Chapitre 7 :
Ici, ce n'était pas le soleil qui le réveillait, ni les cris des recrues toutes excitées et qui changeaient souvent après être passées entre les mains de Zaraki. C'était l'angoisse, la boule au creux du ventre, pire que celle créée par la faim. Il avait entendu Aizen, alors qu'il errait dans les couloirs ; le prochain raid était fixé pour bientôt, sans doute pas plus tard qu'aujourd'hui. Il le sentait. Grimmjow s'étira en bâillant. Il ne se levait aussi tôt que les jours où il avait une mission à accomplir ou un raid à mener. Renji l'attrapa vivement par le bras, ses ongles rentrant presque dans sa peau.
- Vous y retournez aujourd'hui ?
Il venait de sortir de son sommeil, mais il semblait déjà en alerte. Sa voix était aussi claire que son angoisse, perceptible. Grimmjow se libéra sans rudesse. Il ramassa ses vêtements et lâcha, comme s'il parlait d'une chose tout à fait anodine :
- Oui. Et ce sera pas la dernière fois. Tu vas m'le demander chaque putain de fois ?
Sa désinvolture pouvait passer pour de la froideur et sembler cruelle. En réalité, elle cachait de la gêne. Quelque part, Jaggerjack regrettait de causer tant d'inquiétude à Renji. Celui-ci bondit hors du lit et courut après lui jusque dans la salle de bain. Il aurait détesté en arriver là, en temps normal, mais les circonstances étaient différentes et plus graves aujourd'hui. Il n'était plus question que de sa propre sécurité, mais de celles de ses amis, de ceux qu'il considérait comme des membres de sa famille. Il le supplia :
- Grimmjow, écoute ! Je... Ne les suis pas. Reste ici... S'il te plaît.
Son regard erra au hasard, aussi perdu que lui.
- Reste avec moi ! Tu sais que j'ai peur quand tu vas là-bas !
Il devait vraiment être désespéré pour en arriver là. Grimmjow rétorqua un peu durement :
- Peut-être... mais pas pour moi.
- Laisse-moi y aller ! Je... Merde ! Je peux même pas défendre mon camp !
- Si j'acceptais, tu passerais pas la journée, répondit l'espada, avec un calme effrayant.
Renji lâcha un ricanement amer.
- Et alors ? Si je reste là, c'est toi qui finiras par me buter !
Un long silence s'ensuivit. Grimmjow continuait à se préparer, sans prêter attention à Renji, qui se rongeait les sangs tout en espérant qu'il réfléchissait et changerait d'avis. C'était fou d'attendre quoi que ce soit de Jaggerjack, mais il ne pouvait s'en remettre qu'à lui. Grimmjow se débarrassa de son dernier bandage sale. Il se tourna alors vers Renji.
- Ecoute, Red, je veux te garder en vie, alors tu vas bien gentiment rester là, ok ?
Il était revenu sur sa première idée, pour sa plus grande honte. Il ne le reconnaitrait pas, mais il aimait trouver quelqu'un quand il rentrait. Renji ouvrit la bouche. Aucun son ne put en sortir ; Grimmjow le coupa net :
- Fin de la discussion.
Les sourcils du rouge se froncèrent. Il se contenta de détourner un regard fâché. L'inquiétude chassa vite sa colère. Ses entrailles se nouèrent, à la pensée que Rukia ne respirerait peut-être plus d'ici ce soir. Il devait encore essayer de convaincre l'arrancar.
- Peut-être que ça te paraît dingue, mais je sais me battre ! Il y a... Il y a des gens qui ont besoin de moi.
Il soupira et ajouta :
- Je pourrais faire un effort... si tu en fais un de ton côté. Je t'en prie...
Le regard de Grimmjow cilla une seconde, mais il ne fléchit pas. Renji eut beau le prier encore et encore, il demeura inflexible. Lorsqu'il comprit qu'il aurait beau tout lui offrir, rien ne serait jamais suffisant, Abarai se tut. Impuissant, il regarda l'espada sortir de la douche, se sécher et enfiler ses habits. Ses mâchoires étaient serrées. Grimmjow feignit de ne pas remarquer son expression des plus lugubres, jusqu'à ce qu'il eût fini de se préparer. Alors qu'il s'apprêtait à s'en aller, il se détourna de la porte et le prit par le bras.
