CHAPITRE 7 : Prendre ses responsabilités
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Il s'était déjà écoulé quelques semaines depuis que le docteur Fields m'avait annoncé que j'étais malade. Je me sentais plutôt bien. Peut-être un peu fatiguée, mais je ne savais pas si c'était dû à la maladie ou aux nombreuses heures supplémentaires que j'effectuais. Swersky m'avait dit à plusieurs reprises de rentrer chez moi ou de prendre quelques jours de congés, mais je refusais à chaque fois. Si je reste chez moi, je tourne vite en rond et je finis par péter les plombs. De toute façon, il était hors de question de quitter le poste en ce moment, on était sur une grosse affaire de drogue. Pour l'instant, on n'avait pas grand-chose, mais j'étais sûre que c'était un gros truc. Le seul problème, c'était qu'il nous manquait un homme pour faire avancer l'affaire un peu plus vite.
J'étais plongée dans des vieux dossiers pour voir un peu les anciennes affaires du même genre quand Manny m'interpella depuis la porte de mon bureau.
- Eh Maritza ! Swersky veut que tu descendes en salle de briefing, il veut te voir.
- Ok merci, j'y vais ça me dégourdira les jambes.
Quand j'entrai en salle de briefing, une drôle de surprise m'attendait. Certes, il y avait Swersky, mais à côté de lui se tenait Bosco.
- Bosco ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?, demandai-je sur un ton qui trahissait mon étonnement.
- Bonjour à toi aussi Cruz.
- Enfin je veux dire, ça me surprend un peu de te voir. Tu reprends déjà le boulot ?
- Oui, d'ailleurs c'est pour ça que je voulais te voir, Cruz, intervint Swersky. Comme il te manque un homme, j'ai pensé à Bosco.
- Je suppose que tu as refusé le poste à l'accueil ?
- Tout à fait, il l'a refusé, alors je le mets à la Crim', tant que vous faites encore du travail d'investigation. Mais je vous préviens, je ne veux pas d'histoires entre vous, c'est bien compris ?
- C'est bon patron, on n'a plus cinq ans !, rétorqua Bosco.
- Des fois, je me demande…, soupira Swersky avant de sortir de la salle.
Bosco et moi restâmes silencieux quelques minutes avant que je ne lui dise :
- Ca va, t'as l'air d'être en forme !
- Ouais, ça va, je me suis remis plutôt vite. Par contre toi, t'as une drôle de mine.
- Commence pas avec tes réflexions Bosco, ça va vite me soûler.
- Ma parole t'es toujours aussi susceptible.
- Toujours, alors ne me cherche pas trop.
Nous sortîmes de la salle de briefing pour rejoindre les bureaux de la Crim'. Alors que je m'apprêtais à monter l'escalier, je m'arrêtai et me retournai pour faire face à Bosco.
- Bosco, tu sais, comme on va bosser ensemble, ce serait peut-être bien de mettre certaines choses à plat. Enfin… Pour Michaël, mes condoléances étaient vraiment sincères, je ne voulais pas ce qui est arrivé.
- Ecoute Cruz, je n'ai vraiment pas envie de parler de tout ça maintenant, et encore moins avec toi. Je ne suis pas spécialement enchanté qu'on bosse ensemble, mais j'aime le travail à la Crim' et je n'ai pas du tout l'intention d'aller faire le poireau à l'accueil, alors je fais avec. On ne va pas remuer le passé, je n'ai pas envie de me prendre la tête avec toi alors que je reprends à peine le boulot.
- Bien…
Au moins, ça avait le mérite d'être clair, pensai-je. Nous éviterons donc les sujets qui fâchent, et tout devrait bien se passer.
- Bon, on va bosser maintenant ? J'suis pas revenu pour discuter !
Effectivement, Bosco était bien de retour et motivé pour le travail.
En entrant dans les bureaux de la Crim', je le vis marquer un temps d'arrêt, surpris.
- Ah oui, c'est vrai, t'as une nouvelle équipe.
J'acquiesçai.
- Viens, je vais te présenter à Santiago.
Nous nous approchâmes du bureau de Manny, qui se leva pour que je puisse faire les présentations.
- Manny Santiago, avec qui je fais équipe, et voilà Bosco, il va bosser ici avant de pouvoir reprendre les patrouilles.
- Enchanté, dit Manny en serrant la main de Bosco. Ca me fait plaisir de te rencontrer depuis que j'entends parler de toi dans cette brigade.
- En bien j'espère !
J'entraînai Bosco vers l'autre pièce où le reste de l'équipe travaillait.
- Deux minutes d'attention les gars ! Je vous présente l'officier Boscorelli. Il reprend le travail aujourd'hui et il va travailler avec nous pendant quelque temps. Je compte sur vous pour l'accueillir comme il se doit.
Alors que Bosco commençait à saluer les autres officiers et discutait un peu avec eux, je retournai à mes vieux dossiers. Quand il eut fini, il me rejoignit pour que je lui explique l'affaire sur laquelle nous étions. Je lui donnai ensuite plusieurs instructions et il alla travailler avec les autres.
