Cela semble si incroyablement normal de voir Spencer Reid dans son salon, en train d'examiner les tranches des livres sur les étagères, que Hotch a du mal à détourner les yeux. C'est presque comme retourner dans le temps, malgré quelques différences. Disparus, les longs cheveux derrière lesquels Reid se cachait quand il se sentait exposé. Hotch n'est pas sûr d'aimer la coupe courte, presque gamine, que le jeune homme porte à présent. Puis, Reid penche la tête en arrière pour examiner l'étagère du dessus, et Hotch se dit bien vite qu'il pourrait apprendre à apprécier la coupe qui expose la nuque pour son plus grand plaisir.

- Tu as vu quelque chose que tu aimes ? demande Hotch en entrant dans le salon pour poser deux verres de whisky sur la table basse.

Reid tourne la tête pour lui sourire, avec une étincelle étrange dans le regard.

- Je crois bien, répond-il avec un sourire en coin.

Hotch sent son estomac faire un bond.

C'est comme revenir chez soi.

-o-o-o-

Reid prend la photo encadrée posée sur l'étagère, et la regarde avec envie. C'est un Hotch qu'il n'a jamais vu auparavant ; il est assis dans un fauteuil qui ne lui est pas familier, son fils dans les bras, et baisse un regard attendri vers celui-ci comme si rien d'autre n'existait.

- Qu'en penses-tu ?

Reid se met à rire.

- Hotch, tous les parents demandent inévitablement aux autres ce qu'ils pensent de leur bébé, et ils n'aiment jamais quand les gens admettent que pour eux, tous les enfants ressemblent à des pommes de terre, le taquine-t-il en reposant doucement le cadre.

- Mon fils ne ressemble pas à une pomme de terre, rétorque Hotch, faussement offusqué.

Reid se retourne et sursaute en voyant qu'à un moment donné, Hotch a marché jusqu'à lui, et qu'il se trouve maintenant si proche que lorsqu'il se retourne, son épaule frôle le torse de son supérieur.

- Pardon, dit Hotch, tout en n'ayant pas l'air désolé du tout.

Sa voix est basse et rauque, et Reid se surprend à se lécher nerveusement les lèvres en l'entendant, tandis que la chaleur se répand dans son bas ventre.

- Je n'avais pas l'intention de t'alarmer.

- Tu n'as pas fait peur, bredouille Reid, se sentant rougir.

Génial. Revenu depuis un jour, et il se rend déjà ridicule.

- J'étais distrait.

Hotch tend la main et Reid, ayant perdu l'habitude du contact humain après avoir été éloigné de l'équipe pendant six mois, doit se concentrer pour ne pas faire de mouvement de recul instinctif.

- Qu'est-ce que c'est, ça ? questionne Hotch, la voix moqueuse, en prenant le bord de la veste de son costume entre deux doigts. Très formel, Docteur Reid. Où sont donc passés les gilets ?

Reid déteste travailler avec des profileurs.

- J'avais envie de changement, répond-il.

Il sent la peau de son torse le chatouiller à l'endroit où la main de Hotch touche le tissu en défaisant un par un les boutons.

- Que fais-tu ?

Hotch fait glisser la veste de ses épaules et la pose avec précaution sur l'accoudoir d'une des chaises.

- Tu es bien trop habillé.

Reid fronce les sourcils. Il pensait que Hotch apprécierait ses efforts pour se montrer professionnel après les circonstances ayant menées à son départ.

- Je pensais que ça te plairait.

Hotch rit doucement, en faisant glisser le nœud de la cravate pour laisser celle-ci pendre lâchement autour de son cou. Ses yeux se baissent pour s'attarder très clairement sur son pantalon pendant un moment.

- J'aime. C'est très… flatteur. Je voulais dire que tu es trop habillé pour ce que j'ai l'intention de faire.

Oh. Oh. Cela répond à la question sur l'intérêt potentiel de Hotch pour un ancien accro à la drogue à peine sorti de réhabilitation avec de potentiels problèmes mentaux. Reid s'était posé la question. Il ouvre une bouche soudain très sèche pour répondre, et se retrouve tiré par la cravate dans les bras de Hotch. Leurs bouches se rencontrent fermement. Hotch l'embrasse comme un accro cherchant sa dose. Reid est pratiquement submergé par l'intensité du moment. Il sent le mordillement des dents de Hotch sur ses lèvres et les étagères de la bibliothèque heurter son dos alors que Hotch se presse contre lui. Aussi rapidement qu'il a commencé, Hotch s'arrête, brisant leur baiser avec un halètement douloureux. Il garde doucement sa bouche contre celle de Reid et ils prennent un moment durant lequel ils halètent simplement l'un contre l'autre. Reid peut sentir le cœur de Hotch marteler contre son torse.