- Je vais voir ce que je peux faire.
Il était sérieux, mais Renji ne se détendit pas. Il se contenta d'acquiescer, avec un air désabusé. Grimmjow devina aisément qu'il ne le croyait pas. Bien qu'un peu déçu, il partit ; il avait déjà perdu assez de temps.
Renji jeta un coup d'œil sur l'horloge. Ils n'étaient toujours pas rentrés. D'habitude, ils se montraient plusieurs heures plus tôt. Au-dehors, la nuit avait dû tomber. Il refit le tour de la salle, le cœur battant à tout rompre. Son poing alla cogner le mur, puis son pied. S'il avait joué les parfaits petits soldats, manipulables à souhait, Aizen l'aurait peut-être autorisé à les accompagner. Il aurait pu agir de lui-même, sans se décharger sur Grimmjow.
En réalisant que ce dernier demeurait son seul espoir de préserver ses amis, il frissonna. Il devait affronter la réalité ; ils étaient perdus. Il s'apprêtait à retourner dans les appartements de l'espada, quand le bruit des immenses portes du palais s'ouvrant, puis se refermant, retentit. Aussitôt, des éclats de voix lui parvinrent. Il reconnut aisément la voix narquoise de Nnoitra, à la différence près qu'elle paraissait bien plus furieuse que d'ordinaire.
- T'en as fait exprès ! Me prends pas pour un con, Jaggerjack ! J'ai horreur de ça !
- Crois ce que tu veux... répliqua la voix nonchalante de Grimmjow.
Sa désinvolture n'arrangea rien à l'exaspération de Nnoitra, qui lui barra la route.
- Ton cero a raté cette shingami et c'était pas un hasard, siffla-t-il.
Grimmjow le toisa avec un mépris nullement dissimulé. Il ricana et répondit, avec un petit sourire parfaitement insupportable :
- Je n'apprécie pas tes insinuations.
Comme il tentait de forcer le passage, Nnoitra l'empoigna par la manche. Il se dressait au-dessus de lui, penché dans une attitude menaçante ; il ressemblait à une horrible mante religieuse, courbée sur sa proie.
- Alors j'espère que tu préfèreras mes accusations... Voilà ma version de l'histoire : tu as délibérément manqué cette petite conne pour faire plaisir à la putain à queue qui t'attend dans ta chambre !
Nnoitra ne vit pas le coup partir ; le poing de Grimmjow réduisit sa mâchoire en miettes et le fit basculer en arrière. Grimmjow s'accroupit, le força à relever la tête en le saisissant par le col de sa veste et lui flanqua encore deux, trois crochets qui lui enlevèrent l'envie de faire un nouveau commentaire déplacé. Puis il se remit debout.
- La prochaine fois, je t'ouvre en deux, enfoiré ! rugit-il. J'obéis à personne, que ce soit clair !
Nnoitra n'émit qu'un grognement sonore et resta à terre, un peu assommé. Avec un reniflement dédaigneux, Grimmjow frotta son poing ensanglanté pour en ôter le sang. Comme si de rien n'était, il contourna l'homme à terre et se dirigea vers la salle de réunion. Nnoitra essaya plusieurs fois de se remettre debout. Il n'y parvint qu'à la quatrième tentative ; Grimmjow n'y était pas allé de main morte. Blême de rage, Jiruga emprunta le même chemin. Dans l'ombre, Renji était resté plaqué au mur. Il se permit de respirer seulement lorsqu'il fut certain que les espadas se trouvaient hors de portée.
