Chapitre 8 : Mon numéro d'équilibriste

Le seul moyen de se libérer d'une tentation, c'est d'y céder.- Oscar Wilde.

La rentrée vint très vite et s'annonça comme toutes les autres, James en moins. Il avait commencé à travailler au Ministère et d'après le peu qu'on avait pu apprendre, il en était très satisfait. Je mentirais en disant que la rentrée me permit de revoir les personnes que j'aimais. Meredith ne me parlait plus depuis des mois et j'évitais soigneusement Scorpius. Je fus tout de même contente de parler à Matt Littleton. Il semblait avoir le moral, c'était certainement dû au fait que c'était la dernière année de Ralph, celui qui l'agressait continuellement. Ou alors les sorts que et maléfices que je lui avais appris pour se défendre dudit Ralph lui avait donné l'impression d'être invincible. Son frère étant évidemment devenu Préfet-en-chef, je craignais que cela n'ait d'incidence sur lui, mais il paraissait confiant. Les amours d'Hugo étaient au beau fixe, ceux de Rose inexistants ; tout était comme d'habitude.

En réalité, cette affaire avait l'air de se terminer ainsi, mais brusquement, aux environs du vingt septembre, un événement imprévu relança toute l'histoire…

J'étais à la bibliothèque et je rentrais à la tour. Il était tard. Depuis que, disons cela comme ça, j'étais devenu moi, je m'accordais beaucoup (trop) d'importance et j'avais décidé que Lily Potter à la bibliothèque, ce devait rester un mythe, comme l'Atlantide ou le monstre du Loch Ness. La Cape d'invisibilité familiale m'avait aidé à passer inaperçu ; même si je ne l'utilisais pas souvent. L'essentiel, c'était qu'on me voit. Je ne craignais pas les retenues, je ne craignais rien, je me sentais toute puissante. Je m'apprêtais à tourner le coin qui menait à la tour lorsque je sentis la présence de quelqu'un. Je m'enveloppais rapidement de la cape et m'approchai à pas de loups. Je m'en débarrassai lorsque je me rendis compte qu'il s'agissait d'un étudiant. Il devait avoir oublié le mot de passe, car il restait devant la Grosse Dame, les bras ballants. A n'en pas douter, un Première Année.

-Hey.

Il sursauta et se retourna.

-Ça va ?

-J'ai oublié le mot de passe.

Une voix larmoyante, petite, à vous tuer de honte sur place d'avoir ne serait-ce que penser à lui faire du mal.

-C'est tout ?

Ça me paraissait excessif, même pour un hypersensible.

-J'ai eu une retenue, comme j'étais en retard. Mais je me suis perdu, j'ai pas traîné.

J'échangeas un regard avec le portrait.

-Et vous le laissez dehors alors qu'il vient déjà de se prendre une retenue ?

La Grosse Dame soupira.

-Ce sont les règles. Et vous devriez commencer à les respecter, faire comme tout le monde.

Je souris.

-J'en ai des frissons rien que d'y penser ! (Je m'adressas à l'enfant.) Qui t'as collé cette retenue ?

-Le préfet en chef.

-Evidemment. Fortis et Fidel. (La Grosse Dame nous ouvrit.) Vas-y, je vais aller lui parler et m'arranger avec lui.

-C'est vrai ?

-Je le connais un peu, je vais lui expliquer la situation.

-Merci !

Il disparut dans le trou du portrait et je m'éloignai.

-Miss Potter !

Je me retournai et fit un éblouissant sourire à la Grosse Dame.

-Ne vous inquiétez pas, chère amie, je reviens bientôt.

J'étais presque sûre que Littleton faisait encore sa ronde, je cachas ma cape derrière une statue et me lança à sa recherche. J'adore l'atmosphère qui se dégage du château la nuit, j'ai toujours aimé me promener dans l'obscurité, on y découvre de nouvelles couleurs. En l'occurrence, je ne pensais pas trop à m'amuser. Ça faisait longtemps que, disons… eh bien, j'avais envie de rentrer dans le lard de quelqu'un et, avec Littleton, c'était plus intéressant. Je mourrais d'envie de lui ôter son sale sourire sûr de lui de son visage. Mauvaise, moi ? Sûrement, oui. J'ai des tendances Serpentard, mais ça, je l'ai déjà dit. Je le croisa aux environs de la salle commune des Poufsouffle.