- Cela m'a manqué, murmure Reid, ses lèvres frôlant celles de Hotch.

Celui-ci frisonne légèrement, ouvre les yeux et regarde intensément Reid.

- Tu m'as manqué, dit Hotch en l'embrassant à nouveau, plus calmement mais pas moins passionnément.

-o-o-o-

Il guide Spencer jusqu'au lit et, cette fois, le jeune homme ne tente pas de se dérober à son regard sous les couvertures. Hotch prend le temps de faire courir sa main le long du bras de Reid. Il sent les légères bosses là où les cicatrices marqueront à jamais sa peau, en un souvenir de ce qu'ils avaient et ont presque perdu.

- Laisse, dit Reid en essayant de dégager son bras, honteux.

Hotch maintient sa prise sur son bras et pose les lèvres sur ses cicatrices.

- Aaron…

- Chht, répond-il en se glissant dans le lit à coté du corps fin pour se lover contre lui et poser la tête sur son épaule.

Ils sont tous deux nus, ayant retirés leurs vêtements en silence quand ils sont entrés dans la pièce. C'est étrangement rassurant de voir Reid sans le costume si formel qu'il a porté toute la journée, de voir que c'est toujours le même homme, en dessous. Il a porté ses vêtements comme un bouclier face à leur jugement, pour tenter de se protéger de reproches imaginaires. Aussi flatteur que soit son costume, Hotch avait bien l'intention d'encourager le retour des vieux gilets et cardigans. Reid n'a pas besoin de leur prouver qu'il est de retour, il faut juste qu'il soit lui-même.

Il presse ses lèvres contre la nuque de Reid et suit la peau jusqu'à atteindre le point juste sous l'oreille qui le fait se tendre et laisser brusquement sortir l'air contenu dans ses poumons, de nouveau pleinement investi, son intérêt évident contre la hanche de Hotch. Reid glisse un bras dans son dos et pose la main au niveau de sa colonne vertébrale pour le rapprocher de lui. Hotch se laisse faire et tourne son attention sur les clavicules de Reid. Il fait doucement courir sa langue sur la peau au-dessus de l'os, et la suçote avec l'intention de laisser une marque qu'il pourra aisément recouvrir du col de sa chemise.

Lui saura qu'elle est là, c'est suffisant pour lui.

Reid frisonne et s'arque contre lui, les yeux fermés.

- Allumeur, souffle Hotch contre sa nuque, se sentant durcir aussi avec appétit alors que les hanches de Reid ondulent contre lui presque involontairement.

Reid ouvre brusquement les yeux et il regarda Hotch avec un regard blessé.

- Je ne fais rien du tout, se plaint-il en se tortillant pour pouvoir se pencher et poser ses lèvres au léger goût de whisky et de vieux café sur celles de Hotch.

- C'est malgré toi, admet Hotch quand ils se séparent. Tout en toi est irrésistible, Spencer.

C'est « Spencer », maintenant, car Hotch est fatigué de la distance entre eux. Il n'en veut plus, pas maintenant qu'il est enfin revenu, enfin à la maison.

Spencer fait une grimace, et plisse le nez.

- C'est la pire phrase de drague possible, le rabroue-t-il, l'air à la fois déçu et flatté. Sans compter qu'elle est incorrecte. Tu n'aimes pas ma coiffure.

Hotch fronce les sourcils, regarde la nuque de Spencer et la marque qui s'obscurcit rapidement sur sa clavicule.

- J'adore ta coiffure.

- Non, tu aime ma nuque. Tu n'aimes pas ma coupe car elle me fait paraître plus jeune, ce qui te rend mal à l'aise à cause de notre différence d'âge.

- Reid.

- Oui ?

- La ferme.

Spencer se met à trembler contre lui et Hotch panique pendant un instant en pensant qu'il l'a contrarié, jusqu'à ce qu'il réalise que le jeune homme essaye de se retenir d'éclater de rire. Il lève les yeux au ciel et choisi de garder un peu de dignité en retournant à ses précédentes activités. Il frôle le torse nu de Spencer de sa langue, et prend un instant pour se réjouir de voir les côtes, toujours apparentes mais loin de l'être autant que précédemment, avant de passer une langue tentatrice contre son estomac.

Spencer cesse de rire.