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Manny fit rouler sa chaise pour se placer en face de moi.
- Ca va Maritza ?, me demanda-t-il d'une voix basse.
Je relevai la tête et soupirai.
- Ecoute Manny, nous en avons déjà parlé, lui répondis-je de la même façon.
- Non, non, se reprit-il en désignant Bosco dans la pièce adjacente.
- Ah, Bosco… J'aurais aimé que Swersky m'en parle avant, histoire de ne pas me mettre devant le fait accompli.
- C'est sûr, acquiesça Manny. Et pour l'instant, ça été ?
- A peu près. Si on n'aborde pas les sujets qui fâchent et s'il ne me fait pas sortir de mes gonds, ça devrait aller. Tu sais, avec Bosco c'est délicat. On a le même caractère impulsif, on se dispute souvent et parfois, ça explose. Souvent même. Sauf que là, on a intérêt à faire attention car Swersky nous a à l'œil. A chaque fois que Bosco et moi on a travaillé ensemble, ça ne s'est pas fini dans la dentelle, alors le lieutenant se méfie de nous maintenant.
- T'inquiète pas, ça va finir par se tasser.
- Oui, je ne me fais pas trop de soucis pour ça, même avec nos différents, Bosco et moi on a toujours fait du bon boulot. C'est juste que… c'est bizarre. Allez, faut qu'on bosse maintenant, conclus-je avant que Manny ne se réinstalle à son bureau et qu'on reprenne nos activités respectives.
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En début de soirée, la situation se débloqua. Après avoir croisé plusieurs affaires et de nombreux dossiers, nous commençâmes à avancer sérieusement dans nos recherches. En effet, un nom, celui de Shawn Harrison, un dealer multirécidiviste, était ressorti. Il apparaissait sur toutes les affaires ressemblant à la nôtre. Il fallait aller le chercher pour lui poser quelques questions, et peut-être fouiller un peu son appartement, histoire d'approfondir un peu. Comme il commençait à se faire tard, je planifiai ça seulement pour le lendemain et je renvoyai tous mes hommes chez eux. Je rentrai également chez moi, il fallait que je fasse une bonne nuit de sommeil étant donné la journée chargée qui nous attendait le lendemain.
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Après un réveil matinal, j'arrivai un peu plus tôt au bureau pour pouvoir préparer un mini-briefing sur l'opération. Bosco arriva peu de temps après moi et vint me saluer alors que je remplissais les feuilles de route. Ses yeux traînèrent sur ce que j'étais en train de faire et il me demanda pourquoi son nom n'était pas inscrit. Je soupirai avant de lui répondre :
- Parce que j'ai prévu d'y aller à deux voitures seulement, un binôme par voiture, et que tu n'es donc pas indispensable pour cette intervention.
- Allez Maritza, je vais péter un câble toute la journée enfermé alors que vous êtes en extérieur.
- Figure-toi que si Swersky ne t'a pas remis aux patrouilles, c'est pas pour que tu profites de la Crim' pour aller sur le terrain.
- Attends, il faut juste ramener un mec au poste, c'est pas un combat de boxe. Et je suis en forme !
- Bosco…
Je n'eus même pas le temps de finir ma phrase qu'il avait déjà enchaîné sur un nouvel argument, de taille cette fois-ci.
- Et ne me dis pas que tu as plus confiance en tous ces zigotos qu'en moi, je ne te croirais pas. Je les ai entendu hier, la moitié sont des fainéants et les autres ne supportent pas une femme à la tête de la Crim'. Tu sais que je bosse bien et que tu peux compter sur moi !
Le pire dans tout ça, c'est qu'il avait raison et que j'étais bien obligée de l'admettre. Je déchirai alors la feuille de route que j'étais en train de compléter et j'en pris une autre en soupirant. Sur la bonne ligne, j'inscrivis le nom de Maurice Boscorelli.
- C'est sympa Cruz, je te remercie.
- Ce n'est pas pour toi que je le fais, c'est pour le bon déroulement de l'intervention. Et je te préviens, je ne veux pas d'acte héroïque ou inconscient, c'est bien compris ? Je veux que tu sois prudent, lui dis-je en le regardant droit dans les yeux.
- T'inquiète pas, je le savais déjà.
- Allez, circule maintenant, laisse-moi finir ça.
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J'attendis que Manny et Turner, le quatrième officier qui viendrait avec nous, arrivent pour faire un point sur l'intervention et nous partîmes immédiatement. Je montai en voiture avec Manny pour que nous puissions discuter un peu, nous n'avions pas eu l'occasion d'être seulement tous les deux depuis la veille. Quelques minutes après avoir démarré, Manny demanda :
- Alors comme ça, Bosco est à peine de retour et il vient déjà en mission ? Qu'est-ce qu'il t'a dit pour que tu le prennes ? Vous vous êtes remémoré le bon vieux temps ?