Il se laissa tomber au pied du mur ; dans ce moment de soulagement, il aurait pu tout aussi bien s'agenouiller à ceux de Grimmjow. Il n'avait jamais cru en rien, mais il ne pouvait que constater le miracle qui venait de se produire. L'espada avait épargné Rukia ; il s'agissait forcément d'elle. Après l'avoir espionné si longtemps, Grimmjow identifiait aisément les personnes les plus proches de Renji. Le shinigami se doutait bien que l'arrancar n'avait pas agi de façon désintéressée. Peu importait. Il s'en moquait. Tout ce qu'il voyait était que Grimmjow n'avait pas succombé à une de ses pulsions violentes et meurtrières. Il avait réussi à se contrôler.
Dès qu'il posa le pied dans la salle, il sentit peser sur lui le regard haineux et accusateur de Nnoitra. Il l'affronta, non sans un sourire faussement innocent. Les narines de Jiruga se gonflèrent de colère ; au-dedans, il écumait. S'il en avait eu l'occasion, il aurait bondi sur ce shinigami pour le réduire en charpies. Mais voilà, cette petite enflure bénéficiait de privilèges et, surtout, de protection. Il ne saisissait même pas pourquoi Aizen avait accédé à sa requête de lui permettre de se mêler à eux. Ses yeux plissés balayèrent l'assemblée. Comme s'il n'y avait déjà pas assez de shinigamis autour de cette table... Il paraissait que Renji avait été un temps le disciple d'Aizen ; sans doute en était-ce la raison. Il ne quitta le rouge des yeux que lorsqu'il eut rejoint sa place, qu'un malheureux hasard avait situé face à la sienne ce jour-là. Il se détourna en soufflant. Il put deviner les sourires de Grimmjow et de Renji. Et il se jura de les écraser un jour ou l'autre.
- Le plus tôt sera le mieux... pensa-t-il, en ruminant la raclée magistrale que Grimmjow lui avait infligée.
Aizen patienta jusqu'à ce que le dernier membre entré, à savoir Starrk, s'installât. Son regard obliqua alors vers Renji.
- Je suis surpris de te trouver parmi nous, Abarai.
- Je viens aux nouvelles. Je ne veux pas être tenu à l'écart...
Un étrange sourire apparut sur les lèvres du brun. Le coup d'œil complice qu'il échangea avec Gin ne présageait rien de bon.
- Alors, puisque, à mon humble avis, il s'agit de la raison pour laquelle tu es venu, sache qu'elle est toujours en vie. Cette chère Nanao par contre... Elle n'a pas eu cette chance.
Renji encaissa sans broncher. Il se contenta de promener son regard sur les personnes présentes. Nnoitra lui décocha un immense sourire.
- On dirait que tu as trouvé le coupable, rit-il. Ouch je suis démasqué !
Le shinigami marmonna quelque chose entre ses dents et s'en tint là. Pour l'instant, il ne pouvait rien contre Nnoitra et réciproquement. Il viendrait bien un jour où la situation changerait et il tiendrait sa vengeance. Une main effleura la sienne, l'espace d'une seconde, avant de se retirer très rapidement. Renji releva les yeux vers Grimmjow ; le bleuté n'était plus sa priorité. Il n'oubliait pas les horreurs qu'il lui avait faites endurer, mais, à ses yeux, la vie de Rukia valait bien plus que la sienne. En la sauvant, Grimmjow avait atténué sa rancœur.
- J'imagine que vous êtes tous exténués après cette rude journée, débuta lentement Aizen, comme s'il réfléchissait encore à la suite de sa phrase. Pourtant, je crois qu'un petit entraînement serait le bienvenu... histoire d'évacuer les tensions. Qu'en dites-vous ?
A l'instant où il lança son idée, Renji comprit qu'il n'avait pas été le seul témoin de la dispute entre Grimmjow et Nnoitra.
- Je m'excuse d'avance, mais je préfère passer, déclara Starrk.
Nul ne s'en étonna et le numéro 1 regagna ses appartements, pour s'y reposer. Aizen ne tenta pas de le retenir ; il ne l'intéressait pas. Pas assez "émotionnel", trop simple à ses yeux. En réalité, il n'y avait qu'un seul duel auquel il voulait assister. Personne d'autre ne se désista. Renji hésitait à les suivre, jusqu'à ce qu'Aizen l'enjoignît de le faire. Il obéit et accéléra le pas pour rattraper Grimmjow, qui marchait parmi les premiers. L'espada le regarda, l'air intrigué.
