Un grand merci à MyHeartPrincesa et aurore scott1 pour leurs reviews, c'est tellement agréable ! =) Et merci à tous ceux qui lisent même sans laisser de commentaire, les stats ne trombpent pas, et c'est très motivant de voir tous ces lecteurs ! ^^
L'intrigue se met peu à peu en place, dans ce chapitre et les suivants! =D
Bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à donner votre avis ^^
Un baîllement sourd s'échappa de la bouche de Dastan alors qu'il étirait lentement ses membres endoloris. Il jeta un bref coup d'œil à Aliss, qui, aux aguets, guettait le moindre mouvement à l'horizon, postée près du feu qui mourrait en longue volutes sombres. Les cendres encore rougissantes et ballottées par le vent venaient se mêler ça et là aux flocons de neige qui tombaient dans un bruit silencieux. Ces petites choses blanches qui tombaient du ciel et virevoltaient dans les airs étaient inconnues au prince de Perse. Lorsque les premiers flocons étaient tombés, ils avaient éveillés en Dastan des souvenirs qu'il n'aurait su ni dater ni décrire. Des souvenirs sensoriels qui jaillissaient de sa mémoire pour s'y enfuir à nouveau presque aussitôt. Cela faisait trois longues semaines que le prince de Perse chevauchait aux cotés d'Aliss, fuyant les villages, les routes, et les auberges, bien qu'il eut donné n'importe quoi pour une vraie nuit dans un lit au chaud et non contre de la roche glacée. Mais la jeune femme avait été on ne peut plus claire à ce sujet.
« -Te rappelles-tu des deux soldats perses qui nous ont attaqués ? Ce n'était que le début. »
Lorsqu'il avait protesté, elle s'était contentée d'hausser les épaules. Et lorsqu'un jour, dans un élan de colère –grand mal lui fit-, il s'était interposé face à elle et avait pointé son épée sous sa gorge, la jeune femme avait lentement repoussé la lame tranchante de sa main avant de faire se cabrer son cheval, de frapper d'un coup de pied sec la main de Dastan et de cueillir l'épée à même le sol pour venir la pointer sur son possesseur. Sans déclarer la moindre parole. Le prince avait capitulé. Quelques heures plus tard, sa colère passée, Aliss avait déclaré à Dastan d'un ton compatissant qu'ils n'étaient plus si loin, maintenant. Mais dans sa voix, le jeune homme avait pressentit de la déception. A son encontre ? Certainement. Et il préférait sincèrement ignorer pourquoi.
« -Debout Dastan ! Nous ne sommes plus qu'à quelques heures de portes de l'Andorinmar ! »
Le concerné leva les yeux et remarqua que les cendres du feu avait disparues, recouvertes d'un tas de neige, et qu'Aliss avait déjà enfourché son cheval, prête à partir. Alors qu'il grimpait sur sa monture, la jeune femme attira son attention d'un simple sifflement et il attrapa de justesse le long morceau de tissu épais qu'elle lui lançait.
« -Qu'est ce ?
-Veille à bien couvrir ton visage. Un engelure est plus douloureuse qu'on ne le croit … »
Lâcha-t-elle simplement avant de remonter une partie de son propre tissu de manière à masquer son nez, ne laissant que ses grands yeux couleur azurs visibles. Dastan demeura un instant interdit, avant de finalement s'exécuter et de se lancer à la poursuite d'Aliss, qui l'avait devancé de quelques mètres. Les flocons de neige s'étaient, en quelques minutes, épaissis, et à présent, Dastan peinait à distinguer l'horizon. Une heure plus tard, c'était la ses mains qu'ils ne distinguait qu'à peine. La neige qui, le matin même, dansait joyeusement au gré du vent et chatouillait son visage, laissant fondre délicatement les flocons aventureux qui se posaient sur le prince de Perse, était devenue impitoyable, et Dastant s'agrippait au linge que lui avait donné Aliss comme on s'accroche à la vie. Le vent froid et sec pénétrait sous ses vêtements et lui gelait la peau, alors que les flocons de neiges lui cinglaient le visage au travers des violentes bourrasques, et le prince s'interrogea un instant sur le fait de savoir comment la jeune femme qui lui servait de guide parvenait-elle à s'orienter dans un tel blizzard, alors que lui ne distinguait même pas les pieds de son cheval. Les pas vifs et réguliers de la monture d'Aliss lui indiquait à peine qu'elle était toujours là, et il devait, dans son esprit, faire la distinction entre le bruit sourd de neige qui s'écrase au sol et celui des pas du cheval de la jeune femme, ce qui n'était pas chose facile.