- Aaron, que fais-tu ? demande-t-il avec suspicion en baissant le regard vers lui, les yeux plissés. Tu n'as pas besoin de… j'étais juste, oh

Hotch pose la main sur la hanche de Reid pour que son brusque mouvement en avant ne l'étouffe pas, tandis que ses mots se transforment en un gémissement. La main de Spencer trouve ses cheveux et s'y agrippe. Il peut sentir la tension dans les cuisses de son partenaire, qui frissonne presque de choc en sentant une chaleur inattendue l'entourer. Il prend son temps, le taquinant des lèvres et de la langue, et quand Spencer gémit finalement et se raidit sous lui, il continue autant que possible, jusqu'à ce que le génie soit perdu et à court de souffle. Le rejoignant sur l'oreiller, il laisse pratiquement échapper un grognement en voyant l'expression sur le visage de Spencer. Ses joues rougies et ses yeux à moitié fermés lui donnaient un air vidé distinctif qui réveilla aussitôt le désir de son ainé.

Spencer n'hésite pas, il s'assoie et l'attire à lui en un baiser puissant, qui lui fait sentir son propre goût sur les lèvres de Hotch tandis que leurs langues se mêlent, et le laisse haletant. Quand Spencer le serre contre lui et l'entoure de sa main, Hotch ne peut rien faire si ce n'est s'affaler contre lui, laisser la sensation le submerger et l'embrasser en touchant à son tour les étoiles.

- Tu m'as manqué aussi, dit finalement Spencer quand Hotch peut bouger suffisamment pour ouvrir un œil et lui lancer un regard trouble.

Il sourit.

-o-o-o-

Reid se réveille étalé en travers des trois quart du lit, tandis qu'Aaron se tient au rebord du matelas, toujours endormi. Envahi par la culpabilité, le jeune génie ramène ses membres plus près de son corps et roule de coté pour observer Aaron dans la lueur tamisée qui filtre par les rideaux. Un petit bâillement, de l'autre coté de la pièce, le fait se tourner vers les deux dæmons qui le regardent d'un air encore ensommeillé, Aureilo pressé contre le poitrail de Hal. Quand il redirige son attention vers Aaron, ses yeux sont ouverts et il fixe Reid avec le genre de regard qu'il n'utilise lui-même que face à une énigme particulièrement intrigante ou un profil géographique à peine commencé. C'est déstabilisant.

- Qu'est-ce que cela signifie ? demande soudain Aaron, brisant le silence de cet instant.

Reid déglutit difficilement avant de répondre, une boule dans la gorge l'empêchant presque de prononcer un mot.

- Qu'est-ce que quoi signifie ?

- Pour nous ? précise Hotch, avant de se pencher en avant pour frôle les lèvres de Reid des siennes, ignorant une haleine matinale probablement atroce, pour un baiser rapide. J'ai attendu six mois pour savoir s'il y a un nous. Si tu veux qu'il y ait un nous.

Reid n'a pas l'habitude que les autres cherchent activement à avoir des relations avec lui et il ne sait comment répondre. L'instant se mue en éternité. Par chance, il a quelqu'un de bien meilleur que lui pour articuler les émotions.

- Bien sûr qu'il y a un nous, grommelle Aureilo depuis le sol en enfonçant les griffes dans le tapis. Nous sommes là, non ? Maintenant, rendormez-vous, c'est le week-end.

- Idiots, ajouta Hal d'une voix basse en reposant la tête et en fermant les yeux.

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Ce lundi-là, Reid a disparu de l'open-space depuis deux heures quand Morgan le signale à Hotch, Naemaria tournant autour de ses jambes avec anxiété. Hotch retrouve le jeune agent dans les Archives, plongé dans les dossiers des six derniers mois, lesquels sont étalés autour de lui. Aureilo est assis à coté de lui, la tête tournée afin de pouvoir parcourir les pages, tout aussi concentré que son humain.

- Aurais-je fait une différence ? demande soudain Reid en levant le visage vers lui, l'air troublé. Si j'étais là, aurions-nous pu sauver davantage de vie ? Faire mieux ?

Hotch s'avance vers lui et lui prend le dossier des mains. Il n'est pas surpris de voir la photographie de Frank lui lancer un rictus.

- Tu vas te rendre fou si tu réfléchis à ce qui aurait pu arriver ou non. Tu n'étais pas là, point.

Reid se mord la lèvre et fait un brusque mouvement de tête, un tic nerveux qu'il a gardé de l'époque où ses cheveux tombaient devant ses yeux.

