ai ratées depuis mon absence!
A bientôt!