Alors que le prince de Perse avait sombré dans ses pensées, devoir fixer avec attention une étendue blanche et mouvante lui donnant sérieusement mal à la tête, il sentit son cheval s'arrêter brusquement et leva les yeux dans un sursaut d'être ainsi tiré de ses réflexions. Il chercha un instant Aliss des yeux mais ne la trouva pas devant lui. Un sentiment de panique prit alors le jeune homme à la gorge. Elle avait disparu, elle était partie et l'avait abandonné dans ce désert blanc. Dastan déglutit péniblement en lâchant un soupir qui créa un minuscule nuage se mêlant à la neige. Il fallait raisonner avec calme et trouver une sol … Lorsqu'il tourna la tête pour observe ce qui se trouvait autour de lui, la silhouette d'Aliss, à quelques mètres de son cheval lui arracha un soupir de soulagement. Elle n'était pas partie.
« -… ous… ommes…vés … »
Le prince fronça les sourcils et tenta vainement par un série de gesticulations complexes, de lui montrer qu'il n'avait strictement rien compris de ses paroles, lorsqu'elle fit se cabrer son cheval pour se rapprocher de son compagnon de voyage.
« -Nous sommes arrivés ! »
Répéta-t-elle lentement, sa voix partiellement couverte par les hurlements stridents du vent. Dastan hocha la tête, reportant son regard face à lui. Dans un brise plus violente que les autres, il discerna en effet en partie l'esquisse d'un immense porte, et avança de quelques pas pour rattraper Aliss qui l'avait déjà devancé. Celle-ci avait les yeux patiemment levés vers le ciel. Le prince suivit son regard pour ne recevoir qu'un flocon dans l'œil. Il jura, frottant douloureusement celui-ci. Alors qu'il s'apprêtait à questionner la jeune femme sur les raisons de son attente si longue, un cri étouffé lui parvint.
« -Dras na kestos ? »
Aliss se racla discrètement la gorge avant d'hurler à son tour :
« -Rassan na Aliss Elbak ino gradir ! Atka Reginor krad ! »
Seul le vent lui répondit. Puis, suivit un sifflement strident. Et enfin, dans un grondement plus fort encore que ceux du tonnerre déchaîné, la masse sombre devant eux se scinda en deux, aspirant en son être les flocons de neige qui assaillaient les nouveaux arrivants de part et d'autre. Dastan mit quelques secondes à distinguer quelque chose, sinon des formes floues plus sombres que les autres. Aliss l'invita à la suivre d'un bref signe de la main, et d'un pas lent, il se mit à sa suite. Les lourdes portes de la cité se refermèrent dans un craquement sec et sinistre, et le flot de neige se dissipa suffisamment pour que le prince de Perse ne distingue quelques maisons ça et là. Des poutres de bois sombre tranchaient avec la couleur pâle des murs qui se mêlaient aux couleurs du vent et de la neige. L'étranger fronça les sourcils, tentant d'apercevoir un bâtiment entier, mais les bourrasques enneigées obstruaient sa vue, rendant toute tentative vaine. Durant leur marche silencieuse percée par le bruit des flocons qui dansent, parfois avec fougue, parfois avec lenteur, ils croisèrent plusieurs formes sombres à allure humaine, sans qu'aucune parole ne soit prononcée. Durant de longues minutes, tous deux traversèrent donc la ville éteinte en silence, jusqu'à ce que le cheval de Dastan ne s'arrête et que celui-ci ne relève la tête pour trouver Aliss en travers de son passage. D'un bref signe de tête, elle lui ordonna de descendre, et le prince s'exécuta sans dire un mot. Il était sur le point d'attraper son arc, ou tout du moins celui du soldat perse volé à sa dépouille lorsque les doigts fins et gantés d'Aliss s'interposèrent.
« -Nous n'aurons pas besoin d'armes.
-Une arme est toujours utile et nécessaire.
-En Perse, peut-être. Mais pas ici. »
Déclara la voix claire et étouffée par le tissu de la jeune femme, alors qu'elle retirait un à un les doigts du prince de son simple arc de bois. Elle semblait confiante. Et, aux vues de sa situation, Dastan choisit de docilement lui obéir et de la suivre sans opposer de résistance. Lorsqu'on leur ouvrit les portes d'un grand bâtiment, une pensée des plus ridicules vint heurter la tête de Dastan. Il y a quelques semaines, elle était à sa merci. Il tenait son épée sous sa gorge, sans savoir à qui il avait à faire. Et voilà que maintenant il était seul, dans un pays inconnu où l'on parlait une langue dont il ne connaissait pas le moindre mot. Il ignorait par quel chemin il était arrivé là, quelles contrées ils avaient traversé. Il avait aveuglément suivit une criminelle fugitive. S'était fait haïr par tout son royaume, avait renié son mariage, pour une jeune femme dont il ne connaissait rien. Et si elle avait menti ? S'interrogea-t-il un instant, réalisant que ce dernier mois n'avait été qu'une suite d'évènements, tous reliés à un seul. Si Aliss lui avait menti sur son but premier et qu'elle l'avait conduit chez les pires barbares sanguinaires, il n'en savait rien. Peut être même qu'elle ne s'appelait pas Aliss. Le regard qu'il posa sur la jeune femme qui marchait d'un pas confiant devant lui fut suspicieux et anxieux. Dastan avait toujours su improviser dans l'urgence et tirer parti de la situation. Même seul et désarmé. Mais même si elle l'avait dupé, cette fois ci, il était coincé comme un pauvre animal qui a la patte prise dans un vulgaire piège de chasse. Il n'avait nulle part où aller. Il était seul. Résolument seul.