- J'pensais pas te voir venir.
La situation paraissait lui convenir, même si la présence de Renji ajoutait une pression supplémentaire.
- J'ai pas vraiment eu le choix. Aizen avait l'air de tenir à ce que je vous accompagne...
- Et dire que j'ai cru que tu voulais te battre contre moi !
Il rit. Enfin, il essaya. Son rire ne sonnait pas franc, plutôt cassé.
- Tu as mon zanpakuto... lui fit remarquer Abarai.
- Essaye pas de te trouver des excuses ! répliqua Grimmjow, d'une voix moqueuse. T'es juste mauvais... et effrayé à l'idée de m'affronter...
Et il plongea son regard dans celui du rouge, le défiant de le contredire et le souhaitant sans doute aussi. Renji baissa les yeux par réflexe. Dès qu'il s'en rendit compte, il se maudit intérieurement et voulut les relever, mais il était trop tard.
- Va te faire foutre, Jaggerjack... grommela-t-il.
Il avait parlé si bas qu'il paraissait impossible qu'il ait entendu quoi que ce soit. Pourtant, la panthère lui décocha un large sourire carnassier. Elle n'avait pas perdu un mot.
- Non... ça, ce sera toi, Red.
Renji frémit de rage. Il se décida en une fraction de seconde ; si l'occasion se présentait, il règlerait ses comptes avec Grimmjow. Celui-ci lui accordait une chance de prouver sa valeur et il ne le regretterait pas. La pièce réservée aux entraînements, couverte d'un immense dôme si haut que le contempler provoquait des accès de vertige, comptait parmi les plus vastes de tout Las Noches. Immédiatement après être entré, le groupe se retrouva sur une balustrade prévue pour observer les combats. Szayel sourit en admirant un de ses chefs-d'œuvre. Il avait garni cet endroit de pièges, désactivés en temps normal. Aizen prétendit qu'un peu de changement ne ferait jamais de mal et se chargea de les mettre en marche.
- Est-ce une sorte de test ? s'enquit soudain Aporro.
Il n'était pas rassuré, bien qu'étant le seul à connaître l'emplacement, ainsi que les effets de chaque piège que recélait la pièce. Pour cause, il ne figurait pas parmi les meilleurs combattants présents.
- Que veux-tu dire ? sourit Aizen, aussi peu rassurant que d'ordinaire.
- Ces duels... ont-ils pour but de revoir notre hiérarchie ?
- Non ! Bien sûr que non !
Sozuke émit un rire aussi peu agréable, presque malsain. Cette impression désagréable se renforça, quand il s'exclama :
- Amusez-vous ! C'est tout ce qui compte !
Puis le silence retomba. Tous se considéraient, se demandant qui ouvrirait le bal. Renji, à l'écart, savait déjà, tout comme Aizen, qui choisirait. Il voulut regarder discrètement Grimmjow, mais réalisa que celui-ci le scrutait déjà. Il fit la moue et regarda ailleurs. Il ne se proposerait pas, pas tout de suite en tout cas. Sûrement pour lui forcer la main, Grimmjow se détacha du groupe. Il sauta à bas du balcon pour atterrir dans la zone de combat.
- Ok ! Qui je démolis en premier ?
Comme Renji l'avait prévu, Aizen s'interposa et il proposa à Nnoitra, ou plutôt lui commanda à mots couverts, d'affronter Jaggerjack. Jiruga passa à son tour par-dessus la rambarde. Aussitôt qu'il eut touché terre, son regard se braqua sur Grimmjow.
- Qui a dit que la vengeance était un plat qui se mangeait froid ? ricana-t-il. Tu vas te faire humilier...
Grimmjow resta silencieux. Sa respiration se ralentissait ; il se concentrait. Nnoitra pensait qu'il l'attaquerait directement. Grimmjow ne réfléchissait pas d'habitude. Il fonctionnait à l'instinct et méprisait ceux qui mettaient au point des stratégies pour gagner. Il privilégiait la force brute. Ce changement chez lui désarçonna un peu Nnoitra, qui se fit méfiant. Mais il pouvait user de ce calme à son avantage ; s'il réussissait à faire perdre son contrôle à Grimmjow, il ne ferait qu'une bouchée de lui.