Choquée par cette remarque, je me tournai vers Manny, qui gardait ses yeux fixés sur la route, et lui lançai un regard noir, qu'il put percevoir sans me regarder.
- Tu es vraiment ridicule Manny, lâchai-je.
- C'est vrai, tu as raison, c'est totalement débile et en plus, je n'en pensais pas un mot. Je suis désolé, s'excusa-t-il en posant sa main sur ma cuisse. Je la retirai aussitôt.
- Je t'ai dit que j'étais désolé.
- Oui bah la prochaine fois tu réfléchiras deux secondes avant de dire des stupidités, d'accord ? Je t'ai fait confiance quand je t'ai parlé de mon histoire avec Bosco, alors n'en abuse pas.
- Bien, dit-il en hochant la tête.
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Nous restâmes silencieux jusqu'à notre arrivée devant l'immeuble de Shawn Harrison. Encore énervée par la remarque de Manny, je sortis de la voiture sans un mot et rejoignis Bosco et Turner, garés juste devant nous.
- Bon, on fait comme on a dit. Arrestation, perquisition, on prend tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la drogue et on l'embarque.
J'attendais quelques secondes puis je me dirigeai vers l'entrée de l'immeuble.
- Allez les gars, on y va !
Nous montâmes prudemment mais rapidement les cinq étages qui nous séparaient du domicile d'Harrison. J'étais partie devant mais entre le troisième et le quatrième étage, je dus laisser passer les autres devant moi car je sentais mes jambes s'affaiblir. Ralentir la cadence me permit d'arriver au cinquième étage sans que mes membres ne soient engourdis. Ca m'était arrivé plusieurs fois lorsque je courais, j'ai d'ailleurs dû arrêter le jogging, je n'arrivais plus à faire de sport intense.
Manny jeta un coup d'œil vers moi et me vit reprendre mon souffle.
- Maritza, c'est ok pour toi ?, me demanda-t-il discrètement.
Pour toute réponse, je hochai la tête. Puis immédiatement, je frappai à la porte d'Harrison. Aucune réponse.
- Shawn Harrison, ouvrez, c'est la police !, criai-je en frappant à nouveau à la porte.
Comme il n'y avait toujours aucune réponse mais qu'on entendait de la musique à l'intérieur de l'appartement, Manny enfonça la porte et nous entrâmes.
Une fois à l'intérieur, je mis à peine trois secondes à analyser la situation. Harrison était avachi sur son canapé, et devant lui, sur la table basse, un sachet de cocaïne était ouvert. Super… il était défoncé et il planait, complètement raide. Je m'approchai de lui et le redressai. Il baragouinait des trucs en vacillant. Je lui lis ses droits et lui passai les menottes avant de le laisser retomber sur le sofa.
- Eh Turner, je veux que tu me le surveilles pendant que je vais fouiller ce gourbi qui lui sert d'appart'. Santiago, tu jettes un coup d'œil sur ces étagères là-bas ?, lui demandai-je en lui désignant le fond de la pièce.
Puis, avec Bosco, je me dirigeai vers la chambre à coucher.
A travers son appartement, nous trouvâmes une quantité assez importante de drogue, surtout de la cocaïne, mais également un peu de marijuana et d'ecstasy, ce qui vaudrait à Harrison un séjour prolongé au poste. Cela m'arrangeait, je disposerai ainsi d'assez de temps pour en savoir plus sur ce trafic. Vu la quantité de drogue qu'Harrison avait chez lui, il semblait occuper une place relativement importante dans ce réseau. Si j'arrivais à bien le faire parler, j'en saurais peut-être même suffisamment pour pouvoir arrêter rapidement les leaders.
- C'est bon, on a tout ce dont on a besoin, on peut rentrer, lançai-je avant d'entraîner Harrison hors de son appartement et de commencer à descendre les escaliers avec lui.
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Une fois en bas, je lmis Harrison dans une des deux voitures.
- Turner et Santiago, c'est vous qui le ramenez au poste. Moi je prends l'autre voiture avec Bosco.
Bosco se mit aussitôt au volant alors que Manny me fixait d'un air surpris. J'ignorais son regard en m'éloignant de lui et m'installai dans la voiture. Il fit de même, mais sans me quitter des yeux. Puis nous démarrâmes et prîmes la direction du commissariat.
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Un peu troublée par ce qui venait de se passer avec Manny, j'étais perdue dans mes pensées quand Bosco rompit le silence :
- Depuis quand tu couches avec Santiago ?
- Pardon ?, m'exclamai-je.
La question de Bosco m'avait vraiment surprise et j'avais brusquement relevé la tête.
- Oh, fais pas l'innocente, dit-il en secouant la tête. Il te tutoie et t'appelle par ton prénom. Et j'ai remarqué pas mal de regards.
Bosco perçut probablement un doute dans mes yeux car il rajouta :
- T'inquiète pas, je suis sûr que personne ne le sait, juste moi. Ca, c'est parce que je suis un bon flic, ou bien parce que je sais comment tu te comportes quand tu couches avec un collègue… Alors, ça dure depuis combien de temps ?