Dans un bref geste de la tête, Dastan chassa ses idées troublantes, préférant de loin observer le paysage environnant sans poser plus de questions. Ils traversaient actuellement de magnifiques jardins aux fontaines gelées sur lesquelles le temps semblait s'être arrêté. Seules quelques fleurs blanches perçaient le sol couvert d'une fine couche de neige, s'épaississant là où le toit était inexistant. Leurs pas résonnaient contre les dalles gelées de pierre claire et grise, et le cliquetis régulier de leur marche lente ne cessa que lorsqu'ils s'arrêtèrent devant une immense porte de bois rouge. Une main frêle s'échappa de l'un des deux gants d'Aliss, pour venir saisir la petite poignée d'argent suspendu à la porte. Elle fit s'entrechoquer celle-ci et son socle de métal dans un claquement sourd et résonnant, et quelques secondes plus tard, un jeune homme d'une quinzaine d'années se présentait devant eux. Dastan remarqua de suite ses grands yeux bleus et ses cheveux blonds jusqu'à en être presque blancs. Ceux d'Aliss semblaient étrangement foncés en comparaison aux siens.
« -Gradka ragnes ? »
Demanda-t-il d'un ton poli et distant, de ce ton respectueux d'un enfant envers les inconnus. Aliss lui répondit dans un sourire doux quelques mots dont Dastan ne saisit pas le moindre sens sinon le nom de la jeune femme, et ce fut au tour de l'adolescent de reprendre la parole, avant de disparaître à l'intérieure de la bâtisse.
« -Le grand conseiller va nous recevoir. Le conseil est déjà en place.
-Le grand … Quoi ? Mais que veux-tu que je leur dise ?
-Ce qu'il te demanderont de dire… Tâche déjà de décrocher un moment. Le contenu vient en seconde position.
-Pourquoi donc ? »
Mais Dastan n'obtint aucune réponse. L'immense porte rouge venait de s'ouvrir à nouveau, sur le même jeune homme qui les dévisageait d'un air absent. Il les invita à le suivre, ou tout du moins c'est ce que lui traduit Aliss, et ils s'enfoncèrent dans un dédale d'escaliers jusqu'à se trouver à nouveau devant une porte close. Le jeune serviteur disparu à l'intérieur, et quelques secondes plus tard, une voix caverneuse résonna en un mot qui était inconnu à Dastan. Les deux portes s'ouvrirent dans un grincement sordide, et le prince de Perse serra les poings en faisant un pas à l'intérieur aux cotés d'Aliss. La salle était immense, démesurément grande, d'une hauteur incomparable à tout ce que Dastan avait vu jusqu'ici. Sur les murs, de longs drapés s'étendaient entre les immenses fenêtres de verre obstrué par la neige. La température était glaciale dans cette si grande pièce, et Dastan lâcha un soupire d'étonnement qui se transforma rapidement en un nuage de buée avant de disparaître dans l'air environnant. Devant lui, cinq hommes, celui du milieu était surélevés se tenaient assis dans de grandes chaises taillées dans la pierre et l'ivoire, et autour d'eux, de chaque coté, trois autres hommes dévisagèrent les nouveaux arrivants. Aliss avançait d'un pas lent et majestueux, n'ayant rien perdu de sa grâce naturelle. Ses pieds semblaient à peine toucher le sol, et malgré son piteux état, des plaies barrant son corps de part et d'autre, dépassant ça et là de ses longs vêtements, elle faisait preuve d'une assurance surprenante. Elle vint s'agenouiller devant l'homme qui était surélevé, et Dastan en fit tout autant avant de se redresser à la brève pression que fit la main d'Aliss sur son épaule. L'homme du centre s'était levé, lui aussi, et le prince de Perse put enfin observer sa taille immense, son teint pâle et ridé, et ses longs cheveux blancs qui courraient tels des fils d'argent sur ses épaules, disparaissant derrière celle-ci. Un immense chapeau d'une couleur identique à celle de son épais habit coiffé sa maigre tête, et ses joues émaciées s'étendirent en une expression qui ressemblait vaguement à un sourire. Malgré tout, Dastan ne put s'empêcher de frémir. Cette homme posait sur la pièce une autorité sans faille, et il était impossible de ne pas baisser le regard lorsqu'il posait le sien, bleu acier, d'une couleur et d'une profondeur transperçant, sur vous.
