Sauvetage, deuxième partie
Pour Nuffink, le trajet fut beaucoup trop court. C'était la première fois qu'il partait en expédition aussi loin sans ses parents et pour lui, c'était la chose la plus géniale qui lui était jamais arrivée. Plus pragmatique, Zephyr hésitait entre l'euphorie et l'appréhension. Elle ressentait de la fierté à l'idée que ses parents lui fassent confiance à ce point-là mais en même temps, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer tout ce qui pouvait mal tourner. Et s'ils étaient attaqués ? Et s'ils faisaient une chute mortelle ?
Elle s'efforça de chasser ces pensées. Le soleil se levait quand ils arrivèrent aux portes du monde caché. A leur grand soulagement, Equinoxe et Blizzard, les sœurs d'Eclipse, les y attendaient. En revanche, on ne voyait Krokmou nulle part.
- Salut ! s'écria Zephyr en mettant pied à terre. Ça fait du bien de vous revoir. Krokmou est là ?
Les petites dragonnes s'approchèrent, les reconnurent et commencèrent par leur réclamer des câlins, puis les regardèrent d'un air interrogateur. Zephyr comprit et sortit le gouvernail de son sac. Les trois jeunes dragons ouvrirent des yeux ronds, puis plongèrent dans le gouffre.
- Ils vont nous amener Krokmou, supposa Zephyr. On n'a plus qu'à attendre.
- Ouais ! s'écria Nuffink en baillant. J'ai faim, pas toi ? On pourrait manger en attendant ?
Ils se partagèrent une tartine en silence. C'était étrange de se trouver ainsi seuls, loin de tout, au beau milieu de l'océan. Au bout d'une bonne vingtaine de minutes, un bolide blanc jaillit du gouffre, portant un bolide noir et suivi de trois bolides noirs et blancs. Les enfants retinrent leur souffle. C'était eux.
- Salut Krokmou ! s'écria Nuffink en se précipitant. Comment ça va ?
- Je suppose qu'il va comme un dragon qui ne vole pas, supposa Zephyr. Krokmou ? Tu me reconnais ? Papa, je veux dire Harold n'a pas pu venir, mais nous, on est là.
Elle et son frère étendirent la main et tournèrent la tête, un geste qui leur était maintenant familier. Krokmou vint y poser son museau, puis se tourna, leur présenta sa queue et les regarda fixement. Le message était clair : il voulait qu'on remplace son gouvernail.
- Parfait ! déclara Zephyr. On va faire ça tout de suite. Nuffink, passe-moi la pince à noyau !
Nuffink lui passa une pince au hasard et la regarda ajuster le gouvernail. A une époque, son père avait essayé de lui apprendre à bricoler mais il n'avait jamais vraiment aimé cela. Le petit Nuffink était plutôt un guerrier, comme sa mère.
- Voilà ! s'écria Zephyr en posant ses outils. C'est bon ? Tu veux l'essayer ?
Krokmou fit un signe d'assentiment et décolla, suivi par toute sa famille. Ils firent trois fois le tour du rocher où les enfants se tenaient, puis se posèrent à nouveau près d'eux. Les deux enfants échangèrent un regard satisfait.
- Excellent ! s'écria Zephyr. Maintenant, on aimerait bien rentrer chez nous.
Krokmou leur fit signe de monter sur son dos. Ils s'exécutèrent, pensant qu'ils allaient être reconduits à New Berk. Au lieu de cela, les dragons s'engouffrèrent dans le précipice.
- Hé ! cria Zephyr. J'ai dit chez nous ! C'est quoi, cette blague ?
- Il nous fait faire un petit tour pour nous remercier ! hurla Nuffink, complètement euphorique.
- Non, mais ça va pas ! Maman et Papa vont s'inquiéter et… Ouah, c'est beau !
Ils venaient de débarquer dans une salle grande comme une île et zigzaguaient entre des dizaines de stalactites et stalagmites phosphorescentes. Ils n'avaient jamais rien vu de pareil.
-T'imagines les siècles qu'il a fallu pour créer des concrétions pareilles ? demanda Zephyr. Je parie qu'il y a du phosphore dans celle-ci. Ou bien…
- Mais arrête de parler comme une intello ! Profite ! On n'a pas besoin de savoir les noms de… Hé, je parie que celui-là, c'est un Rôtisseur !