- On doute, Jaggerjack ?
- Ferme ta sale gueule, riposta le bleuté.
Mais sa voix était monocorde, tout à fait mesurée. Jiruga grimaça. Il s'apprêtait à en venir directement aux faits, quand une idée germa dans son esprit. Il se rapprocha, juste pour discuter.
- Puisque tu es si sûr de gagner, pourquoi ne pas "pimenter" tout ça ?
Grimmjow lui fit signe de poursuivre d'un signe de tête.
- Un pari, qu'en dis-tu ?
- Alors si je gagne... tu me donnes ton rang, répondit Grimmjow du tac-au-tac.
Il était certain que Nnoitra refuserait. Jamais il ne prendrait un tel risque, même pour des questions d'ego. Il était plutôt content de son coup, jusqu'à ce qu'il voie le sourire ravi sur la face du grand maigre.
- J'accepte. Et... si je gagne, susurra-t-il en riant d'avance, je te prends ça.
Il pointa du doigt Renji, qui n'avait pas pu entendre leur conversation. Grimmjow ne l'observa qu'une seconde. Il paraissait plongé dans un terrible dilemme. Nnoitra lui adressa de nouveau la parole et finalement Renji vit Jaggerjack acquiescer, l'air plutôt mécontent et nerveux. Jiruga recula de quelques pas et dégaina. Le combat commençait.
Avec cette pression qu'il s'était lui-même mise sur les épaules, Grimmjow ne parvenait pas à se battre aussi férocement que d'ordinaire. Il calculait trop, chose dont il n'était pas coutumier et qui lui était extrêmement défavorable. Plus il essayait d'anticiper les actions de Nnoitra, en l'observant, plus il manquait ses propres coups. Par contre, lui en recevait et il ne pourrait pas encaisser éternellement. Nnoitra ne lui laissait pas de répit. Il le pourchassait à travers tout l'espace. Il se fichait des pièges qu'il déclenchait. Avec sa résistance naturelle, il les ignorait.
- C'est tout ce que tu sais faire ? lança Jiruga. Fuir ?
Il éclata d'un rire sardonique. Il entrait dans un état d'hystérie totale ; voir Grimmjow se débattre, trempé de son propre sang, était si jouissif. Il hurla :
- Reviens ici !
Il prit son arme par le bout de sa chaîne et la balança vers Jaggerjack. Les deux pointes de métal harponnèrent le bleuté, en le transperçant au-dessus des omoplates.
- Attrapé bâtard !
La panthère rugit de douleur. Il planta ses griffes dans le sol pour essayer de résister à Nnoitra qui tirait pour le ramener à lui. Par chance, il parvint à se libérer, mais il perdait désormais beaucoup de sang et la tête lui tournait un peu. Il dut s'appuyer sur son katana pour ne pas tomber, le temps de recouvrir ses sens.
Aizen eut un petit sourire mesquin. Grimmjow venait d'encaisser un coup d'une rare violence et il ne lui avait pas échappé qu'au même moment, Renji avait resserré sa prise sur la rambarde. Une forme d'angoisse, discrète mais pas assez pour être dissimulée aux yeux perçants d'Aizen, se lisait sur son visage crispé. Il écarta Szayel et Harribel qui le gênaient et se faufila jusqu'au shinigami.
- Inquiet pour Jaggerjack ? S'enquit-il, de sa voix qui laissait toujours planer un doute quant à un éventuel sous-entendu.
Renji sursauta. Aizen avait le talent de surgir dans le dos des gens, au moment où ils s'y attendaient le moins. Le rouge le considéra avec étonnement. Ce n'était en fait qu'un masque.
- Non, pas du tout.
