JORDY ET SAMANTHA MENENT L'ENQUETE

La première chose que fit Johanna en rentrant à son studio en fin de journée, ce fut de remplir son vase tout neuf et d'y plonger les pauvres fleurs qui trempaient dans le lavabo. Puis elle défit le poster de son emballage, et, ayant complètement oublié d'acheter des punaises, l'accrocha à l'aide d'aiguilles à coudre que sa mère lui avait fournit en cas de besoin. Elle le plaça sur le mur opposé au côté où elle dormait, de façon à ce qu'il lui fit face quand elle était allongée. La jeune femme n'était pas spécialement superstitieuse, mais il lui semblait qu'ainsi le loup veillerait sur son sommeil.

Comme Johanna s'y attendait, Harry fut loin d'être ravi quand il apprit que sa protégée s'envolait dès la fin de la semaine avec son patron pour leur voyage d'affaire. L'inspecteur l'informa qu'il avait contacté Jordy, et que ce dernier devait rappeler la jeune femme dans la soirée. N'étant pas d'humeur à supporter Harry qui grognait au téléphone, Johanna abrégea leur conversation.

A neuf heures du soir, Jordy appela comme convenu, et Johanna se brancha sur la webcam intégrée dans son ordinateur de poche. Une minuscule fenêtre fit apparaître son frère aîné, aussi blond qu'elle était brune.

« Salut, sœurette, comment ça va ?

– Ça va super bien, et toi ? »

Au lieu de répondre, Jordy se pencha en avant, comme s'il fixait l'image de sa sœur avec attention

« J'ai eu Harry au téléphone ce matin, poursuivit le jeune homme en se reculant, reprenant sa position initiale. Il m'en a apprit de belles !

– Quoi ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ? questionna posément Johanna, qui connaissait bien son frère, toujours entrain de prêcher le faux pour savoir le vrai.

– Il m'a dit que… tu allais te faire offrir des vacances de luxe par ton patron ? Le même qui est suspecté de je ne sais trop quoi ?

– Eh oui, mon p'tit père, c'est ça, la grande classe. A peine trois jours de boulot, et il reconnaît déjà mes qualifications à leurs justes valeurs !

– Sauf que sur ton CV, ce sont MES qualifications, qui sont inscrites !

– En l'occurrence, ce sont de mes compétences linguistiques, dont il a besoin, tu m'excuseras !

– Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié ! Et de tes compétences… physiques, aussi, si j'ai bien saisi ce qu'Harry ronchonnait à propos d'une histoire de nympho qui aurait des vues sur ton patron… c'est sûr que là aussi, niveau taille de bonnet de soutiens-gorge, je ne peux pas rivaliser avec toi … »

Ah. Il a pas besoin d'essayer de me faire sortir les vers du nez, Harry lui a déjà raconté l'essentiel, à ce que je vois…

« Ha ha ha. Très drôle, je suis morte de rire. En attendant, je penserai à toi, quand je serai allongée sur une plage à siroter un cocktail, au soleil…

– Tu sais, Jo, en Californie, du soleil, des plages et des cocktails, je peux faire aussi ! J'en ai pour moins d'une heure à aller me baigner dans le Pacifique depuis chez moi… Quand est-ce que tu passes enfin me voir, d'ailleurs ? Ça fait presque un an que je suis installé !

– Dès mon retour de voyage, si tu veux… Seattle n'est pas loin de Los Angeles… Ça te va ? »

Johanna avait beau prendre un ton blasé, elle se réjouissait d'avance de cette visite imprévue chez son grand frère qu'elle adorait. Elle se promit de réserver un billet de train dès la fin de leur conversation.

« C'est d'accord, acquiesça Jordy, l'air visiblement ravi. Bon, revenons-en à l'affaire d'Harry ! Il m'a demandé de faire des recherches, mais ce qu'il m'a fourni est ultra light, tu peux m'en dire plus ?

– Qu'est-ce qu'il te faut ?

– Il m'a donné deux noms : Matthew et Vanessa Wolf. Et c'est tout.

– Oui, effectivement, c'est un peu court ! Mais je n'en sais pas beaucoup plus… eh bien… Vanessa est l'épouse du cousin de Matthew Wolf… Il s'appelle…attends, ça va me revenir… un nom hébreux…

– Samuel ?