- Ca ne te regarde pas, rétorquai-je. Par contre, je vais mettre les choses au clair, Santiago et moi, on sort ensemble, c'est tout.
- Ensemble… c'est-à-dire comme un vrai couple ?!?
- Pourquoi, ça t'étonne ? Je vais t'apprendre un truc, y'a pas que le sexe dans la vie.
- Alors comme ça, tu as revu tes priorités.
Cette conversation prenait vraiment une tournure qui ne me plaisait pas. Je n'avais pas envie de répondre à ça, et Bosco ne m'en laissa d'ailleurs pas le temps. Je vis une lueur de compréhension dans ses yeux. Il continua :
- Depuis ce qui t'est arrivé, tu n'as pas…
- Non, le coupai-je. Ecoute, ne j'ai pas du tout envie d'avoir ce genre de conversation avec toi. C'est déjà allé beaucoup trop loin à mon goût.
Ces mots ne semblaient pas signifier la moindre chose pour Bosco puisqu'il insista :
- T'es allée voir un psy ?
- Un psy ? Qu'est-ce que j'irais faire chez un psy ?
- Bah en parler. Tu sais, ça peut t'aider. Pour moi, ça a marché en tout cas, affirma-t-il.
- Toi, t'as consulté un psy ?, m'exclamai-je sur un ton qui trahissait clairement ma surprise.
- Ouais. Enfin, c'était le psy du département alors je n'ai pas eu vraiment le choix, mais ça m'a aidé. Tu devrais essayer, je t'assure.
- Merci du conseil, mais je n'ai pas besoin d'aide, répliquai-je ; et encore moins de la part d'un psy. Ou de toi d'ailleurs. Je vais bien, ma vie amoureuse aussi, alors stop.
Je vis Bosco ouvrir la bouche pour rajouter quelque chose, mais je le devançai :
- La discussion est close, conclus-je en le regardant avec insistance.
Apparemment le message était passé puisque Bosco resta silencieux jusqu'à notre arrivée au poste.
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Une fois garés devant le commissariat, je sortis aussitôt de la voiture. Manny et Turner arrivèrent quelques secondes plus tard avec Harrison. J'attendis qu'ils me rejoignent et nous entrâmes ensemble. Swersky me stoppa à l'accueil.
- Lieutenant, je vous présente Shawn Harrison.
- Il n'est pas un peu… défoncé là ?, me demanda-t-il avec un regard suspicieux.
- Ne vous en faîtes pas, il l'est déjà moins que tout à l'heure, lui assurai-je.
- J'espère que tu vas pouvoir en tirer quelque chose. Eh Sully ! Conduis-moi ce zigoto en salle d'interrogatoire, tu veux ?
Sullivan attrapa Harrison et l'emmena. Je me tournai vers Manny, Bosco et Turner.
- C'est bon les gars, vous pouvez y aller, dis-je tout en attrapant un formulaire de l'autre côté du comptoir. Eh Bosco !, lui lançai-je alors qu'il s'éloignait.
Il se retourna.
- Rejoins-moi dans trois minutes en salle d'interrogatoire.
- Ca marche, me répondit-il en ne pouvant pas s'empêcher d'esquisser un sourire.
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Quelques instants plus tard, je montai à mon tour quatre à quatre les escaliers pour aller à la Crim'. Je déposai la veste du NYPD sur le portemanteau et mon gilet pare-balles dans le placard à côté. Ensuite, je me retournai vers mon bureau et pris plusieurs papiers dont le casier judiciaire de Shawn Harrison. En face, je vis Manny qui travaillait à son bureau. J'eus l'impression qu'il baissait les yeux vers ses dossiers au moment où je levais les miens vers lui. Mais je n'y accordai pas plus d'attention que ça. Alors que je m'apprêtais à sortir, il m'interpella :
- Tu m'en veux, c'est ça ?
Je me retournai vers lui. Cette fois-ci, il me regardait droit dans les yeux, essayant de décrypter quelque chose sur mon visage.
- Pour tout à l'heure dans la voiture, précisa-t-il.
Evidemment, pourquoi d'autre pourrais-je lui en vouloir…
- Non, je ne t'en veux pas, lui assurai-je.
- Donc si tu es rentrée avec Bosco et que maintenant c'est lui qui interroge Harrison avec toi, ce n'est pas parce que tu m'en veux ?
- Non. Et ça n'a aucun rapport non plus avec une éventuelle relation que j'aurais avec Bosco.
Il me regarda d'un air un peu étonné.
- Oui, je mets les choses au clair, que tu ne penses pas que Bosco et moi on se pelote sur la banquette arrière de la voiture de patrouille dès que tu as le dos tourné, continuai-je sur un ton ironique.
- C'est bon Maritza, ne sois pas sarcastique. Je t'ai déjà dit que j'étais désolé. Et je croyais que tu ne m'en voulais pas.
- En effet, je ne t'en veux pas. C'est juste que… je ne sais pas, je ne m'y attendais pas et je crois que ça m'a déçue sur le moment. Je ne pensais pas que tu pouvais être comme ça alors que tu es si compréhensif d'habitude.