- Et Gideon ? finit-il par demander.

Hotch sent son estomac chuter brutalement. Il s'attendait à cette question.

- Aurais-je pu changer ce qui s'est passé ?

Il pense aux ténèbres dans les yeux de Gideon, au poids qui s'est accumulé sur ses épaules jusqu'à ce qu'il cède.

- Personne n'aurait pu changer ce qui est arrivé avec Gideon, admet-il en laissant tomber le dossier de Frank dans la boite. Pas même Gideon.

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- Elle a quelque chose derrière la tête, annonce Aureilo.

Il est assis sur son bureau et regarde les stores fermés du bureau de Rossi.

- Elle est là-dedans avec lui, et elle a quelque chose derrière la tête, je le sais.

Reid fait un simple « mmh », regardant pour sa part Hotch à travers ses stores ouverts. Le chef d'équipe est occupé à naviguer dans un océan de paperasse.

- Tu sais, il prétend ne pas y faire attention, mais impossible qu'Eris ait récupéré toute seule ces carottes dans notre tiroir, continue Aureilo, sans se soucier qu'il n'écoute pas. Tu as installé une sécurité pour m'empêcher de manger tes friandises. Il faut des pouces opposables, entre autre.

- Mmh-mmh, répond Reid en s'adossant au dossier de sa chaise et en se demandant si Hotch serait contre l'idée de sortir pour déjeuner.

Il reste un addict, après tout. Il a besoin de sa dose.

- Tu ne m'écoutes même pas, dit soudain Aureilo en le fixant avec un regard blessé. Tu sais, Emily ne traite jamais Sergio de cette manière. Elle accorde de l'importance à son opinion.

Perdu dans son propre esprit, Reid ne l'entends même pas. Le lièvre expire bruyamment, avant de sauter à terre et d'aller se terrer sous le bureau d'Emily pour bouder, collé à Sergio, endormi.

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Il n'arrive pas à penser. Chaque fois qu'il essaye de se concentrer sur l'affaire, son regard se pose sur Reid, qui fait les cent pas sur la scène de crime, pensif, Aureilo sur les talons. C'est ce détail, plus que tout autre chose, qui lui rappelent à quel point tout av changé, même s'ils essaient de prétendre le contraire. Avant Hankel, Aureilo vaquait souvent à ses propres occupations quand Reid travaillait sur une affaire ; il se montrait rarement sur les scènes de crime. A présent, il n'est jamais à plus de quelques mètres de son humain et garde toujours un œil sur lui. Hotch lui-même se surprend à en faire de même, tournant instinctivement la tête, le cœur soudain au bord des lèvres, pour s'assurer que Reid est toujours là, qu'il va toujours bien.

- Il faut que tu lui laisses la chance de trouver ses marques, dit soudain Rossi en apparaissant d'un coup à coté de lui. Il n'y arrivera pas si tu ne cesses de le surveiller.

- Je ne le surveille pas, rétorque Hotch, sur la défensive. Si ?

- Comme une mère hélicoptère hyper-protectrice, répond Rossi, sarcastique.

Hotch marque une pause, puis prend une grande inspiration.

- D'accord. Je retourne au commissariat avec Morgan pour commencer à travailler le profil. Je vous attends là-bas.

Rossi acquiesce, l'air satisfait.

Alors que Hotch s'éloigne, il doit lutter de toutes ses forces pour ne pas jeter au moins un regard vers Reid.

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Il est au lit et feuillette rapidement un livre, avec Aaron profondément endormi d'un coté et Aureilo étendu de tout son long de l'autre, et se sent un peu comme dans un cocon dû à la chaleur que dégage leurs deux corps, quand le téléphone d'Aaron sonne. Celui-ci passe brutalement d'endormi à alerte, et attrape son téléphone à la deuxième sonnerie pour répondre avec un « Hotchner » brusque.

Reid est impressionné.

Le premier signe que quelque chose ne va pas, c'est Hal qui se redresse d'un coup, les oreilles dressées avec inquiétude, au pied du lit où elle dormait précédemment, trop grande pour venir sur le matelas avec les humains. Une brusque inspiration venant de l'homme à coté de lui ôte soudain tout l'air dans les poumons de Reid. Il sait ce qui va arriver avant même qu'Aaron baisse le téléphone et se tourne vers lui, le regard sombre, presque effrayé.

Cela l'inquiète plus que tout autre chose.

- On a tiré sur Garcia.


Merci Tsuki Banritt et IvyToirnes pour vos reviews !