– Non…

– Moïse ?

– Nan, arrête de m'embrouiller ! … Jacob ! Voilà, c'est ça, Jacob Wolf !

– Ok, Jacob. Bon, tu sais quel âge ils ont ?

– Non, pas précisément. Je donnerais dans les vingt-cinq ans à mon patron. Il m'a dit que Vanessa est plus âgée, quoiqu'elle ne le paraisse vraiment pas. Je n'ai jamais vu son mari.

– Harry m'a dit que ton patron avait le type amérindien…c'en est un ?

– Oui !

– Oui, tu es sûre que c'en est un, ou oui, il en a l'air ?

– Oui, il en a l'air… il ne m'a pas raconté sa vie, tu sais !

– Ben je te conseille de mettre à profit votre petit voyage en amoureux pour en apprendre un peu plus parce qu'avec ça, je vais pas pouvoir aller bien loin ! »

Johanna préféra ignorer le « petit voyage en amoureux » et répliqua :

« C'est le but, pov'pomme !

– Hé, un peu de respect pour ton frère aîné, s'il te plaît ! Bon, je vais t'envoyer un programme que tu vas mettre sur une clé. Dés que tu peux, tu la branches sur un de ses appareils, téléphone, ordi…

– N'importe lequel ?

– De préférence son ordi, c'est sûr, mais je peux aussi me débrouiller avec son téléphone. Tu évites de te faire choper, parce que Harry m'a bien précisé qu'il n'y a rien d'officiel, pas de mandat, d'autorisation quelconque, on est ni plus ni moins entrain d'enfreindre une bonne douzaine de lois, là…

– Prends-moi pour une quiche. Bien sûr, que je vais faire attention ! Par contre, il est lourd, ton programme ?

– Ben oui, un peu, c'est un programme de craquage, c'est pas des recettes de cuisine !

– Alors je le prendrai sur mon ordi pro, je l'amènerai à la maison demain soir.

– C'est quoi, comme P.C. ?

–Le dernier de chez ING…

– Le INGN 4 ?

– Eh oui, frangin ! Rappelle-moi sur quoi tu bosses, toi, le grand manitou de l'informatique ?

– J'y crois pas ! Dés demain, je vais faire une réclamation à Fire ! Il me doit bien ça ! »

La communication avec Jordy fut écourtée par une demande de connexion venant de Samantha, la meilleure amie de Johanna. Ravie, la jeune femme inclut la nouvelle venue dans sa conversation avec son frère, qui les quitta poliment au bout de deux minutes d'échange de banalités.

« Bon, allez, raconte-moi tout ! dit Sam dés que Jordy se déconnecta.

– Comment ça, tout ? »

Samantha Wincher eut un petit sourire qui n'était pas sans rappeler celui de Wolf. Avec la lumière crue de l'ordinateur, le contraste entre la peau blanche de la jeune femme et ses longs cheveux lisses teints en noir était saisissant. Ses lèvres et ses yeux, également maquillés de noir, parachevait l'allure gothique qu'arborait Sam en tout temps et toute saison. Elle avait montré un jour à Johanna une photo d'elle à neuf ans. C'était une poupée blonde comme les blés, méconnaissable, à cent lieux de son image actuelle.

Elle n'était pas pour autant adepte des piercings outranciers, portant juste des boucles d'oreilles en forme de croix, et une minuscule araignée sur la narine droite, toutes noires. Et un seul tatouage, sur la nuque : un Mickey version année 1940. Sam avait un sens très particulier de l'humour.

Seule concession de couleur au milieu de ce monochrome, des lentilles de contact violettes, qui donnait à son regard comme un petit air de magie. Ou alors cette impression venait juste du fait que Samantha avait elle aussi un don particulier. Alors que Johanna avait des tendances télékinésistes sous la pression, son amie pouvait « voir » des événements passés ou actuels en touchant des personnes, ou des objets. C'était elle qui avait trouvé où était retenu le fils du gouverneur quand il avait été enlevé. Son don était assez aléatoire, mais quand il se manifestait, il était d'une précision chirurgicale.