- Comme ça, c'est-à-dire jaloux ?
J'acquiesçai.
- C'est sans doute mon plus gros défaut. Y'a malheureusement rien à y faire.
Sans blague… Un Latino qui ne serait pas jaloux, j'aurais été curieuse de voir ça. Je n'étais même pas sûre que ça existe.
- Ouais bah débrouille-toi pour ne pas trop le montrer, c'est le genre de truc que je ne supporte pas.
J'ai dû répondre un peu sèchement car Manny était visiblement gêné. Je me mordis la lèvre, ce n'était pas du tout mon intention de le mettre mal à l'aise. J'essayai alors de prendre un ton plus léger.
- De toute façon, vu que je passe la moitié de ma vie au poste et qu'à part toi, personne ne m'intéresse, tu ne crains rien avec moi, rajoutai-je.
Manny finit par sourire.
- OK, ça me rassure. Déjà que je dois garder un œil sur les autres…, dit-il d'un air désinvolte.
Mon regard curieux l'invita à continuer.
- Les trois-quarts du poste, c'est-à-dire presque tous les mecs quoi, précisa-t-il, ont les yeux qui traînent quand tu passes dans les couloirs. Mais ne t'inquiète pas, je le gère plutôt bien. Je n'ai encore cassé la gueule à personne.
Tant mieux s'il prenait ça également à la rigolade et qu'il se rendait compte que sa jalousie n'avait pas lieu d'être.
- Et encore, avant c'était pire. Ca devait être l'uniforme… Dis-toi que c'est ça de sortir avec un sergent sexy, lui lançai-je malicieusement en lui faisant en clin d'œil avant de sortir de la pièce pour me rendre en salle d'interrogatoire.
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J'entrai dans la pièce, Bosco s'y trouvait déjà. Il se tenait debout, appuyé contre le mur et regardait fixement Harrison qui était perdu dans l'observation de la table. Je fermai brusquement la porte derrière moi, Harrison sursauta. Parfait, lui tirer des informations ne devrait pas être trop dur, il ne me semblait pas avoir le caractère suffisant pour résister longtemps à la pression. Cela se confirma d'ailleurs pendant l'interrogatoire. Encore à moitié dans les vapes, il répondit à quasiment toutes mes questions. Je l'aidai juste un peu en frappant la table de la main ou en haussant la voix.
Alors que j'allais lui poser une de mes dernières questions, je sentis quelque chose de chaud dans ma bouche. Je portai mes doigts à mes lèvres : c'était du sang. J'étais en train de faire une hémorragie des gencives pendant un interrogatoire. Super, ça ne pouvait pas mieux tomber.
- Cruz ?, m'appela Bosco en montrant ma main de la tête.
Je sortis un mouchoir en papier de ma poche et m'essuyai les lèvres.
- Ca va ?, insista Bosco.
- Ouais ouais, t'inquiète pas, j'ai les gencives un peu fragiles ces temps-ci, lui répondis-je en me levant. Je vais me rincer la bouche, tu n'as qu'à continuer avec lui, je t'envoie quelqu'un.
- D'accord, acquiesça-t-il avant que je ne sorte de la salle d'interrogatoire.
Dans le couloir, je croisai un de mes officiers de la Crim', j'en profitai pour lui demander de rejoindre Bosco. Puis je me dirigeai rapidement vers le vestiaire. Les saignements avaient ralenti mais pas totalement cessé, mon mouchoir n'allait bientôt plus rien absorber.
Après m'être bien rincée la bouche, je pris un cachet de coagulant que le docteur m'avait prescrit en cas d'hémorragie. La boîte était presque vide, il fallait que je passe à la pharmacie. Soudain, la porte du vestiaire s'ouvrit, je fourrai rapidement la boîte de médicaments dans mon sac avant de me retourner pour voir qui était entré. C'était Manny.
- Ca va Maritza ? Bosco m'a dit que tu saignais des gencives.
Je secouai la tête.
- Qu'est-ce qu'il peut m'énerver quand il se mêle de tout, pestai-je.
- Alors ?, insista-t-il.
- Ca va, ça va, dis-je d'une voix lasse. Ce n'était vraiment pas grand-chose.
- T'as pris un cachet.
- Oui, et c'est passé.
Alors que je disais ça, je sentis des picotements dans mes narines. L'instant d'après, du sang commençait à s'échapper de mon nez.
- Et merde !, lâchai-je.
Je me précipitai vers un lavabo et Manny me tendit des serviettes en papier.
- Tes médicaments ne font plus effet Maritza. Tu ne devrais pas saigner du nez après avoir pris un comprimé. Plus le temps passe, plus tu fais d'hémorragies, et elles sont de plus en plus importantes.
- Manny, s'il te plait…
- Je sais que tu ne veux pas qu'on en parle, mais regarde-toi dans la glace.
Et il prit plusieurs serviettes en papier pour aller essuyer les gouttes de sang que j'avais fait tomber sur le carrelage.