Ils se trouvaient à proximité d'un groupe de dragons. Plus loin il y avait des dizaines et même des centaines de dragons de toutes les tailles et de toutes les espèces. Les deux enfants appartenaient à une génération qui n'avait pas cohabité avec les dragons. Jusque-là, ils avaient eu du mal à comprendre pourquoi les anciens dragonniers étaient presque tous nostalgiques de cette époque qu'ils n'avaient pas connue. Mais en voyant de près toutes ces créatures superbes, en voyant la force et la beauté sauvage qui émanait d'elles, ils ressentirent un énorme choc émotionnel. Tout d'un coup, ils comprenaient.
Les dragons leur firent faire le tour du lieu principal. Aucun dragon ne fit mine de les agresser : ils étaient avec l'Alpha, ce qui voulait dire que rien ne pouvait leur arriver. Au bout d'un moment, il les déposa sur un promontoire d'où ils purent admirer le spectacle.
A ce moment-là, Zephyr réalisa que son ventre gargouillait de faim. Il était probablement midi passé et leurs parents devaient s'inquiéter. A contrecœur, elle se tourna à nouveau vers Krokmou.
- Merci, dit-elle. C'était vraiment très bien. Mais on aimerait rentrer maintenant. Si possible à bonne distance de New Berk pour qu'on puisse faire le reste du trajet à pieds. D'accord ?
Krokmou se tourna vers ses enfants et Blizzard s'avança. Les enfants firent le trajet retour sur son dos, le cœur un peu serré. Comme prévu, la petite dragonne les déposa en pleine campagne et ils marchèrent dix minutes avant de regagner la ville. A leur grande surprise, les rues étaient presque désertes et ils parvinrent à regagner leur maison sans être repérés. Cependant, une surprise les attendait : Siorcha, la petite amie de Zephyr, se tenait devant la porte et ouvrit des yeux ronds en les voyant.
- Zeph, qu'est-ce que tu fais là ?! s'écria-t-elle.
- Eh bien, tu vois, je rentre, éluda Zephyr.
- Quoi ?! Ta mère m'a dit que vous aviez la varicelle, tous les deux !
Zephyr rougit. Elle n'aimait pas du tout mentir à la fille qui comptait le plus pour elle, ça non. En plus de ça, Siorcha était loin d'être stupide : elle avait parfaitement compris que quelque chose n'allait pas. Comment tout lui expliquer sans lui révéler leur secret ?
- Il y a eu comme une erreur de diagnostic, avança-t-elle.
- Bon. Dans ce cas, je suppose que ça ne te dérange pas qu'on attende ensemble à l'intérieur ?
- Mais… je veux pas te contaminer !
- J'ai déjà eu la varicelle. Quand j'avais quatre ans.
Zephyr capitula et ouvrit la porte pour tout le monde. Tant pis, Siorcha pouvait toujours sortir par la fenêtre plus tard. Tandis que Nuffink allait se servir dans le garde-manger, elle demanda :
- On attend quoi ?
- T'es pas au courant ? s'étonna Siorcha. Ton prétendant est revenu dans la nuit !
- Quoi ?!
- Oui. En gros, il t'a encore demandée en mariage sur la place publique. Et quand il a appris que tu… as la varicelle, c'est ta mère qu'il a demandée en mariage.
- Il a fait ça ?!
- Oui. J'étais là, j'ai tout vu.
Zephyr se tint la tête entre ses mains. S'il y avait une chose que sa mère ne supportait pas, c'était les comportements de macho. Ce type avait dû passer un sale quart d'heure.
- Comment il va ? s'enquit-elle. Je veux dire, il lui reste des dents ?
- Heu… Je suis pas allée voir de près. Bref, il est reparti en disant que les femmes de New Berk étaient les pires et qu'il ne remettrait jamais les pieds ici. Tout le monde est sur le port pour lui dire au revoir. Si tu vois ce que je veux dire.
Zephyr eut un petit sourire.
- Ça, c'est tout ma mère… murmura-t-elle. Pourquoi est-ce que je m'inquiétais ?
La fin !
Note : je sais que techniquement parlant, la franchise est terminée mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer une suite avec, par exemple, les enfants d'Astrid et Harold. Je sais, je rêve trop…