C'était une des raisons qui handicapait la vie sentimentale de la jeune femme. Les hommes n'étaient pas particulièrement à l'aise avec une compagne capable de découvrir le moindre de leur secret. A l'inverse de son amie, qui fuyait les relations intimes comme la peste, Sam avait tenté plusieurs fois de s'investir avec un homme mais, jusqu'à présent, cela se soldait par un échec à plus ou moins brève échéance. Cela ne la décourageait pas pour autant. Elle était d'un optimisme à toute épreuve, et cette qualité, alliée à une générosité démesurée et une grandeur d'âme peu commune, persuadaient Johanna qu'un jour ou l'autre, Samantha découvrirait la perle rare.

Mais pour l'instant, la vie sentimentale de la gothique ne paraissait pas à l'ordre du jour.

« Denser est venu me dire bonjour de ta part, précisa Sam. Et il semblait avoir une rage de dents quand il a prononcé ton nom. Je peux savoir ce qui se passe ?

– Depuis quand tu arrives à savoir l'humeur des gens, toi ? C'est nouveau ?

– Johanna, il est tellement en rogne que l'air crépite autour de lui. Il faudrait être un handicapé sensoriel pour ne pas s'en rendre compte ! Qu'est-ce que tu lui as fait ?

– … le prends pas mal, Sam, mais s'il ne t'a rien dit, je ne pense pas que je puisse, moi, t'en parler… »

Et ça arrangeait bien Johanna. Elle avait un peu de mal à assimiler ce qui lui arrivait, et elle n'avait pas particulièrement envie de se confier, même à sa meilleure amie.

« Si c'est à ton superbe et exotique patron que tu fais allusion, vas-y, je suis au parfum ! »

Devant la mine stupéfaite de Johanna, Sam éclata de rire.

« Denser m'a juste dit que tu étais sur une affaire, et que tu me fournirais un objet appartenant à un suspect. Mais quand je lui ai pris un dossier des mains, je l'ai frôlé, et j'ai eu une vision : un homme, grand et foutu comme un dieu, le descendant direct de Sitting Bull. Je lui ai demandé si c'était ce gars, le suspect, et il m'a juste répondu : « C'est le patron de Johanna. ». On aurait dit qu'il venait de mordre dans un citron.

– Il faut que je te donne un objet lui appartenant ! Première nouvelle ! s'insurgea la jeune femme. Ça serait gentil de sa part de me prévenir !

– Vu son état d'esprit actuel, c'est sans doute mieux que je fasse office de relais ! Je te le dis sérieusement, Jo, il est non seulement furieux, mais aussi mort de trouille ! Alors, raconte-moi ce qui se passe ! »

La jeune femme se mordit les lèvres, avant de se lancer :

« Ok… Harry m'a demandé de me renseigner sur les dirigeants d'une entreprise sur Seattle. Il se trouve qu'à peine engagée, l'un d'entre eux m'emmène négocier un contrat sur une île privée, pendant plusieurs jours…

– Quoi ? Le dieu païen que j'ai vu dans ma vision t'enlève passer un séjour de rêve en sa compagnie ? Ah, la veinarde ! »

Sam était hilare. Sa réaction était tellement à l'opposée de celle d'Harry que Johanna ne put s'empêcher de rire aussi.

« Et c'est ça qui rend Denser aussi stressé qu'une dinde à l'approche de Thanksgiving ? continua la médium. Il est soupçonné de quoi, ton bel Apache ?

– D'abord, c'est mon patron, Sam, pas mon « bel Apache ». Et si Harry ne t'a rien dit, je ne te dirai rien non plus.

– Olééé, tu peux me le refaire, ça ? gloussa Samantha.

– Te refaire quoi ?

– Me redire que tu ne cracheras pas le morceau ! Tu sais très bien que je suis capable de me taper le trajet en train jusqu'à Seattle pour te faire parler, ma grande ! Je suis bien trop curieuse de savoir ce qui met le grand sachem dans tous ses états. C'est l'ennemi public numéro un, ton boss ?

– Pas que je sache, maugréa Johanna, bien décidée à en dire le moins possible.

– Pourtant il est suspecté de quelque chose… De quelque chose sortant de l'ordinaire, vu que Denser est sur l'affaire… »

Johanna ne put retenir une grimace. Elle adorait Samantha, mais elle aurait préféré qu'elle soit un peu moins intuitive, parfois.