Manny avait raison. Mes saignements étaient de plus en plus fréquents. Et encore, je ne lui rapportais pas ceux qui survenaient quand il n'était pas avec moi. Les médicaments que je prenais ne faisaient plus vraiment effet et je me sentais de plus en plus fatiguée.
Alors que du sang coulait toujours dans le lavabo, je levai les yeux pour me regarder dans le miroir, ce que j'évitais de faire ces temps-ci. Je comprenais pourquoi Manny s'inquiétait pour moi : j'étais plus pâle que d'habitude et j'avais de grandes cernes bleutées sous les yeux. Travailler me fatiguait de plus en plus. J'avais pensé que si je ne suivais pas le traitement, j'allais rester forte et en bonne santé. Mais je m'étais trompée, la maladie gagnait du terrain et je n'allais pas pouvoir continuer comme ça très longtemps. Il fallait que je prenne une décision, et rapidement.
Manny me rejoignit et se mit derrière moi. Il entoura ses bras autour de ma taille et m'embrassa dans le cou.
- Ca va mieux ?, me demanda-t-il d'une voix douce.
- Oui, le saignement vient de s'arrêter, mais je préfère attendre un peu. Tu restes avec moi ?
- Si tu veux.
Quand je fus sure que je n'allais plus saigner du nez, je me retournai pour être face à Manny, puis déposai un rapide baiser sur ses lèvres. D'habitude, j'étais résolument contre ces marques de tendresse au poste, mais là, j'en avais besoin. J'étais vraiment contente qu'il soit avec moi. Même s'il insistait pour que je suive la chimio et qu'on se disputait parfois à cause de ça, sa présence me réconfortait beaucoup.
Je m'éloignais de lui pour me diriger vers mon casier. Je l'ouvris et en sortis un tee-shirt propre, le mien était tout taché. Manny s'assit sur le banc pour m'attendre, et je le vis m'observer alors que je me changeai.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?, lui demandai-je.
- Tu es vraiment très belle, me répondit-il simplement.
- Tu rigoles ?, m'exclamai-je. Je me traîne une tête de déterrée depuis plusieurs jours.
- Je sais. Mais pour moi, tu es toujours aussi jolie.
Je m'assis à côté de lui et lui caressai la joue.
- Tu es un amour. Parfois je me dis que je suis loin de te mériter.
- Arrête de dire des bêtises. Je t'aime comme tu es. Même si je te préfèrerais en bonne santé, rajouta-t-il après un temps d'arrêt.
- Je sais…, soupirai-je en me levant.
Je rangeai mes affaires dans mon casier et tendis la main vers Manny, qui l'attrapa.
- Allez, on y retourne officier Santiago.
- A vos ordres, Sergent !
En sortant du vestiaire, j'aperçus Swersky à l'accueil, je me dirigeai aussitôt vers lui.
- Lieutenant, il faut que je vous parle.
- J'espère que tu ne t'es fourrée pas dans une embrouille !, s'exclama-t-il en pointant son index vers moi.
- Non, ça n'a rien à voir. Je voulais savoir combien de jours de congés il me restait à prendre.
- Etant donné que tu ne prends jamais de vacances et que tu viens bosser même quand tu es de repos, je dirais beaucoup. Si tu as besoin d'un jour ou deux, je te les donne sans problème.
- D'accord, mais je voudrais savoir précisément le nombre de jours.
- Attends que j'attrape ton dossier…
Alors qu'il cherchait sous le comptoir, Manny, qui se tenait un peu plus loin, suivait discrètement la conversation. Il se dirigeait vers les escaliers de la Crim' quand il s'était arrêté au son du mot « congés ».
- Maritza Cruz… Nombre de jours de congés cumulés… 86, lisait Swersky.
- Ok Lieutenant, je prends tout.
- Tout ?, s'exclama-t-il.
A l'autre bout du comptoir d'accueil, je vis Bosco relever la tête. Je ne lui avais même pas prêté attention tellement j'étais pressée de parler au lieutenant.
- Oui, les 86 jours plus tous mes jours de repos.
- Ca fait plus de trois mois, ça ! Tu fais un tour du monde ou quoi ?
- Pas exactement, murmurai-je en regardant en direction de Manny. Il hocha la tête en levant le pouce, et il monta à la Crim'.
Voilà, j'avais pris ma décision. Je n'étais pas convaincue que c'était la bonne, mais c'était la plus raisonnable. Je me sentais de plus en plus faible et je ne pouvais plus faire mon travail correctement, il fallait que je me fasse une raison.
- Bon ok, tu les prends quand, que je note ça sur le planning ?
- Demain, c'est possible ?, tentai-je.
- Je croyais qu'avec toi j'avais tout vu, mais tu arriveras toujours à me surprendre. Est-ce que tu as une petite idée de comment fonctionne une brigade, Cruz ? Les congés, ça se planifie, on ne les prends pas du jour au lendemain. Surtout à ton grade ! Je ne peux pas laisser la Crim' trois mois sans sergent, il faut un remplaçant, et ça ne se trouve pas en deux secondes. Et en plus, vous êtes au beau milieu d'une affaire !