« -Dastan… Prince de Perse… »
Lança-t-il d'un accent encore plus prononcé que celui d'Aliss. A l'ouïe de son nom, le concerné leva brièvement les yeux, ce qu'il regretta à l'instant même où son regard heurta celui, pénétrant et glacial, du vieil homme. Ses yeux étaient perçants, comme si d'un simple regard, il vous transperçait et déchiffrait la moindre parcelle de votre âme. Quelques secondes s'écoulèrent avant que Dastan ne hoche lentement la tête. Celui qui semblait être le grand conseiller descendit lentement et une à une les marches, ses pas claquants contre la pierre du sol et résonnant en écho dans toute la pièce, et il s'arrêta à la hauteur du prince pour le jauger, avant de se tourner vers Aliss qui n'avait pas bougé.
« -Reske damas ? »
Comme toute réponse, l'homme ne reçut qu'une négation. Il y eut un moment de flottement, jusqu'à ce qu'il ne retourne sur son trône et ne s'adresse à nouveau à Dastan de sa voix éraillée et rocailleuse.
« -J'ai connu votre souverain, le roi Sharaman. Autrefois, nous nous sommes combattus. A l'époque où il était encore prince et où son père dirigeait votre grand royaume. Puis, nous nous sommes alliés dans la guerre où celui-ci a péri. Mais si tu es ici aujourd'hui, c'est parce que nous avons besoin de toi, Dastan. »
Le concerné garda les yeux vissés au sol, tentant de déchiffrer chaque mot du vieil homme qu'il prononçait pâteusement et de sa voix teintée de leur si étrange accent.
« -Notre roi est mort il y a peu. C'est pour cela que nous avons envoyés Aliss. Tu peux être fier de ta fille, Dremor. »
Le regard du grand conseiller se posa sur l'un des hommes assis à sa gauche, et Dastan releva discrètement les yeux pour observer lui aussi cet homme, qui s'était raidi sur place à la mention de sa fille. En effet, depuis leur arrivée, le prince de Perse constata qu'il n'avait pas décollé son regard de la jeune femme. On y lisait de l'inquiétude, mêlée à de la fierté et dissimulée sous un masque d'ignorance. Cet homme ne voulait visiblement rien laisser paraître. Au détail, il est vrai que leurs traits se ressemblaient. Fins, bien que ceux de son père ne soient plus marqués par le temps que ceux de la jeune femme. D'une quarantaine d'année, l'homme arborait une barbe naissante, et ses cheveux, coupés courts et de la même couleur vive que celle de sa fille, étaient transpercé de quelques cheveux blancs, à moins qu'il ne s'agisse là que de reflet de la lueur pâle du dehors. Cet homme respirait la douceur et la fermeté, et Dastan était persuadé qu'il était un dirigeant à la poigne de fer et d'une autorité sans failles.
« -En effet, notre souverain s'est vu assassiné. Nous ignorons par qui. En revanche, nous connaissons son motif. Notre roi seul connaissait le secret de l'alchimie, clé de la prospérité de notre royaume. Arme redoutable. Sans ce pouvoir, nous ne sommes plus qu'une vulgaire cible pour les autres royaumes.
-Monseigneur, avec tout le respect que je vous dois, en quoi cela me concerne-t-il ? »
L'interrogea Dastan, profitant d'un instant de silence. Le vieillard baissa les yeux vers le prince, qui détourna les yeux, fuyant le regard transperçant du grand conseiller.
« -Tu le sauras bien assez vite. En attendant, vous avez fait un long voyage. Je vous propose donc de manger quelque chose et de vous reposer avant que l'on n'entre dans le vif du sujet. Le conseil se tiendra au crépuscule. »
Conclut l'homme se levant et en traversant la salle d'un pas leste sans même se retourner pour jeter un regard à l'assemblée qui se tenait dans son dos. Les conseillers quittèrent eux aussi peu à peu la salle, tant et si bien qu'il ne resta bientôt plus qu'Aliss, son père, et Dasnta. Le jeune serviteur qui les avait accueilli arriva quelques secondes plus tard et invita le prince à le suivre, laissant le père et la fille seuls dans l'immense salle du conseil.