« Alors il met sa petite poltergeist sur le coup, poursuivit son amie. Il te met toi, une civile, pas vraiment la citoyenne lambda, je te l'accorde, mais pas un membre de son équipe non plus, dans la gueule du loup. »

Nouvelle grimace de Johanna.

Le sourire de Sam s'élargit.

« Il sait que tu as le moyen de te défendre...

– Ce n'est pas pour autant que ça l'enchante, tu le sais parfaitement. Il a toujours une peur bleue que je perde les pédales. »

Samantha balaya l'objection de son amie d'un haussement d'épaule.

« Tu n'es plus une gosse de huit ans terrifiée dans un coin du bayou, Jo. Tu es une grande fille, à la libido de panda sous bromure, certes, mais je ne te vois pas péter un plomb en cas de danger. D'ailleurs, ça fait combien de temps que tu n'as plus fait ce cauchemar ? Deux ans ? Trois ? »

Reste zen, Johanna, reste zen !

La jeune femme se concentra pour garder un visage impassible, mais quelque chose dut la trahir, parce que la médium sursauta sur son siège.

« Tu l'as refait ? s'exclama-t-elle. Tu as encore cauchemardé de ce putain de salopard ? »

Sans trop y croire, Johanna tenta de nier :

« Mais non, qu'est-ce qui te fait penser ça ?

– Ne joue pas à ça avec moi, s'il te plaît ! Quand ? »

Samantha ne plaisantait pas. Et elle avait beau mesurer près de quinze centimètres de moins que Johanna, et se trouver à l'autre bout du pays, cette dernière savait qu'il ne lui restait plus qu'à capituler. Quand son amie avait cette tête là, même Harry évitait de se frotter à Sam s'il le pouvait.

« Cette nuit, répondit la jeune femme dans un souffle. J'en ai rêvé cette nuit. »

Elle vit les yeux de Samantha s'écarquiller. La médium était la seule au monde à savoir très exactement ce qu'elle endurait durant ses cauchemars : elle l'avait vécu durant une de ses visions. Johanna se souvenait avec précision de la réaction de son amie, quand elle était sortie de sa transe : à peine avait-elle ouvert les yeux qu'elle vomissait en hurlant. Elle avait évité Johanna en tournant la tête au dernier moment, car elles se tenaient face à face, les mains jointes. Une fois le geyser tari, Samantha avait pris Johanna dans ses bras, et elles étaient restées enlacées, sanglotant ensembles pendant de longues minutes. Johanna y avait vu la plus belle preuve d'amitié qui soit.

C'était six ans auparavant. Pourtant, en voyant les yeux agrandit d'horreur de la médium, Johanna savait qu'elle non plus, elle n'avait pas oublié.

« Oh, Johanna, ma chérie, je suis désolée… gémit Samantha. Comment tu vas ? »

La jeune femme n'hésita qu'un instant. Après tout, si elle ne le racontait pas à sa meilleure amie, à qui le pourrait-elle ? Et de toute façon, la médium serait bien fichue de le voir dans une de ses visions !

« Je vais très bien, Samantha », répondit-elle en souriant largement.

Devant l'air septique de Sam, elle poursuivit :

« Je te jure que c'est vrai ! Tu dois le voir, même à travers l'écran de l'ordinateur, tout le monde m'a dit aujourd'hui que j'étais radieuse… »

Sam pencha la tête sur le côté, fit une moue dubitative, puis se fendit d'un sourire.

« Oui, c'est vrai, dit-elle, partagée entre la surprise et le soulagement. Et pour le peu que j'aperçois de ton appart', les meubles ont l'air d'être encore debout… »

Johanna acquiesça.

« J'ai le droit de savoir d'où vient ce miracle ? » demanda Samantha, d'une façon presque solennelle.

Allez, jette-toi à l'eau. S'il y a une personne qui peut comprendre, c'est elle !

« Eh bien, le cauchemar a commencé comme d'habitude. Mais avant que… Benjamin (Johanna buta imperceptiblement sur le nom ) ne s'amuse avec son couteau…

– Oui ?