Aïe… Effectivement, ce n'était pas le meilleur moment, il avait entièrement raison.
- Je le sais bien patron, et si un de mes hommes me faisait ce coup-là, je serais furieuse aussi. Mais ce n'était pas du tout prévu, et il faut vraiment que je prenne ces congés, c'est important, expliquai-je calmement.
Dans ces cas-là, il ne valait mieux pas hausser la voix face à Swersky et faire preuve de diplomatie.
- Bon, je vais passer quelques coups de fil pour trouver un autre sergent ou un lieutenant pendant ton absence. J'essaie d'arranger ça pour que tu puisses partir la semaine prochaine, ça te va ?
- Oui, merci Lieutenant, dis-je en souriant.
- Allez, va finir ton boulot, je ne veux pas que tu laisses une tonne de paperasserie traîner !, maugréa-t-il. Et t'essaies de me boucler cette affaire !
- Oui Lieutenant, ce sera fini, ne vous inquiétez pas, lui assurai-je en croisant les doigts pour que soit vraiment fini…
Je me dirigeai rapidement vers les escaliers pour rejoindre mon bureau. J'avais un peu moins d'une semaine pour avancer un maximum dans mon enquête, voire même la terminer, c'était juste. Au pire, mon remplaçant la bouclerait, mais je détestais abandonner une affaire en cours de route. Malheureusement, je n'aurais pas le choix. J'avais pris une décision, et je savais que si je la repoussais, ça serait fichu.
En montant à la Crim', je croisai Bosco qui en descendait.
- Eh Cruz, tu vas faire quoi avec trois mois de congés ?
- Tu ne crois pas t'être assez mêlé de ma vie privée pour aujourd'hui ?, rétorquai-je.
- Ce n'est pas non plus de ma faute si tu es bizarre en ce moment, quand même ? On bosse ensemble, alors je me pose des questions c'est normal.
- Fais-moi plaisir, arrête de l'en poser. Et ne me fais pas regretter ta participation à cette enquête.
Bosco se retourna et continua à descendre les escaliers en marmonnant. Je le rappelai :
- Eh Bosco ! T'as rempli un compte-rendu d'interrogatoire ?
- Sur ton bureau. Et on a commencé à faire quelques recherches sur les mecs dont Harrison nous a donné les noms.
- Je vais regarder ça, dis-je avant de continuer à monter les escaliers.
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Plus tard, dans la soirée, je basculai en arrière pour m'appuyer sur le dossier de ma chaise et passai la main dans mes cheveux. J'avais enfin fini de boucler les rapports d'arrestation et d'interrogatoire de cette affaire. Je me levai et allai dans la pièce d'à côté où mes officiers travaillaient.
- C'est bon les gars, vous pouvez rentrer chez vous. Vous avez fait du bon boulot aujourd'hui.
- Merci Sergent. A demain !
Après qu'ils m'aient saluée, Manny s'approcha de moi et me dit discrètement :
- On mange ensemble ce soir ?
- J'aimerais bien mais il faut que je reste encore.
- Tu veux que moi aussi ?
- Non, rentre chez toi, profite de ta soirée. On se voit demain.
- D'accord. Ne rentre pas trop tard, hein ?
- Je pars dans deux ou trois heures, ne t'inquiète pas.
- A demain alors, me dit-il avant de quitter le bureau.
Pour la première fois depuis longtemps je me retrouvais toute seule au bureau. Depuis que je sortais avec Manny, j'essayai le plus possible de quitter le bureau en même temps que les officiers, sans faire d'heures supp', pour pouvoir passer les soirées avec lui. Et quand je devais rester pour travailler plus tard, il restait lui aussi. Mais cette semaine, il fallait que je fasse en sorte que mon absence de la brigade n'entrave le travail de personne. Je ne pouvais pas demander à Manny de rester, il en faisait assez pour moi comme ça.
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Quand je quittai le poste, il était presque minuit. J'étais fatiguée, j'avais faim et surtout, j'avais envie de rentrer chez moi. Enfin, j'atteignis mon palier, je fouillai dans mon sac pour attraper mes clés. Et en relevant la tête, j'eus la surprise de voir Manny assis par terre à côté de mon paillasson. Etonnée, je demandai :
- Bah, qu'est-ce que tu fais là ?
- Je me suis dit que tu n'aurais sans doute pas mangé et que tu aurais faim, me répondit-il en me montrant un sachet.
- Euh oui…, bafouillai-je, un peu décontenancée. J'insérai mes clés dans la serrure et ouvris la porte. Nous entrâmes dans mon appartement.
- Ca faisait longtemps que tu m'attendais ?
- Non, une petite demi-heure. Je savais que tu allais rentrer tard, et le ventre vide.
- Merci beaucoup. Tu es vraiment adorable, lui dis-je avant de l'embrasser.