-Littleton !

Il se retourna et avança vers moi. Le couloir était faiblement éclairé, il bordait un côté du parc. La pleine lune semblait tout illuminer comme en plein jour. C'était une de ces nuits où je n'aurais pas été particulièrement étonnée de croiser un des congénères du père de Ted.

-Potter. Quel excuse vas-tu me fournir pour éviter une retenue ?

-C'est drôle, justement je venais te parler de ça. Tu sais qu'il est parfaitement possible de se perdre dans ce château ?

Il fronça les sourcils.

-Ho ! Je suppose que tu parles de David McKay ?

J'ouvris la bouche pour ne rien dire. Je ne connaissais pas son nom. Il sourit, avec les lèvres uniquement.

-Faisons un pari. Si tu le gagnes, plus de retenue, ni pour lui ni pour toi.

J'avais un faible pour les défis. Je croisas les bras et relevai la tête.

-J'accepte.

-Tu n'attends pas de savoir ?

-Je le gagnerais, quoi que ce soit.

Son sourire s'agrandit.

-Je parie qu'avant une semaine, tu n'oseras pas m'embrasser.

Je vis ses iris noirs fixer mes lèvres et compris qu'il ne plaisantait pas. Ce fut seulement à ce moment-là que je vis qu'il était tout proche de moi. Je le contournas et souris.

-C'est ça. Compte-là dessus. Laisse tomber, que le petit McKay se débrouille avec sa retenue. Et colle m'en une aussi, si ça t'amuse.

Je m'éloignais déjà. Je m'en tirais pas trop mal, estimais-je. Plutôt bien, même.

-Et je rajoute mon insigne.

Je m'arrêtas. Si j'avais été intelligente, je serais partie. Le problème, c'est que je ne l'étais pas. Son insigne, c'était sa fonction. Sa fonction, c'était la seule chose à laquelle il tenait. Et, comme je l'avais dit, je prenais un malin plaisir à lui bousiller la vie.

-D'accord.

Je montas l'escalier avec le sentiment d'avoir fait une connerie. Parce qu'une seconde, une toute petite seconde, si infime qu'il est presque inutile d'en parler, l'idée de l'embrasser ne parut pas aussi repoussante que ça.

Le lendemain, je me sentais pas spécialement bien. J'avais mal à la tête et j'avais mal dormi. Autant dire que je n'étais pas de bonne humeur. Dans la Grande Salle, je m'installas à côté de Rosie, qui me gardait continuellement une place près d'elle. Elle était vraiment ma cousine préférée. Il faut dire que la conversation avec Thalie était plutôt limitée.

-Euh… Lily ?

C'était le jeune David.

-Oui ?

-Le… Le préfet en chef m'a dit que c'était à toi que je devais m'adresser pour savoir pour ma retenue.

Heureusement que celui-ci n'était pas là parce que ça aurait probablement mal tourné. Je pris le bras de McKay.

-Tu vas aller lui dire que tu sais parfaitement que tu ne feras pas cette retenue et tu lui diras avec cette grimace.

Je fronça les sourcils et retroussa les lèvres en une mimique.

-Euh…

Il partit à pas lents. Rose souriait, comme à son habitude. De toute ma vie, je suis sûre que je n'ais jamais croisé quelqu'un d'aussi heureux qu'elle.

-Il y a quelque chose que je devrais savoir ?

-Rien du tout.

-Menteuse.

Je souris à mon tour.


J'hésitas longuement. Devais-je abandonner le petit David, et pire encore mon ego et mon orgueil ? Ou devais-je accepter ce pari et baiser affreux et triompher ? Une nouvelle fois, ce fut ma chère cousine qui m'apporta la réponse. Quatre jours après, je n'avais pris aucune décision. Hugo et moi travaillions sur un devoir de potion et, puisque même lui avait du mal, je dois avouer que j'étais larguée depuis un certain temps. Hugo appela sa sœur pour nous aider. Elle nous fournit la solution du problème en ajoutant :

-Le tout, c'est d'aller au plus simple. Si c'est trop compliqué, tu vires les fioritures…

Je me leva, enjambas un divan (où se trouvait d'ailleurs Albus), glissas et réussis, je ne sus comment, à garder l'équilibre.

-Qu'est-ce que tu fais ?, me demanda t-on.

-Je reviens!