– Ça va te paraître dingue… un énorme loup est apparu, une montagne de muscles et de poils il a bondi sur Benjamin, et il l'a décapité. Comme ça, net ! Et je me suis réveillée. »

Samantha resta silencieuse quelques secondes, histoire de digérer ce qu'elle venait d'entendre.

« Un loup ? finit-elle par dire.

– C'est ça.

– Enorme ?

– Gigantesque.

– Et il a tué Benjamin ? Sans jamais se préoccuper de toi ?

– … pas vraiment. Il me fixait moi, quand il est apparu. Mais après, il a grogné sur Benjamin, et il l'a attaqué. Comme s'il me … protégeait… »

Sam fronça un instant les sourcils, puis secoua la tête en riant doucement.

« C'est pas vrai, murmura-t-elle si bas que Johanna avait du mal à entendre, c'est d'une telle évidence !

– Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Qu'est-ce qui est évident ? »

Mais Samantha ne répondit pas tout de suite, se contentant de se tapoter les lèvres en fixant son amie, un petit sourire satisfait faisant apparaître une fossette sur une des ses joues.

Johanna leva un sourcil interrogateur.

" Ton patron, il a l'air plutôt costaud, non ? Genre carrément balèze, même, je me trompe ?

– Non, effectivement, il doit faire pas loin des deux mètres… répondit Johanna, plutôt surprise du tour que prenait la conversation.

– Et tu peux me rappeler son nom ? »

La jeune femme resta stupéfaite, avant d'éclater de rire.

« Oh, non, Sam, non, tu n'y es pas du tout ! Ça n'a rien à voir avec Wolf !

– Vraiment ? Tu en es sûre ? Tu rencontre un géant, qui porte le nom de Wolf, et deux nuits plus tard, un loup gigantesque apparaît dans tes rêves, tel le justicier des contes de fées, et tu crois que ce n'est qu'une coïncidence ?

– Ce qui s'est réellement passé, figure-toi, c'est que je me suis endormie en regardant un documentaire sur les loups ! Je sais, c'est beaucoup moins romantique, mais plus plausible, tu avoueras !

– … mouais… si tu le dis… »

Bon, elle a pas l'air plus convaincue que ça …

« Et comment tu connais son nom, d'abord ? questionna Johanna, désireuse de changer de sujet.

– Denser a demandé à Tom de se renseigner. »

Ah, Harry avait déjà mit un de ses hommes sur le coup. Qu'il ait fait appel à Jordy devait vouloir dire que les informations pêchées par Tom n'étaient pas satisfaisantes.

« Et qu'est-ce qu'il a trouvé ? demanda Johanna.

– Pas grand chose. Il a vingt six ans, né au Nevada, orphelin à trois mois… pas d'étude en fac, pas de contravention, rien à se mettre sous la dent… Trop lisse, si tu veux mon avis…

– Au Nevada ? reprit Johanna. Ce sont les Navajos, non, qui vivent là-bas ?

– Tout juste, mais il ne fait pas partie de leur tribu, du moins pas à un niveau hiérarchique important. Denser en a conclu que c'était la preuve qu'il n'était pas de ce clan c'est vrai qu'on a du mal à imaginer un Indien d'un statut social du niveau de ton patron qui ne soit pas un pilier de communauté. De plus, il n'apparaît dans aucun réseau social sur le web, un vrai fantôme !

– Je te signale que moi non plus, je n'ai jamais ouvert aucun blog, ni inscrite sur un quelconque site social, et ça ne fait pas de moi un suspect en puissance ! s'insurgea Johanna

– Peut-être pas, mais bon, tu ne vas pas dire que tu n'as aucun secret à cacher, toi aussi, si tu vas par là ! »

La jeune femme garda le silence en fronçant les sourcils.

– Sans compter qu'à lui seul, ton frère alimente une trentaine de blogs, chats, pages sociales et j'en oublie ! continua Sam ironiquement. A vous deux, vous faites une moyenne honorable ! »

– Alors, d'après toi, ce serait une fausse identité ?

– Ben, ça ne m'étonnerait qu'à moitié…

– Génial. »

Les deux amies restèrent un moment à se fixer silencieusement. Johanna se sentait tout d'un coup beaucoup moins emballée par son voyage avec Wolf.