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Après avoir fait réchauffé au four micro-ondes les plats thaïlandais que Manny avait achetés, nous nous installâmes à la table de la cuisine.
- Alors comme ça, tu as pris tous les congés que tu pouvais prendre ?
- Oui, acquiesçai-je. Swersky a accepté que je prenne trois mois à partir de la semaine prochaine.
Manny jeta un coup d'œil sur le calendrier accroché à côté du frigo.
- Ouais, mercredi prochain quoi, constata-t-il.
- Voilà. Je vais prendre rendez-vous à l'hôpital pour vendredi.
- Tu voudras que je vienne avec toi ?
- Si tu peux prendre ta journée, oui, j'aimerais bien.
- Je suis content, tu as pris la bonne décision.
- J'espère…
- Mais si Maritza, je t'assure, me dit-il en tendant sa main pour attraper la mienne.
Je hochai vaguement la tête avant de plonger mon regard dans mes nouilles sautées.
- Qu'est-ce qui t'a décidé finalement ?, continua-t-il.
- Je me suis regardée dans la glace et j'ai presque eu peur de ce que j'ai vu. Je n'ai pas envie de mourir Manny, et là je sens la maladie de plus en plus présente, elle m'envahit un peu plus chaque jour. Et puis je le fais aussi pour toi, dis-je avant de le regarder dans les yeux. Tu m'apportes tellement de soutien que je te dois bien ça.
Manny serra un peu plus ses doigts autour de ma main et hocha la tête, sans rien ajouter. Je continuai :
- La chimio m'effraie vraiment, je sais que ça va m'affaiblir considérablement et que je ne serai plus capable de rien pendant la durée du traitement, mais je ne serai plus malade et je pourrai reprendre ma vie après. Et puis si ça ne marche pas, au moins j'aurais essayé.
- Je suis heureux que tu aies pris cette décision Maritza, vraiment, me dit-il avec un sourire tendre.
- Je le sais Manny, répondis-je en lui souriant en mon tour.
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Une fois notre dîner terminé, je mis tous les couverts dans l'évier et me dirigeai vers le salon. Manny me suivit mais posa néanmoins la question :
- Et la vaisselle ?
- Elle peut attendre demain, répondis-je avant de me retourner vers lui et de l'embrasser.
Puis je l'entraînai dans le couloir qui menait à ma chambre avant de continuer.
- Pour le moment, j'ai une meilleure idée.
- Laquelle ?
Je lui lançai un regard malicieux. Nous étions maintenant arrivés dans ma chambre. J'embrassai à nouveau Manny tout en glissant mes mains sous son sweat, avant de le lui retirer. Alors que je l'embrassai dans le cou, il me glissa à l'oreille :
- Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?
- Absolument certaine, répondis-je dans un souffle.
A ce moment précis, aucune pensée parasite ne vint envahir mon esprit. Il n'y avait que Manny, moi et les sentiments que nous nous portions. Plus les mains de Manny s'aventuraient sur mon corps, plus je me détendais, pour finalement m'abandonner totalement…
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Quand je me réveillai le lendemain matin, je me trouvais dans la même position que quand je m'étais endormie la veille : la tête appuyée sur l'épaule de Manny, mon bras autour de sa taille et le sien autour de la mienne. Je levai la tête pour jeter un coup d'œil au réveil. Il n'était que 7h20. Je n'avais pas beaucoup dormi mais je ne me sentais pas spécialement fatiguée. Quand je reposai ma tête sur Manny, je le sentis bouger. Il ouvrit les yeux et me regarda :
- Bonjour toi. Ca fait longtemps que tu es réveillée ?
- Non, à l'instant.
- Et il est quelle heure là ?, demanda-t-il en redressant la tête.
- Ne t'inquiète pas, on a encore le temps avant d'aller travailler.
- Parfait. Parce que je dois dire que je suis mieux ici qu'au boulot.
Nous restâmes de longues minutes sans bouger, ni parler. C'est Manny qui interrompit ce silence.
- Pourquoi tu souris comme ça ?
- Je repense à cette nuit.
- En bien j'espère…
- Evidemment. Je suis contente de l'avoir fait, enfin refait, avec toi. Merci, essayai-je d'articuler sans bafouiller.
- Merci de quoi ?
- De m'avoir attendue, d'avoir été si doux avec moi, lui expliquai-je en caressant son torse.
- Ca, c'est normal tu sais, tu n'as pas à me remercier. Tous les hommes ne sont pas des brutes, Maritza.
- Je sais… Mais je crois que j'avais oublié.
- En tout cas, je suis content que tu aies eu assez confiance en moi pour pouvoir dépasser tes angoisses. Ca me touche beaucoup.
Manny m'embrassa sur les cheveux et serra un peu plus ses bras autour de mon corps. Je crois que pour la première fois depuis longtemps, je ressentais un réel bonheur. Depuis que Manny et moi sortions ensemble, je me sentais bien, il me mettait vraiment à l'aise. Mais ce matin, je n'étais pas juste « bien », j'étais heureuse.
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To be continued...