Il mentait. Le sourire d'Aizen s'agrandit. Les émotions le fascinaient. Dans un sens, elles le dépassaient totalement ; il ne se souvenait pas en avoir ressenti à proprement parler. Il n'avait jamais senti son cœur s'emballer ou ralentir, ni son sang se glacer dans ses veines. Lui vivait ces sentiments par procuration. Et, à présent, les réceptacles les plus parfaits dont il disposait étaient sans conteste Grimmjow, Nnoitra et Renji. Ils pouvaient presque palper leur haine, leur colère et aussi une forme perverse d'attachement. C'était délicieux.
Ce que ressentait Renji en cet instant était infiniment complexe. Il s'agissait d'un mélange amer et suave, d'angoisse et de plaisir. Quelque part, il adorait assister à ce massacre. Cet homme qui l'avait terrifié un temps recevait une petite punition et, même s'il ne la lui administrait pas lui-même, il y participait d'une certaine façon, par sa passivité.
Lorsqu'il se retrouvait seul avec Grimmjow, même quand celui-ci ne l'en empêchait pas, il n'arrivait pas à laisser toute sa rage s'exprimer. Trop de pitié, de compassion ou de culpabilité. Il y avait toujours une raison pour retenir le dernier coup, pour ne pas achever sa vengeance. Il devait devenir aussi cinglé que l'espada. Il s'accouda à la balustrade. Nnoitra projeta Grimmjow contre le mur. Les fondations tremblèrent sous le choc. Renji ne put retenir un petit sourire. Il avait bien fait de venir.
- T'en fais pas pour ton shinigami ! Je terminerai ce que t'as commencé... puisque t'as pas les couilles pour ça !
Nnoitra avait crié. Cette fois-ci, pas un mot n'avait échappé à Renji. Celui-ci comprit vite de quoi il retournait. Il eut juste du mal à y croire. Il se pencha au balcon pour crier. S'il avait eu quelque chose sur la main, n'importe quoi, il l'aurait balancé sur Grimmjow.
- Tu m'as... parié ?!
Grimmjow para une attaque de Nnoitra et le força à reculer avec un cero.
- Tranquille ! Je vais gagner ! Stresse pas bébé...
Un tremblement furieux, si violent qu'il était visible, agita Renji. Ses phalanges étaient blanches.
- Epargne-moi tes conneries ! Il va te tuer si tu continues comme ça !
La hache de Nnoitra manqua Grimmjow de quelques centimètres ; pendant ce temps, Renji avait retenu sa respiration. Dès qu'il reprit son souffle, il s'adressa de nouveau à Grimmjow.
- Soit tu te ressaisis et très vite, soit tu me dis où est mon zanpakuto !
Grimmjow dut avoir l'air choqué, mais Renji ne put le voir. Il repoussa Nnoitra d'un coup de pied en plein ventre.
- Je vais m'en sortir ! s'écria-t-il, sans regarder Renji.
Le shinigami contint aux prix de grands efforts le torrent d'insultes qui lui venait et se dépêcha de quitter la salle pour courir aux appartements de Grimmjow. Ce type se comportait vraiment comme un dingue doublé d'un inconscient. Renji reconnaissait avoir aussi ce côté casse-cou, cette légèreté face au danger, à la différence que lui ne mettait en jeu que sa vie et pas celle des autres. Il déboula dans la chambre et commença à fouiller. Au bout d'un moment, il finit par s'avouer vaincu. Cette recherche infructueuse lui avait déjà coûté de précieuses minutes. Il ne devait pas en gaspiller davantage. Il essaya de réfléchir.
- Ce n'est pas ici que tu trouveras ton arme, déclara une voix tranquille dans son dos.
Renji fit brusquement volte-face pour tomber nez-à-nez avec Starrk.
- Alors où ? s'exclama-t-il, paniqué.
Il ne chercha même pas la raison de la présence de l'espada ; tout ce qu'il voyait, c'était que quelqu'un était là pour lui venir en aide. Comme la dernière fois.
- Suis-moi.
Renji n'hésita pas ; il lui faisait confiance.
Voilà un long, mais bien nécessaire chapitre...
Et oui j'ai été un peu sadique peut-être avec Grimmjow, mais il le vaut bien ;)
Merci aux lecteurs !
_ Acid Kin
